LIVRE QUARANTE-NEUVIÈME
Second triumvirat. Proscription. Ruine du parti républicain à Philippes. Mort de Cassius et de Brutus. Ans de Rome 709, 7 10.
§ I. OctavLen fait condamner juridiquement ceux qui avaient lue César. Sex. Pompée et Cn. Domitius , qui n 'avaient point eu de part à l'action , sont compris dans la condainnation. Octavienfait périr Q. G allias ^ préleur de la ville. Il fait révoquer par le sénat les décrets rendus contre Antoine et Lépidus. Désastre et mort de Décimus. OctavieUy Antoine et Lépidus se réunissent. Leur entrevue dans une de du Réno. Ils contestent sur ceux qu'ils doivent proscrire. Echange de la télé de Cicéron contre celles de l'oncle d'Antoine et du frère de Lépidus. Projet du triumvirat. Mariage arrêté entre Octavien et la belle-fille d'Anloine. Prélude des massacres. Effroi dans Rome. Mort du consul Pédius. Entrée des trois généraux dans Rome. Loi pour établir le triumvirat. Édit de proscription. La proscription des triumvirs plus nombreuse que celle de S) lia. Plusieurs proscrits pour leurs richesses. AJJ'ectation dans le choix des noms placés à la tête du tableau de la proscription. Octavien autant et plus cruel que ses colle-
• -iO HISTOIRE ROx^IA-INK.
gues. Mort de Cicéron. Invectives des écrivains en tout genre contre Antoine au sujet de cette mort: pourquoi Octavien a été épargné. Portrait de Cicéron. Mot de Brutus sur sa mort. C. Antonius tué par représailles. Mort des deux Quintus Cicérons, père et fils. L. César sauvé par sa sœur, mère d'Antoine. Lépidus consent à t évasion de son frère Paulus. Mort du beau-père de Pollion., du frère de Plancus et de Toranius , tuteur d' Octavien. Verres proscrit. Exemple de la piété d'Énés renouvelé par le fils cVCpius. Varron mis en sûreté par Calénus. Alticus rayé du catalogue des proscrits. Éloge de sa prudence et de son humanité. Messala effacé du nombre des proscrits. Traits singuliers sur quelques proscrits. Fulvie fait un personnage dans la proscription. La haine tombe particulièrement sur Antoine. Triomphe odieux de Lépidus et de Plancus. Asjles ouverts aux proscrits hors de t Italie , surtout chez Sex. Pompée. Exactions des triumvirs. Taxe imposée par eux sur les dames. Discours d'Hortensia à ce sujet. Ventidius est fait consul. Sa fortune surprenante. Couronnes civiques décernées aux triumvirs. Les triumvirs jurent et font jurer V observation des actes de César. Us désignent les magistrats pour plusieurs années.
0(;tavieii, devenu eoiisul par les voles (jiie j'ai iiuu- Av. j.c. 4"i. quées, et ayant ainsi réuni à la force des armes le litre
Octavien t , • i i- v ' 11
fait .«n.iaifl. Je Kl puissauce pubiKjuc, coinincjiça a exécuter le des-
"'jNi^.m'iJt' sein (ju'il avait toujours eu dans le eo'ur , (juoicpril IVùl
HISTOIRE ROMAINE. I2f
caché long -temps, et l'utreprlt do venger la mort de ceux qui
, , ,, . , , . 1 avaient tué
César. Il profita de 1 autorité consulaire pour agir dans cé.ar. cette affaire juridiquement. Il fit absoudre par le peuple ^pp'j^"-^"'- Dolabella, ({ue le sénat avait déclaré ennemi public à 010,1.46. cause du meurtre de Trébonius; et tout de suite il établit , en vertu d'une loi qui fut proposée par son collègue Q. Pédius, et munie des suffrages du peuple, une cour de justice ou commission extraordinaire pour informer de, l'assassinat commis en la personne de César, et procéder au jugeinent et à la condamnation des assassins et de leurs complices.
Ils furent cités dans les formes : un huissier les appela tous à haute voix par leur nom pour comparaître au pied du tribunal. Tous étaient absents; ceux d entre eux qui se trouvèrent dans Rome à l'approche d'Octavien avaient eu grand soin de prévenir l'orage par une prompte fuite. Ainsi , personne ne répondit à la citation. On rapporte qu'au nom de Brutus, cité par pi„t. riiuissier, toute la multitude, qui remplissait la place, »"i^''"'°versa des larmes, et que les citoyens les plus distingués baissèrent les yeux et la tête de honte et de douleur. L'affaire n'en fut pas poussée avec moins de vivacité. Il y avait de grandes récompenses promises aux accusateurs. L. Cornificius accusa Brutus; et Agrippa, de tout temps attaché à Octavien , se chargea de cette odieuse fonction contre Cassius. Il sied bien au caractère bas et flatteur de l'historien Velleïus de se vanter, Vcii.n.Gy. comme il a lait, de ce (jue C^apiton, son oncle, se joignit en second à Agrippa. Tous furent condamnés par contumace à la plus grande peine qu'imposassent les lois romaines, c'est-à-dire à l'exil et à la confiscation des biens. Un seul des juges osa absoudre Brutus,
122 IIISTOIIIE IIOMAIIVK,
sans craindre la présence du jeune consul, qui voulut assister en personne au jugement , pour être témoin de la manière dont chacun opinerait. O juge si intrépide se nommait Sicilius Coronas , et était sénateur. Octavien, persistant toujours dans la même affectation de clémence dont il se parait alors, ne sembla pas savoir mauvais gré à Sicilius de sa hardiesse ; mais bientôt après il le proscrivit.
Parmi les accusés était Casca, actuellement tribun du peuple. Comme sa charge rendait sa personne sacrée , et le mettait à l'abri de la poursuite des lois, Octavien l'en fit dépouiller par les suffrages des tribus sur la proposition de Titius , l'un des collègues de Casca, qui voulut bien prêter son ministère à l'avilissement d'une magistrature dont il était lui-même revêtu.
Scx.Pompce Ce n'était pas sans dessein que, dans la loi de Pé-
etCn. Domi- t .• j/^'' ',.',.' ^
tius,qmu'a- duis , aux uieurtriers de César on avait ajoute leurs ■paient point compHccs. Ccttc addition vague donnait la facilité à
«•u (le part a r o
l'action, sont Qctavieu d'envelopper dans une même condanmation,
rciuipris ' ^
<lal.^ la (on- ^ycc Ics vrais auteurs de la mort de son grand -oncle, ceux qui n avaient d autre crime que de lui être suspects ou redoutables. Il y en eut sans doute plusieurs ; mais dans ce qui nous reste de monuments historiques, je n'en trouve spécifiés que deux.
Le premier est Sex. Pompée, qui, bien loin d'avow eu part à la conspiration, vraisemblablement n'en avait pas même entendu parler avant qu'elle s'exécutât, étant alors au fond de l'Espagne; mais c'était le dernier rejeton d'une maison (aimiiue qu'Octavien cherchait à sacrifier à sa sûreté.
.le coiiiptc pour le second Cn. Douiilius Ahénobar-
mSTOIRE ROMAINE. 1 .i3
bus, fils de ce L. Domitlus t|ui, ayant toujours montré uneliaine irréconciliable contre César, fut lue lorsqu'il fuvail après la bataille de Pbarsale. Antoine, dans Apnien assure positivement que Cn. Domitius n'avait Appian. civ.
point trempé dans le meurtre du dictateur; et le temoiiinaiie de Suétone y est conforme. Ce qui rend Suct. Ner. néanmoins la cliose douteuse, c'est que Cicérou, dans cic Piùi.ii,
sa seconde Pliilippi([ue, le range parmi les conspirateurs. Peut-être fut -il du nombre de ceux qui eurent la vanité, immédiatcmenl après la mort de César, de se joindre à Brutus et à Cassius dans le Capitule , pour partager la gloire d'une action dont ils n avaient point couru les risques. En ce cas, on sera peu étonné que Cicéron, parlant avec éloge de la conspiration, ait cru devoir en fiiire honneur à Domitius, qui le souhaitait; et, d'un autre côté, depuis que cette même conspiration fut devenue un crime punissable des derniers supplices, il est encore plus aisé de concevoir que Domitius s'eu soit purgé avec soin , et qu'il ait publié hautement, selon la vérité, qu'il en était innocent. Ce qui est certain, c'est qu'il en fut cru, et que, du consentement d'Octavien, il parvint au consulat; et son (ils s'allia même avec la maison des Césars , et devint l'aïeul de l'empereur Néron.
Quoique Octavien ne parût alors occupé que de la Ortavienfait pensée de venger son père adoptif, et que d'ailleurs il iius,pn;teui se couvrît des dehors de la douceur, il décela néan- snet. Aug. moins sa cruauté à l'égard de Q. Gallius, actuellement '"'^'' préteur, et qui avait le département de la ville depuis la mort de Cornutus. Suétone rapporte le fliit avec des circonstances atroces. Il dit que Gallius, étant venu pour saluer le consul , et portant des tablettes sous sa
124 IIISTOIRK ROMAINI-;.
robe, fut soupçonne tle cacher un poignard; et que sur cela seul Octavien, sans faire aucun examen, de peur d'y trouver la justification de Gallius, le fit enlever, lui fit donner la question comme à un esclave, et enfin ordonna (ju'on le mît à mort, après lui avoir arraché de sa main les deux yeux. J'avoue que j'ai peine à ajouter foi à une barbarie si brutale de la part d'Octavien, Il racontait lui-même , dans les mémoires (ju'il avait composés de sa vie, que Gallius,. lui ayant demandé une conférence, voulut l'assassiner; qu'en conséquence il fut mis en prison, d'où ayant été relâché sous la condition de sortir de la ville, il périt, ou par un naufrage , ou par les mains des voleurs de grands chemins. Ce récit me semble beaucoup plus vraisemblable, si ce n'est qu'il est aisé de croire qu'Octavien déguise sous l'aventure d'un naufrage, ou d'une attaque de la part de voleurs, un ordre donné par lui d'assassiner Gallius lorsqu'il serait hors de Rome. Il fait révo- (Tétait pcu quc d'avoir fait jjrononcer une condam-
quer par le . . . ' r^ ' n '
sénat les (lé- iialiou coutrc ccux (jui avaicut tue César. Tour e\e-
iTcts rendus . • «.•iril'i. " • •.)'■
<outreAu- cutcr cc jugeuicut, il lallait vaincre vingt légions que '""!'^:.i':.'/'*'' Brutus et Cassius avaient à leurs ordres. Oclavien n'était pas seul assez fort pour une telle entri'prise. Il résolut donc de mettre la dernière main au traité de réconciliation et de ligue qui se négociait dej)uis ([uelque temps entre lui, Antoine et Lépidus. Il était charge j)ar le sénat de; leur faire la guerre; et comme il higiiait de prendre encore les ordres de cette compagnie (|iril avait écrasée, il partit avec son année dans le dessein, disait -il, d'aller remplir sa commission. Mais en son abseiue, l'édius, son collègue, j)roposa au sénat de révo([uer les décrets par lesquels Antoine
idus
niSTOIRE ROMAINE. llS
et Lépicliis avaient été déclarés ennemis de la patrie. Lfs sénateurs asservis n'osèrent pas rejeter la proposition; mais ils voulurent forcer Octavien de s'explicpier, quoiqu'il eût déjà suffisamment manifesté ses intentions, et ils remirent à prendre leur parti jusqu'à ce qu'il leur eût fait savoir ce qu'il pensait. Il répondit avec sa dissimulation accoutumée qu'il n'était pas maître de se déterminer sur cette affaire à son choix, et que ses soldats le contraignaient à incliner vers la clémence. Ainsi le sénat rétablit Antoine et Lépidus dans tous leurs droits et dignités, et Octavien écrivit h Antoine qu'il allait se joindre à lui contre Décimus.
