‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 35 sur 61 · Tome XXI F. H, st. Rom · texte numérisé non relu

Tome XXI F. H, st. Rom

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secours, et que lui seul il suffisait pour obtenir l'effet de demandes aussi justes. Une telle insolence ne demeura pas impunie. Le séditieux tribun disparut, sans que Ton pût découvrir ce qu'il était devenu. Cet exemple , qui avertissait chacun de ce qu'il avait à craindre , rendit les mutins plus circonspects, mais non pas plus traitables. Il ne s'en trouva plus aucun qui se fit remarquer; mais tous ensemble, ou par gros pelotons, ils persistèrent à demander leur congé.

Octavien n'avait pas cette hauteur héroïque de sentiments par laquelle son grand-oncle s'était vu en état de faire rentrer d'un mot dans le devoir des légions mutinées. D'ailleurs il était jeune; et il ne possédait qu'en un degré médiocre le mérite de guerrier, qualité la plus imposante auprès des troupes. 11 sentait néanmoins combien la fermeté était nécessaire , et que , s'il mollissait une fois , c'en était fait pour toujours de son autorité. Il prit un parti mitoyen, convenable à son caractère , plus prudent et plus fin que noble et élevé. Il accorda le congé à vingt mille des plus vieux soldats, qu'il fit sur-le-champ transporter hors de l'île, de peur qu'ils ne nourrissent l'esprit de sédition dans les autres.

Ensuite , ayant assemblé son armée , qui était encore bien nombreuse , il protesta que jamais il ne reprendrait à son service , quand même ils l'en prieraient avec les plus grandes instances, ceux qui venaient de le quitter malgré lui ; et que de plus il ne leur donnerait pas à tous les récompenses dont ils se flattaient, mais seulement à ceux d'entre eux qu'il en jugerait dignes, après un sévère examen de leur conduite. De là il passa à louer la fidélité des troupes qui lui demeu-

raient soumises : il leur promit que clans peu il leur accorderait et le repos et les établissements qu'elles auraient mérités par leurs bons services; et en gage de cette promesse, dont l'effet était éloigné, il leur annonça une distribution prochaine de cinq cents deniers ^ par tête, pour laquelle il imposa à la Sicile une taxe de seize cents talents (seize cent mille écus). Par cette conduite, mêlée d'indulgence et de fermeté, Octavien apaisa une sédition qui pouvait lui rendre funestes les victoires qu'il avait remportées.

Lorsque tout fut calme, il distribua des dons mili- couronne taires aux soldats et aux officiers qui s'étaient distin- ^ee'i^àr'ocgués par leur bravoure. Nul ne fut plus honoré ni ne taviena

t> r r Agrippa.

méritait plus de l'être qu'Agrippa. Il reçut pour récompense et pour monument de la victoire navale à laquelle il avait eu tant de part une couronne d'or qui avait pour rayons des éperons de vaisseau^. Plusieurs écrivains assurent qu'il est le premier à qui ait été accordée cette glorieuse marque d'honneur. Mais nous avons rapporté, d'après le témoignage de Pline, que le docte Varron en avait été décoré dans la guerre contre les pirates. Il n'est pas fort étonnant que le nom d' Agrippa ait obscurci celui de Varron dans la gloire des armes. ""'

Octavien , avant que de sortir de Sicile , établit un octavien de-

'. 15A1 Tl 'm. meure maî-

propreteur pour gouverner lue en son nom. 11 mit tredeiaSipareillement la main sur la dépouille de Lépidus; et <=''*' ^t des

' Deux cent cinquante livres. =r 409 fir. — L.

^ Agrippa

cui , belli insigne superbum ,

Tempera navali fulgent rostrata corouâ.

