L. MUNATIUS PLANCUS
Lépidus s'était attribué, du consentement de ses collègues, la place de consul, que D. Brutus, nommé par César, avait laissée vacante par sa mort. Plancus jouit du bénéfice de la nomination du même César. Ils prirent donc tous deux possession du consulat le premier janvier. Mais entre ces deux consuls il n'y avait nulle égalité. La puissance triumvirale donnait à liépidus une supériorité qui réduisait Plancus à la dépendance 7 et ne lui laissait que l'ombre du consulat. Tous les consuls qui suivront se trouveront à peu près dans le même cas que Plancus. Les derniers citoyens qui aient
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joui, à proprement parler, de l'autorité consulaire, ce sont les consuls de l'année précédente, Hirlius et Pansa.
Les triumvirs avaient grand intérêt à rendre véné- Lestrium-
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rable Ja memoue de César, dont ils se déclaraient les et fout jurer
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partisans et les vengeurs, et a la place duquel chacun jes actes de des trois aspirait. Par ce motif, ils renouvelèrent et ^'^'"' confirmèrent tous les honneurs qui lui avaient été décernés, et ils en ajoutèrent encore de nouveaux, dont j'épargne au lecteur le détail fastidieux. Je remarquerai seulement qu'ils introduisirent cette année un usage qui se perpétua dans toute la suite des temps. Le premier janvier ils jurèrent, et firent jurer à tous l'observation des actes de César. Suivant cet exemple, tous les ans à pareil jour, tant que la forme du gouvernement établie par Auguste subsista, on renouvelait le serment au nom de l'empereur régnant , et au nom de tous ses prédécesseurs, à l'exception de ceux qui avaient été flétris par des décrets du sénat.
Toutes les précautions que César avait prises pour ils désignent
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etablir sa domination servaient de règles et de modèles trats pour
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aux triumvirs. Ainsi, a son imitation, ils désignèrent nées.
des magistrats pour plusieurs années. Par là ils se faisaient des créatures, et ils assuraient leur puissance en remettant pour un long temps toutes les parties de l'autorité publique entre les mains de gens qui leur fussent attachés.
Mais la grande affaire qui les occupait , c'était la guerre contre Brutus et Cassius, dont les forces leur donnaient, avec un juste fondement, de grandes inquiétudes. J'ai raconté les premiers et rapides accroissements de ces deux irréconciliables ennemis de la tyran- :
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nie. Ils se fortifièrent encore beaucoup, et firent des choses très-mémorables, pendant les derniers mois de l'année précédente et les commencements de celle que nous venons d'entamer. C'est de quoi il est nécessaire de rendre compte maintenant.
§ II. Brutus entre dans la Thrace, et j fait la guerre avec succès. Monnaie battue par son ordre. Il passe en Asie, équipe une flotte, et mande Cassius. Brutus et Cassius se rejoignent à Smjrne. Ils agissent dans une parfaite intelligence. Cassius soumet les Rhodiens. Il les traite durement. Brutus porte la guerre en Ljcie. Sa douceur. Fureur des Xanthiens . Brutus et Cassius se rendent ensemble à Sardes. Eclaircissement très - vif entre eux. Petite scène que leur donne Favonius. La conduite et les vues de Cassius étaient moins pures que celles de Brutus. Prétendue apparition d'un fantôme à Brutus. Octavien et Antoine passent la mer, et se rendent avec leurs troupes en Macédoine, Brutus et Cassius, arrivés à Seste , font la revue de leurs troupes. Magnificence de cette armée. Distribution d' argent faite aux soldats . Brutus et Cassius s' avancent jusqu au-delà de Philippes. Description des environs de la ville de Philippes. Campement de Brutus et de Cassius. Antoine, et ensuite Octavien, arrivent vis-à-vis d'eux , et se campent à peu de distance. Désavantage de leur position. Première bataille de Philippes. Brutus est vainqueur : Cassius est défait. Cassius , par un désespoir précipité , se tue lui-même. La mort de Cassius donne la supério-