11 ne fut pas difficile de détruire cet unique chef du Désastre et
Wi i'>^ • 1 . i-> • i 1. 1 1. mort de Uc-
icain dans I Occident. En un instant tout çimu^
se tourna contre lui. Pollion, arrivé d'Espagne avec deux légions, s'unit à Antoine. Plancus , qui, depuis la levée du siège deModène, avait témoigné beaucoup de zèle pour la cause de la liberté et pour Décimus, non-seulement abandonna son infortuné collègue, mais entreprit même de le trahir; et n'ayant pu y réussir, au moins il se donna à Antoine avec ses quatre légions.
Décimus avait une armée considérable, dix légions; cic.aJFam. mais la lorce ne répondait pas au nombre : c étaient presque toutes nouvelles levées. Ne pouvant donc se soutenir contre tant et de si puissants ennemis , il quitta la Gaule, passa les Alpes, et résolut de gagner rillyrie pour aller joindre M. Brutus en Macédoine. Octavien lui ii-nna les passages. Décimus, dans une telle extrémité, voulut tenter de prendre la route de la Germanie, et de pénétrer jusqu'à Brutus à travers les nations barbares qui occupaient alors tout ce vaste
I u6 HISTOIRE ROMAINE.
pays. Mais ses soldats refusèrent de le suivre dans une résolution si désespérée : ils le quittèrent tous, et se rangèrent, les uns sous les enseignes d'Antoine, les autres sous celles d'Octavien. 11 ne lui resta que trois cents cavaliers gaulois qui formaient sa garde, et qui bientôt se dissipèrent chacun de leur côté ; de sorte qu'il se vit réduit à fuir, lui dixième. Après avoir erré en différents endroits, enfin dans le pays des Séquanais il fut arrêté par des voleurs, qui, sur la prière qu'il leur en fit, le menèrent au prince ou chef de la contrée, nommé Camélus ou C^apénus, que Décimus regardait comme un ami. Ce Gaulois le reçut gracieusement et avec toutes les démonstrations extérieures de respect; mais il fit avertir sous main Antoine, qui envoya un officier nommé Furius, accompagné de quelques cavaliers, avec ordre de lui apporter la tête du fugitif.
Val. Max. S'il eût été possible que le malheureux Décimus échappât, la générosité d'un ami l'aurait sauvé. A l'approche de ceux qui venaient le tuer, il s'enfonça dans une obscure retraite ; et les cavaliers d'Antoine l'y avant poursuivi, Ser. Térentius, à la faveur de l'obscurité, se présenta comme étant Décimus, et fut piès d'être tué pour lui. Mais Furius connaissait sa victime,
id.ix.ii. et il prévint l'eircur. Décinuis fut donc tiré de son asvic
Son. Cl). 82. , , .1 1 , . "
tout tremblant ; et il montra dans ces derniers moments une timidité et un amour pour la vie qui jiaraissaient lui troubler la raison; car il retiiait s;i tête de dessous l'épée '. El comme on lui ordonnail di* se
> .. N«>n .soliiiu rervicnn pladio verbis jnravil : lt<i l'ivtun . <loho.-< !>ul)li'u.vit , vj'iùiii etiam <-ni)stantiù.s (Val. Max. ix, i'{,) rum pru-bcru ailmonitiis , i|i!>is liisi
H I s T ( > I n E R O ÎNT A I N F. l'2'J
tenir ferme :« Oui, dit-il , je le ferai , ou que je meure.» Parole extravagante dans la circonstance oiJ il se trouvait. Sa tête fut portée à Antoine, qui voulut le reconnaître, et ensuite lui fit rendre les derniers honneurs. Décimus périt le second de ceux qui avaient attenté à la vie de César. Peu de temps après , Minucius Basilus, aussi du nombre des conspirateurs, fut assassiné par ses esclaves, qui ne pouvaient souffrir sa cruauté.
Tout ce qu'il y avait de forces romaines sur pied Octavicn.
, , . . Antoine et
en Italie, en Gaule, en Espagne, était au pouvoir ou Lépidus se d'Octavien, ou d'Antoine et de Lépidus; et il ne leur restait plus d'ennemi armé dans toutes ces contrées , sinon autant qu'ils Tétaient eux-mêmes les uns des autres ; car chacun d'eux n'ayant pour objet que sa puissance particulière, ils se regardaient tous trois avec des yeux de jalousie, et le dessein de se supplanter et de se détruire mutuellement vivait dans leur cœur. Mais ils avaient du coté de l'Orient des ennemis communs , dont la crainte suspendit l'effet de leurs défiances et de leurs animosités réciproques. Il fallait, avant que de tourner feurs armes les uns contre les autres, exterminer Brutus et Cassius.
Antoine, quijivait passé les Alpes en fugitif, les re- piut.
, , ^ w , , . ia Auton.
passa a la tête de dix-sept légions, en y comprenant les troupes de Lépidus; et il laissait encore six légions dans les Gaules sous le commandement d'un homme très-méprisable, L. Varius , son compagnon de table, à qui le penchant qu'il avait à l'ivrognerie avait fait donner le surnom burlesque de Cotjla , connue qui dirait chopine. 1-épidus et Antoine réunis savaneèrent avec leur armée formidable jusqu'auprès de Bologne,
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où de son côté Octavien se rendit, ayant un nombre presque égal de troupes. Les trois chefs étaient résolus de se rapprocher, et de se hguer ensemble, par le motif que je viens d'exposer. Il ne s'agissait que des conditions, et ils en traitèrent par eux-mêmes dans une entrevue, sans médiateurs et sans ministres. Voici de quelle manière la chose se passa.
Leur entre- A pcu de distaucc de Bologne coule une petite
vuedansune . .v .|. i ■ ii ' • ai . ^ . /
île du Rtno. Hvierc au milieu de laquelle était une île, qui tut jugée
Anpiaii. Civ. . • i p' ti »
1.4. propre pour y tenir les conterences. 11 parait que cette rivière est celle que l'on nomme le Réiio. Pour prévenir les défiances, qui étaient grandes et bien fondées, on prit toutes les précautions imaginables. On dressa deux ponts , dont l'un joignit file à la rive droite du Réno, et l'autre à la gauche. Octavien et Antoine amenèrent chacun cinq légions à une distance qui avait été déterminée, et qui était égale de part et d'autre. De là ils s'avancèrent chacun jusqu'aux ponts, accompagnés seulement chacun de trois cents hommes; et ils s'y arrrêtèrent. Lépidus, qui n'avait point eu de démêlé personnel contre l'un ni contre l'autre, entra seul dans l'ile, et en fit la visite pour s'assurer qu'il n'v avait point d'embûches à craindre. Alors il donna le signal à Octayien et à Antoine, qui parliiTiit dans le même momenl pour venir à lui, et qui, en sabortlant, poussèrent la j)récaution contre les surprises juscpi'à se tâter et se fouiller réciproquement, de peur des armes qui auraient pu être cachées sous les habits. Trois sièges avaient été posés au milieu àc file. Ils s'y assirent tous trois, Octavien au milieu, comme consul. Ils .oiitcs- Jja plus grande difficulté qui les arrêta |)iii(lanl les <i"ii iu <!oi-^ trois jours (|iie durèreiil les eonrereiiees roulait sur le
HISTOIRE ROMAINF. I 29
choix (le ceux qui devaient être sacrifiés à leur ven- vc.t prom-ance. Comme Antoine et Oetavien s'étaient fait la K.i'a^Ko de guerre avec l^eaucoup d'animosité, plusieurs des amis |!| r.'||,'^,'.||;/,'re
i\c l'un se trouvaient nécessairement ennemis de l'au- ceiicderon-
cied Antre: et chacun voulant satisfaire son ressentiment, trou- toinectdu
frere de Levait un ohstacle dans la protection que l'autre accor- p'dus.
(lait à ceux qui l'avaient servi. Surtout ils cont(^stèrent
long-temps et vivement au sujet de Cicéron. Antoine pi.it. in cic
déclarait qu'il ne pouvait y avoir ni réconciliation ni
paix, sf on ne lui abandonnait un homme qui lui avait
fait tant de mal; et Lépidus était de son avis. Oetavien
résista pendant les deux premiers jours: le troisième,
il se rendit; et, par un horrible échange pour la tête
de Cicéron, Antoine lui livra celle de L. César, son
oncle , et Lépidus celle de son frère Paulus. C'est
ainsi % dit Plutarque, que l'emportement et la rage leur
avaient fait oublier tout sentiment d'humanité; ou plu-
t(jt ils faisaient voir par leur exemple qu'il n'v a point
de bête plus féroce que l'homme, lorsqu'à la passion
il réunit la puissance. Je ne crois pas ^, dit ailleurs le
même historien, qu'il se soit jamais rien fait de plus
atroce ni de plus barl)are que l'échange dont je parle :
car, trafiquant ensemble meurtre contre meurtre, ils
devenaient les bourreaux autant de ceux qu'ils livraient
que de ceux qui leur étaient abandonnés; et l'injustice
était plus grande par rapport à leurs amis qu'ils con-
' O'jtm; è^£rE<Tov Otto Ôuu.oîJ x*t pov tyî; (î'ixu.st'J/Ewc raÛTY)!; rfcx.(o yt-
'/:j<3(jY,i TÔjv àvôpo)— (vwv Xcyi(Tu.ûv • vs'aSai- «po'vwv yàp àvTixxTaXXacrco-
[j.à>.).ov <S" à-î''î'ci;av , û; où'5'èv àv- f/.svot «po'vo'j; , ôacto); u.h/ cî; èXiij.-
6;o')7TO'j Or.pîov èçîv àYftwTepcv, i^cu- €a.'io-i àviipouv cû; è^îfJ'oa*" • à^t-
dîav 773c6st •jrpcaXaSovTo;. (Plut. jcwTcpot ^È Tuepl roù; çîXcj; ruav
ia Cic.) cO; «TTSJtrîvv'jaav u.ï)^è iaktoûvtïç.
* OùtJèv «ojj.OTepcv cù<5" «YpiwTe- ( Plut, in Anton. ) Tnm'! XXÎF. llist. Rnm. q
triuiu virât.
iSo HISTOIRE ROMAINE.
damnaient à la mort, même sans les haïr. Au reste, on Appian.Dio. peut croire qu'Antoine et Lépidus ne se firent pas une grande violence pour sacrifier, l'un son oncle, l'autre son frère. Ils ne pouvaient que leur savoir trèsmauvais gré de leur zèle constant pour le gouvernement républicain ; et déclarés en dernier lieu ennemis publics par leurs suffrages, ils comptaient, en les proscrivant, user du droit de représailles.
Projpt <iu Sur les autres points les trois tyrans s'accordèrent assez aisément. Il fut réglé qu'Octavien abdiquerait le consulat, et qu'il le céderait à Ventidius pour le reste de l'année : qu'ils s'établiraient souverains magistrats pour cinq ans, sous le titre de triumvirs réformateurs de la république , avec la puissance consulaire : qu'ils désigneraient sur-le-champ les magistrats annuels pour les cinq ans que devait durer leur triumvirat, et cela sans avoir besoin du consentement ni du sénat ni du peuple. Ils partagèrent entre eux , comme le.ur patrimoine, toute la partie de l'empire dont ils étaient maîtres ou se flattaient de l'être. Le lot de Lépidus comprenait l'Espagne et la Gaule narbonnaise. Antoine prit pour lui la Gaule concpiise par César et la Gaule cisalpine. Octavlen eut l'Afrique avec la Sicile et la Sardaigne : département dont il lui était plus aisé de s'attribuer le titre que la jouissance réelle; car Cornificius tenait actuellement l'Afrique proprement dite au nom du sénat, et bientôt nous verrons Sex. Pompée s'emparer des îles de Sicile et de Sardaigne. Mais il fallait bien (ju'Octavien se contentât de ce partage; vu que ses deux associés avaient sur les provinces (jii'ils s'appropriaient des prétentions plus anciennes que l'accord passé avec lui. L'Italie n'entrait point dans cette
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distribution, comme étant le centre de l'empire et la patrie commune, dont ils se disaient les défenseurs, et non les maîtres. Pour ce qui est des provinces d'outremer, elles obéissaient à Brutus et à Cassius. La guerre fut résolue contre eux. Il fut dit qu'Antoine et Octavien s'en cbargeraient , et passeraient la mer pour cet effet à la tète chacun de vingt légions; et que Lépidus, avec trois légions, demeurerait dans Rome pour tenir l'Italie dans le devoir, réunissant à la dignité et à la puissance de triumvir celle de consul , à la place de D. Brutus, qui venait d'être tué. Enfin, ils déterminèrent les récompenses qu'ils donneraient à leurs soldats, et qui furent aussi tyranniques que tout le reste de leurs arrangements; car ils convinrent de les établir en colonies dans dix-huit villes d'Italie, dont les maisons et les terres leur seraient attribuées. Et ces villes, si cruellement traitées, étaient précisément les plus grandes et les plus belles de l'Italie, telles que Capoue, Rhége, Yenouse, Bénévent, Rimini, et Crémone , qui entraîna Mantoue ' dans la môme disgrâce , à cause du malheureux voisinage.