ViRG. .£ru;id. vnr. [682 ] •■ ' .. qri-t,

356 IIISTOIRF ROMAINE.

provinces Statilius TauFUS alla par son ordre, avec quelques trou-

d'Afriaue et i • 1 • 1 1' a f •

dcNumidie. P^s , prendre possession pour lui de 1 Afrique propre et de la Numidie, qui avaient appartenu à ce triumvir dépossédé. Pour ce qui est des vaisseaux d'Antoine, il les lui renvoya fidèlement, et il eut même soin de remplacer ceux qui avaient péri dans les opérations de la guerre. Après tous ces arrangements, il partit et repassa en Italie avec toutes ses forces.

É'io ue de Ccst ici proprement l'époque où commence à s'étal'étabiisse- jjjij, (J'une manière solide la grandeur d'Octavien. Car

ment so- '^

lidedeia jusciue-là son état avait toujours été assez chancelant;

grandeur J l , , . . , , ,,

d'Octavien, toujours il S ctait VU cnviroiine et presse d ennemis et

temps de dc rivaux. Mais alors tout l'Occident se trouva soumis

Tystème^dT ^ SOU obéissaucc ; et en même temps l'estime et l'admi-

conduite j-a^Jo,^ nubliquc se décidèrent en sa faveur. On ne poupins douce ri i

et plus mo- Y^ij. refuser ces sentiments à tant de succès glorieux,

deree. ^ '-'

comparés surtout avec sa grande jeunesse. Quatre guerres heureusement terminées, à Modène , à Philippes, à Pérouse, et en Sicile; la destruction totale du parti républicain et de celui de Pompée ; la puissance de Sextus et celle de Lépidus réunies à la sienne ; et tout cela exécuté à l'Age de vingt -huit ans : c'étaient là de puissants motifs de concevoir pour lui une sorte de vénération , qui , s'étant une fois emparée des esprits , s'y accrut toujours dans la suite, et qui ne fut pas un des moindres fondements de sa puissance.

On lui en donna les premiers témoignages à son retour de l'expédition de Sicile. Le sénat alla en corps au-devant de lui fort loin hors de Rome, chaque sénateur portant une couronne sur la tête en signe de joie et de félicitation. Cette compagnie lui avait dès auparavant décerné les plus grands honneurs, le lais-

HISTOIRE ROJVIAINE. 35']

saut maître ou de les accepter tous, ou de choisir ceux qui lui conviendraient davantage. Il reçut l'ovation , ou petit triomphe, l'établissement d'une fête annuelle en mémoire de sa victoire, et une statue dorée dans la place publique , où il était représenté en habit de triomphateur ; le piédestal était orné d'éperons de vaisseaux, avec cette inscription : pour avoir rétabli

LA PAIX LONG-TE3IPS TROUBLÉE SUR TERRE ET SUR Fasticai.it.

MER. Il entra dans Rome avec la pompe modeste de l'ovation le jour des ides de novembre.

Sex exploits, considérés en eux-mêmes, méritaient bien assurément le grand triomphe. Je ne vois aucune raison qui ait pu empêcher de le lui déférer, si ce n'est la bassesse des ennemis vaincus. Car il faut observer que le nom de Sextus ne devait point ici paraître. Il eût été trop odieux et trop amer pour les Romains de voir triompher nommément du fils de Pompée. Or, ce chef étant une fois mis à l'écart, presque tous ceux qui l'avaient suivi étaient des esclaves fugitifs ou des corsaires , commandés par des affranchis. C'était donc en queUjue façon une guerre servile, pour laquelle l'éclat du triomphe aurait été trop magnifique, et dont la victoire était suffisamment récompensée par l'ovation. Octavien s'en contenta, et il ajouta plusieurs autres traits de modération et de douceur, par lesquels on voit clairement qu'il voulait racheter les injustices , les vexations tyranniques, les cruautés qui d'abord lui avaient attiré la haine et la détestation publiques. Dans les discours qu'il fit, soit au sénat, soit au peuple, après leur avoir témoigné sa reconnaissance des honneurs qui lui avaient été accordés, il annonça la paix et la tranquillité à l'Italie, comme le fruit de sa victoire, qui venait,

