Tome XXIF. Hist. Rom. 2/f
son armée.
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que gaulois; à quoi il faut ajouter trente mille hommes de troupes auxiliaires, qui lui étaient fournies ou amenées par les rois ses alliés.
Fautes que Mais Cette puissaute armée, qui répandit l'alarme
lui fait faire . i l t^ • t i • •
sa passion jusquc dans la Bactnane et aux Indes, et qui mit toute ^''patre!"" l'Asic dans une violente commotion, devint inutile et sans aucun effet par la folle passion d'Antoine pour Cléopatre : car, voulant passer Thiver avec elle, il se hâta d'entamer les opérations de la guerre avant le temps, et il se conduisit en tout avec précipitation , n'étant point à lui-même, ni maître de sa raison, mais, comme s'il eût été ensorcelé par quelques prestiges, tournant sans cesse ses regards vers l'Egypte, et plus occupé des moyens de retourner promptement que de ceux de vaincre les ennemis.
Il commença donc par une faute considérable, en se mettant tout d'un coup en campagne, quoique la saison fût avancée, et que ses troupes, après une marche de plus de trois cents lieues, eussent un très-grand besoin de se reposer. On lui conseillait de leur donner le temps de se remettre, et de passer même l'hiver en Açménie, pour être en état d'attaquer la Médie dès les premiers beaux jours du printemps prochain, avant (jue les Parthes se fussent rassemblés en corps d'armée. Mais il ne put souffrir ce délai : il voulut partir sur-lechamp; et, entrant dans l'Atropatène, qui était le royaume d'Artabaze le Mède, il y fît le ravage et y exerça les premières hostilités.
Une seconde faute qui avait le même principe, c'est fjuc, trouvant sa marche retardée par les machines de guerre que l'on voiturait à la suite de son armée sur trois cents chariots, il les laissa en chemin sous la
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garde de deux légions commandées par Oppius Statianus; et pour lui, il avança en grande diligence et vint mettre le siège devant Praaspa, capitale de la Mé- n vient metdie Atropatène, s'imaginant qu'il ferait aisément la con- *' dèvaTt^*' quête de cette place et de tout le pays, parce que le ^[ta'jg^ j.; *"^' roi en était absent, et occupé ailleurs avec Phraate. desMides. Mais la ville était forte et bien munie; et, dès les premières opérations du siège, Antoine eut lieu de sentir combien il avait eu tort de ne pas amener avec lui ses machines de guerre, entre autres un bélier de quatrevingts pieds de long , qui lui aurait été d'un grand usage; car toute la contrée oii il était ne produisait que des bois de mauvaise qualité, qui n'avaient ni dureté ni hauteur, et qui, par conséquent, ne pouvaient point être employés à la construction de machines telles que les exigeait le besoin du service. Il fallut qu'Antoine se réduisît à dresser des terrasses pour élever les assaillants à la hauteur des murs, ouvrage long et laborieux.
Dès que le roi des Parthes et celui des Mèdes eurent Les rois des avis du siège de Praaspa, ils se rapprochèrent d'An- des Mèdes toine. Mais, craignant peu pour une ville bien défen- "L pièces due et si mal attaquée, au lieu d'aller droit au général, '^'^"oq!;''". ils se détournèrent et vinrent surprendre Statianus. Le corps que commandait cet officier fut taillé en pièces, et il resta dix mille morts sur la place. Lui-même il y fut tué, et les machines prises et brûlées. Polémon, roi de Pont, échappa seul du carnage, les Parthes l'ayant épargné dans l'espérance d'en tirer, comme ils firent, une grosse rançon. Cet échec, si considérable Le roi d' a rau commencement d'une grande et importante entre- baudonue" prise, chagrina beaucoup Antoine; et bientôt l'Armé-
nien Artabaze lui donna un nouveau sujet d'inquiétude et de douleur en l'abandonnant et se retirant dans son royaume avec ses troupes, qui se montaient à seize mille chevaux et sept mille fantassins. La perfidie de ce prince lui fut d'autant plus sensible qu'elle était accompagnée d'ingratitude, puisque c'était pour le défendre et le venger que les Romains étaient venus dans ces contrées.
