‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 28 sur 61 · C. CALVISIUS SABWUS · texte numérisé non relu

C. CALVISIUS SABWUS

Changement L'autorité du consulat était étrangement affiiiblie,et

dans le cou- / i • \ • • . . ,. .

suiat.pi.is réduite presque a rien ; mais au moins jusquici on en

de consuls •. i' i i ' y\ ■> •. • .

d'un au. avait respecte la durée, en ce sens qu il ny avait point '" eu de consuls qu'ils n'eussent été créés pour aller jusqu'à la fin de l'année, quoique plusieurs se fussent vus obligés, soit par le dictateur "César, soit par les triumvirs, d'abdiquer avant le terme, pour laisser ce titre d'honneur à d'autres que l'on voulait en décorer. Marcius Censorinus et Calvisius Sabinus sont les premiers consuls qui, entrant en charge au premier janvier, n'aient été mis en place que pour un nombre de mois limité, au bout desquels ils devaient être relevés par des successeurs désignés en même temps qu'eux. Cette pratique, qui avilissait et dégradait de plus en plus le consulat, fut suivie constamment par les empereurs. On ne vit plus de consuls d'un an. Ceux qui commençaient l'année lui donnaient leur nom , et on les appelait ordinaires ^ Les autres, que l'on nommait consuls substituts *, n'étalent guère connus qu'à Rome et dans ritalie. Dans les provinces ils faisaient peu de bruit, et, par cette raison, on les y qualifiait /?e///^ ' consuls.

La multitude de ceux que les triumvirs avaient à ré-

• Ordinarii. ^ Minore.s.

^ Sufi'ecti.

compenser fut une des causes qui influèrent dans cette désordre

, ,. . 1 I r A iTl daus tous les

multiplication des consulats. Le même motit les enga- ^tats. gea aussi à introduire ou à laisser entrer dans le sénat toute sorte de sujets indignes, jusqu'à de simples soldats, et même des esclaves. Un certain Vibius Maximus, désigné questeur, fut reconnu par son maître, qui le revendiqua et le remit en servitude. On trouva aussi parmi les soldats légionaires un esclave, qui fut précipité du haut du roc Tarpéien , après qu'on l'eut préalablement affranchi, pour donner plus de solennité et plus d'éclat à son supplice. En un mot, la confusion et la licence régnaient dans tous les ordres; et ceux qui conservaient quelque sentiment des bienséances et de l'honnêteté publique, et quelque goût des mœurs anciennes, ne voyaient, partout que des objets affligeants.

Mais le peuple était occupé d'un mal qui le touchait Rome et ri-

'^ \, , . tahc affa-

de plus près: c'était la disette, que les escadres de Sex- mets par tus Pompée, répandues le long des côtes, faisaient souf- imii-natiou frir à Rome et à l'Italie. Comme il était maître des îles meut du de Sicile, Sardaigne et Corse, il interrompait le com- {rTies'trium' merce et avec l'Orient et avec l'Occident , et ses cor- , '"""^^

' Appiau.lJio.

saires tenaient toujours la mer pour intercepter les convois qui auraient pu venir d'Afrique. La faim est un puissant aiguillon. Le peuple s'ameuta , et pressa les triumvirs à grands cris de faire la paix avec Sextus. Octavien demeurant inflexible, Antoine conclut qu'il fallait donc se mettre en état de faire promptement la guerre avant que la disette devînt extrême. Il n'était pas possible d'entreprendre la guerre sans recourir à de nouvelles impositions. On afficha des ordonnances pour taxer les maîtres à douze deniers et demi par

îiQ2 HISTOIRE ROJ\lAIJNK.

chaque tête d'esclave qu'ils possédaient , et pour retenir une quotité sur les successions et sur les legs. Alors le peuple perdit patience, et les placards des édits bursaux furent arrachés. Il trouvait étrange que les triumvirs , après avoir épuisé le trésor public , dépouillé les provinces, vexé l'Italie par des proscriptions, confiscations, exactions de toute espèce, voulussent encore enlever aux malheureux citoyens le peu qu'il leur restait; et cela, non pour une guerre qui intéressât l'état, ou qui tendît au bien de l'empire, mais pour leurs (luerelles particulières, pour leur ambition, pour l'abaissement d'une maison ennemie de leur grandeur,