Les trois chefs s'engagèrent par serment à l'exécution de tant de crimes qu'ils venaient de projeter : ensuite de quoi ils firent part à leurs armées de ce qui avait été conclu entre eux. Octavien, à qui tous les honneurs étaient toujours déférés, parce qu'il était consid , lut aux troupes assemblées tous les articles du traité, à l'exception de celui qui regardait les têtes il-> lustres qu'ils prétendaient abattre. Les soldats célébrèrent par des cris de joie la réconciliation de leurs
' Maiitua , V3e ! miserx nimiùm viciua Cremoua?.
( ViUG. Eclog. IX , V. -^.S. )
l32 HISTOIRK ROMAIiVK.
eénéraux ; ceux des différentes armées se saluèrent Mariage ar- conime amls. Et pour sceller par une alliance dômesoctavien et tiquc ccttc paix qui leur taisait tant de plaisir, ils pro- 'd'Antohfe.'* posèrent le mariage d'Octavien avec Clodia , belle-fille , d'Antoine, c'est-à-dire fille de Fulvie sa femme et de
Clodius l'ennemi de Cicéron. Cette jeune personne était Suet. Aug. à peine nubile, et Octavien avait déjà pris des engagements avec la fille de Servilius Isauricus. Il ne laissa pas de consentir à la proposition qu'on lui fliisait , se reposant sur les événements pour se débarrasser de ce lien, si dans la suite il ne lui convenait pas. r, ., , . Les trois généraux ligués avaient tant d'empresse-
Preludc des O o i
massacres, ^ncut dc répandre le sang, que, pour commencer les
Effroi daus ^ .
Rome. Mort mcurtrcs , ils n'attendirent pas qu'ils fussent arrivés à
du cousul ''11? I 1 11
Pcdius. Rome. Ils se hrent précéder d un nombre de soldats qui avaient ordre de tuer douze, d'autres disent dixsept de leurs principaux ennemis, à la tête desquels était Cicéron. Quatre furent surpris et massacrés surle-cliamp. Les autres se cacbèrent ou s'enfuirent. Et comme les assassins se répandirent pour les cberclier dans toute la ville, couiaiit les rues, visitant les maisons, la terreur et, la consternation furent extrêmes parmi tous les illustres citoyens. On ne savait ni le nombre ni les noms des malbeureuses victimes desli- , nées à la mort. Ainsi chiieiiu croyait être en danger, et le désespoir en portait plusieurs à vouloir brûler leurs propres maisons, ou mettre le feu aux édifices j)ublics, pour ne jkis mourir sans vengeance. Le consul Pédius, qui était resté dans liome, se donna des mouvements infinis pour ;i|)aiser \i- tiDuble, pour eiilnier les esprits, pour eng;ii;er ceux (pii craignaient à attendre jusqu'au lendemain ; et , tiès <jue le jour fut
niSToiiii; iio.'M Al K K. ijj
venu, il fit affichtM' dans la place les noms de ceux (jiii étaient condamnés à périr. Il assura , sous la foi pidilique, qu'aucun autre n'avait rien à appréhender. Il agissait sincèrement ; car il n'était pas instruit du secret de ses maîtres, La fatigue qu'il prit dans cette nuit d'effroi et d'horreur fut si violente, qu'il y succomba, et mourut le jour suivant.
Ce n'étaient là que les préludes -des maux qui mena- Kutréedos
* ' , trois geue-
caient Rome. Bientôt les auteurs des misères pul)liques raux dans
' • V r» 1 ' ^ • • rrf Rome.
arrivèrent, et lu'ent leur entrée en trois jours cJirrerents, Octavien le premier, Lépidus ensuite, et enfin Antoine , amenant avec eux chacun leur cohorte prétorienne ou garde, et une légion. Ainsi la ville se trouva toute remplie de gens de guerre, que l'on eut soin de distribuer dans tous les postes importants. Alors P. Titius ,' tribun du peuple, proposa la loi fa- Loi pour
.. . .. ,f. établir le
taie, qui établissait trois souverains magistrats refor- triumvirat, mateurs de la république avec la puissance consulaire pour cinq ans, savoir Marc -Antoine, Lépidus et Octavien, qui entreraient en possession de cette charge le vinff-sept novembre suivant, et qui l'exerceraient ius- Tai.. votus qu'au dernier décembre de la sixième année, à compter de celle où l'on était.
On peut bien juger que les suffrages du peuple furent favorables à la loi proposée. Il se fit même des réjouissances publiques a. ce sujet, comme pour un heureux événement; et les citoyens reprirent l'habit de paix aux approches d'une proscription plus cruelle que la guerre. Les triumvirs ne tardèrent pas à en publier l'édit , (jui nous a été conservé par Appien : et je crois que le lecteur ne me saura pas mauvais gré de lui transcrire ici un acte unique en son genre, et d'ail-
l34 HISTOIRi: ROMAINE.
leurs dressé par une main habile, qui a été attentive, quoique inutilement, à déguiser la noirceur de la chose par les couleurs les plus spécieuses qu'il fût possible d'employer, Éditdepro- Après les noms et les qualités des triumvirs suivait '^"^'^ ■ la teneur de l'ordonnance en ces termes : « Si les méa chants, par une conduite pleine de perfidie, n'étaient « humbles et suppliants lorsqu'ils ont besoin de clé- « mence, et, après qu'ils l'ont obtenue, einiemis de oc leurs bienfaiteurs» et capables d'attenter à leur vie, (f nous n'aurions pas vu devenir les assassins de César « ceux qu'il avait sauvés par miséricorde après les avoir « vaincus par l'épée, qu'il avait admis au rang de ses « amis, qu'il avait comblés de toutes sortes de libéra- « lités, de charges et d'honneurs; et nous-mêmes, nous « ne serions pas dans la nécessité de prendre un parti a sévère contre ceux qui nous ont outragés et déclarés «ennemis publics. Mais, ayant appris, et par notre « propre expérience , et par le traitement qu'a reçu « César, qu'il est un degré de méchanceté que nulle « douceur ne peut vaincre, nous aimons mieux pré- « venir nos ennemis que d'attendre les maux (ju'ils nous a préparent. Notre vengeance ne paraîtra donc ni in- '( juste, ni cruelle, ni excessive, à quiconque considé- « rera ce que nous avons souffert, et surtout ce qu'a « souffert César. Il était dictateur et grand pontife; il « avait subjugué les nations les plus redoutables à cet « empire : le premier des mortels il avait tenté la na- « vig.ition du grand Océan, et découvert aux ]{omains « des terres jusqu'à lui inconnues. Et ce grand honnne « a été assassiné en plein sénat, dans un lieu sacré, à la « vue des dieux menus. On s'est fait une joie barbare
IllSTOIKE UOMAIJVi:. 1 3i)
K lie lui porter jusqu'à vingt- trois coups de poignard. « Et ceux qui ont commis cet attentat sont des liom- « mes qu'il avait vaincus par les armes , qui lui étaient M redevables de la vie, et dont quelques-uns étaient « écrits sur son testament au nombre de ses héritiers. «Les autres, au lieu de punir un crime si horrible, « ont revêtu les assassins de commandements et de « gouvernements de provinces, dont ceux.-ci ont si bien « su profiter, qu'ils ont enlevé les deniers publics, et « qu'avec cet argent ils lèvent des troupes contre nous, « et en demandent à des nations de tout temps enne- « mies de cet empire : ils brûlent ou renversent jus- « qu'aux fondements les villes alliées du nom romain « qu'ils ne peuvent attirer à leur parti; ils intimident « les autres, et se disposent à en employer les forces « contre la patrie et contre nous.
« Nous avons déjà puni quehjucs-uns de ces crimi- « nels, et vous en allez voir bientôt plusieurs autres «. subir sous vos yeux la juste peine qu'ils ont méritée. « Tout l'Occident nous est soumis, la Gaule, l'Espagne, « l'Italie. Une seule chose nous reste à faire qui n'est « pas sans difficulté : c'est de passer la mer pour aclie- « ver notre vengeance sur ceux des meurtriers qui ont « envahi les provinces de l'Orient.
« Pendant que nous sommes près d'entreprendre pour « vous une guerre qui nous éloigne de Rome, il ne sert rait convenable ni à nos intérêts, ni aux vôtres, de a laisser derrière nous les ennemis que nous avons ici «en état de se prévaloir de notre absence, et d'épier « les événements incertains de la guerre. 11 serait aussi «dangereux pour nous, dans des circonstances ur- « gentes, de perdre le temps par des lenteurs. C'est
j36 histoire romaine.