Antoine en- Cependant les Parthes, vainqueurs, s'avançaient vers
gage un . , , . ,
combat où il Praaspa; et, tirant de leur premier avantage un pre-
met en fuite / 1 • .^ i '• -i • • 1
les Parthes, sagc assure pour la suite, deja us menaçaient insolem-
mais leur i I' ' • ' i i ., >
-cause très- nient 1 armée romaine, mais pourtant sans se mettre a peu de perte. pQ^j^g ^q finfanteric, qu'ils redoutaient. Antoine appréhenda que, s'il souffrait patiemment ces insultes, et s'il laissait ses troupes dans une inaction qui semblerait un aveu de faiblesse, le découragement ne s'emparât des esprits. Il résolut donc de tacher d'engager un combat; et, dans cette vue, il sortit de ses lignes avec dix légions, trois cohortes prétoriennes et toute sa cavalerie, comme pour un fourrage général, espérant que les ennemis le suivraient et lui présenteraient une occasion de les joindre de près.
En effet, après une journée de marche, il découvrit l'armée des Parthes , qui , rangée en forme de croissant , l'attendait aux environs du chemin par où il devait passer. Alors il étala dans son camp le signal du combat, qui était, comme on l'a remarqué ailleurs, une cotte d'armes de pourpre étendue sur la tente du général. Mais, pour tromper les Parthes et leur inspirer la confiance de rester dans leur poste, il fit plier les tentes, comme s'il eût eu dessein de continuer sa marche, et non de combattre. Il partit ensuite à la
vue des ennemis, ayant donné ordre à sa cavalerie de tourner court sur eux dès qu'elle les verrait à portée d'être attaqués de près par les légions. Ce fut un spectacle digne d'admiration pour les Parthes que l'armée romaine défilant devant eux. Comme ils n'observaient ni ne connaissaient aucune discipline, ils contemplaient avec surprise toute cette multitude s'avançant dans le < plus bel ordre, séparée par des intervalles égaux; et les soldats marchant sans tumulte et en silence, et branlant la demi-pique que chacun avait à la main.
Tout d'un coup le signal se donne, et la cavalerie romaine, tournant bride, vient fondre avec de grands cris sur les barbares , ([ui ne s'y attendaient nullement. Ils soutinrent néanmoins ce choc, quoiqu'ils n'eussent pas assez d'espace pour faire usage de leurs flèches. ■■■■...■..
Mais lorsque l'infanterie approcha, accompagnant ses cris du bruit des lances frappées contre les boucliers, les chevaux des Parthes s'effarouchèrent , et les cavaliers eux-mêmes'prirent la fuite avant que l'on pût en venir aux mains. Antoine les poursuivit avec ardeur, s'imaginant avoir remporté une victoire décisive. Mais, après que son infanterie les eut poussés jusqu'à deux lieues au-delà du champ de bataille, et sa cavalerie trois fois autant, en faisant la revue des ennemis tués ou pris, on trouva quatre-vingts morts et cinquante prisonniers. Alors la joie se changea en tristesse; et les Romains sentirent vivement le désavantage d'une guerre dans laquelle, lorsqu'ils étaient vainqueurs, ils causaient si peu de dommage à l'ennemi , et vaincus ils faisaient d'aussi grandes pertes que celle qu'ils avaient soufferte à la défaite de Statianus.