Ij'indignation publique contre les triumvirs se tourna en affection pour Sextus ; et la multitude témoigna ses sentiments aux jeux du Cirque , où c'était l'usage de porter en pompe la statue de Neptune. Elle la reçut avec des applaudissements extraordinaires, pour hon norer Sextus, qui se disait le fils de ce dieu. Octavien

s'aperçut de cette affectation, et, pour ne pas donner lieu à renouveler une pareille scène les jours suivants ' où la fête se continuait, il défendit qu'on y fît paraître

la statue de Neptune. Mais le peuple la demanda; et, n'ayant point obtenu satisfaction, il s'emporta à une

Sédition fu- sédition furieuse. Les pierres commencèrent à voler; rieuse, où ^ Qctavien , étant venu se présenter à cette populace

court risque ij-ntéc , courut risquc de la vie. Ni sa fermeté à s'offrir

de la vie, et ' '^ ^ . . ^ ■ v

est dégagé aux coups, ni ses représentations, m enfin ses prières

par Antoine. . , .' . / -i i • . • ..

lorsqu il vit que le perd devenait pressant, ne pouvaient calmer la fureur de la sédition. Antoine vint à son secours, et, comme il passait pour être assez bien disposé en faveur de la paix désirée, la multitude ne se porla il'abord à aucune violence contre lui; seulement

HISTOIRE nOMAINE. 293

elle le pria de se retirer. Sur son refus, elle lança sur lui des pierres; et il fallut qu'il mandât des troupes, qui , ayant fait un grand carnage des séditieux , lui ouvrirent le passage jusqu'à son collègue, qu'il parvint enfin à dégager. Les corps morts furent jetés dans le Tibre; et leur nombre, la licence et l'avidité du soldat et de la canaille qui les dépouillaient, furent un nouveau sujet de gémissements pour le peuple , mais de gémissements que la crainte obligeait de renfermer et de cacher.

Octavien augmenta le mécontentement par la fête Fête donmc

o . parOctavieu

qu'il donna, suivant la coutume, à l'occasion du pre- nouveau sumier usage quil fit du rasoir, et des prémices de sa m„re. barbe, consacrées en cérémonie à un dieu. Les jeunes Romains ne se rasaient point jusqu'à l'âge de vingt et un ou vingt-deux ans , et se contentaient de se couper avec des ciseaux les poils de la barbe qui devenaient trop longs. Octavien avait attendu jusqu'à vingt-cinq ans. Il voulut célébrer ce jour avec magnificence, et donna \m repas à tout le peuple. Mais , au lieu d'attirer les applaudissements de la multitude, il en renouvela les plaintes. On trouva qu'une dépense excessive et inutile était bien déplacée dans un temps où les citoyens man^quaient de pain.

Il fallut qu'Octavien cédât enfin aux vœux du peu- Octavien pie, OU plutôt a la nécessite, et donnât les mains a un négocier

-, /-. . .r-i 1 .^ avec Sextus.

accommodement avec Sextus. Cependant, pour sauver les apparences, il ne voulut point paraître dans les commencements de la négociation. Ce fut Antoine qui entama l'affaire avec Libon, beau -père de Sextus, et beau-frère d'Octavien, Il proposa aux amis que Libon avait à Rome de l'inviter par lettres à venir faire un

voyage dans sa patrie pour jouir de l'éclat et des avantages de sa nouvelle alliance avec Octavien, et pour un autre objet plus important.

Libon , ayant obtenu le consentement de Sextus , vint à l'île d'Enarie% sur les côtes de Campanie, à peu de distance de Naples; mais il ne voulut point passer outre sans un sauf-conduit d'Octavien, qui se fit encore presser par les cris du peuple pour l'accorder. L'ardeur de la multitude pour la paix était si vive , qu'elle força Mucia, mère de Sextus, à aller trouver son fils pour joindre l'autorité maternelle aux vœux des citoyens : et comme cette dame fit d'abord quelque résistance, le peuple s'emporta jusqu'à la menacer de la brûler dans sa maison.

Sextus ne se Cette précautiou n'était point du tout superflue. Sex-

prête que ,'. ii'i- -vi • '

forcément à tus u avait nullc mclmatioii a la paix; et Menas, son

cette négo- rr i ■ i i r • i •

dation. aiiranchi et son homme de confiance, qui commandait actuellement pour lui en Sardaigne des forces considérables de terre et de mer, lui écrivait de ne point discontinuer la guerre , ou du moins de traîner la négociation en longueur, afin que la famine rendît les triumvirs plus traitables,et lui procurât des conditions plus avantageuses.

