‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 18 sur 61 · LIVRE CINQUANTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTIEME

VjruERRE de Pérouse. Naissance de l'amour d'Antoine pour Cléopatre. Traité entre les triumvirs et Sextus Pompée. Victoires remportées par Ventidius sur les Parthes. Renouvellement de la guerre entre Octavien et Sextus. Ans de Rome 710 — 7 1 5.

§ I. Le triumvirat triomphant : le parti républicain anéanti. Antoine et Octavien font entre eux un nouveau paîtage des provinces au préjudice de Lépidus. Octavien retourne en Italie, et se charge de distribuer les terres promises aux vétérans.. Avcmtages qu'il trouvait dans cette fonction . Nombre immerjse de ceux qu il fallait récompenser. Maladie d'Octavien a Brindes. Origine de la <^uerre de Pérouse. Caractère vain de L\ Antonius.

Intérêts opposés des possesseurs de fonds de terre et des soldats. Avidité et insolence de crux-ci. Troisième intérêt, celui d'Antoine. Motif secret qui animait Fulvie contre Octavien. Tentatives infructueuses d'Octavien pour éviter la guerre. Son adresse et sa fermeté. Différence entre les forces du parti d'Octavien et de celui de Lucius. Commencements de la a^uerre. Lucius assiégé dans Pérouse par Octavien. Famine dans Pérouse. Lucius va lui-même trouver Octavien pour se

rendre à discrétion. Belles paroles d" Octavien qui n empêchent pas qu il ne fasse des exécutions sanglantes. La ville de Pérouse est réduite en cendres par un accident imprévu. Le parti de Lucius absolument détruit en Italie. Fuite de Ti. Néron., mari de Livie et père de V empereur Tibère. Fuite et mort de Fulvie. Julie, mète d' Antoine , se sauve en Sicile, d'oii Sex. Pompée la fait passer en Grèce. Lucius est envoyé en Espagne par Octavien avec le titre de proconsul. Conduite douce et populaire que tient Antoine dans la Grèce. Les délices de V Asie le replongent dans la débauche. Réjouissances d'une part , et gémissements de Vautre, en Asie. Simplicité et facilité du caractère d Antoine source de bien et de mal. Naissance de sa passion pour Cléopatre. Entrée superbe et galante de cette princesse dans Tarse, oh était Antoine. Repas réciproques entre Cléopatre et Antoine. Les charmes de V esprit de Cléopatre plus séduisants que ceux de sa beauté. Elle subjugue Antoine. Elle se sert du pouvoir d'Antoine pour s'assurer la possession de l'Egypte. Elle retourne ci Alexandrie , et bientôt Antoine la suit. Amusements puérils et dépenses énormes d'Antoine.

Par la victoire de Philippes le triumvirat était triom- Le/iu '^ phant '. 11 ne restait presque plus de forces républi-

rat tnom- caiucs i et Scx. Poiiinée , ennemi par état et pai- son nom jjhaut. Le r ' I r

parti lépu- (|e la fiiction de César, mais ne possédant (jue la 8i-

' <• Brulo et Cassio t'aesis niilla jaiii jiuMioa arma. » (Tac. Atinal. I , 2.)

cile, n'était pas un adversaire redoutable pour ceux qui biicai..

> 1 j . I 11'- auéanti.

voyaient soumis a leurs lois tout le reste de 1 empire romain.

A.UX termes du traité qui faisait la base de la ligue Autoiue et

. / . 1 A Octavien

triumvirale , les trois associes auraient du partager fo„t entre

eux un nou-

également les fruits de la victoire. Mais entre des am- ^eaupartag

des piovin ces an pré-

bitieux la foi des traités est comptée pour peu de «"M-'ovin-

chose. Octavien et Antoine, qui avaient toutes les trou- ^'"''"dus^*" pes sous leurs mains, s'accordèrent à dépouiller le fai- iî>oJ. 4«.

■T ' ^ Appian. Cif.

ble Lépidus. Ils lui imputèrent d'avoir entretenu en i- v. leur absence des intelligences avec Sex. Pompée; et sous ce prétexte, mais réellement parce qu'il était sans appui comme sans génie , ils convinrent de s'approprier les provinces de son département; sauf à lui donner, comme par une espèce de commisération, l'Afrique proprement dite, supposé qu'il ne fût point trouvé coupable.