nté aux triumvirs. Octavien , qui était malade , n'avait fait qu'un très-petit personnage dans l'action. Brutus ranime le courage des troupes de Cassius. Embarras de sa situation. La flotte qu'il avait dans la mer Ionienne détruit un puissant renfort que Von envoyait aux triumvirs. Il n'est point informé de cet important événement. Réflexion de Plutarque à ce sujet. Seconde bataille de Philippes. Mort du fils de Caton. Brutus court risque d'être pris y et n'évite ce malheur que par la générosité d'un ami. Derniers moments de BrU" tus. Son blasphème contre la vertu. Sa mort. An^ toinefait rendre à son corps les derniers honneurs. Octavien envoie sa tête à Rome. Mort de Porcia , femme de Brutus. Noms des plus illustres personnages qui périrent à Philippes. Livius Drusus y~ père de Livie, se tue lui-même. Cruauté d'Octa-^ vien. Avec Brutus périt le parti républicain. Les restes de V armée vaincue se rendent aux triumvirs. Beau mot de Messala à Octavien. Réunion de toutes les forces navales du parti vaincu. Murcus en mène une partie à Sex. Pompée ; et Domitius ^ avec l'autre, tient quelque temps la mer sans reconnaître aucun chef. Allégorie d'Horace relative à ces derniers mouvements des républicains. Ce poète, s' étant sauvé de la bataille de Philippes y trouve sa ressource dans son génie pour les vers,
Brutus, n'ayant pu se mettre en état de passer assez an. r. 7 m. promptement en Italie pour la défendre contre les Brutls^iutrè triumvirs, se préparait à les bien recevoir. Il profita -n''''"'' '*
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faitia guerre d'uiic occasion qui Se présenta de mener son armée en
avec succès, rri • t 1 J 1 1 1 J'
Appiau.Dio. llirace, envisageant le double avantage cl exercer ses troupes par la guerre contre une nation belliqueuse, et d'avoir lieu d'acquérir lui - même par quelque victoire le titre A'inipera/or, décoration qui ne lui était pas inutile dans la situation où il se trouvait. H entra donc en Thrace pour se mettre en possession d'un canton oii avait régné Sadalès, et que ce roi en mourant avait légué au peuple romain. De plus, connue les Besses, nation très-féroce, incommodaient leurs voisins par des courses et par des pillages, il se proposa de les réprimer; et secondé d'un des rois de Thrace nommé Rhescuporis , quoique d'abord il eût souffert quekjue échec, il termina enfin à son honneur ces deux entreprises. La Thrace lui fournit encore de l'argent , dont il avait ' gr-and besoin : car son caractère de douceur, de clé-
mence, et de générosité, lui interdisait ou lui rendait jnoins fructueux bien des moyens de garnir sa caisse militaire, qui, pour être autorisés par le droit des armes, n'en sont pas moins durs ni moins tyranniques en eux-mêmes. Ce fut donc bien à propos pour lui qu'une • princesse nommée Polémocratie , dont le mari, qui ré-
gnait sur une partie de la Thrace, avait été assassiné par une faction ennemie, vint se réfugier dans le camp romain avec son fils encore jeune, et tous ses trésors. Brutus envoya le jeune prince à Cyzique, pour y être élevé d'une façon digne de sa naissance, et il convertit Mounaie cu monnaie les trésors de Polémocratie. Il voulut que !!ouorare' cette monnaie fût un monument de l'action qu'il regardait comme la i)lus belle de sa vie. Elle portait d'un côté limage tic iJrutus, et de l'autre un chapeau, symbole delà liberté, entre deux poignards; et l'exergue
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marquait les ides de mars, jour auquel César avait été tué. Quelques-unes de ces pièces se sont conservées jusqu'aujourd'hui , et se voient dans les cabinets des curieux.
