Tome XXir. Hist. Rom. I
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lui dit que les vautours et les bêtes carnassières seraient son tombeau. Un père et un fils le jjriaient de leur accorder la vie : il leur ordonna de tirer au sort; et il eut l'inliumanitéde repaître ses yeux du cruel spectacle qu'ils lui |>résentèrent, lorsque, refusant de profiter d'une çrace si barbare, le père se livra aux. assassins, et \e fils se donna la mort à lui-même. Aussi une si boirible cruauté révolta contre lui tous les esprits; et lors(|ue les prisonniers cliargés de cbaînes furent amenés aux vainqueurs, tous, et particulièrement Favouius, l'accablèrent d'injures, pendant qu'ils saluaient Antoine avec respect en lui donnant le nom de général.
Si l'on cliercbe la raison de cette différence de conduite entre Octavien et Antoine, elle n'estpas, je crois, difficile à démêler. Octavien était cruel par principes; et, voulant parvenir à la souveraine puissance, il s'y frayait le cbemin en abattant les têtes de tous ceux qui auraient pu conserver la fierté républicaine. Aussi, lorsqu'une fois ses vœux furent remplis, et cpi'il ne crut plus avoir besoin de la cruauté, il devint le plus humain de tous les princes. Antoine, qui donnait plus aux sentiments, et moins à la politique, suivait la pente d'un cœur naturellement assez enclin h. la générosité, et (jue Temportenient seul en écartait quelquefois.
Avec Lnitus A vcc Brutus périt , à proprement parler, le parti rére>ii,ui'iwi'.' publicain : car les faibles effoi ts que firent encore les débris des années de terre et de mer qui l'avaient reconnu pour i'bef ne |)euvent êtie comparés qu'aux dernières convulsions d'un bonnne expirant. Pour ce qui est de Sex. Pompée, (pii donna de vrais signes de vie, il ne doit pas être considéré comme républicain, mais
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comme tendant , aussi bien que les triumvirs, à sa puissance particulière.
Des restes de Tarmée vaincue à Philippes il s'était Les restes de
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formé un corps d environ quatorze mille nommes, qui cueseren-
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ofinrent le commandement a iVJessala. (^noiquil tut triumvirs. très-jeune , sa réputation était grande , et nul n'avait Appian. brillé davantage , après Brutus et Cassius , dans ce parti. 11 fit preuve de sagesse en ne s'opiniatrant point mal à propos à lutter contre la fortune. De concert avec celui que sa naissance et son rang lui donnaient en quelque façon pour collègue, c'est-à-dire avec Bibulus, beaufils de Brutus, il usa de l'autorité que ces troupes infortunées lui attribuaient sur elles pour les déterminer à se soumettre aux vainqueurs, qui les reçiu^ent volontiers, et les distribuèrent dans leurs légions.
Un mot de Messala doit trouver ici sa place, quoi- Beau mot de que postérieur de plusieurs années. Judicieux et fidèle, ortavien. Messala s'attacba à Octavien , et le servit parfaitement ;„ g"^;^ dans la guerre contre Antoine. Octavien lui témoignant donc sa reconnaissance avec quelque étonnement '' sur ce qu'après avoir été son ardent ennemi «à Philippes, il lui avait donné à Actium de si éclatantes marques d'attachement : « N'en sovez pas surpris, lui ré- « pondit Messala, vous m'avez toujours vu dans le "/ "['] a meilleur parti. » Mot hardi et obligeant , et de plus exactement vrai dans tout ce qu'il renferme. La cause de Brutus était certainement plus iuste que celle des triumvirs. Entre Octavien et Antoine il ne s'agissait plus de justice ; mais il est constant que l'avantage de l'empire demandait qu'Octavien fût vainqueur.
Je reviens aux suites de la bataille de Philippes. Les Appian. forts des environs avec les troupes qui les occupaient,
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tous les magasins de l'île de ïhasos, tombèrent au pouvoir des vainqueurs; et toutes les richesses qui se trouvèrent en ces différents endroits, aussi-bien que dans les camps de Brutus et de Cassius, furent la proie du soldat.
Réuniou de Une escadrc commandée par Cassius de Parme, qui
toutes les . . . , . ,
forces ua- vcuait d'Asic , et qui n arriva qu après la décision, avec
valesilupar- , . . , p ' ' i i- •
ti vaiucu. des provisious et des troupes pour I armée républicaine, se vit bientôt grossie par la jonction de quelques autres flottilles, qui depuis le malheur de Brutus erraient sans dessein et sans but. Elle se fortifia aussi d'un grand nombre d'officiers et de soldats échappés de la bataille. Le fils de Cicéron , et quelques autres personnages d'un nom illustre, s'étant sauvés de Thasos, se rendirent pareillement sur cette même escadre , qui devint , par tous ces accroissements différents, une flotte considérable. En cet état elle gagna la mer Ionienne, et se rangea sous les ordres des amiraux Murcus et Domitius Ahénobarbus.