358 HISTOIRE IIOMAIJXE.

disait-il , de mettre fin à toutes les guerres civiles. Car il cachait soigneusement ses desseins contre Antoine, Suet. Aug. qu'il n'était pas temps de faire éclater. Il ne prononça '■ pas ces discours, mais il les lut, pratique qu'il observait dans toutes les occasions importantes; et il en distribua ensuite des copies par toute la ville, comme pour rendre tous les citoyens témoins et dépositaires de l'engagement qu'il contractait. 11 joignit les effets aux paroles. Il abolit quelques impots ; et il remit tout ce qui était dû des taxes établies par la nécessité de la guerre, et qui n'était pas encore payé.

Le peuple, qui depuis si long -temps souffrait les horreurs de la guerre civile , charmé de commencer à respirer, et voulant récompenser celui à qui il était redevable de la douceur de sa nouvelle situation , lui offrit le grand pontificat, dont Lépidus était revêtu. Octavien soutint le caractère de modération dont il s'était fait une loi ; et il refusa une place très-importante et très-brillante , mais dont le titulaire ne devait point être dépouillé de son vivant. Quelques-uns allèrent jusqu'à lui proposer l'étrange expédient do faire mourir Lépidus, comme ennemi public. Ce conseil lui fit horreur, et il déclara qu'il ne s'ouvrirait point la voie à l'usurpation par le meurtre.

Il se concilia encore l'affection des citoyens par la conduite qu'il tint à l'égard de ce grand nombre d'esclaves que Sextus avait attirés en Sicile, et qu'il avait incorporés dans ses troupes en leur donnant la liberté. Quoique cette liberté leur eût été ratifiée par le traité de Misène , Octavien ne se crut pas obligé d'observer à l'égard de ces misérables, au [)réjudice de leurs maîtres et du bien de l'état, une parole qui lui avait été

HISTOIRE ROMAINE. 35c)

extorquée par une sorte de violence. Il envoya aux différents quartiers où hivernaient ses légions des lettres qui furent toutes ouvertes en un même jour , et par lesquelles il était ordonné d'arrêter ces esclaves fugitifs. La chose fut exécutée sans aucun tumulte; et lorsque les prisonniers eurent été amenés dans Rome, ils furent interrogés et examinés pour être rendus à leurs anciens maîtres. Ceux dont les maîtres ne purent être découverts, Octavien les fit exécuter dans les villes d'où ils s'étaient enfuis.

Un autre objet bien digne de son attention , c'étaient les compagnies de brigands qui s'étaient formées à la faveur de la licence et du désordre des guerres. Elles faisaient presque de petites armées , qui exerçaient plutôt des hostilités que de simples vols dans Rome, dans l'Italie, dans la Sicile. Sabinus, chargé par Octavien du soin d'arrêter ces horribles brigandages , vint à bout , dans l'espace d'un an , d'exterminer cette race de scélérats. La paix et la sûreté furent rétablies sur les chemins et dans les villes ; et les peuples furent si sensibles à ce bienfait, qu'ils en consacrèrent l'auteur parmi leurs dieux tutélaires.

Octavien paraissait donc tout occupé du bien public, tout rempli de vues pacifiques. Il brûla les lettres et les papiers qui pouvaient être des monuments des divisions passées, et tenir en inquiétude bien des citoyens. Il laissa les magistrats annuels exercer leurs fonctions, et régler les affaires qui étaient du ressort de leurs charges. Enfin il alla jusqu'à faire espérer qu'il abdiquerait le triumvirat de concert avec Antoine, dès que celui-ci serait revenu de la guerre qu'il faisait actuellement contre les Parthes. Cette dernière promesse n'é-

36o HISTOIRE ROMAINE.