Brutus, ayant fait passer son armée en Asie, prit ii passe en
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soin de formi^r et d équiper une puissante flotte dans uue flotte,
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les ports de Bithynie et a Cyzique; et pendant quon y cassius. travaillait, il parcourait le pays, donnant audience aux i/jj"^;^ princes et aux députés des villes, gagnant tous les esprits , et établissant partout avec la tranquillité et la paix l'amour de son gouvernement. En même temps . il écrivit à Cassius, qui, après avoir fait reconnaître son autorité dans toute la Syrie et la Cilicie, après avoir exigé des villes qui lui avaient fait résistance , et en particulier de celle de Tarse, d'énormes contributions, se disposait à aller en Egypte punir Cléopatre des secours qu'elle avait envoyés à Dolabella. Brutus le détourna de ce dessein en lui représentant qu'ils ne s'étaient pas proposé d'acquérir une puissance qui leur fiit propre ; mais que c'était pour délivrer la patrie des tyrans qui l'opprimaient qu'ils assemblaient des forces de toutes parts. Que si donc ils voulaient être fidèles ' à leur plan et ne point perdre leur objet de vue, ils ne devaient point s'éloigner de l'Italie , mais au contraire . se hâter d'y porter le secours dont leurs concitoyens avaient besoin.
Cassius se rendit à ces raisons, et il se mit en mar- Brutus et che pour se rapprocher de Brutus. Ce fut à Smyrne joignent à
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qu ils se revirent pour la première rois depuis qu ils s'étaient séparés dans le port du Pirée, tournant, l'un du côté de la Syrie, l'autre vers la Macédoine. La vue des forces dont ils étaient l'un et l'autre accompagnés
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leur causa réciproquement une grande joie et une merveilleuse confiance. En effet , étant partis de l'Italie comme de malheureux exilés , sans avoir un seul vaisseau de guerre, pas un soldat, pas une ville en leur puissance, au bout d'un assez court intervalle ils se rej-oignaient bien munis de flottes, d'infan.terie, de cavalerie, d'argent, et en état de soutenir une querelle oîi il s'agissait du sort de l'empire romain.
Il y eut entre eux un combat de politesse sur la manière dont ils devaient traiter ensemble. Cassius se contentait de l'égalité ; Brutus lui déféra les honneurs , et il allait le plus souvent travailler chez lui , parce que Cassius avait la supériorité de l'âge et une santé plus délicate.
Ils réglèrent de concert le plan de leurs opérations; et comme les Lyciens et les Rhodiens avaient refusé opiniâtrement de leur fournir aucun secours , ils résolurent de commencer par réduire ces deux peuples, afin de ne rien laisser derrière eux pendant qu'ils auraient en tête les triumvirs. Brutus se chargea des Lyciens, et Cassius de ceux de Rhodes.
Leur bonne intelligence se soutint même sur l'article de l'argent, qui cause tant de dissensions entre les hommes. Brutus prétendait qu'ayant employé à l'équipement d'une flotte pour la défense de la cause commune tous les deniers qu'il avait pu amasser, il avait droit de demander que Cassius lui fît part des siens. Les amis de celui-ci soutenaient au contraire qu'il n etait pas juste que des sommes levées par des moyens souvent tristes et Ficheux, et ensuite ménagées avec économie, fussent partagées avec Brutus, qui s'en ferait honneur par des largesses déplacées et excessives.
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Casslus fut plus équitable que ses amis, et il céda à Brutus le tiers de son trésor.
Ils s'entendirent encore parfaitement pour un acte- Dio,i. 47de clémence envers un sujet qui en était bien indigne. Gellius Poplicola, frère de Messala, mais bien différent de lui, ayant formé le noir dessein d'assassiner Brutus, avait obtenu son pardon en considération de son frère. Quelque temps après il renouvela le même attentat contre Cassius, et il en fut convaincu sur la délation de Poila sa mère, qui, voulant sauver Cassius et assurer la grâce de son fils, crut que le meilleur moyen de réussir était de dénoncer elle-même le coupable. Brutus et Cassius eurent en effet la bonté de lui pardonner. Mais les mauvais cœurs sont impénétrables à toutes les attaques de l'indulgence et de la générosité. Gellius, à la première occasion , trabit des cbefs à qui il devait tant de reconnaissance, et passa dans le camp de leurs ennemis.