Il est vrai que les illustres Romains qui avaient trouvé un asyle en Sicile étaient d'un avis contraire à Menas, et prétendaient qu'il ne conseillait la. continuation de la guerre que parce qu'il y trouvait de grands profits et de grands honneurs. Peut-être disaient-ils vrai; mais il était aisé de retourner le reproche contre eux-mêmes. Leur intérêt se manifestait dans l'opinion qu'ils embrassaient. Il était visible qu'ils désiraient de rentrer

' Ischia. ■>

entre les trois généraux.

HISTOIRE ROMAINE. agj

dans le sein de leur patrie après un long exil, et Sextus n'ignorait pas sans doute qu'ils souffraient impatiemment le crédit qu'il donnait à ses affranchis. Ce fut alors que Murcus, agissant avec plus de hauteur que les autres, fut lâchement assassiné par ordre de Sextus; et si cet exemple tragique servit d'avertissement à ceux qui pensaient comme lui de garder plus de circonspection dans leurs discours et dans leur con- ^ duite extérieure, il ne fit qu'augmenter leur désir de se tirer de la dépendance d'un chef capable de se por- * ter à une pareille cruauté.

Libon sentit la difficulté de conduire une négociation conférence qui ne pouvait réussir que contre les vœux secrets de ceux qu'il s'agissait de réconcilier. Pour se mettre hors d'embarras et ne pas s'exposer à des reproches, il proposa une conférence entre les trois généraux, afin qu'ils terminassent par eux-mêmes leurs différends. Le peuple de Rome d'une part, et de l'autre les fugitifs retirés auprès de Sextus, appuyèrent si fortement cette proposition , qu'elle fut acceptée. Antoine et Octavien se rendirent sur la côte de Baies avec des troupes, et Sextus vint se ranger devant le promontoire deMisène, accompagné d'une belle et nombreuse flotte, et montant une galère à six rangs de rames.

Pour tenir la conférence, ils prirent des mesures qui marquaient bien les défiances réciproques. Sur des pilotis enfoncés dans la mer on jeta deux ponts, entre lesquels on laissa un petit intervalle. Le pont qui tenait à la terre était pour les triumvirs, l'autre pour Sextus. Dans le premier entretien qu'ils eurent ensemble, leurs prétentions se trouvèrent étrangement éloignées. Sextus ne demandait rien moins que de devenir le collègue

d'Octavien et d'Antoine , et d'être substitué à l'imbécilleLépidus. Les triumvirs, au contraire, ne voulaient lui accorder que la simple liberté de revenir à Rome. Ils se séparèrent donc peu satisfaits mutuellement, mais sans cependant rompre la négociation. I.a famine était une raison pressante pour les triumvirs. Sextus se voyait vivement sollicité par ceux qui l'environnaient. Ils lui firent une espèce de violence; et dans un moment oii leurs instances le fatiguaient, il s'écria, en déchirant ses habits, qu'il était trahi par ceux qu'il avait sauvés, et que Menas était le seul sur la bravoure et la fidélité duquel il comptât. Malgré cette protestation si forte, il ne put résister aux prières de tant de grands personnages, soutenues de celles de sa mère. La paix fut conclue à des conditions avantageuses et honorables pour lui , s'il eût pu se promettre qu'elles fussent fidèlement observées.

Conditions Dans ce traité, il stipulait pour lui-même, pour les illustres fugitifs auxquels il avait donné retraite, pour ses soldats.

Pour lui-même, il obtint la possession tranquille et assurée des îles de Sicile, Sardaigne et Corse, auxquelles on ajoutait l'Achaïe, et cela pour autant de temps que les triumvirs posséderaient eux-mêmes les départements dont ils jouissaient. On lui promit le consulat avec pouvoir de l'exercer absent par tel de ses amis qu'il constituerait son procureur en cette partie. On lui assurait encore la dignité d'augure, et sur les biens de son père soixante-dix^ millions de sesterces (huit millions sept cent cinquante mille livres).

' 1 4 iiùllions. — L.

du traité.