tait qu'un leurre ; mais elle porta la joie au cœur de la nation , toujours attachée au gouvernement républicain. Le sénat, pour inviter Octavien à tenir sa parole et lui donner comme une compensation en échange du triumvirat , lui offrit la puissance tribunitienne pour tout le temps de sa vie. Par ce titre, sa personne devenait sacrée et inviolable; et il acquérait le droit d'empêcher qu'il ne se fît rien dans la ville contre sa volonté. Mais il n'avait garde de renoncer, en se dépouillant du triumvirat, au commandement des armées, qui faisait toute sa force. Ainsi il se tint fermé par rapport à la proposition du sénat, ne jugeant pas à propos ni d'accepter la puissance tribunitienne seule, qui l'aurait désarmé, ni de la joindre à la triumvirale, de peur de piquer la jalousie d'Antoine : il ne paraît point non plus qu'il l'ait absolument refusée : il la remettait à un temps plus convenable.

Afin que Rome se ressentît en toute manière du retour d'une meilleure fortune, ce fut aussi cette même année qu'Octavien commença à l'embellir par de nouveaux et superbes édifices. Un de ses grands objets, dans toute la suite de sa vie et de son empire , fut de décorer la capitale de l'univers d'une flicon digne de la majesté de ce titre; et il poussa en ce genre la magnificence si loin % qu'il se vanta d'avoir reçu une Kome de brique, et de la laisser toute de marbre. Mais dans le temps dont je parle ici , le premier ouvrage par lequel il entama l'exécution de son plan, ce fut un logement pour lui. Il avait choisi l'emplacement du mont Palatin , et fait acheter par ses gens d'affaires un grand

' « Urbem excoluit adeô, nt lînquere, quam laterltiam acccpis-

jurc sit gloriatus marmoream se re- set. » (Suet. ^h^. 29. )

nombre de maisons de particuliers, qui lui formaient un terrain spacieux. Il s'y construisit un magnifique bâtiment , qui prit le nom de la colline dont il occupait une partie considérable, et fut ap^telé Palatàau ; d'oii est venu le mot de palais, en notre langue. Mais il ne voulut pas qu'on eût à lui reprocher- de n'avoir travaillé que pour lui. A l'occasion d'un tonnerre qui était tombé sur une portion du terrain qu'il avait acquis, les devins, que l'on consulta, ayant répondu que cet endroit était revendiqué par un dieu , Octavien y bcàtit du plus beau marbre un temple h Apollon , qu'il avait toujours honoré comme son dieu tutélaire. Il y joignit une bibliothèque, qui convenait parfaitement à coté du temple du dieu des arts, et tout autour il éleva des portiques pour l'usage et la commodité du public,

La Bibliothèque d'Apollon Palatin (c'est ainsi qu'elle Hor. Sat. 4,

r /\5/. 1 i-'vi et 10; Eu. I,

tut nommée] n était pas seulement destinée a loger 3,0111,2; une collection de livres qui fît honneur au goût du '^. fg.^ maître , et qui offrît un secours utile aux savants : Octavien en fit comme une académie, oii des juges examinaient les nouveaux ouvrages de poésie; et ceux qui paraissaient vraiment dignes d'être conservés et transmis à la postérité étaient placés honorablement dans la bibliothèque, avec le portrait de fauteur; encouragement puissant pour les arts, que la gloire surtout nourrit et porte à la perfection. Octavien les aimait, comme ont toujours fait les grands princes ; il les cultivait lui-même; et sa protection fut constamment ■■, n assurée à tous ceux qui s'y distinguèrent. Aussi l'on ;r

sait assez combien ils fleurirent sous son gouvernement , qui est devenu fépoque et la règle du bon goût. '

Il n'est pas besoin d'avertir que tous ces grands ou vrages ne furent pas achevés dans l'année dont je raconte les événements : mais ils y furent projetés et commencés; et il était important d'en remarquer la date, parce qu'ils entraient dans le nouveau système de conduite qu'Octavien se forma dès qu'il vit sa puissance bien établie : jusque-là, injuste et cruel par la nécessité de satisfaire son ambition; doux, modéré, bienfaisant, lorsqu'une fois il eut lieu d'être content de sa fortune.