Après quelque séjour fait à Smyrne, les deux gêné- Cassius sou-
, V I ' T • 5-1 • met les Rlio-
raux se séparèrent pour les expéditions qu us avaient diens. projetées. Cassius, à qui était écbue la guerre contre '*'pi'u. les Rbodiens , sachant qu'il aurait affaire à un peuple "^s™*"courageux, et singulièrement habile dans la marine, fit marcher en même temps ses troupes de terre et de mer. Le rendez - vous fut la ville de Myndus dans la. Carie.
Il y avait dans Rhodes un parti qui voulait que l'on se soumît à Cassius. C'était celui des plus sensés, qui, trop ordinairement, est le plus faible. Le gros de la multitude, animé par quelques esprits téméraires et factieux, prétendait faire résistance , et ne doutait point du succès. La gloire de leurs ancêtres leur en répondait ;
et ils se rappelaient avec complaisance Démétrius et Mithridate , princes tout autrement puissants que ne 1 était Cassius , obligés de se retirer honteusement de devant Rhodes. Depuis la bataille de Pharsale , les Cic. aciFam. Rhodicns avaient absolument tourné le dos au parti qui soutenait la hberte de 1 ancien gouvernement dans Rome. Ils avaient fermé leur port et leur ville à Pompée dans sa fuite. Après la mort de César, ils s'étaient attachés à Dolabella, et avaient refusé leur secours à tous ceux qui lui faisaient la guerre. Ils persévérèrent dans ce même plan , pour le malheur de leur ville , lorsque Cassius approcha ; et au lieu de lui promettre pleine satisfaction, ils lui firent la proposition insultante d'attendre les ordres du sénat siégeant actuellement à Rome, c'est-à-dire les ordres des triumvirs.
On peut juger de quel air Cassius, le plus fier de tous les hommes, reçut un pareil discours. Il n'y répondit que par des menaces, dont les Rhodiens ne furent pas aussi touchés qu'ils devaient l'être. Seulement ils firent une tentative pour le fléchir, en lui députant Arclîélaiis, leur concitoyen, qui avait été son maître dans les lettres grecques ; car Rhodes était une école de toutes les belles connaissances, et Cassius y avait été instruit pendant sa jeunesse. Archélaûs s'acquitta de sa commission de la manière la plus tendre et la plus patliétique ; mais Cassius , content d'avoir fait beaucoup d'amitié à son ancien maître, demeura inexorable sur le fond de la chose.
Il fallut donc en venir aux armes; et les Rhodiens furent assez téméraires pour risquer par deux fois le combat naval. Dion rapporte qu'ils poussèrent l'insolence jusqu'à étaler aux yeux des Romains les chaînes
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qu'ils leur préparaient. Mais cet excès de folie et d'aveuglement paraît peu vraisemblable. Ce qui est certain, c'est que, deux fois vaincus, les Rhodiens s'opiniâtrèrent encore à souffrir l'approche des troupes romaines, et se laissèrent assiéger par terre et par mer. Alors néanmoins ceux qui voulaient la paix prirent le dessus, et commencèrent à négocier avec Fannius et Lentulus, qui commandaient l'armée de terre des assiégeants. Mais pendant qu'ils parlementaient, Cassius, qui montait lui-même sa flotte, et qui gouvernait l'attaque du côté du port, parut tout d'un coup au milieu de la ville avec un nombre de gens d'élite sans avoir ■ fait brèche à la muraille, sans être monté à l'escalade. Les poternes du côté de la mer lui avaient été ouvertes par quelques-uns des plus honnêtes gens de Rhodes, qui, frappés de la crainte de voir leur ville prise d'assaut, n'avaient pas cru pouvoir trop se hâter de prévenir un tel malheur.
Un mot de Cassius semblait d'abord promettre de ii les traite
. , . I I • 1 durement.
la modération. Car comme plusieurs le saluaient des noms de maître et de roi, il rejeta bien loin ces titres en disant que sa plus grande gloire était d'avoir tué , celui qui avait osé se faire maître et roi dans Rome. IjC reste de sa conduite ne répondit pas à ce début. Il se fit ériger un tribunal au milieu de la place , et planta à côté une pique, comme un signe qu'il prétendait traiter Rhodes en ville prise de force. Il condamna à mort et fit exécuter en sa présence cinquante des principaux auteurs de la rébellion , et prononça contre vingt-cinq autres qui s'étaient enfuis ou cachés la peine du bannissement. Il est vrai qu'il assura au reste des habitants la vie et la liberté, ayant fait défense à ses troupes.
