‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 20 sur 61 · Tome XXIF. Hist. Rom. . l · texte numérisé non relu

Tome XXIF. Hist. Rom. . l

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pour augmenter encore le trouble et l'embarras ; c'est celui d'Antoine. Lucius, son frère, et Fulvie, sa fennne, sentaient parfaitement qu'Octavien , en se chargeant seul de la distribution des récompenses, en emportait seul tout le mérite. Pour parer à cet inconvénient, ils demandaient à partager l'emploi d'établir les vétérans en colonies, de façon qu'Octavien réglât ce qui regardait ses propres soldats , et eux ce qui touchait ceux d'Antoine. Octavien leur alléguait la convention faite avec son collègue, moyennant laquelle la direction de toute cette affaire lui était abandonnée. Cette raison pouvait prouver la légitimité des prétentions d'Octavien , mais elle n'en était pas plus capable d'apaiser les craintes de Lucius et de Fulvie : et d'ailleurs celle-ci avait un motif secret qui la rendait implacable envers Octavien.

Motif secret Elle apprenait qu'Antoine , dont on connaît le pen F.!'iv!r\Tu- chant pour la débauche, entretenait publiquement en ' vi^if^" Orient Glàphyra, femme d'Archélaiis, grand-pontife Appiau jç Comanes. Elle voulut se venger avec Octavien de l'infidélité de son mari, sans être arrêtée par l'horreur d'un inceste; car celui qu'elle sollicitait si impudemment était son gendre. Le jeune triumvir rebuta les avances de cette femme, aussi effrontée qu'impérieuse; et il lui renvoya même sa fille, en assurant qu'elle était vierge. Ce double affront mit Fulvie. hors de toute me- '• ^^' snre; et elle ne se donna point de repos qu'elle n'eût excité une guerre, par la(|uelle elle se proposait, en même temps, et de satisfaire son ressentiment iNjntre Octavien , et d'arracher Antoine à ses nouvelles amours en le mettant dans la nécessité de revenir en Italie. leatatWcs Octavien avait de grandes raisons de craindre la

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guerre clans la circonstance où il se trouvait. Outre les infructneudifficnltés que j'ai niar(|uées, c'était un grand obstacle *^7en poLT à vaincre que le nom seul d'Antoine, qui alors inipo- «"fe"" '^

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sait extrêmement par la gloire de ses exidoits , et par aJ^esseetsa

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la réputation qu'il avait de joindre la clémence et la générosité à la bravoure. Aussi Octavien ne se lassait-il point de dire ({u'il était d'aecorvd avec son collègue, et que Lucius et Fulvie agissaient sans Tordre et même contre les intentions de ce truunvir. Mais il était bien naturel de penser qu'un parti à la tête duquel on vovait le frère et la femme d'Antoine était le parti d'Antoine, et cette impression subsistait dans les esprits. Une faction si accréditée avait encore par elle-même de grandes forces. Je trouve en Italie, dans le temps dont je parle, jusqu'à six ou sept cbefs et autant d'armées qui reconnaissaient l'autorité d'Antoine. T.es principaux de ces cbefs, gens de mérite pour la plupart, et sacbant la guerre, étaient Ventidius, Pollion , Calénus et Planeus. Enfin, ce qui mettait le comble aux embarras et aux périls d'Octavien , c'était la disette que souffrait actuellement l'Italie, d'une part inculte et réduite en friche par l'expulsion des anciens possesseurs des terres, et de l'autre privée des vivres qui lui venaient du dehors, et vexée par les courses soit de Sex. Pompée, soit de Domitius Ahénobarbus. La famine se faisait déjà sentir dans Rome, et y donna lieu à des sédition» de la populace.

■ Par tant de motifs réunis, Octavien crut devoir tout tenter pour éviter d'en venir aux armes. Il accorda à Lucius et à Fulvie ce qu'ils lui demandaient, et consentit qu'ils présidassent à la distribution des récompenses qui appartenaient aux soldats d'Antoine. C'était

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tout ce qu'ils pouvaient prétendre avec quelque couleur de raison. Mais Fulvie voulait se venger : en quoi elle était parfaitement secondée par Manius, chargé des affaires d'Antoine en Italie pendant son absence, homme audacieux et intrigant. Ces deux têtes gouvernaient Lucius.

Il fut résolu dans ce conseil de travailler à réunir contre Octavien les ' possesseurs des fonds et les gens de guerre. Ainsi Lucius et Fulvie, au lieu de continuer, comme ils avaient commencé , à donner des établissements aux soldats d'Antoine, reçurent d'une part les plaintes de ceux que l'on chassait de leurs héritages, faisant le personnage de protecteurs des opprimés ; et de l'autre ils publiaient que les confiscations des biens des proscrits et de ceux qui avaient été déclarés ermemis publics suffisaient pour acquitter les récompenses promises aux soldats : à quoi ils ajoutaient, comme un supplément surabondant en cas de besoin, les deniers qu'actuellement Antoine levait en Asie.