Pour ce qui est des fugitifs ou exilés, ils furent distribués en trois classes , les meurtriers de César, les proscrits , ceux qui avaient pris volontairement le parti de s'enfuir. Les premiers ne furent point compris dans le traité : mais en combinant les témoignages d'Appien et de Dion, il paraît qu'on leur accorda une permission verbale de se choisir un lieu d'exil oii ils pourraient vivre en sûreté. Les proscrits furent rétablis dans tous leurs droits et privilèges; mais on ne leur rendit que le quart des biens qui leur avaient été confisqués. Ceux qui n'avaient ni condamnation ni proscription sur leur compte rentrèrent dans tous leurs droits et dans tous leurs biens , à l'exception des meubles. Quelques particuliers plus distingués ou plus accrédités que les autres obtinrent nommément des magistratures et des sacerdoces.

Les soldats de Sextus furent aussi traités tout-à-fait favorablement. Il y en avait un très-grand nombre qui étaient de condition servile. Sûrs de trouver la liberté en Sicile, les esclaves désertaient en foule l'Italie; et la chose avait été au point que les vestales , parmi les vœux qu'elles adressaient aux dieux pour le bien de l'empire, avaient reçu ordre, l'année précédente, d'ajouter une prière pour demander la cessation de ce fléau. Les esclaves enrôlés sous les drapeaux de Sextus furent maintenus, par le traité, dans la jouissance de leur liberté; et l'on promit aux soldats de condition libre qui servaient dans ses armées et sur ses flottes les mêmes récompenses, après leur temps de service, qui avaient été accordées aux soldats des triumvirs.

Pour tant d'avantages que Sextus recueillait de ce traité, il s'engageait réciproquement à retirer ses trou-

pes des postes qu'il occupait en Italie, à ne plus recevoir d'esclaves fugitifs, à ne point augmenter ses forces navales, à défendre l'Italie contre les pirates, et à envoyer à Rome les mêmes redevances en blé et en autres impositions qu'avaient coutume autrefois de payer les îles qui lui étaient abandonnées.

Après que les articles eurent été ainsi rédigés , l'acte solennel que l'on en dressa fut muni des sceaux des trois généraux contractants, et envoyé à Rome aux vestales pour être gardé comme un dépôt précieux et sacré. Les conférences finirent par des témoignages d'amitié réciproque; on se donna la main, on s'embrassa.

joienxtrênie Cette paix causa une joie égale à l'ardeur avec laque cause ,, ,, ■ I I -y , . / T »T !• 1 'I ■ ' II

cette paix, quellc ellc avait ete desiree. JL Italie délivrée de la crainte d'une famine qui commençait déjà à se faire violemment sentir, un grand nombre des premiers citoyens de Rome rendus à la patrie après un long exil , c'étaient là des sujets intarissables de félicitations publiques et particulières. Les plus illustres de ceux qui furent réveil. II, 77. tablis par ce traité, sont L. Arruntius, M. Junius Silanus, C. Sentius Saturninus, et M. Titius, qui, après avoir rendu à SexKis des actions de grâces proportionnées à la grandeur du bienfait dont ils lui étaient redevables, suivirent Octavien à Rome, et parvinrent dans la suite aux plus grands lionneurs.

Les trois Lcs iiioiiis contcnts de cette paix furent sans doute

îlêlitaes re- l^s trois cbcfs qui l'avaient conclue. On peut bien as-

'"tour"* surer que surtout Octaviea, en même temps qu'il la jurait, était très-résolu de la rompre à la première occasion. Ils en célébrèrent néanmoins tous trois des réjouissances extraordinaires par des repas qu'ils convinrent de S(^ donner tour à lotir.

HISTOrRE ROMAINE. 299

Ils tirèrent entre eux au sort à qui commencerait ; et Mot de Sexle sort ayant décidé pour Sextus, Antoine lui demanda "ome. où il les recevrait: « Sur mon bord, répondit Sextus, Appiau.Db. « car telle est la maison paternelle qui reste à Pompée. » C'étaitun reproche pour Antoine, usurpateur delà maison qui avait appartenu au grand Pompée dans Rome. L'allusion est encore plus heureuse et plus marquée dans le latin, parce que le même mot ^ dont se servait Sextus pour exprimer son vaisseau était le nom du quartier de Rome où était la maison de son père.