« pourquoi nous sommes résolus de nous délivrer de « tous à la fois, et de leur rendre sur-le-champ le mal « qu'ils ont voulu nous faire en nous déclarant ennemis « de la patrie nous et nos armées. Ces hommes injustes « et violents condamnaient ainsi à périr avec nous une a multitude iiiGnie de citoyens. Nous serons plus ino- « dérés. Nul ordre, nulle compagnie, nulle multitude « ne sera l'ohjet de notre vengeance. Le choix même « que nous ferons ne comprendra pas tous ceux qui ont «eu quelque différend avec nous, ou qui ont voulu « nous faire quelque tort : les richesses, l'éclat, les di- « gnités ne seront point des crimes; et quoiqu'il soit « naturel que trois aient un plus grand nombre d'en- « nemis qu'un seul, les châtiments que nous exercerons « n'envelopperont pas autant de personnes qu'en a pro- « scrit avant nous un général qui, comme nous, avait « entrepris dans une dissension civile de réformer la ré- « publique , et que vous avez surnommé Heureux à « cause de ses succès. Nous ne punirons que les plus «méchants et les plus coupables. Encore avons -nous « en cela vos intéiêts en vue autant que les nôtres ; car, « pendant que les grands de l'état sont en division et « forment des partis différents, c'est une nécessité que « vous, (}ui vous trouve/ placés entre les uns et les au- « très, vous en souffriez beaucoup. Tels sont nos mort tifs ; et de plus nous sommes obligés de procurer « quelque satisfaction à nos armées, qui ont été ou- « tragées et déclarées ennemies de la patrie par ceux « (jui avaient fornïé le projet de nous extiTuiiiicr tous «également. Nous aurions j)u tout en arrivant mettre « la main sur ceux <jiie nous avions condamnés: mais, « par considération pour vous, nous avons mieux aimé
« les proscrire \jue de les surprendre au moment où ils « ne s'y attendaient pas, afin qu'il ne soit point laissé « au pouvoir des soldats d'étendre , dans leur colère , « les effets de leur vengeance sur ceux qui doivent en « être exempts ; mais qu'ayant la liste bien déterminée « par le nombre et par les noms de ceux qu'ils sont «chargés de punir, ils s'abstiennent, suivant nos or- « dres , de faire aux autres aucune violence,
« A ces causes, et pour le bien et l'avantage com- « mun, nous défendons à qui que ce puisse être de re-
V cevoir aucun de ceux dont les noms sont écrits sur le « tableau joint à notre présente ordonnance, de les sauce ver, ou de les aider à s'enfuir. Quiconque leur aura « donné aide ou secours, ou paraîtra s'être entendu avec « eux de quelque façon que ce soit, ngus le mettrons «au rang des proscrits, sans recevoir aucune excuse « ni moyen de défense. Ceux qui auront tué les pro-
V scrits, en nous apportant leurs têtes, recevront, s'ils « sont de condition libre, cent mille sesterces; s'ils sont «esclaves, quarante mille sesterces, avec la liberté et « le droit de bourgeoisie tel que le possède leur maître. « Les mêmes récompenses sont promises à ceux qui dé- « cèleront quelqu'un des proscrits; et on ne fera ponit « registre des noms de ceux qui auront reçu ces récom- « penses, afin qu'ils ne puissent jamais être sujets à au- « cune recherche. »
Je ne m'arrêterai pas à faire beaucoup de réflexions Laprosrri-
sur cet acte sanguinaire, dont la cruauté horrible saute 'tnu"nvirs
aux yeux, et révolte à l'excès, malgré les frivoles pré- £',""^'";
textes dont elle tâche de se couvrir. "s'îià^*
Je remarquerai seulement, i'* que, selon Dion, c'est à tort que les triumvirs se vantent de demeurer au-
dessous de Sylla pour le nombre des proscrits. Cet historien assure positivement le contraire; et la chose en soi est très - probable , puisqu'ils étaient trois, dont aucun ne valait mieux que l'auteur de la première proscription. Cette différence produisait encore un autre effet bien singulier et bien triste. Au moins, lorsque Sylla donna l'exemple de cette barbarie, ses amis n'avaient rien à craindre ; il n'en était pas de même dans l'occasion dont je parle. Comme Antoine et Octavien avaient eu ensemble des querelles atroces, et qu'enfin ils en étaient venus à se faire la guerre, les amis de l'un étaient ennemis de l'autre; en sorte que c'était un titre pour être proscrit que d'avoir été attaché à l'un ou à l'autre de ceux qui proscrivaient. Faibles amis, enn^pis dangereux, Antoine et Octavien se sacrifiaient d'autant plus aisément ceux qui leur avaient rendu service que, tous deux songeant dès-lors à s'attaquer et à se détruire un jour, chacun désirait enlever à son collègue, qu'il regardait connue un rival, le plus grand nombre d'appuis et de créatures qu'il était possible; et ils ne craignaient point de se priver euxmêmes de quelques-uns de leurs soutiens, pourvu qu'ils afraiblissent leur antagoniste. Il en faut dire autant de Lépidus, qui n'avait ni moins (raml)ltion, ni j)lus de scrupule que les deux autres , mais seulement moins de talents. On voit par là que le nombre des proscrits par les triumvirs doit avoir été porté tiès-loln, (juoicpic nous ne puissions pas le déterminer au juste. Sylla n'avait point affecté de mystère sur cet article; il s'était même fait une gloire d'étaler aux yeux de l'univers qiialic nulle sept cents ciloveus de tout ordre et de toute condition ([u'il avait fait péiir. Octavien, devenu mai-
HISTOIRE ROMMNF. I Sf)
tre (\c l'empire sous le nom à'Juguste, eut lionle de ses cruautés passées. Il est à croire qu'il tâcha d'en abolir les monuments ; et les écrivains n'ont pas osé découvrir ce ([ue le prince voulait cacher. Nous trou- Y^^\^l^^vons le nombre des sénateurs évalué à cent trente se- Liv.^Kpit. Ion les uns, à trois cents selon les autres. Appien compte deux mille chevaliers. Sur les citoyens d'un ordre inférieur, nous n'avons aucune lumière.
Ma seconde remarque aura pour objet la déclaration p|."^*J^;:!^* evuresse que font les triumvirs dans leur édit de ne pour ic.rs
ri . • . richesses.
proscrire personne pour ses richesses. Rien au monde n'était plus éloigné de leur pensée. Ils avaient un besoin extrême d'argent, sans quoi ils ne pouvaient tenir tête à Brutus et à Cassius, qui en avaient fait , surtout le dernier, de très-grands amas dans les opulentes contrées de l'Asie et de la Syrie. Ainsi il est encore plus vrai par rap{)ort à la proscription trlumvirale, que par rapport à celle de Sylla , que le plus grand de tous les crimes était d'être riche, et d'offrir ainsi à des tyrans avides l'espérance d'un ample butin.
Les noms qui paraissaient à la tête du tableau de la Affectation
1 f daiisleclioiv
proscription annonçaient tout d un coup toute la tureur jcs noms
, . . , . • I 1 1 ■ r ■ placés à la
des trmmvu's, et étaient un signal de terreur qui tai- \^^^ ^^ j^. sait connaître que personne ne devait espérer qu'aucune ^|* considération fût capable de les fléchir. Les premiers proscrits étaient Paulus, frère de Lépidus, et L. César, oncle d'Antoine; ensuite venaient Plotius , frère de Plancus, et L. Quintius, beau -père de PoUion , en même temps que , dans un autre tableau pendant à côté, Plancus et Pollion étaient désignés consuls, l'un pour l'année suivante, l'autre pour la quatrième année d'après celle où nous en sommes. Et, comme si Octavien
bicau de la
roscrip-
tiou.
l4o HISTOIRE ROMAIWE.
eût appréhendé de dégénérer de ces exemples d'inliumanité, outre Cicéron, à qui il avait tant d'obligations , il proscrivit encore T. Toranius , ami de son père , et qui avait été son tuteur à lui-même pendant les années de son enfance, )ctavien au- C'est donc bien inutilement que quelctues écrivains
taut et plus I 1 ' 1 • 111
ruciqueses out voulu dccliarger Octavien d'une partie du blâme, Siiet. Aug. et taire une distmction entre lui et ses collègues. Suétone ^' ^'" nous apprend que véritablement il s'opposa d'abord au projet de la proscription; mais que, lorsqu'elle fut une fois résolue, il l'exerça avec plus de rigueur que les deux autres ; et qu'au lieu qu'Antoine et Lépidus se laissaient assez aisément attendrir en bien des occasions, lui, il fut presque toujours inexorable. Et, après la proscription finie, Lépidus ayant cru devoir au sénat une sorte d'excuse pour le passé , et faisant espérer pour la suite une conduite de douceur et de clémence , parce qu'il regardait sa vengeance comme satisfaite, Octavien, au contraire, déclara que, s'il avait mis fin à la proscription, c'était sans prétendre se lier les mains, ni se prescrire de loi qui gênât sa liberté.
Dion , et surtout Appien, nous ont laissé beaucoup de détails sur les événements de celte proscription , et sur les aventures des proscrits, qui ne périrent pas tous. Plusieurs se sauvèrent par différentes voies, que la nécessité , appelée à bon droit ingénieuse , leur fit imaginer à eux-mêmes, ou à leurs amis, à leurs proches, à leurs domesti(jues. Et pour ce qui est de ceux (pii ne puicnl échappera la cruauté de leurs assassins, répandus partout dans Rome, dans les villes d'Italie et dans les campagnes, il en est dont le triste sort lut accompagné de circonstances tout-à-fait intéressantes.
niSTOIRF ROMAI^'F. I /j I
Pour éviter la longueur, je ne transerirai point ici tous les faits pnrticulieis que racontent mes originaux; je ne détaillerai que ce qui regarde les plus illustres personnages, et ceux dont les noms sont plus célèbres dans riiisloire. Par ra,oport au général, je me contenterai d'une observation fournie par Velleïus, et qui est peu honorable à l'humanité : c'est que , communément j)arlant', les jiroserits trouvèrent dans leurs femmes, en ces cruelles circonstances, une fidélité parfaite, médiocre dans leurs affranchis et dans leurs esclaves, nulle dans leurs fils ; tant l'espérance est une dangereuse séduction pour l'esprit humain, et capable de violer les droits les plus sacrés, dès qu'ils deviennent des retardements et des obstacles!
Entre les victimes de la cruauté des triumvirs, Ci- Mon de cicéron , par bien des endroits, tient le premier rang. Il Liv!^ap".'scD. avait été proscrit avec son fils, son frère, son neveu, ,f ",?'*'"'■ ^^';.
I ■» •) 1 Vell. II, 66.
tous ceux qui lui appartenaient, et qui avaient avec lui ^''"- '"Cic.
' ' ' '■ Appian. Dio.
quelque liaison d'amitié ou de parenté. Il ne pouvait pas se promettre un autre sort; et il savait bien qu'il ne lui était pas plus permis d'espérer de grâce d'Antoine, qu'à Brutus et à Cassius d'en attendre du jeune César^. Aussi était- il sorti de Rome à l'approche des triumvirs, et son premier dessein fut de passer la mer' avec son frère pour aller en Macédoine dans le camp de Brutus. Ils marchèrent ensemble quelque temps, déplorant mutuellement leur infortune; mais connue leur
' « Id notanduin est, fuisse in ' « M. T. Cicero suh adventum
proscriptos uxoruiii fidem sammam, triumvirorum cesserai Urbe, pro cer-
libertoruin niediam , servorum ali- tohabens, id quod erat, non m.if^is
qunin , filionim nullam. Adeô diffi- Antonio eripi se, quàm Cœsari Kru-
cilis est huminibus utcnmquc t-on- tuiu et Cassinin posse. » ( Liv. ) ceptae spei mora ! » ( Velt,. it , 67.)
i^l HISTOIRE ROMAINE.
départ avait t'ié fort précipité, et qu'ils manquaient de beaucoup de choses, Quintus retourna sur ses pas pour faire de plus amples provisions , et Cicéron continua sa route vers Gaëte, où, n'ayant point eu de nouvelles de son frère , il s'embarqua. Tantôt les vents contraires % tantôt les fatigues de la mer, que son corps épuisé par les agitations de son esprit ne pouvait soutenir, l'obligèrent de relâcher. Enfin il se trouva ennuyé et de fuir et de vivre , et il prit le parti de gagner une maison de campagne qu'il avait dans ces quartiers à un mille de la mer. «Il ftiut, dit-il, que je meure dans ma « patrie, que j'ai plus d'une fois sauvée. »
Selon Plutarque , la superstition s'en mêla. Une bande de corbeaux vint se poser sur les vergues du bâtiment qui portait Cicéron, et ils se mirent à becqueter les extrémités supérieures des cordages; ce qui ayant paru d'un mauvais augure, Cicéron se fit mettre à terre. Les corbeaux le suivirent; et pendant qu'il était dans une des chambres de sa maison de campagne , couché sur un lit de repos , ils s'attroupèrent de nouveau sur la fenêtre, et l'un d'eux s'avança même jusqu'au lit, et avec son bec il tirait la couverture dont Cicéron s'était enveloppé la tête. On veut du merveilleux j)artout, et singulièrement dans les morts tragiques des grands hommes. Ces petites circonstances , sans doute mêlées de fai)uleux, méritaient peu d'être rapportées par un écrivain aussi judicieux que Plutanjue. Je ne voudrais pas non plus (ju'il eût attribué à Cicéron la jxMisée
' « Aliquolifs luallum prove(!liiin ccpit ; regressiis(|iic ;m1 sii|)<'ri(>t'<'iii
(luuin inodi) venli advcrsi lotulis- villam , (jux |)aulo plus milli- passi-
sonl , modo ipse jiu-latiouem iiavis l)u.s a mari al)cst, ,J/i>r/«r , iucjuil , ///
ca-covolvciitc (hulii jiali non possi.-t, putriti sir/it- serviitn. >• txdiuiu laudeiu fuiii et fuya; el \\\.x
folle d'aller à Rome se couler furhvement dans la maison d'Octavien , et là se tuer lui-même auprès des dieux pénates de cet ingrat, pour attirer sur lui le courroux et la vengeance du ciel. La crainte, dit-on, des tourments auxquels il s'exposait l'en empêcha. Pour moi , tout cela me paraît ajusté au théâtre, et je m'en tiens au récit heaucoup plus simple de Tite-Live.