Octavien, peu favorablement traité dans le premier partage, eut soin de se dédommager dans celui-ci. Il s'attribua les Espagnes et la Numidie. Il détacha même du lot d'Antoine la Gaule cisalpine, non pour l'ajou-, ter au sien , mais afin qu'elle fût incorporée à l'Italie, suivant l'ancien plan de César, et qu'elle cessât d'être regardée comme province. Le système d'Octavien était de ne point désemparer d'Italie, et d'y établir solidement son autorité. Ainsi il ne convenait point à ses vues qu'aucun autre général eût droit de tenir des légions en deçà des Alpes. On avait éprouvé dans la guerre de César contre Pompée , et ensuite dans celle entre Décimus et Antoine, de quelle importance était le gouvernement de la Gaule cisalpine pour faire trembler Rome. Le département d'Antoine comprit donc

seulement toute la Gaule au-delà des z\lpes, avec l'Afrique propre, qu'occupait toujours Cornificius. Mais ce qui semblait donner la supériorifé à Antoine, c'est la commission qu'il prenait d'aller faire reconnaître dans l'Orient la puissance triumvirale , c'est-à-dire de s'emparer de ces vastes et opulentes contrées , où il n'avait plus à craindre de résistance depuis la défaite et la mort de Brutus et de Cassius.

Octavien sentait parfaitement combien il était lésé par cet endroit. Mais la nécessité le contraignait d'accorder beaucoup à un collègue par lequel il était alors pii!i.vii,47. écrasé. T^a victoire de Philippes était l'ouvrage d'Anin.it. luAnt. fQjpg. jQyg jgg gens de guerre lui en attribuaient l'iionneur à lui seul , et par l'éclat de cette gloire il obscurcissait entièrement (octavien, qui n'avait eu que très-peu de part à ce grand exploit, Ootavienre- On pcut dire pourtant que celui-ci, adroit et rusé

tourue en ,.. /!• \v» • iill

Italie, et se politiquc, uc ccdait gucrc a Antome que le brillant, et distribuer gardait pour lui le solide. Il retournait en Italie, et se les terres cJ^jt^^cait d'établir "n colonies les vétérans , à qui il

promises O ' T

aux vété- s'agissait de payer le prix de leurs services. De là il

rans. Avan- ~ l ^ i

tages qu'il tirait un double avantage. Premièrement, en cas de

trouvait 11 i- i t /

dans cette rupturc, il avait Rome et 1 Italie de son cote, et il

foDctiou. • 1 ' 1 1 ' 1

pouvait décorer sa cause des noms du sénat et du peuple romain, grand avantage dans une guerre civile. De plus, les soldats allaient recevoir immédiatement de ses mains leurs récompenses. Il devenait donc l'objet direct de leur reconnaissance et de leur attacbement; et ce n'était que par réflexion qu'il en rejaillissait quelque partie vers Antoine.

Nombre un- Lc noinbie de ceux (pi'il fallait récompenser était cturqu''^! énorme. Antoine, dans un discours ([u'il fit, selon le

témoignage d'Appien , aux députés des peuples d'Asie, faiian rele fait monter à plus de cent soixante et dix mille boni- '^^Aililian^' mes. C'était à une si effroyable multitude de vétérans ^'" qu'Octavien devait assigner des terres et des maisons piut, in Ant. en Italie, sans préjudice d'une largesse de vingt mille sesterces par tête. L'argent nécessaire pour suffire à cette distribution n'était pas prêt. Antoine se cbargeait de le fournir sur les taxes qu'il imposerait aux provinces de l'Orient. Il passa pour cet effet en Asie avec six légions et dix mille clievaux, après néanmoins qu'il eut fait quelque séjour en Grèce. Octavien ramena en Italie le reste des troupes.

La séparation de ces deux généraux m'oblige à séparer pareillement le récit de ce qui les regarde. Nous perdrons Antoine de vue pendant un temps pour ne nous occuper que d'Octavien , h qui la commission qu'il avait prise donna bien de l'exercice.