Le lendemain, Antoine s'étant mis en devoir de re- iiretourue
devant toumer devant Praaspa, les Partlies reparurent , d'abord (lonUcTi^ge cn petit nombre; puis leur multitude s'accrut; enfin, *"'mâr " toute leur armée, s'étant rassemblée aussi fraîcbe et aussi pleine de vigueur et d'audace qu'avant le combat du jour précédent , harcela et fatigua ses vainqueurs par des attaques brusques et sans cesse réitérées; et ce ne fut qu'avec bien de la peine et des périls que les Romains regagnèrent leur camp.
Bientôt après , les assiégés firent une sortie qui leur réussit, et dans laquelle les troupes qui leur étaient opposées lâchèrent pied honteusement. Antoine, irrité de tant de mauvais succès, décima les cohortes coupables, et fit distribuer de l'orge au lieu de blé aux soldats que le sort avait exemptés du supplice. Trompé par La situatiou dcs Romains était fâcheuse, et ils se qui iu[p'ro- voyaient menacés d'un avenir encore plus triste; car ils ""^'ûre'tFn ^^ pouvaient plus aller au fourrage ni faire aucunes se met eu ppovisions saus livrer des combats dans lesquels on leur
devoir de 1 • ^
faire re- tuait OU blcssait beaucoup de monde. Ainsi , à la
traite. . . ... 11 i 1 t
crainte de 1 ennemi se joignait celle de la disette. Phraate, de son côté, n'était pas sans inquiétude. Déjà les premiers froids de l'automne commençaient à se faire sentir, et il savait que les Parthes n'avaient ni l'habitude ni la volonté de tenir la campagne pendant l'hiver; de sorte que, si les Romains s'armaient de persévérance, il appréhendait d'être abandonné de ses troupes et obligé de se retirer. Pour éviter cet inconvénient, il eut recours à la fraude, et il entreprit de tromper Antoine par de faux semblants d'amitié.
En conséquence de ce nouveau projet, et conformé-
- ment à ses ordres, les principaux des Parlhes, au lieu
d'aelr avec leur vivacité accoutumée contre les Ro-
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mains dans les fourrages et dans les autres occasions oii ils se rencontraient vis-à-vis d'eux, prirent des manières de douceur, s'écartant à dessein pour leur laisser emporter des vivres, ou ne s'approchant que pour louer leur valeur surprenante , et les assurer de toute l'estime et même de l'admiration de Phraate. Ils en vinrent ensuite jusqu'à lier avec eux des conversations tranquilles et familières, dans lesquelles ils blâmaient beaucoup Antoine de ce qu'il ne profitait pas de la bonne volonté du roi des Parthes , qui souhaitait la paix , et qui n'avait nullement intention de faire périr tant de braves guerriers. «Votre général, disaient-ils, s'opi- « niâtre à attendre ici les deux plus redoutables enne- « mis du genre humain, la faim et l'hiver, qui suffisent « pour le détruire, et auxquels il lui serait bien diffî- « cile d'échapper, même avec notre secours, m
Ces discours rendus à Antoine firent impression sur lui, et l'espérance amollit la fermeté de sa résolution. Cependant il ne voulut point hasarder une démarche ni rechercher de paix avec les ennemis qu'auparavant il n'eût fait demander aux porteurs de ces belles paroles s'ils étaient autorisés par Phraate à tenir un pareil langage. Ils répondirent qu'ils n'avaient exprimé que les vrais sentiments de leur prince, et qu'Antoine pouvait s'y fier en toute sûreté.
Cette réponse détermina le général romain à négocier avec Phraate ; et il lui envoya quelques-uns de ses amis. Seulement, pour sauver en quelque façon son honneur, et ne pas paraître se trouver heureux de pouvoir fuir en liberté, il les chargea de proposer encore la restitution des aigles romaines et des prisonniers qui étaient restés au pouvoir des Parthes depuis la dé-
faite de Ciassus. Le roi reçut cette députation avec faste, assis sur un trône d'or, et tenant à la main un aie dont il pinçait la corde. Un appareil si superbe annonçait une réponse fîère : aussi rejeta-t-il, comme déplacée, la proposition de rendre les prisonniers et les drapeaux ; il se répandit en reproches amers contre les Romains, leur promettant néanmoins paix et sûreté s'ils voulaient se retirer. Il fallut bien qu'Antoine se contentât de ce qu'accordait un ennemi en état de donner la loi , et il ordonna que l'on fît tous les préparatifs du départ.