Ce caractère de douceur parut encore dans la distribution des terres qu'il eut à faire aux soldats vétérans. On se souvient quel horrible fracas avait excité cette opération dans toute l'Italie après la bataille de Philippes. Ici elle s'exécuta paisiblement. Les fonds qui furent assignés aux soldats, ou appartenaient à la république, ou furent achetés et payés de bonne foi, soit aux particuliers , soit aux communautés des villes. Ainsi, par exemple, la colonie de Capoue , étant mal garnie d'habitants , possédait en commun une grande étendue de terres, qui n'avaient été attribuées à aucun possesseur particulier. Octavien y établit ses vétérans : mais pour dédommager la colonie, il lui donna dans l'île de Crète des fonds d'un revenu beaucoup plus am- ; pie , et qui rapportaient douze cent mille sesterces par

an^ Et de plus, il ajouta un grand et utile ornement à la ville même de Capoue, par la construction d'un aqueduc qui y portait une eau pure et abondante. Guerre En usaut si Sagement de sa puissance et de sa for-

otm-'iTs tune, Octavien s'appuyait de l'estime et de l'affection Parthes. j^^ Romains contre Antoine , qui faisait au contraire,

' Cent cinquante mille livres.

dans ce même temps, tout ce qui était nécessaire pour s'en attirer le mépris et la haine. C'est ce que l'on verra dans le compte que je vais rendre de son expédition contre les Partlies, malheureuse par sa faute; et dont le mauvais succès lui fut encore moins honteux et moins funeste que la cause qui l'avait produit. Mais il faut reprendre les choses d'un peu plus haut. ^

§ II. Douleur amèie cV Orode au sujet de la mort de son fils Pacorus. Il choisit pour son successeur Phaate. Phraate fait mourir son père , ses frères , son fis aine , plusieurs grands du royaume. La passion d^ Antoine pour Cléopatre se ? éveille. Ses libéralités injustes et immenses envers la reine d'Egypte. Arrangements d'Antoine pour la guerre. Il se rend en Arménie., dont le roi était son allié. Forces de son armée. Fautes que lui fait faire sa passion pour Cléopatre. Il vient mettre le siège devant Praaspa , capitale du roi des Médes. Les rois des Parthes et des Mèdes lui taillent en pièces deux légions. Le roi d'Arménie Vabandorme. Antoine engage un combat où il met en fuite les Parthes, mais leur cause très-peu de perte. Il retourne devant Praaspa , dont le siège lui réussit mal. Trompé par les Parthes, qui lui promettent paix et sûreté, il se met en devoir de faire retraite. Averti de la perfidie des Parthes , au lieu d'enfiler la plaine , il gagne les montagnes. Divers combats oii les Parthes sont repoussés. La témérité d'un officier roinain fait remporter aux Parthes un avantage consi-

364 HISTOIRE ROMAINK.

dérable. Conduite admirable d\4ntoine à U égard de ses soldats. Leur amour pour lui. ISouveaux combats oii les Romains reprennent la .supériorité. La disette se met dans leur armée. Maladie singulière et funeste causée par l'usage d'une herbe inconnue. ISouvelle perfidie des Parthes, dont Antoine ne se garantit que sur un avis qui lui vient de l'armée ennemie. Les Romains souffrent beaucoup de la soif. Fleuve dont les eaux étaient malsaines. Désor^dre affreux causé par la fureur du soldat romain, qui pille son propre camp. Dernier combat contre les Parthes. Joie des PiOmcdns lorsqu'ils se revirent en Arménie. Empressement fou d'Antoine pour se revoir auprès de Cléopatre. Pœlation fausse et fastueuse envoyée par Antoine à Rome. Honneurs qui lui sont décernés. Dernières aventures et mort funeste de Sex. Pompée. Guerres d'Octavien en llljrie. Bravoure personnelle d'Octavien. Les Salasses soumis par Valérius. Exploits de M. Crassus contre les My siens et les Bastarnes. Edilité d'ylgrippa. Agrippa et Mécène principaux amis , confidents et ministres d'Octavien. Statues érigées à Livie et à Octavie. Portique d'Octavie. Triomphes de Statilius Taurus et de Sosius. Nouveaux patriciens. Mort d'Atticus. Succession des consulats depuis l'an ^\d> jusqu'à l'an 721.