Il paraît que les gens de Cicéron le tirèrent comme par force de sa maison pour tâcher de le mettre en sûreté : ils n'en eurent pas le temps. Lorsqu'il était encore en marche , ceux qui le cherchaient pour le tuer l'atteignirent. Quelques-uns ont dit qu'ils furent mis sur les voies par un affranchi de Quintus Cicéron, nommé Philologiis, jeune homme qui avait été instruit dans les lettres par celui même qu'il livrait à la mort. Mais le fait n'est pas constant. Les meurtriers avaient à leur tête un trihun militaire nommé PopilliiLS , autrefois défendu par Cicéron dans une cause assez douteuse , et qui pour récompense de ce service avait demandé avec empressement la commission de tuer son bienfaiteur. Les esclaves ^ de Cicéron voulaient défendre leur maître; il leur ordonna d'arrêter la litière, et de souffrir tranquillement ce que la cruauté du sort rendait inévitable. En même temps, regardant fixement les
• « Satis constat servos fortiter fi- relatuin caput ad Antoniuiu , jussu-
deliterque paratos fuisse ad dirai- que ejus Inter duas manus in rostiis
canduiu: ipsiini deponi lecticam, et positam , ubi ille consul, ubi saepè
quietos pati quod sors iniqua coge- consularis , ubi eo ipso anno adver-
ret , jussisse. Piouiinenti ex lecti- sus Antoniuin, quanta nulla unquaui
câ,prœbentique iinniotani cerviceni , humana vox, cura admiradoue elo-
caput prafcisum est. Nec satis sto- qnentiae auditus luerat. Vix attol-
lidae crudelitati iniiitum fuit: manns lentes praî laci-yrais oculos lioiiiiues
quoque , scripsisse aliqnid in Anto- Intueri trucidata raembra ejus pote-
niuni exprobrautes , pra;cideruut. Ita rant. ••
l44 HISTOIRE ROMAINE.
assassins, il lendit Ja lete hors de la portière, et le centurion Ilérennius la lui eoupa, pendant que les soldats eux-mêmes, touchés et du malheur et de la constance d'un homme si digne de respect , haissaient les yeux et se voilaient le visage. Ce n'en fut pas assez pour satisfaire la brutale barbarie du centurion; il lui coupa encore les mains , en lui reprochant , même après sa mort , d'avoir écrit contre Antoine. Plutarquc assure qu'en cela il exécutait les ordres du cruel triiunvir.
Popillius porta la tête et les deux mains de Cicéron à son ennemi, qui ne craignit point de repaître ses yeux d'un si horrible spectable, et qui, après avoir considéré attentivement, et même avec de grands éclats de rire, ces restes affreux et lamentables, ordonna qu'on les plaçât sur la tribune aux harangues, en disant que, quant à lui, la proscription désormais était finie. La tête de Cicéron fut donc exposée entre ses deux mains sur ce lieu même , d'où tant de fois et pendant son consulat, et depuis qu'il était consulaire, et enfin la dernière année de sa vie, dans ses discours contre Antoine, il avait fait admirer une éloquence que jamais aucun homme n'a égalée , ou du moins surpassée. Tous les spectateurs étaient attendris, el ils n'osaient lever leurs yeux mouillés de larmes sur des objets dont la vue les perçait de douleur. Antoine avait prétendu insulter à la mémoire de celui qu'il haïssait ' et il ne voyait pas qu'il se déshonorait lui-même par <;elte I.ulie vengeance, (jui prouvait son insolence dans la prospérité et l'iiidigne abus (pi'il faisait de son pou-
•KaOârep si; tov véxpov OCpt^lwv, xa7at(ïy;jvovTa tt,v s'^ouaixv e-iJei- (,{>■/ avzov èvu£p(!^cvT« tt) TÙy/r kolI xv'jy.£vo;. (Plut, in Anton. )
HISTOIRE ROMAINE. l45
voir. On as.sure qu'il eut la bassesse de couronuer de
sa main Pc)|)iirnis, le (^liet" des meurtriers, et (ju'il
sûutïril (jue cet lioiiuue e\cei;il)le |tlaral sur la ti ihiuie
uiv harangues son propre poitrait oi né d unt' eou- Euseb. Chr.
ronne, à côté des restes déplorables de celui (ju'il avait
tué.
Fulvie, autrefois mariée avec Clodius, et actuellement femme d'Antoine, et de plus offensée personnellement par (licéron, qui avait plus d'une fois lancé contre elle des traits désobligeants, exerça sur sa tète inanimée la fureiu' et la rage avec laquelle elle eût voulu le tourmenter vivant , si elle l'eût eu en sa puissance. Avant que cette tête fût portée sur la place, elle la fit mettre devant elle, l'accabla d'injures, cracha dessus; et, l'avant posée sur ses genoux, elle lui ouvrit la bouche et en tira la langue, qu'elle perça avec son aiguille de tête; action digne d'une furie telle qu'avait toujours été cette femme, et telle qu'elle fut jusqu'à la iin 1
T.a postérité a bien vengé Cicéron des outrages d'An- invectives
. • AT 1 1 1. ' ' â ' I ' I ' 1 ^ I des écrivains
tome. ÎNulle mort n a ele déplorée plus amèrement (jue eutouteenre celle d'un homniequi avait fait tant d'honneur aux lettres. '"""""^ ^"-
I toiue au su-
Poètes , orateurs, historiens, tous ont signalé leur dou- i*^' ^^ ••^"^
' ' ' O mort.
leur sur lairiste fin de Cjcéron, et, ])ar une suite )iaturelle , une indignation extrême contre son meurtrier! On peut voir dans la collection de Sénèque le père sen. suasor. plusieurs fragments de rhéteurs et d'anciens historiens qui se sont exercés sur cette matière. Velleïus, tout adulateur qu'il est , se laisse ici ti'ansporter par son zèle jus([u'à interrompre le fil de sa narration et quitter le stvle lnstori(|ue pour invectiver contre la cruauté d'An-
Tom^- XXir llu-. Rom. 1 O
l46 HISTOIRE ROMAINE.
toine. Pline l'ancien dit beaucoup en un seul mot trèsénergique : il assure que Cicéron n'a point été proscrit par Antoine, mais qu'au contraire il l'a proscrit luimême en le couvrant d'infamie aux yeux de toute la postérité. Martial déclare qu'x\ntoine ' lui paraît plus criminel par la seule mort de Cicéron , que par tout le carnage des autres proscrits, et qu'il n'a plus rien à reprocher au misérable Pholin , assassin du grand Pompée.
Pourquoi Daus tous CCS reprochcs , Octavien est épargné; ce
été épargné, u cst pas quil u (lit l)i('n mente d en porter une paitie. Mais, outre qu'il devint le maître, et que l'on craignait, même sous ses successeurs, de manquer de resj)ect à sa mémoire ; outre qu'il n'avait pas agi directement contre Cicéron, et s'était même, quoique faiblement, opposé au dessein de le proscrire, dans la suite il lui
Plut, in Cic. rendit justice jusqu'à un certain point; et Plutarque nous a conservé un trait mémorable à ce sujet. Il dit que plusieurs années après, lorsque Octavien gouvernait l'empire sous le nom à^ Auguste , il entra un jour subitement dans la cbanibre d'un de ses petits-fils, qui avait entre les mains un livre de Cicéron. Le jeune prince, effrayé, cacha son livre sous sa robe, Auguste le prit et en lut tout debout une partie considérable; après quoi il le rendit en disant : « C'était un liomme «d'esprit, mon fils; un homme d'esprit et aimant sa « patrie. »
Portrait de Cicérou fut lué le '] décembre, dans le douzième
' Aiitoui . pliario iiiliil olijectiire Pliotiuo,
Et Icviii> tabula ,(juaui (iiccruue, uoi-cut.
( M AKTIAI.. V, (il). )
HISTOIHI ROMAINi:. l/j^
mois de la soixaiitt'-(jnalrièiiie année de son âge': en ciiéron sorte que , selon Tite-IJve , dont j'emprnnterai iei le caù's. corr. nincean pour traeeren laccourei le portrait d'un homme "'"'' " '"^^ si fameux , sa mort n'aurait pas pu paraître tout-à-fait prématurée, si elle eût été naturelle. Son talent sublime a brillé |)ar des ouvrages immortels, et a été réeompensé par les plus grands honneurs. La fortune lui fut long-temps favorable : mais, dans le cours d'une longue prospérité, ayant éprouvé plusieurs cruelles disgrâces, son exil, la chute du parti auquel il s'était attaché, la perte de sa fille, une fin tragique et cruelle; de toutes ses adversités, il n'en soutint aucune avec la constance qui convient à un homme de courage , si ce n'est la mort. Et cette mort même, à en juger équitablement , peut paraître moins atroce, parce qu'il ne souffrit de la part de son ennemi que ce qu'il lui aurait fait souffrir lui-même, s'il en eût eu l'occasion et le pouvoir. Après tout, compensons .ses défauts avec ses vertus, nous trouverons qu'il fut un grand homme, plem de feu et d'élévation , mémorable à jamais, et qui ne sera point loué dignement, s'il n'a un autre Cicéroii pour panégyriste.
C'est ainsi que s'exprime Tite-Live, qui, en liomme supérieur^, loue à pleine bouche le mérite et les talents
' « Vixit lies et sexaginta annos , digiium erat tulit, praeter niorteiu:
ut,si visabfuisset , ne imiualiira qui- quae verè aestimanti minus indigna
dem mors vider! possit. Ingenium et videri potuit , quod a viclore ini-
opeiibus. et piaemiis opeium felix. mico nihil crudeliu!> passns erat.
Ipse fortunîc diù prosperae : et in quàm quodejusdem f'ortunic conipos
lougo lenore Celicitatis , uiaguis in- ipse fecisset. .Si quis tamcn virtulibus
terim ictns vuliieribus, exilio, ruina vitia pensârit , vir magnns , acer ,
parlium pro quibus steteral , lilise memorabilis fuit, et in cujus laudes
morte , exilu tani tristi atque acerbo. Cicérone laudatore opus fuerit. ■■ umnium adversorum niliil ut \ iro ' •■ Caudidissimus omnium nia-
lO .
tus sur sa mor tonius tué par représailles.
l'Iut.
l48 lIlSTOlKli ROMAIXE.
d'autrui. Pollion, quoi(jue assez peu favorable (railleurs à Cicéron, tient pourtant à peu près le même langage : seulement , à la faiblesse d'ame dans les désastres qui a été reprochée à ce grand et rare génie par tous ceux qui ont parlé de lui , il ajoute le défaut de modération da«s la prospérité'. Cicéron, soit qu'il fût dans une situation triste ou heureuse, ne pensait pas qu'elle pût changer : très- différent de ce cœur bien préparé dont parle Horace*, qui espère dans l'adversité, et qui craint dans la bonne fortune le retour du sort contraire. Mot de Bru- lirutus , toujours uu pcu rigide dans ses sentiments, tCAn- JLigS'i ^'^ï^ sévèrement de la mort de Cicéron : il dit qu'il était plus honteux de la cause qu'affligé du malheur. Ce mot n'a pas besoin de commentaire , après les luiirut. morceaux que j'ai rapportés de ses lettres, dans lesquelles il censure avec tant de force les complaisances de Cicéron pour Octavien. 11 le vengea néanmoins; et pour apaiser les mânes de Cicéron et de Décimus, cjui tous deux étaient ses amis, et l'un même son parent, il envoya ordre à Hortensius de mettre à mort C. Antonius, son prisonnier, et frère du triumvir. Il l'avait épaigné juscju'alors par pure générosité : car, sans parler des instances réitérées de Cicéron, qui voulait (pTil s'en défît dès les commencements , Caïus , depuis (piil élait au pouvoir de lirulus, avait à deux différentes rejjrises tenté d'exciter des soulèvements parmi les troupes de son vainqueur. La cruauté de son frère j)a-
"noruiu iiiijenioriiin a'-stimaiorT. Li- (^-isin. /-"o//. apud Sen. ibid. ) J
vius. •> ( StN. il)id. ) ,. . • r •• . •. j- V
^ ' j .Sperril iiilcstis, nictiiit svcundis ^B
• ,. IJtinau. i.ioder.-.ti..,s seciindas ^„^.^.^__^ ^,,^.,^.,,, ^,.,,^ ,,,a.,,aral.>in ' '
ri's , et fortiiis advrrsas (erre poluis- l'iclus.
sel! Nain utrii'iiiie qutnii veiieiaiil ( Hori*r.u,/. Il , ii> ci, luutaij cas non pobsc rcbatui ••
iriSTOTRïï ROMAINE. I \C)
rnt ;i Rrutus iinr raison déterminante de le sacrifier; »4 je ne vois pas qu'il en soit blâmé dans l'histoire, (inoique des représailles, qui sûrement n'arrêteront pas l'injuste violence de l'ennemi, me semblent bien peu conformes à l'hiunanifé.
