L. AIVTONIUS
An. R. 711.
P. SERVILIUS VATIA ISAURICUS. II. Av. I.C. 41.
Après la cérémonie da triomphe, L, Antonius vint tenir le sénat; et pour cela il quitta les ornements de triomphateur, d'où il prit occasion de se comparer avec complaisance à Marins, qui s'était aussi trouvé dans le cas de dépouiller la robe triomphale pour prendre possession, en présidant au sénat, des fonctions de consul. Encore Lucius remarquait-il une différence à son avantage, en ce que Marins avait eu besoin d'être averti de ne pas mêler le faste militaire du triomphe avec le ministère pacifique de président du sénat; au lieu que, pour lui, sa modestie était purement volontaire, et partait de son propre mouvement. Un autre
endroit par lequel il se donnait la préférence sur le vainqueur de Jugurtha et des Cimbres, c'est le grand nombre de statues qu'il voyait érigées à sa gloire, au lieu qu'à peine en avait -on dressé une à Marins. On conçoit par là quelle était la solidité d'esprit de L. Antonius. Il n'en coûtait pas beaucoup d'efforts à une femme hautaine et absolue telle que Fidvie pour gouverner un homme de ce caractère. Aussi disait - on communément que c'était elle qui avait triomphé et qui jouissait de la puissance du consulat.
Octavien n'était pas dhumeur à laisser prendre à cette femme un pareil empire sur lui. En conséquence bientôt la division se mit entre eux , et devint ensuite une guerre ouverte. Ce fut à l'occasion de la distribution des terres promises aux soldats que la discorde éclata.
Intérêts op- L'opération était par elle-même aussi difficile qu'in-
posés des , .,. ni • /•
possesseurs juste. Lcs propriétaires que 1 on chassait de leurs heri-
de fonds de , . . , -, . , ,
terre et tagcs sc plaignaient amèrement. Ils venaient par bandes Avidkéy ^ Rome avec leurs femmes et leurs enfants, jetant de '"ceifx-d '^^ grands cris, et demandant quel crime ils avaient donc vppiau. Dio. commis, et pourquoi, nés en Italie, membres de l'empire et delà république, ils étaient traités en ennemis vaincus. Des plaintes si légitimes soulevaient tout le peuple ; et ceux qui étaient capables de raisonnement et de vues politiques sentaient, de plus, que ces terres distribuées aux soldats assuraient la domination à leurs généraux , et devenaient des entraves qui mettaient pour toujours l'état en captivité, et anéantissaient toute espérance de voir jamais la liberté rétablie. D'ailleurs on avait fait un choix entre les villes d'Italie. Cette calamité ne leur était pas connnune à toutes , mais tom-
HISTOIRE ROMAINE. 'j3^
bait précisément sur les plus belles et sur celles dont le territoire était le meilleur. Par là les gens de guerre étaient mieux récompensés; et c'est ce qu'avaient envisagé les triumvirs. Mais une si odieuse distinction don-
nait une nouvelle force aux murmures et aux éclats d'indignation de ceux qui en étaient les victimes. Enfin des citoyens puissants, des sénateurs se trouvaient enveloppés dans la disgrâce, à cause de la situation des terres qu'ils possédaient. Le crédit de ceux-ci augmentait le poids de leurs plaintes. Il n'était pas possible à (Jetavien de leur tenir rigueur, et il était contraint de se relâclier au moins en quelque cliose d'une si évidente et si tyrannique injustice. Une première excejjtion accordée eu amenait nécessairement d'autres. Quelquefois il fallait céder à la force des recommandations : la pauvreté elle-même parlait pour ceux qui perdaient toute leur subsistance en perdant leur petit héritage.
Mais alors le soldat avide regardait comme lui étant enlevé tout ce qu'on laissait aux possesseurs. Peu content tlu partage qui lui était attribué, il envahissait avec violence les terres de ses voisins. Virgile en est virg.Eri.rx. un fameux exemple. Son petit champ ayant été exempté *"' ''" '*^" " de la loi commune par la faveur qu'il trouva auprès dOetavien, le centurion Arius, qui venait d'être établi dans le voisinage, prétendit étendre ses limites, et prit à ce sujet querelle avec lui ; et Virgile courut risque d'être tué par ce brutal officier, si une prompte fuite n'eut mis sa vie en sûreté, et conservé aux muses latines celui qui en devait faire la principale gloire.