Il commença par essuver une maladie qui le mit Maladie

^ " d'Octavien

aux portes de la mort. Il n'avait pas été bien guéri de àBrindes. celle dont il était attaqué lorsqu'il partit pour la Macédoine. Toujours languissant depuis ce temps, et trop pressé par les affaires pour se procurer le loisir de vaquer à sa santé, enfin a. Brindes il fut près de succomber. Le bruit de sa mort se répandit et excitait déjà du trouble dans Rome. Déjà plusieurs concevaient des espérances et formaient des projets de cbangement; d'autres, au contraire, s'imaginaient que sa maladie n'était qu'une feinte, et qu'il en faisait à dessein semer la nouvelle pour sonder les sentiments des citoyens, et pour avoir lieu de réitérer les violences et les borreurs de la proscription. Dans une si grande fermentation des esprits , la présence d'Octavien était nécessaire

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à Ronip. Il partit donc dès qu'il put supporter la fatigue du voyage , et il fit même marcher devant lui des lettres qu'il écrivit au sénat pour calmer les craintes par des promesses d'une conduite douce et modérée. Originedeia 11 nc lui était guèrc possible d'exécuter une semblable

guçrre de ni- i •

Pérouse.ca- promcssc , VU I odicusc opération qu il avait à faire,

ractère vain .1.11 7-1 • i ht 1-

dc L. Auto- et le trouble qu il venait apporter dans toute 1 Ilalie en chassant de leurs maisons et de leurs fonds de terre les possesseurs légitimes pour y établir les soldats en leur place. Il éprouva encore un surcroît d'obstacles fà la tranquillité et à la paix de la part de L. Antonius, frère du triumvir, et consul de Tannée dont je vais décrire les événements; homme moins vicieux peut-être que turbulent , et dont le caractère propre paraît avoir été la légèreté, l'inconsidération et la vanité.

Ce dernier défaut a déjà été marqué dans notre histoire par les statues qu'il s'était fait dresser, avec des inscriptions fastueuses, où l'ordre des chevaliers romains, oîi les trente-cinq tribus le reconnaissaient pour patron : titre extravagant et inoui ^; comme si les trentecinq tribus, c'est-à-dire le peuple romain, vainqueur et maître de l'univers, eût eu besoin de patron, ou eût dû déférer ce titre \\ l'un de ses citoyens!

Pigh. AuD. Par une suite de la même vanité , il fut charmé

d'accumuler sur sa tête en une même année, qui est

, celle oîi actuellement nous en sommes, la censure et

le triomphe, mais une censure presque sans fonction,

T>\o- et un triomphe sans mérite. Il fut censeur avec P. Sul-

^ uPopnlî romani igitur est pa- opibus , tantis rébus gcstis fuit , qui

tronus L. Antonius!.... Non modo se populi romani viclori.s dominique

hic latro , quem clientem lial)ere ne- omnium i»entiinn tutoreni dicere au-

nio velit, sed quis uriquam fantis deret?" {C,n:.Phil.\i, ra.)

HISTOIRE ROMAIIVE. -Ajn

pi(nus, et ne fit point le dénombrement, qui était l'objet propre de cette magistrature. Pour ce qui est du triomphe, il le demanda en vertu de prétendus exploits contre les montagnards des Alpes. Ce qu'il avait fait était trèspeu de chose, et il n'avait pas même eu le commandement en chef, condition essentielle pour triompiier : r aussi n'y serait-il jamais parvenu sans le crédit de Fuivie sa belle-sœur. Cette femme audacieuse , en l'absence d'Antoine son mari et d'Octavien son gendre, exerçait dans Kome la puissance triumvirale, dont Lépidus ne savait pas se prévaloir. Elle accorda sa protection à L. Antonius pour lui faire obtenir le triomphe, moyennant la déférence, ou plutôt l'obéissance, à laquelle il s'engagea envers elle dans l'administration de son consulat. 11 triompha le même jour qu'il entrait en charge avec P. Servilius Isauricus, c'est-à-dire le premier janvier.

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