Le fds de Cicéron, qui avait été proscrit avec son père, était auprès de Rrutus; et non -seulement il écliappa au\ fureurs de la proscription, mais dans la suite il fut élevé par Octavien au consulat, comme nous le dirons en son lieu.
0. Cicéron et son fds n'eurent pas un si heureux sort. Mort des
/ / 1 - deux Quiii-
Le fils fut pris le premier, ayant ete trahi par ses es- ms cicéron, claves. C était un caractère qui avait donne bien des Api.iai..Di... sujets de chagrin à sa famille; et les lettres de C.icéron à Atticus sont remplies de plaintes contre lui. Néanmoins, dans cette dernière et triste occasion, il fit preuve d'une tendresse filiale qui ne ])eut être assez louée. Il cachait son père; et, quoique livré aux bourreaux qui le tourmentaient pour lui arracher son secret, il s'obstinait à garder un généreux silence. Le père, qui n'était pas loin et qui entendait tout ce qui se passait, ne put souffrir que son fils fût si cruellement traité à cause de lui , et il vint se découvrir lui-même. Il v eut combat entre eux à qui mourrait le premier. Les bourreaux les mirent d'accord en les égorgeant tous deux en même temps.
L'onde d'Antoine fut sauvé par sa sœur .Iulie, mère L.cësarsau-
1 • ■ / 1 . r ^ 1 • vé par sa
(lu triumvir. Cette dame reçut son trere dans sa mai- ^^^^\ ^^^^.^ son, et il y jouit pendant un temps de quelque tran- 'i'^"-'"°<' quillité, parce que les centurions respectaient la mère de leur général. Il s'en trouva pourtant un assez audacieux pour venir avec des soldats et se mettre en
I 5o HISTOIRE UOMAINE.
devoir de forcer l'entrée. Julie se présenta à la porte; et étendant les bras pour empêclier les assassins de passer : « Vous ne tuerez point, leur dit- elle, L. César « que vous n'avez auparavant tué celle qui a donné le « jour à votre généial. » Quelque accoutumés que fussent les soldats à l'insolence et à toutes sortes de cruautés, ils furent arrêtés tout court par ces paroles si généreuses, et ils n'osèrent passer outre. Alors Jidie, pour délivrer une bonne fois son frère de tout péril, alla dans la place où Antoine était assis sur son tribunal avec ses deux collègues; et lui adressant la parole, « Je « viens me dénoncer, dit-elle, comme recelant L. César, u Ordonnez que l'on nie tue, puisque la peine de mort « est prononcée contre ceux qui sauvent les proscrits. « Antoine lui répondit qu'elle était meilleure sœur qu'elle ne s'était montrée bonne mère; puisque, n'avant point empcclié L. César de déclarer son fils ennemi public , elle voulait maintenant le soustraire à une juste vengeance.
II ne put néanmoins refuser sa mère, et L. César jouit par elle d'une entière sûreté.
Lépidiis Paulus n'eut pas tant de peine à obtenir sa grâce de
consent à^,., «v -, ., ,.
l'évasion de i^epi^us soii trcre. bans éclat et sans bruit, une per-
son frère •• .-tli- • .1 .1 1
Paulus. mission laciti' du truunvu', et le respect des gens de guerre pour le frère de leur général, lui donnèrent le moyen de sortir de l'Italie. Il alla dans le camp de Brutus : et après la bataille de IMiilippes, s'élant retiré à Milet, il y passa le reste tie ses jours, sans daigner profiler di- la libellé (pu lui hil accordée de revenir à Kome.
Mort <lu j)(.s, nrosenls (lue lai nommés lustiu ici il en reslt>
lir-.iu-ptT(' ' I .p .'I
(le l'ollion, encore h ois du soi! (lesiniels je dois rendic eonuile.
•lu fr.rc i\r . , , '
l'Iancus. <i Le licill-perr (le l'ollioii, ;(\anl ele assez liciiieiix Jioiir
4?a«ner la mer et pour s'eniharquer, fut haltu de la tein- de Toranius, prle. Lin desespou' tout-a-lait étrange s empara de lui, tavien. si nous en croyons Appieii ; et j)our ne j)oint périr par un naufrage, il se précipita lui-même dans les flots. Je trouve dans le nicnie Appien, parmi ceux dont les fils ingrats demandèrent et poursuivirent la mort, un C. Toranius, ancien préteui, (jui paraît être le tuteur d'Octavien dont j'ai parlé. Il fut tué par les soldats. La riin;xm,4'î.
J r .... Val. Max.
mort de Plotius, frère de Plancus, a ceci de singulier, vi, 8. que ce fut l'odeur des parfums, dont il usait jusque dans le lieu de sa retraite, ({ui le décela. Il ne fut pourtant pas trouvé tout d'un coup ; et ses esclaves, par une fidélité bien louable, aimèrent mieux souffrir les tourments d'une rude question (pu- de découvrir leur maître. Plotius les délivra en se montrant lui-même, et fut égorgé.
Au milieu de ce grand nombre d'innocents, (jui mé- Verrcs pro-
.,, • • r scrit.
ntaient un meilleur sort, on ne sera pas, je crois, tort porté à plaindre un fameux criminel que ses injustices et ses violences rendent indigne de toute pitie. C'est Verres, accusé plusieurs années auparavant par Cicéron , et réduit à s'exiler lui-même, mais depuis revenu à Rome, sans doute en vertu de la loi de C.ésar qui rappelait tcnis les exilés. La même fu! eur pour les curieuses bagatelles qui lui avait fait comineltre tant de crimes fut aussi la cause de sa mort. Il avait de très- piin.xxxiv, beaux vases d'airain de Corinthe, qu'Antoine désirait avec passion. Sur le refus (jiie Verres fit de les céder au triumvir, il fut j)roscrit.
.\ tant de tristes objets subslituons-eii de plus doii>i. Exemple de et |)armi tant de crimes donnons place à quelques traits ^'IJ^moude \er!u. Nul ne me paraît plus digne de mémoire que vêle par le
l52 HlSTUlllli; ROM AIKi:.
fils dop- celui d'un fils qui renouvela l'exemple de la piété d'É- Appian. née avec un pareil succès. Son père Oppius, âgé et infirme ^ se voyant [)roscrit, ne croyait pas qu'un reste de vie languissante vali\t la peine detre conservé, et il voulait attendre tranquillement dans sa maison les meurtriers. Il ne put résister au zèle et aux instances de son fils, (jui le prit siu- ses épaules, et, chargé de ce précieux fardeau, traversa toute la ville, méconnu des uns et attirant le respect des autres par la beauté d'une si louable et si généreuse action. Lorscju'ils lurent hors de Jlome, le fils, taultk aidant son j)ère à marcher, tantôt le portant, si la fatigue devenait trop grande pour le vieillard, le conduisit ainsi juscpi'à la mer, d'où il le fit passer en Sicile, dette preuse admirable de piété filiale brilla beaucoup dans un leMij)s où, comme je l'ai dit d'après Velleïus, tout clail plein d'exemples de fils dénaturés. Le peuple en garda le souvenir; et quelque temps après, loiscjue le calme fut rétabli dans Rome, il fit le jeune Opj)ius édile. Mais les biens de son père ayant été confisqués, l'édile n'avait pas de quoi faire la dépense des jeux qu'exigeait sa charge. Les ouvriers lui fournirent gratuilement leurs peines et leurs services; et les spectateurs, se taxant chacun selon sa volonté et son poiixoir, jetèrent sur l'orchestre' une assez grande (juanlité d'argent pomléparer à l'égard d'Oppius l'injustice du sort. Vairon mis Fufius Calémis , (jui avait toujours été attaché, connue
en sûreté pi >/•■•' .. ^ t . • r. . i'
par Cair'uus. *^" '' |'" I ol'scrver, a CiCsar et a Antoine, h( acte ciann fidèle par rapport au d(jcle Varron. Le mérite de cet homme rare, (pii s'était distingué dans les armes aussi-
' L'oicli<->lri: «'■liill t'hi'/. I( ;> JloiiKiiiis l.i |iiiitii- du llicjtii- (lù se plafiiieiU les sénateurs et les vestales.
m;. TOI RE ROM Al Ni:. 1 53
l)ien que clans les lettres, ne pouvait manquer de le rendre odieux et suspect aux triumvirs : d'ailleurs il avait été ami et partisan de Pompée; et enfin Antoine, tlu vivant même de César, s'était déjà emparé d'une partie de ses biens. T.es amis de Varion se disputèrent l'honneur de le recueillir dans sa disgrâce. Calénus emporta la préférence. Il le retira dans une maison de campagne, où Antoine venait souvent, sans soupçonner en aucune façon qu'un proscrit de cette importance logeât sous un même toit avec lui. Yarron passa ainsi en sûreté tout le temps périlleux, après quoi il reparut, n'ayant souffert d'autre dommage que le pillage de sa bibliothèque. Il vécut encore long-temps, et poussa ses a. Geii. m, travaux littéraires aussi loin que sa vie ', c'est-à-dire jusqu'à Tàge de cent ans.
Atticus, ami intime de Cicéron et de Brutus, mais ^"i.^^"^,"^^ oui néanmoins avait rendu des services essentiels à la «les pro-
i scnts.
famille d'Antoine dans son infortune, reçut alors la ré- Com. Nep. compense d'une conduite si pleine de modération. Il vita. s'était cru menacé, non sans fondement; car il fut proscrit. Il prit donc sagement le parti de se cacher : et son asvie fut la maison de P. Volumnius, qui lui avait des obligations très-grandes et toutes récentes. Il s'y enferma avec Q. Gellius Canus, son ami depuis l'enfance, et qui lui ressemblait parfaitement par la dou- . ceur de ses mœurs. Volumnius était chéri d'Antoine, et le compagnon de ses plaisirs. Il n'eut pourtant pas besoin de faire usage de son crédit auprès de lui en faveur d'Alticus. (^e triumvir, très- cruel sans doute, mais par eiiqiortemeiit , par fureur, plutôt (pie par le
' "lu eodern lectulo et spiritus ejus , et egreijioriini operiiin cursus c-xsliuflu.sesl.u (Val. Max. vm, 7.)
fond du caitutère, qui était capable de générosité, se souvint de ce c|iril devait à Atticus : et s'étant inroinié du lieu oii il se tenait caché, il lui écrivit de sa main, l'assurant qu'il n'avait rien à craindre ni pour lui-même, ni pour Gellius Canus ; qu'ils avaient été Tun et l'autre effacés par son ordre de la liste des proscrits. Ce fut une double joie pour Atticus de sauver avec lui son compagnon, dont l'amitié commencée dès les écoles n'avait fait que croître jusqu'à leur commune vieillesse. Eloge do sa Comélius Népos loue beaucoup à cette occasion la
prudence et i 15 t • • 1 • ?•! '
de son hu- prudence d Atticus ; et, quoique la vie qu il a composée "°""' *"' de cet illustre chevalier romain sente un peu' le panégyrique, j'avoue que je souscris plus volontiers à ses éloges (ju'aux observations malignes de l'abbé de Saint- Réal. Pourquoi n'adopterait-on pas, par exemple, cette réflexion de Cornélius Népos? « Si ', dit- il, on vante « l'habileté d'un pilote qui a su sauver son vaisseau de « la tempête et des écueils semés sous les eaux, qui peut « ne pas louer la prudence d'un citoyen ({ui, au milieu « de tant d'orages furieux excités dans la république, « a pu se garantir du naufrage? » Cette prudence est d'autant plus louable dans Atticus, qu'elle fut iDujours jointe à la bonté, à la générosité, et à une inclination ' décidée pour faire du bien à tous. Ainsi, échappé lui-
même du danger de la proscription, il fui la ressource d'un gtand nombre de proscrits. Il avait des terres el d amj)les possessions en Epire. Aucun proscrit ne s ) retira qui n'y trouvât tous les secours dont il pouvait
' ■ QiKid si i»iil>crn;ilnr piM'cipnà lia, qui ex tuM.inKjiic {jiavibiis pio-
làiidc l'i'iriir, ijiii ii.iM'iii i'\ liirriH- ccllis <'i\ illliiis ,i(l iiiooluruitatciii j><-r
iiiari(|iic .scopiilosi) scrxal, iiir iinii \fiiil;'.. sini!iilai'is ejiis exisliiiietiit priidrii'
lIISIorUF. ROMAINE. J 55
avoir besoiii pciulaiil loiil lo kMn|)s <|u'll lui plut (Kv demeurer.