Rien n'était plus illusoire que ces allégations. Bien loin qu'Octavien eût des sommes immenses à sa disposition, ses finances étaient si courtes, qu'il lui fallut mettre la main sur les trésors des temples les plus révérés d'Italie, et jusque sur ceux du Capitole , s'engageant néanmoins à restituer dans la suite : et pour ce qui est d'Antoine, le plus dissipateur de tous les hommes, c'eût été vouloir être dupe que d'attendre de lui de l'argent. Cependant, les discours de Lucius et de Fulvie, autorisés du nom d'Antoine, étaient reçus avidement par les possesseurs des terres , qui s'en trouvaient agréablement flattés; et les soldats eux-mêmes, pourvu qu ils ny perdissent rien, préféraient un genre

de récompenses moins odieux et moins tyrannique.

Je ne sais s'il fut jamais une situation plus délicate et plus critique que celle oîli se voyait alors Octavlen. Il serait à souhaiter que nous eussions les ressorts de sa politique, en cette occasion , développés par quelque main habile; mais des écrivains tels qu'Appien et Dion ne présentent que des récits souvent mal arrangés, chargés de détails inutiles et manquant du nécessaire, toujours destitués d'ame et de vie. Sur les faits qu'ils administrent, voici l'idée que je me forme de la conduite d'Octavien.

Ferme dans ses principes et solide dans ses vues , il comprenait parfaitement que sa puissance, fondée sur les armes, ne pouvait se soutenir que par les armes. Ainsi il mit toutes ses espérances dans les gens de guerre ; et quoiqu'il sentît la justice des plaintes de cenx que l'on dépouillait de leurs héritages, il ne les écouta point; et, se contentant d'accorder quel({ues légers adoucissements, du reste il suivit invariablement son plan de mettre les soldats en possession des terres qui leur avaient été promises. Ce système était le seul vraiment avantageux aux troupes, et par conséquent le seul capable de lui attacher inviolablement les siennes, et de ramener même à lui tôt ou tard celles d'Antoine, que l'on faisait agir contre leurs propres intérêts.

Il s'agissait de les éclairer sur l'illusion dont on les abusait. Pour cela rien n'était plus convenable que d'offrir d'entrer en éclai»rcissement avec ses adversaires, d'entamer avec eux des négociations , de prendre les soldats eux-mêmes pour arbitres. C'est ce que fit Octavien; et il avait d'autant plus beau jeu, que IaicIus s'était laissé emporter par sa vanité jusqu'à attaquer le

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triumvirat et à entreprendre de rétablir le gouvernement consulaire. Il n'avait ni assez de désintéressement, ni assez de talents et de tète, pour exécuter un pareil projet. Mais il s'en faisait honneur: il avançait (|ue son frère y donnait les mains, et que, puisque Octavien et Lépidus s'opiniâtraient à mettre obstacle au bonheur de la république, ils porteraient la peine des crimes qu'ils avaient commis dans l'exercice de leur magistrature.

Si les idées de ÏAicius eussent pu avoir lieu, nul n'y aurait été plus lésé que les vétérans, dont toute la fortune et tous les établissements n'avaient poui- base et pour appui que la puissance triunivirale. Octavien acheva de les mettre dans ses intérêts en soumettant à leur arbitrage ses différends avec Lucius, Un nombre de vétérans avec les .léputés de quehjues légions tinrent une assemblée dans le Capitole; et de là ils firent signifier à Lucius qu'il eût à leur exposer ses griefs, et à en passer par leur décision, s'il iie voulait les avoir pour ennemis. La même citation fut faite à Octavien; et il s'y soumit sans difficulté. Cette intrigue était son ouvrage.

Lucius occupait alors Préneste, ayant quitté Rome, où il voyait que son adversaire était le maître. H assemblait des troupes, toujours accom[)agné de Fui vie, et gouverné par les impressions de cette femme audacieuse. Quoique l'ordre qui leur fut intimé de la part des gens de guerre leur déplût beaucoup, ils n'osèrent refuser d'obéir; et Lucius promit d'aller à Gaines, lieu situé à peu près à égale distance de Rome et de Piénestt',et choisi par cette r;\ison pour un jugement si extraordinaire dans toutes ses circonstances.

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Octavien se trouva le premier au rendez- vous; et sur-le-champ il détacha des coureurs pour hattre la «•ainpagne aux environs, et voir s'ils n'y découvriraient point quelque emhuscade cachée. Il y a grande apparence que son objet était ce qui arriva réellement. Ses coureurs rencontrèrent ceux qui précédaient Lucius, prirent querelle avec eux, engagèrent un combat, et en tuèrent quelques-uns. Lucius , effrayé de cet événement, tourna bride aussitôt : et il n'y eut plus moyen de lui persuader de se présenter au nouveau tribunal de la soldatesque, quoique les principaux officiers lui offrissent de lui servir de gardes et d'escorte. Ce refus opiniâtre indisposa contre lui les esprits des vétérans; et comme il leur revint d'ailleurs que Lucius et Fulvie parlaient d'eux avec mépris, et les traitaient de sénat guêtre^, ils se déclarèrent hautement pour Octavien, et prirent les armes en sa faveur.

Octavien se vit donc alors bien appuyé, ayant pour Différence

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