Octavien lui-même avait beaucoup à craindre du mécontentement des gens de guerre. Leur insolence était extrême, et proportionnée au besoin qu'ils sen~;
talent que l'on avait d'eux. 11 se vit exposé plus d'une fois au danger de périr par leur fureur ; et s'il s'en tira heureusement , ce ne fut , surtout dans l'émeute dont je vais raconter le détail , que parce qu'il sut allier la fermeté du courage avec l'indulgence qu'exigeaient les circonstances des temps.
11 leur avait indiqué une assemblée au Champ-de- Mars, dans laquelle ils recevraient ses ordres par rapport à la distribution des. terres qui leur avaient été promises. Ils s'y rendirent de grand matin , et même avant le jour : et comme Octavien se faisait attendre, ils commencèrent à se mutiner. Un centurion nommé Notiius osa leur faire des représentations sur ce qu'ils manquaient de respect à leur général; et il excusa son retardement comme un effet de sa mauvaise santé , et non d'aucun mépris. Ceux qui l'entendirent le traitèrent de flatteur, mêlant les railleries aux invectives. La querelle s'échauffe; bientôt on en vient aux menaces ; et Nonius, se voyant assailli par une troupe de furieux, ne vit plus d'autre ressource pour lui que de courir au Tibre, et de s'y jeter pour le passer à la nage. Mais les séditieux l'y suivirent , le tirèrent hors de l'eau, le tuèrent , et mirent son corps sur le chemin par lequel Octavien devait venir.
A cette nouvelle les amis du triumvir lui conseillèrent de ne point se présenter à des forcenés , capables de se porter aux plus grands excès. Mais il sentit que c'en était fait de son autorité pour toujours s'il reculait dans cette occasion décisive. Il résolut donc d'affronter le péril , quelque grand qu'il fût, en évitant néanmoins d'aigrir le mal par une conduite trop haute, qui dans la conjoncture eût été imprudente. En arrivant au
Champ -de-Mars, il vit le corps de Nonius, et se détourna. Etant ensuite monte sur son tribunal , il se plaignit en termes fort mesurés du meurtre de cet officier. 11 ne fatlribua qu'à un petit nombre de ceux qui récoutaient, et il les exhorta tous à garder plus de modération les uns à l'égard des autres, et à ménager réciproquement leurs vies. Après ce peu de paroles, il exécuta ce qu'il avait promis , comme s'il ne fût rien arrivé dont il eiil lieu d'être mécontent. Il distribua les terres, assignant à chaque corps son lot et son canton; il accorda même des dons militaires à ceux qui en méritaient et à ceux qui n'en méritaient pas : le tout avec une douceur et une dignité qui non-seulement calmèrent les mutins, mais les remplirent d'admiration. Honteux et confus de leur insolence, qui leur paraissait à eux-mêmes mériter un autre traitement, ils veulent prouver leur repentir en offrant à Octavien de chercher ceux qui avaient tué Nonius , et de les lui amener afin qu'il en fît justice. Il poussa l'indulgence jusqu'au bout : il dit qu'il connaissait bien les coupables, mais qu'ils lui sembleraient assez punis par hs reproches de leur conscience, et par la condamnation que prononçaient contre eux leurs camarades. Ce dernier trait acheva de lui gagner les cœins; et tous le comblèn-nt d'éloges à l'envi, et lui témoignèrent leur satisfaction par des acclamations redoublées.
On conçoit maintenant dans quelle étrange per- Troisième plexité, dans quel labyrinthe de difficultés et de périls 'd'Antoiw' jetaient Octavien les intérêts opposés des possesseurs des terres et d'une multitude infinie de gens de guerre accoutumés à donner la loi à leurs chefs au lieu de leur obéir. Un troisième intérêt vint se mêler à la traverse