Je ne puis mieux liuir les détails louchant les pro- Messaia efserils que par Messala, jeune alors, mais (pii promet- bro des tait déjà tout ce que l'on peut attendre d une ame hien née et d'un esprit supérieur. Nous avons un éloge de lui dans une lettre de Cicéron à Brutus : et je le transcrirai ici d'autant plus volontiers, que j'aurai lieu dans la suite de parler plus d'une fois de celui qui en est l'objet. Messala était parti d'auprès de Cicéron pour aller rejoindre Brutus, de qui il était de longue main aimé et estimé. Cicéron dit donc à Brutus : « Vous le « connaissez * , et par conséquent il est inutile que je « vous fasse son portrait : mais il ne m'est pas possi- « ble de passer sous silence un mérite si accompli. Ne « pensez pas que qui que ce soit puisse être comparé à « Messala pour la probité , pour l'uniformité de prin- « cipes et de conduite, pour le vif et ferme attachement « h la république : en sorte que l'éloquence, dans lace quelle il excelle mervedleusement, peut à peine trou- « ver place parmi la multitude des louanges qui lui sont « dues. Dans son éloquence même, la sagesse brille et « domine : tant la solidité du jugement et l'art le n)ieux « entendu le guident sûrement dans cette étude, et l'ont « conduit au goût le meilleur et le plus épuré. Il a na-
■ « Cave cxistimes, Brute, (quan- ciim nd laudandiim habere videatur.
quam non est necesse ea me ad te Quauquam in hac ipsa sapientia plus
quse tibi nota sunt scribeie ; sed ta- apparet ; ita gravi judicio iniiltàtiiie
men tantaiii oiiitiiutii laudiim cxcel- arte se exercuit in verissimo génère
leutiam non queo silentio pr;eteriie) dieendi. Tantâ auteni industrià est,
cave putes probitate, constantià , tantùuique evigilat in studio, ut non
cura, studio reipublica- , quidquam luaxima ingcnio, quod iu eo siim-
illi simile esse ; ut cloquenlia , quâ muin est, gratia habenda \ ideatur. "
mirabiliter cxcellii, vix in eo lo- {Cu. ad Bnic i, i5.)
'( turelleinont Tcsprit «'levé : mais il v joint une activité « et une ardeur pour le travail qui semblent disputer « à son esprit la gloire de ses succès. » C'est ce jeune homme, si digne personnellement d'estime , et d'ailleurs reconuiiandable par la plus haute naissance, que les triumvirs proscrivirent sous le faux prétexte qu'il était Appian. complice du meurtre de César. Messala n'avait rien à craindre de leur injustice, puisqu'il était dans Tannée de Brutus. Soit cette raison, soit honte, soit espérance de l'attirer à eux, les triumvirs firent afficher un placard qui portait : « Comme les parents de Messala nous c( ont certifié qu'il n'était pas même à Rome dans le « temps que César a été tué, nous le rayons du cata- « loguc des proscrits. » Messala ne tint pas plus de «ompte de leur pardon qu'il n'avait appréhendé leur colère, et il demeura jusqu'à la fin fidèle à Brutus, pour qui il avait un respect et une tendresse (jue rien n'êffa«;a jamais de son cœiir.
Traits singu- Qu il me soit peruiis de m'arréter ici , et de renvoyer
liers sur , . . ;
quelques a Appicu ccux (le mes lecteurs qui voudront connaître
proscrits. i • !• v i • o l
l'iiu. \ 11,45. toutes les aventures particulières des proscrits. Neulcnieiit je reinai([uerai encore brièvement quelques singularités dignes de mémoire, et je citerai un Kitluslius, autrefois proscrit par Sylla, et échappé pour-lors à la iiioil , mais (jiii la subit nialluurruscmcnt sous Ks triumvirs, ayant été de nouveau proscrit par cu.v au bout
Ici. xxxvH, ^\Q trente ans, uniquement parce qu'il avait été une première fois proscrit; un Nonius, (jui .se fit proscrire pour une opale de la grosseur d'une aveline, doiit d était possesseur, et qu'il conserva au péril «lésa tète et au v
.^ppian.Dio. dépens de tout son bien; enfin un jeune enfant nomme Atilius, dont les riohesscs ayant e.vcité la cupidité des
HISTOIRE romai:ne. [ ^-j
Irmmviis, ils lui firent prendre la robe virile, afin ([iTil j)ût être réputé honinie, et proscrit couinie tel.
Ain.si l'avariée et la cruauté se réunissaient pour toui ineiiter les infortunés Koniains : en sorti; que l'on doit compter pour heureux ceux à qui il fut [)erniis de racheter leur vie par les sommes immenses qu'ils donnèrent à Antoine et à sa femme. Car Fulvie fit un per- Fuiviefait
. . ,, un person-
sonnage dans cette proscription : et Ion rapporte que nagcdausU
iat< Il '' ' ^ k • i)roscri-
la tête il un malheureux avant ete apportée a Antoine, ^nioa. il dit : « Je ne connaissais pas cet iiomme-là. H s'agit j^ ^^' « apparemment d'une affaire qui regarde ma femme. » ^Pi"*"^'" Effectivement il avait été mis sur la liste fatale par ordre fie Fulvie, à qui il avait refusé de vendre sa maison. Et afin que la cause de son malheur ne fût pas douteuse, sa tête, au lieu d'être portée, comme celle des autres proscrits, à la place publique, fut exposée dans la maison même qu'il n'avait pas voulu abandonner.
C'est sur Antoine que tomba principalement l'odieux La haine
fomhe pai -
(le tant de cruelles indignités, d'autant plus qu'il sur- ticuiîère-
^ . , T ' ■ I • ment sur An-
passait Octavien en âge, et Lepidus en puissance : et t..ine. d'ailleurs il semblait prendre à tâche d'insulter à la ,n Anton. misère publique par les débauches dans lesquelles il se plongeait en ce temps-là même. Sa maison, souvent fermée aux magistrats et aux officiers de guerre, que l'on repoussait avec ignominie, était remplie de farceurs, de comédiens, de misérables flatteurs, livrés à la crapule la plus honteuse : et il prodiguait aux derniers des hommes l'argent qui était le prix du sang des plus illustres citoyens.
Lépidus et Plancus voulurent partager avec lui l'indi- Tnomi.hrs
Il 1 • 1 '1 n 1 ' odieux de
gnation universelle par le triomphe <pi ils se firent decer- Lépidus et
d,, , . de Plant-us
ans cette conjoncture pinir classe/ minces exploits
J 58 HISTOIRE ROMAI?fE.
(|u'ils prétendaient avoir faits clans les Gaules. Ils eurent la barbare insolence, au milieu de tant de sujets de deuil et de larmes, et pendant que des ruisseaux de sang coulaient dans les rues de Rome, d'afficher un placard qui ordonnait des réjouissances publi([ues pour
Pigh. Annal. Icuis triouiplies. lls étaient consuls désignés, et ils triomphèrent ]es derniers jours de l'année, Plancus le \ingt-neuf, et I^épidus le trente-un décembre, chargés tous deux de l'exécration des citoyens. TiCS soldats entrèrent dans les mêmes sentiments; et, en suivant le chardes triomphateurs, ils chantaient ce vers, qui nous
veii. 11,67. " ^té conservé par Velleïus : De Germanis, non de Gallis, duo triumphant consules. « Ce. n'est pas des f Gaulois que triomphent les consuls, mais de leurs « frères qu'ils ont proscrits. » Le sel de ce vers latin ne peut aisément passer en français, parce que le même mot Germani est le nom des peuples de la Germanie, et signifie frères.
Asyieso.i- Lcs cruautés de la proscription tiiumvirale furent renfermées dans les bornes de l'Italie. Tous ceux qui
verts aux
proscrit ors de \\ lie, surtout
horsderita- pm^g^t sortir de cette malheureuse région trouvèrent
^hezS.Poiu- (]^,5 protecteurs qui leur tendirent les bias. Brutus et Cassius, l'un en Macédoine, l'autre en Asie, Cormhcius en Afrique, en sauvèrent uii très-grand nombre. Mais aucun ne leur fut d'un plus grand secours que Sex. Pompée.
. . ,,. Cet unique héritier d'un nom si grand et si malheu-
\|)|)iun.Uio. 1 . , . .
reux, après avoir été condamné, comme je Tai dil, parmi les auteurs de la mort de César, quoiqu'on ne pût pas même lui en imputer le soupçon, fut encore mis sur la liste des proscrits. Il appela de ces injustes vA odii'ux procédés à son épée ; et, j)r(»lil.nil du litre
HISTOIRE ROJVrATNl. I Sg
(le commaiulant général ries mers ({ui lui avail été (lûiiiié clans un intervallo où le sénat pouvait quelque chose (l.ins la république, il rassembla t(Mit aulruil de vaisseaux qu'il lui fut possible , et reçut sans distinction tous ceux qu'il trouva disposés à le servir. Pirates, esclaves, brii;ands, tous furent bien venus auprès de lui. Des hommes d'une espèce bien différente, citoyens des villes d'Italie qui devaient être sacrifiées [)our la récompense des légions des triumvirs, accoururent en foule se ranger autour de celui qu'ils regardaient connue un vengeur, et augmentèrent ses forces. Bientôt il se trouva assez puissant, non -seulement pour tenir la mer de Toscane, piller, faire des courses , enlever les vaisseaux dans les ports de l'Italie, mais même pour s'emparer d'une partie de la Sicile, dont il força Pompeius Bithynicus, qui en était préteur, à partager le commandement avec lui.
Tout cela se fit durant le cours de la proscription, et le mit en état de devenir l'asyle le plus favorable aux proscrits. Il s'y employa avec zèle et générosité. 11 fit afficher dans Rome et dans toutes les grandes villes d'Italie des placards par lesquels il promettait à ceux qui sauveraient un proscrit le double de la somme que donnaient les triumvirs pour chaque tête ({ui leiu' était apportée. Il distribua des brigantins, des barques, des vaisseaux de guerre le long des cotes, pour avertir par des signaux les malheureux qui se cachaient, et pour recevoir tous ceux (jui pouvaient aborder. Lorsijue quelqu'un des proscrits était arrivé auprès de lui, il l'accueillait gracieusement, lui fournissait des habits, des équipages, et tout ce qui peut être nécessaire : et il donnait à cvu\ «pii en étaient capables des commande-
Exactions des triumvirs.
l6o niSTOTRE ROMAINE.
ments dans ses légions ou sur sa flotte. Il leur garda fidélité jusqu'au bout, et dans la suite il ne fit aucun traité avec les triumvirs oii il ne stipulât la sûreté des proscrits qui voulaient retourner dans leur patrie.