Pendant le repas, on s'égaya beaucoup, surtout aux Traitcéièbre

. ^-,1 / / tlesagénéro-

dépens d'Antoine, dont la passion pour Cleopatre four- site à rejeter

.,,. , ,. .-P X . le ronseil de

nit matière a bien des plaisanteries. La scène aurait M^uas.

bien changé et serait devenue bien sérieuse, si Sextus

eût déféré au conseil de Menas; car cet affranchi vint ' ^

lui dire à l'oreille : « Voulez-vous que je coupe les cor-

« dages et les ancres, et que je vous rende ainsi le

(c maître, non de la Sicile et de la Sardaigne, mais de

«tout l'univers?» La tentation était forte; et Sextus

eut besoin de réflexion pour s'affermir contre une si

puissante amorce. Il y pensa un moment, et, prenant

son parti avec noblesse, il répondit à Menas : Tu de-

« vais le faire sans me le dire. Mais, puisque tu m'en

« as parlé, contentons-nous de ce que nous avons; car -

«je ne sais point me parjurer. »

Les convives de Sextus n'entendirent rien de ce qui Anpian.Dia, se disait, et le repas s'acheva aussi gaiement qu'il avait commencé. Il y fut même question d'affaires, et l'on y projeta le mariage de deux enfants encore en bas âge, c'est-à-dire de la fille de Sextus avec le jeune Marcel-

' «*In carinis meis. » (YjîLr.ii, 77.) ' * ■ ' . ■''('

3oO HISTOIRE ROMAINE.

lus, fils d'Octavie, beau-fils d'Antoine, et neveu d'Octavien. Appien ajoute que le lendemain ils prirent des arrangements entre eux pour le consulat par rapport à des temps assez éloignés. J'en dirai ce qui sera nécessaire lorsque la suite de l'histoire l'exigera. Les triumvirs traitèrent successivement leur nouvel allié dans des tentes dressées exprès sur le rivage, après quoi on se sépara. Sextus s'en retourna en Sicile, Octavien et Antoine à Rome.

Autoineest lls y passèrent quelque temps dans une union parpiqué de « . ■ . 1) f 1 • / A î'i

perdre à laitc, et toujours Cl accorcl sur les intérêts qu ils avaient dL"jeuxcon! ^ démêler ensemble, et sur tous les grands objets; mais ir*^îttrn- d'^ïïs Jcs amusements, dans le jeu, la supériorité qu'emtahe et vient portait touiours Octavieu sur Antoine piquait celui-ci.

a Athènes. i J i i

Plut. En effet, Plutarque assure qu'à quelque jeu de hasard qu'ils jouassent l'un contre l'autre, Octavien gagnait toujours. Si d'autres fois ils faisaient battre des coqs, ou des cailles accoutumées à cet exercice, la victoire était du coté d'Octavien. Cette continuité de mauvais » succès dans des bagatelles était une vraie mortification pour Antoine, et elle le disposa à écouter les discours d'un astrologue égyptien qui était à sa suite, et qui, soit qu'il fût lui-même la dupe de son art menteur, soit, ce qui est plus vraisemblable, qu'il fût aposté par Cléopatre pour lui ramener Antoine, disait sans cesse à ce général que sa fortune, par elle-même grande et magnifique, était dominée et obscurcie par celle d'C^ctavien. Il l'exhortait en conséquence à fuir la présence de ce jeune collègue. « Car, disait- il, votre génie craint le « sien. Seul et loin de ce concurrent, il est fier et élevé; « mais dès qu'il s'en approche, il se rapetisse et devient « bas. » Quehjue méprisable que soit une pareille phi-

HISTOIRE ROMAINE. 3o t

losophie,ces visions, venant à l'appui des petits, mais vifs et continuels désagréments qu'éprouvait Antoine, firent leur effet. Il quitta l'Italie, et vint à Athènes, emmenant avec lui Octavie, qui peu auparavant était accouchée d'une fille.

Le séjour d'Athènes plaisait à Antoine, et il y passa Ses manières

1 • 1 '^ • populaires

l'hiver, déposant le faste de sa grandeur, qui le gênait, avecies

„ ... . 1 . 1 J â. 1' Athéniens.

et se familiarisant volontiers avec un peuple dont 1 enjouement, l'urbanité et une flatterie ingénieuse envers ses maîtres ont toujours fait le caractère. Ainsi, dans les fêtes qu'il donna aux Athéniens en réjouissance des victoires que Ventidius , son lieutenant, comme je vais bientôt le raconter, avait remportées sur les Parthes, il voulut faire lui-même la fonction de gymnasiarque, ou modérateur des jeux. Il substitua les marques de cette magistrature bourgeoise à l'appareil de la dignité triumvirale, quittant même la toge, et présidant à la fête avec un manteau et une chaussure à la grecque.