L'usage voulait que, dans de semblables occasions, les généraux haranguassent leur armée , et Antoine en était très-capable. Il savait fort bien se démêler d'une action publique, et surtout il semblait fait exprès pour plaire à des soldats par une éloquence militaire qui convenait à leur goût, et qui leur inspirait tels sentiments qu'il souhaitait. Mais, dans cette triste rencontre, la honte et la confusion lui fermèrent la bouche, et il substitua Domitius Ahénobarbus pour parler aux troupes en sa place. Quelques-uns s'en offensèrent , se croyant méprisés. Les autres, en beaucoup plus grand nombre, reconnurent parfaitement le motif de ce silence forcé. Ils en furent attendris; et ce fut pour eux une raison de répondre par leur sensibilité à celle de leur général, et de lui rendre une plus exacte obéissance.
Antoine se disposait à reprendre la route par la-
ii*rîhc!,1fu quelle il était venu, pays de plaine et tout découvert.
ii*'")iai'ni'' a Heureusement pour lui et pour son armée arriva dans gagne les g^,, camp uu de ces anciens prisonniers romains % en
luoutaguçs. • ^ *
' Velleius et Florus le disent expresséuieut. Dans Plutarque , nui»*
qui l'amour de sa nation n'avait été qu'augmenté par un long et triste séjour au milieu des barbares. Il se fit présenter à Antoine, et lui conseilla de tourner à droite du côté des montagnes , et de ne pas exposer des légions pesamment armées, dans de vastes campagnes entièrement nues et sans aucun abri, à cinquante mille hommes de cavalerie et à des nuées de flèches innombrables. Il lui découvrit les intentions secrètes de Phraate, qui n'avait eu d'autre vue que de le faire tomber dans le piège en l'amusant par des promesses trompeuses. Enfin il s'offrit à lui servir de guide, et à le mener par un chemin plus court, et où il trouverait plus de ressource pour la subsistance des troupes. Antoine, frappé de ce discours, se faisait néanmoins un scrupule de se défier des Parthes, avec qui il venait de conclure un traité. Le double avantage d'un chemin qui abrégeait la marche, et de la commodité des vivres, le décida en faveur du parti proposé par le prisonnier, qui, ayant demandé lui-même, pour preuve de sa fidélité, à être enchaîné, fut accepté pour guide et chargé de diriger la route de l'armée.
Les deux premiers jours se passèrent tranquille- Divers com-
..VI , . . bats où les
ment; mais au troisième, lorsque Antoine ne songeait panhes sont plus aux Parthes, et que, déjà plein de sécurité, il "^P°"**^*"
lisons que ce guide à qui Antoine avec les historiens romains. Mais s'il
dut le salut de son armée était Marde eût cru que cet homme fût un ré-
de naissance , étranger par consé- chappé de la défaite deCrassus, je
quent à l'égard des Romains , et né me persuade qu'il aurait exprimé
dans la haute Asie. Quelques savants cette circonstance en termes formels,
pensent qu'il y a erreur dans le texte Je pense donc qu'il n'y a pas lieu
de l'écrivain grec , et qu'au lieu Je à faire aucun changement dans son
Marde il faut lire Marse. Les Marses texte : mais j'ai préféré l'autorité desi
sont un peuple d'Italie; et par là écrivains latins. Plutarque se trouverait d'accord \