An. r. 716. La mort de Pacorus , tué dans la dernière bataille ' Douleur ' que Ventidius avait gagnée sur les Parthes, jeta Orode, nSaù^su- père du jeune prince, dans une douleur qui dégénéra

sou fik Pacorus.

Justin, xi.ii, 4 et 5.

Il choisit

pour sou

successeur

Phraate.

HISTOIRE ROMAINE. 3bD

«resaue en frénésie. Pendant les six premiers jours, jet de i

r T ^ 11 mort de :

il ne voulut ni voir personne, ni même prendre de nourriture. Enfermé dans l'obseurité , et gardant un silence farouche, s'il prononçait quelques paroles, c'était pour répéter tristement le nom de Pacorus. Souvent il s'imaginait lui parler, l'entendre et le voir à ses côtés: mais bientôt revenu à soi , et se rappelant que Pacorus n'était plus, il le pleurait amèrement.

Cette violente douleur ne s'apaisa que pour faire place à une cruelle inquiétude qui vint le tourmenter au sujet du choix de son successeur, titre que laissait vacant la mort de Pacorus. Il avait de différentes femmes trente fds, qui tous aspiraient au trône, et, secondés de leurs mères, fatiguaient par des sollicitations importunes l'esprit du faible vieillard. Enfin, après avoir long-temps balancé, Orode, pour son malheur et pour celui de l'empire des Parthes, se détermina en faveurde Phraate, l'aîné de tous, mais le plus méchant.

A peine Phraate se vit-il assuré de la succession au trône , qu'il s'impatienta de n'en pas jouir assez tôt ; et, trouvant que son père le lui retenait trop longtemps, il le fit mourir. On juge bien qu'il n'épargna de ses frères , qui tous lai fai-

)as davantage le sans

Phraate fait mourir sou

père, ses frères , sou fils aîné, plusieurs grands du royaume.

saient ombrage, et dont quelques-uns avaient des titres de préférence sur lui par la noblesse de leurs mères ; au lieu que Phraate était né d'une femme sans nom. L'aîné même de ses fils, qui se trouvait en âge de lui <

donner de la jalousie, fut sacrifié à ses soupçons.

Les grands du royaume, alarmés et irrités d'une telle piut. in Ant. barbarie, qui s'étendait aussi sur eux, et abattait toutes les premières tètes de la noblesse, entrèrent dans des dispositions de révolte, dont les Romains auraient

et Dio.

366 HISTOIRE KOMAINE.

pu aisément profiter. Mais Antoine était alors en Italie; et Sosius , qui commandait pour lui en Syrie, avait appris, par l'exemple de Ventidius , à ne pas courir après une gloire trop éclatante qui eiit offusqué celle de son général. Ainsi, les seigneurs mécontents du gouvernement de Pliraate, n'étant point soutenus, se virent contraints de s'exiler eux-mêmes en différents pays. Monésès, l'un des plus illustres et des plus puissants , se retira auprès d'Antoine.