SOUS peine de mort , d'exercer aucune violence contre les personnes. 11 leur interdit déplus le pillage, mais ce ne fut que pour pillerlui-même cette ville, Tune des plus opulentes de l'Asie : car il mit la main sur tous les trésors et sur toutes les choses de prix qui appartenaient au public , sans épargner ni les offrandes consacrées dans les temples , ni les statues mêmes des dieux. Et comme les Rbodiens le priaient de leur laisser au moins quelqu'une de leurs divinités, il répondit qu'il leur laissait le soleil. En effet, il ne toucha point au simulacre ni au char de ce dieu, qui était singuUèreinent honoré à Rhodes. Mais il jouait sans doute sur l'ambiguité de cette expression, qui pouvait signifier qu'il ne leur laissait que la jouissance de la lumière. Et par un troisième sens , que l'an-
Vai. Max. tiquité superstitieuse a remarqué, on jugea lorsqu'il eût été réduit à se priver de la vie peu de mois après à Philippes , qu'il avait en parlant ainsi annoncé lui-même sa mort prochaine.
Cassius publia aussi une ordonnance pour obliger les particuliers à lui apporter tout l'or et l'argent qui était dans leurs maisons, avec menace du dernier supplice contre les désobéissants , et promesse de récom-
* pense aux dénonciateurs. Les Rhodiens ne s'effrayèrent
pas beaucoup d'abord ; et ceux qui purent cacher leurs trésors ne crurent pas courir un grand risque. Mais lorsqu'ils virent, par quelques exemples, que l'ordonnance s'exécutait à la rigueur, ils conçurent qu'il fallait obéir; et Cassius, avant tiré de Rhodes, par ces différentes voies , huit mille talents, en imposa encore cinq cents à la ville par forme d'amende. Tous les peuples de l'Asie , quoique tranquilles et soumis , éprouvèrent pareillement la dureté de Cassius. 11 exigea qu'ils
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lui payassent sur-le-champ les tributs de dix années. Antome et Octavien ne lui laissèrent pas le temps de pousser jusqu'au bout cette vexation.
Bnitus, infiniment plus doux que Cassius , causa Brutus porte
, -11 1 • '•! . la guerre eu
neanmonis de plus grands maux aux ennemis qu il eut Lycie. Sa à combattre ; mais ce fut par leur faute et par un effet ""g'ur'dcs'^" de leur aveugle fureur. Les Lyciens , animés par un XautUiens. certain Naucratès, refusèrent de fournir m troupes ni argent, et se postèrent en armes sur quelques hauteurs qui défendaient l'entrée de leur pays. Brutus , ayant observé le moment oii , songeant à repaître , ils se tenaient moins sur leurs gardes , les attaqua , leur tua six cents hommes, et força les passages. Ensuite, à mesure qu'il prenait quelques-unes de leurs villes et de leurs bourgades , il renvoyait en liberté tous ceux qui tombaient sous sa puissance , voulant par cette bonté gagner, s'il ' v '
était possible, les cœurs de la nation. Mais les Lyciens étaient fiers et hautains; ils s'irritaient de leurs pertes, et méprisaient la clémence du vainqueur.
Les plus braves se renfermèrent dans la ville de Xanthe leur capitale, et Brutus fut contraint de les y assiéger dans les formes. Bientôt il les réduisit à n'es- , pérer de salut que dans la fuite ; et plusieurs se sauvaient par la rivière qui coulait le long des murailles , nageant entre deux eaux. Mais les Bomains leur ôtèrent cette ressource en tendant des filets, au haut desquels étaient des sonnettes qui avertissaient lorsque quelqu'un se trouvait pris. ' -
Une tentative que firent les Xanthiens pour brûler les machines des assiégeants., et qui leur réussit d'abord, fut la cause de leur perte : car la flamme, poussée des machines vers la ville par un vent violent, s'attacha et