C'est par une suite du même goût de badinage, moi- ils le traitent

. , „ . . . , ,.,,., , , V VI (le nouveau

tie fou, moitié populaire, qu il renouvela la scène qu il Ba.vhus.Dot

,/.,/.! ) .. />• .1 qu'il exii'C

S était déjà donnée en Asie en se taisant honorer comme avuxpour le nouveau Bacchus. On observa à son égard tout le **"" manaEte joyeux cérémonial du dieu du vin, et il y fit lui-même "'^'"^'^ parfaitement son personnage. Mais les Athéniens ayant voulu se prêtera son jeu, furent mal payés de leur plaisanterie. Car, sur ce qu'ils s'avisèrent, après l'avoir sa- 5.,^ Suasor. lue comme Bacchus, de lui offrir en mariage la déesse ' Minerve leur protectrice , il accepta la proposition , et les taxa à mille talents de dot. Un plaisant de la troupe lui représenta à ce sujet que Sémélé sa mère n'avait point apporté de dot à Jupiter. Mais Antoine n'en persista pas moins à exiger les mille talents, et sans délai.

avec Minerve.

Atliea.iv,i2.

quoique Delllus, poussant toujours la même plaisanterie, lui fît observer que, selon la pratique usitée à Rome, l'on avait d'ordinaire trois ans pour payer la dot en trois paiements. Cette aventure mit les Athéniens de mauvaise humeur, et attira de leur part à Antoine des pasquinades, dont il ne fit que rire, ne leur enviant point cette petite vengeance, piuiarcii. Pendant qu'il s'amusait à ces passe -temps frivoles, Ventidius faisait la guerre pour lui contre les Parthes avec des succès capables de le piquer de jalousie. Le sentiment de la gloire des armes n'était pas émoussé dans Antoine. Il craignit que son lieutenant ne lui laissât plus rien à faire; et, résolu d'aller se mettre à la tête de ses armées en Orient, il partit dans les premiers mois de l'année oii étaient consuls Ap. Claudius et Norbanus.

^ III. Mouvements des Parthes. Guidés par Labiénus le fils, ils eiwahissent la Syrie. Ils établissent Antigonus roi de la Judée, et ils emmènent prisonnier Hyrcan. Labiénus soumet la Cdicie, et pénètre jusque dans la Carie. Ventidius, lieutenant d' Antoine, arrive, et remporte sur les Parthes deux victoires consécutives. Antoine , jaloux de la gloire de Ventidius, part d' Athènes pour se mettre a la tête de ses années. Troisième victoire de Ventidius , où périt Pacorus , prince des Parthes. Ventidius n ose pousser ses avantages, de peur d'irriter la jalousie d'Antoine. Siège de Samosates, dont le succès ne fait pas dlwnneur à Antoine. Triomphe de Ventidius. Prise de Jérusalem par Sosius et par Hérode. Antigonus battu

HISTOIRE ROMAINE. 3o3

de verges et mis a mort comme un criminel. Héj'ode paisible possesseur de la couronne. Confusion et mépris de toutes les lois dans Piome. Octavien épris d'amour pour Livie, Il répudie Scribonia le même jour quelle était accouchée de Julie. Il épouse Livie, qui lui est cédée par son mari étant grosse de six mois. ISaissance de Drusus. Tibère et Drusus élevés dans le palais d'Octa^'ien. Cause de la rupture entre Octavien et Sextus. Menas, affranchi de Sextus , passe au service d' Octavien. Préparatifs d'Octavien pour la guerre. Combat naval près de Cumes. Autre combat près du roc de Scjlla, où la flotte d' Octavien est maltraitée. Unejtempête achève de ruiner les forces navales d' Octavien. Sextus ne sait pas vrofïter de Vocca- ■■,

sion. Octavien prend du temps pour faire de nouveaux préparatifs. Agrippa , vainqueur dans les Gaules, refuse le triomphe. Continuation du triumvirat pour cinq ans. Agrippa chargé des apprêts de la guerre contre Sextus. Port Jule formé par la jonction des lacs Lucrin et Avcrne. Prétendu présage arrivé à Livie.

AP. CLAUmUS PULCHER. An. R. 714.

Page 1