La passion Lc triumvîr était parti d'Italie, comme nous l'avons ci'^o- clit , lorsque Octavien se préparait à faire un dernier

d'An loi lie

j)oiir

pâtre se re- gf^Qj,}- contre Scxtus et coutre la Sicile. C'est alors que

veiUe. 1

se réveilla dans son cœur sa funeste passion pour Cléopatre% qui avait paru assoupie et calmée par un retour de réflexion et de sagesse depuis son mariage avec Octavie. Elle était assoupie, et non pas étouffée ni vaincue. Après un assez court intervalle, pendant lequel la raison avait semblé prendre le dessus, enfin, pour me servir de l'expression de Platon, adoptée par Plutarque, findocile compagnon de l'ame, cet esclave rebelle, qui, trop souvent, au lieu de prendre la loi de sa souveraine, la gourmande et la tyrannise-, secoua pleinement le joug. Antoine, en approchant de la Syrie, fit partir Fonteïus Capiton avec ordre de lui amener la reine d'Egypte.

Ses libéraii- Elle Vint; et, comme s'il eût voulu lui faire une sorte

tes iujustes i / • i r • i ' ce \

et iiiiineuses de réparation de ses froideurs passées, et en effacer le

' Eu(5*ou(Ta ^' 71 ^etvri (jUf;.ipopà (pviaiv a nXaTwv, to lî'uaTrsiôèç xal

fui^V) -KCth^ , ô K).ÊOTrâTpa; eo fo; , â-coXaçov iiux'»i; ûtïcJ^'jviov , âiro-

f^oxwv xoiTsovKffOat xaî. jcaTaxexïi- XajcTi'aaç rà xaXà xat auTYipia

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àvsXaii.Tre xat àveôàppei , 2upîa tXyi- i^ev àçovra KXs&Trarpav eÎç Supta".

aixÇovTOi; aùxcù • /.al Tc'Xcç , (ocnrep (Plut, in ^/»?o«.)

HISTOIRE ROMAINF. 36"]

souvenir par une libéralité sans bornes, il lui fit des envers la dons immenses \ Il ajouta à son royaume la Pbénicie, gypte. ' hors Tyr et Sidon, la Célésyrie, le canton de la Judée tiq'x'v! 4 ;'ot qui produit le baume, une partie du pays des Arabes deBdWud, Nabatéens. Toutes ces régions étaient possédées par *''"^- ^^"• différents petits princes sous la protection des Romains. Antoine né se fit aucun scrupule de dépouiller ceux qui en jouissaient, pourvu qu'il satisfît l'avidité insatiable de celle qu'il aimait. Il lui céda même les droits qu'avait la république sur l'île de Chypre et sur Cyrène, anciens démembrements de la couronne d'Egypte. Les Romains furent très-choqués de ces libéralités indécentes, dont le principe était si honteux, quoique Antoine tâchât d'y prêter une couleur honnête en disant que la grandeur romaine de la nation paraissait moins dans ce qu'elle possédait que dans ce qu'elle donnait à ses alliés.

Cependant il n'oubliait pas son grand projet contre Arrangeles Parthes, dont il se promettait le plus glorieux suc- toiucpouriâ ces. La terreur de son nom et de ses armes venait S"^"'''*'d'être portée jusqu'au Caucase et à la mer Caspienne par les victoires que Canidius, son lieutenant, avait gagnées sur les rois d'Ibérie et d'Albanie; et il comptait beaucoup sur Monésès, homme important par son mérite et par sa capacité autant que par son rang et par sa naissance, dont la retraite par conséquent affaiblissait les Parthes, et lui procurait les conseils et les lumières les plus sûres pour conduire son entreprise. Aussi fit-il à ce seigneur l'accueil le plus magnifique;