J'ai déjà observé que l'avidité des triumvirs pour l'argent égalait leur cruauté, et souvent même en était le seul motif. Les sommes inunenses que produisit la confiscation des biens des proscrits ne leur suffisaient pas, soit parce qu'elles étaient aussi mal administiées que mal acquises, soit parce que l'avarice du soldat était un gouffre que rien ne pouvait remplir. Comme les gens de guerre se sentaient nécessaires à leurs généraux, qui avaient un besoin indispensable de la force des armes pour retenir une domination a])puyée uniquement sur la violence et détestée de tous les citoyens, aucun respect ne retenait ni les officiers ni les soldats: ils lâchaient la l)ride à leurs désirs, et ne mettaient aucune borne à leurs demandes insensées. Non-seulement ils se faisaient adjuger la plus grande partie des dépouilles des proscrits, mais ils pillaient les maisons, ils se rendaient par voie de fait héritiers de ceux qui mouraient de mort naturelle. Enfin l'insolence fut j)ortée si loin, qu'Accia, mc^re d'Octavien , étant morte dans ce même tem|)s, il se trouva un soldat qui osa demander sa succession à son fils. Les triiunvirs furent donc bien éloignés de retirer de la vente des biens des proscrits ce (pi'ils en avaient espéré; et, après cette opération, ils (li'clarèrent au peiq)le (pTd leur- lallail encore, |)our la dépense de la guerre à lacjuellf ils se préparaient, huit cent millions de sesterces' (^cent millions de livres. )
' 1 (j 5 inillioiis. - I,,
HISTOIRK ROMAINE. iGf
Pour remplir ce vide, il n'est point d'exactions ni de rapines qu'ils ne missent en usage : taxes sur les aisés, niulliplication trinipots de toute espèce, enlèvement des dépots confiés aux vestales, avanies et chicanes contre les possesseurs ou des terres ou des maisons, tout fut employé. Ils amassèrent ainsi des sommes considérables, dont il fallut qu'ils fissent part à ceux de l'appui desquels ils ne pouvaient se passer; en soite qu'il se fit alors un changement universel dans les fortunes, et les biens passèrent des mains des riches à ceux qui peu auparavant n'avaient d'autre fond ni d'autre revenu que leur épée.
Un des expédients les plus singuliers dont s'avisèrent Taxe impoles triumvirs pour faire de l'argent, ce fut de taxer les ^''^ur'^ier* fennnes. Je place ici ce fait, pour rapprocher et réunir '^'^'^es. tout ce qui regarde les violences des triumvirs dans la ville, quoique assez vraisemblablement il appartienne à l'année suivante. Ils affichèrent donc une liste de quatorze cents dames des plus qualifiées et des plus riches, auxquelles il était ordonné de faire une déclaration de leurs biens, pour être ensuite imposées à telles sommes qu'il conviendrait, et cela sous peine d'amende contre celles qui refuseraient ou qui feraient des déclarations frauduleuses; et, pour découvrir la fraude, s'il s'en commettait quelqu'une, on promettait des récompenses aux dénonciateurs.
Les dames ne se manquèrent point à elles-mêmes dans cette occasion. Elles recoururent h la protection d'Octavie,sœurdu jeune César, et de Julie, mère d'Antoine; et elles en recurent des promesses obligeantes. Mais Fulvie, femme hautaine et arrogante, ayant rejeté leurs prières avec dédain , elles furent piquées de
Torne XX IF. Hist. Rom. \\
cette injure, et elles allèrent dans la place publique
attaquer les triumvirs eux-inemes. Le respect pour leur
naissance et pour leur rang ayant engagé la foule, et
'même les gardes, à s'écarter et à leur faire place, elles
s'approchèrent du tribunal; et là Hortensia, fille de
l'orateur Ilortensius, porta la parole pour toutes. On
trouve dans Appien le discours de cette dame, et il
me paraît troj) bien fait pour que je le soupçonne
d'être l'ouvrage de cet auteur. Ainsi je vais le transcrire
comme une pièce qui peut passer pour originale, et
copiée d'après les mémoires du temps.
Discours «Nous avous suivi d'abord, dit Hortensia, les lois
d Hortensia ^^ ^^ ]^ modcstic oui uous couvient, en commençant
a ce sujet. 1 •■•
« par nous adresser à des personnes de notre sexe , pour « obtenir justice par leur crédit. Mais ayant été trai- « tées parFulvie avec une hauteur qui blesse toutes les « bienséances, nous nous voyons forcées de vous présen- « ter directement nos plaintes.
« Vous nous avez enlevé nos pères , nos enfants , nos « maris , nos frères. Si vous nous enlevez encore nos « biens, vous nous réduirez à une situation qui ne sied « ni à notre naissance, ni à notre manière de vivre, ni «à notre sexe. Si vous prétendez avoir souffert aussi « de nous quelque tort, proscrivez nos têtes comme « vous avez proscrit celle des hommes. Mais si notre « faiblesse même est notre justification envers vous, si « nous n'avons ni déclaré aucun de vous ennemi public , <( ni corrompu la fidélité de vos soldats, ni envoyé con- « tre vous des armées, ni fait obstacle à vos vœux par «rapport aux dignités et aux charges (jue vous avez « ambitionnées , j)ourquoi partageons-nous la peine pen- « dant que nous n'avons eu aucune part à l'offense? et
H18T01RK UOMAINK. 1 63
« pourquoi faut-il que nous supportions des taxes, nous « (jui ne vous disputons ni la puissance ni le connnan- « deiiu'iit des légions, ni aucune partie de l'autorité -.; publique, pour l'invasion de laquelle vous vous por- « tez à de si grands excès?
« Mais vous avez une guerre à soutenir. Et quand « est-ce que le genre humain a été sans guerre? Quelce qu'un néanmoins a-t-il jamais pensé à imposer des « taxes sur les femmes? Le consentement universel des « nations leur a confirmé l'exemption que la nature « elle-même leur accorde. Nos aïeules, il est vrai, dans « le péril extrême que courait la république attaquée « par Aiuiibal, contribuèrent aux charges de l'état, « mais elles contribuèrent volontairement : ce qu'elles « donnèrent était pris, non sur leurs biens-fonds, sur « leur dot, sur leurs maisons, ressources sans les- « quelles ne peuvent pas vivre des femmes de condition « libre; elles n'y consacrèrent que les ornements de « leurs personnes; encore ne furent-elles soumises ni à « aucune estimation, ni aux délations des accusateurs: « rien ne ressentit la gêne ni la contrainte; elles se dé- « terminèrent librement sur la quantité de la contribu- « tion comme sur la chose même. Quel est donc le dan- « ger que vous appréhendez maintenant pour la patrie « et pour remj)ire? S'il s'agissait d'une guerre des Gau- « lois ou des Partlies, vous nous trouveriez prêtes à « renouveler l'exemple du zèle de nos aïeules. Mais pour « des guerres civiles, aux dieux ne plaise que nous vous « aidions par des contributions, ni que nous vous faci- « litions les moyens devons détruire les uns les autres! « Nous n'avons été chargées d'aucune taxe dans la guerre <i entre César et Pompée. Ni Cinna, ni Marius ne nous
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« ont fait une pareille violence, ni enfin Sylla lui-même, « ce tyran de la république , dont vous prétendez être « les réformateurs. »
Ce discours était trop libre et trop judicieux pour ne pas déplaire aux triumvirs. Ils se tinrent offensés de la hardiesse du sexe le plus faible, pendant que les hommes opprimés n'osaient lever la tête ni ouvrir la bouche. Ils voulurent donc faire repousser ces dames par leurs licteurs. Mais toute la multitude qui remplissait la place ayant témoigné par un cri improuver cette violence, ils prirent un ton plus doux, et promirent de penser encore à cette affaire. Leur modération n'alla pourtant pas jusqu'à rétracter pleinement l'injustice. Ce fut encore beaucoup pour eux de se retrancher quant au nombre, et de ne taxer que quatre cents dames au lieu de quatorze cents.
Ventidius J'ai dit, d'après Appien, qu'il avait été réglé dans la *sui.*Sa for*-' conférence de l'île du Réno qu'Octavicn céderait le contunesurpre- gy].,^ îj Vcntidius. C'était un homme (lui méritait ner-
nante. l I
A. Coll. XV, sonnellement les plus grands honneurs, si la chose s'était faite d'une façon plus régulière. Sa fortune est des plus surprenantes. J'ai rapj)orté ailleurs ([u'il avait été mené en triomphe, presque encore enfant, dans la
piin.vii,43. guerre sociale, par Pompeïus Strabo. C'est sans doute cette humiliation extrême qui a donné lieu à quelquesuns de dire qu'il était de bass(> naissance, quoique probablement il fût fils d'un des chefs des alliés révoltés contre Rome. Réduit à une très-grande misère, il servit d'abord comme simple soldat, et se distingua dans ce dernier degré de la milice. Dans la vue de se pousser, il entreprit des fournitures de mulets pour les équipages des gens de guerre, et il alla exercer ce ministère peu
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brillant à la suite de rannoe de César dans les Gaules. Ce grand homme, cjui avait la vue perçante et le coupd'œil sûr pour distinguer le mérite, démêla Ventidius dans cette obscure fonction. Il lui donna de l'emploi dans ses armées; et, ayant été content de ses services, lorsqu'il fut maître de la république, il le fit sénateur, ensuite tribun du pet*'|jle; et enfin il le désigna préteur pour l'année dont je raconte ici les événements. Ventidius, dans sa préture, se montra, comme nous l'avons vu, attaché à Antoine, et le servit avec fidélité et avec courage. En récompense il fut d'abord honoré de la dignité de pontife; et bientôt après, par une distinction unique et contraire à toutes les règles, il monta au rang de consul pendant qu'il était actuellement revêtu de la charge de préteur. Son élévation au consulat, comparée avec la bassesse de son ancienne condition, fit beaucoup murmurer; et nous trouvons dans Aulu-Gelle des vers qui furent répandus à ce sujet dans le public. «Accourez % disait le poète, vous tous quiètes « savants dans l'art d'expliquer les prodiges. Il vient « d'en arriver un tout-à-fait inoui. Celui qui étrillait les « mulets est devenu consul.» Cet homme, l'objet du mépris des mauvais plaisants, est pourtant , ainsi que nous le rapporterons dans la suite, le seul Romain, jusqu'au temps où Plutanjue écrivait, qui ait triomphé des Parthes. Il ne géra le consulat que pendant une partie du mois de décembre, avec C. Carrinas , autrefois lieutenant de César en Espagne, qui fut substitué Api.iau.Dio. à Q. Pédius.
• Conrurrite oinucs. augures, aruspices : Porteutuiu iuu!>itatuiu cuuflatum est reccus ; Nam mulus qui frirabat , consul factus Ckt.
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Les triumvirs suivaient la maxime de César, qui multipliait les nominations aux charges, afin de récompenser un plus grand nombre de sujets. Ainsi la préture de Ventidius, devenu consul, fut donnée à l'un des édiles : et tous les préteurs furent obligés d'abdiquer cinq jours avant la fin de l'année, afin que d'autres pussent être mis en leur pldce pour ce court espace, et jouir ensuite du titre et du rang d'anciens préteurs.
Couronues Le gouvcmement tyrannique des triumvirs était l'ob-
civiques dé- •.jij/ • ii- -\it • -il'
ceruées aux J^i «6 1 cxccration publiquc. Mais ceux qui le detesriumvirs. (-^jgjjj gjj sccrct le décoraient dans le sénat par des décrets honorables que la crainte seule extorquait. On leur accorda tous les honneurs destinés autrefois aux bienfaiteurs et aux sauveurs de l'état, et en particulier ~ , on leur décerna des couronnes civiques , qui , après
tout le sang dont ils avaient inondé Tltaiie, devenaient des monuments et des reproches de leurs cruautés.
An. R. 710. M. iEMILIUS LEPIDUS. II.
Av. J. C.42.