Murcus eu Là il sc tint un grand conseil. 11 s'agissait de prenpartie à Sex. drc uu parti par rapport à ces tristes débris d'une puis- ^Domîtlùs!' sance peu auparavant formidable. Malgré le désastre aven l'autre, j^ pj^ilippes, les dcux chefs étaient également éloignés
tient quel- il' <-> O
que temps la ^^jy rechercher l'amitié des triumvirs, qui leur paraismer saus re-
connaître saicut avcc raisou dignes de toute leur haine. Mais d'ac-
aucun chef. vi i • r • i
cord sur ce qu ils devaient tuir, ils se partageaient sur ce qu'il convenait de faire. Murcus, esprit plus solide et moins élevé , voyait qu'il ne leur était pas possible de résister par eux-mêmes aux triuiijvirs, et il voulait que l'on s'attachât à Sex, Pomj)ée, afin de former un seul corps de tous les ennemis de la tyrannie. Domilius, qui était fier et d'un courage altier, jaloux des droits
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de la liberté, et peut-être de la qualité de chef de parti, ne s'accommodait pas mieux d'obéir à Sextus que de se soumettre à Antoine et à Octavien. L'ambition que lui inspiraient son rang et sa naissance le portait à ne céder à aucun de ceux qu'il pouvait regarder comme ses égaux. Il proposait donc de défendre la républi(|ue avec les forces qui leur restaient, et de se maintenir jusqu'au dernier moment dans l'indépendance, qui seule était digne de Romains.
Non-seulement Murcus et Domitius soutinrent cba- Allégorie cun très-vivement leur avis, mais ils l'exécutèrent. <i'H,,rnce rc-
' lativc a ces
Murcus, avec ceux qui voulurent le suivre, passa en deruif>rs Sicile, et porta à Sex. Pompée une grande augmenta- des répi.biition de puissance. Domitius sopmiatra a tenir la mer Hor. <.d. r, sous sa propre bannière, jusqu'à ce qu'enfin il fut obligé, comme nous le verrons, de se donner à Antoine.
Qu'il me soit permis de proposer ici aux amateurs des lettres la pensée oii je suis, que c'est à la circonstance dont je viens de rendre compte que se rapporte la célèbre allégorie employée par Horace, et diversement expliquée par les commentateurs. Ce poète y représente le parti républicain après la bataille de Philippes sous l'image d'un vaisseau délabré auquel il ne reste plus de ressource, et qui achèvera de se perdre s'il continue de chercher les mêmes écueils contre lesquels il a déjà fait naufrage. Toutes les parties de l'allégorie s'expliquent parfaitement dans cette idée.
Horace prit dans cette occasion le parti qu'il con- Ce poète,
•11 •■. .^ T' • T. > 1 . '. 1 ^ s'étaut sauvé
seiilait aux autres. J ai dit qii achevant ses études a je la bataille Athènes, il avait été emmené par Brutus, et fait tribun '^l'rouve'sr' légionaire. Il se trouva en cette qualité à la bataille >"ess«"rcc
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dans son gé- de Pliilippcs', OU il lie brilla pas par son courage. Il
nie pour les , ^ . . il- • 11 i
vers. seiULiit, et jeta son bouclier qui 1 embarrassait. Mais s'il n'y perdit pas la vie, il y perdit ses biens, et toute sa petite fortune, qui fut confisquée au profit des vainqueurs. Nous devons à la triste situation où il se vit alors ces belles poésies qui ont fait ou l'admiration ou l'utile amusement des connaisseurs de tous les siècles. Il n'aurait peut-être jamais cultivé l'beureux talent qu'il avait reçu de la nature, s'il n'y eût été forcé par la nécessité. C'est ce qu'il a pris soin lui-même de nous apprendre: ce Je me sauvai'^, dit -il, de Pbilippes , bien « petit et réduit bien bas, semblable h un oiseau h qui « on a coupé les ailes, dépouillé, en un mot, et de la «maison et du cbamp paternel. Dans cette détresse, « l'audacieuse pauvreté me porta à faire des vers. » Il n'eut pas lieu de se plaindre des Muses; et la faveur de Mécène, à qui il se fit connaître par ses poésies, lui rendit avec usure ce qu'il avait perdu.
' Tecum Pbilippos , et celerem fiigam ' Sensi , reliotâ non beuè parmulâ.
(HoRAT. Od. ri, 7.) 2 Undesiniul primùin me dimisêre Pliili])pi, Decisis liumilem peniiis , iuopemque pateriii Et laris , et fimdi , Paupertas impii'.it audax
Ut versus facereiu
{Epist. 11,2.)
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