• Elle exigea aussi qu'il reconnût Cléopatre , et un fils plus jeune , les enfants qu'il avait eus d'elle , sa- nommé Ptolémée Philadelphe. — L. voir: deux jumeaux, Alexandre et

et, comme il était fastueux et aimait la pompe et l'ostentation, il comparait Monésès àThémistocle, se comparait lui-même au grand roi clesPerses;et,pour rendre complète la ressemblance , il donna au Parthe fugitif trois villes^ de Syrie pour sa subsistance, Larisse, Aréthuse , et Hlérapolis. Il lui promettait même le trône des Arsacides. Mais bientôt toutes ces belles idées s'évîmouirent. Pbraate, qui sentait combien un tel transfuge pouvait lui faire de tort, n'omit rien pour le regagner; et Monésès, sur l'assurance de l'impunité et d'un entier rétablissement dans tous ses biens et dans tous ses droits, retourna auprès de son roi, et frustra ainsi l'attente d'Antoine. Nous verrons pourtant ce seigneur partbe rendre dans la suite un bon service à l'ar-

mée romaine.

Flor. IV , lo.

Antoine, quoique piqué de se voir abandonné par Monésès, lui laissa pleine liberté de se retirer. Cette conduite entrait dans son plan, qui était d'amuser Pbraate par une négociation et par des espérances de paix, afin de le surprendre tout d'un coup par une attaque imprévue qui ne lui laissât pas le temps de se préparer. Si nous en croyons Florus, il y eut même un traité en forme fait par Antoine avec le roi desPartbes; ce qui convaincrait le général romain d'une perfidie évidemment inexcusable. Mais, à s'en tenir au simple récit de Plutarque et de Dion, on ne peut le disculper de dol et de fraude. Selon ces bistoriens, il envoya à Pbraate une ambassade pour lui demander la restitution des drapeaux pris sur les Romains dans la défaite

■ Artaxerce avait ainsi donné trois sième pour sa viande. f'oy.Hist. ■villes àThémistocle, Tune pour son Ane. l.vii,^ 2. pain , l'autre pour son vin, et la troi-

roi était son

HISTOIRE ROMAIWF. 36c)

tle Crassus, et ce qui restait encore de prisonniers en vie; et, sans attendre la réponse, ayant congédié Cléopatre, il s'avança vers l'Arménie, où était le rendezvous général de ses troupes.

Le roi de ce pays, Artabaze, fils de Tigrane , allié il se rend en

, . ,, Arménie ,

des Romains, était actuellement en guerre avec un dont le autre Artabaze, roi des Mèdes Atropaténiens % allié de *^aiW.* Pliraate. Antoine venait donc comme pour secourir le roi d'Arménie: d'où l'on peut conjecturer (car les auteurs ne nous donnent pas d'éclaircissements suffisants sur ce point) qu'il évitait d'agir directement contre les Parthes, soit pour les endormir, s'il était possible, ^

dans une fausse sécurité, jusqu'à ce qu'ayant subjugué la Médie, il fût en état d'entrer subitement dans le cœur de leur pays; soit pour ne pas paraître violer ou- Straboj.xi vertement la bonne foi en attaquant par les armes un prince avec lequel il avait ou un traité de paix , ou du moins une négociation ouverte. Ce qui est bien certain, c'est que son intention ne se bornait pas à la défense du roi d'Arménie, ni à une invasion dans le pays des Mèdes , et que c'était aux Partbes qu'il en voulait.

Les forces qu'il avait assemblées suffiraient pour Force de prouver la grandeur de ses desseins. Il en fit la revue en Arménie, et il se trouva soixante mille hommes d'infanterie romaine, et dix mille chevaux, tant espagnols

' On distinguait alors deux Mé- tirait son nom d'Atrtpatos , qui l'a-

dies , la grande Médie , et la Médie vait préservée du joug macédonien.

Atropatène. La grande Médie , qui Atropatos fut élu roi en reconnais-

avait Ecbatane pour capitale , £ai- sance de son bienfait, et sa succes-

sait partie de l'empire des Parthes. sion se perpétua dans sa postérité ,

La Médie Atropatène était un canton qui subsistait encore an temps de

de Tancien royaume des Mèdes , et Strabon.

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