marchait avec assez peu d'ordre, le guide remarqua une grande brèche nouvellement faite à une digue qui retenait les eaux d'un fleuve, et en conséquence le chemin inondé. Il avertit que les ennemis n'étaient pas loin. Et en effet à peine Antoine eut-il le temps de ranger ses légions en bataille , que dans le moment les Partlies se montrèrent, et entreprirent d'envelopper l'armée, autour de laquelle ils s'étendaient en caracolant. Antoine avait laissé entre les rangs des intervalles pour les frondeurs et les gens de trait, qui à l'approche des ennemis partirent de la main. Le combat fut vif, et les Partlies n'incommodaient pas plus les troupes légères des Romains par leurs flèches , qu'ils n'étaient eux-mêmes incommodés des balles de plomb et des traits qu'on leur lançait. Ils se retirèrent; ils revinrent à la charge : enfin la cavalerie gauloise , s'étant mise de la partie, leur donna si bien la chasse, qu'ils se dispersèrent entièrement , et ne reparurent plus le reste du jour. Le succès de ce premier combat fit comprendre à Antoine quelle méthode il devait mettre en pratique contre les attaques des Partlies. Ayant rangé son armée en gros bataillon carré , il plaça des armés à la légère, non-seulement à la queue, mais à la tête et sur les flancs; et la cavalerie eut ordre, lorsqu'elle aurait rompu les ennemis, de s'arrêter, et de ne les pas poursuivre trop loin.
Par cette disposition , et en suivant ce plan , les Romains soutinrent sans peine les efforts redoubles des Partlies pendant quatre jours consécutifs ; et le défaut de succès ralentissant l'ardeur des barbares, déjà ils songeaient à s'en retourner, en prenant l'hiver pour prétexte. La témérité d'un officier romain, qui leurpro-
cura un avantage considérable, leur rendit en même temps le courage et la persévérance.
Cet officier, qui se nommait Fabius Gallus , avait La tëmérhé
PII • l • 1 d'un officier
de la bravoure ; et, en se faisant fort de battre si bien les romain fait
T-» 1 VI 5 • 1 "l '^ ^ A remporter
Partlies qu ils n oseraient plus reparaître, il clemanaa ^^^ Panhes et obtint d'Antoine un détachement de troupes légères "^^^^^S^ et de cavalerie. Avec ce corps il ne se contenta point *''''• de repousser les ennemis , mais il se porta sur eux et s'attacha à les poursuivre. C'était à la queue de l'armée romaine que se passait l'action; et dès que ceux qui commandaient en cet endroit virent Gallus s'éloigner , alarmés du péril, ils lui envoyèrent ordre de revenir sur ses pas. 11 ne tint compte d'obéir. En vain le questeur Titius lui fit les plus vifs reproches, l'accusant de vouloir causer la perte de tant de braves gens , et saisissant même les drapeaux pour les faire retourner en arrière. Rien ne put vaincre l'opiniâtreté de Gallus, il poussa toujours en avant sans songer à ses derrières, jusqu'à ce que tout d'un coup il se vit enveloppe.
Alors il demanda du secours. Mais Canidius, que regardait ce soin , et qui était le plus autorisé des lieutenants d'Antoine, fit en cette occasion une grande faute ; car , au lieu d'envoyer un gros corps de troupes qui pût tout d'un coup terminer l'affaire, il détacha successivement plusieurs petits pelotons, qui furent battus les uns après les autres, et qui remplirent ainsi presque toute l'armée de trouble , de désordre et de fuite. Il fallut qu'Antoine vînt avec les légions qui composaient son avant-garde pour arrêter les vainqueurs et assurer la retraite des fuyards. Ainsi finit ce malheureux combat, dans lequel on compta du côté des Romains trois mille morts et cinq mille blessés. Parmi ces derniers se trouva
Leur amour pour lui,
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Gallus lui-même, percé de quatre flèches, et qui mourut peu après de ses blessures.
Conduitead- Aiitoiiie était admirable dans ces tristes rencontres.
mirable tIIII i -'iii'
d'Antoine à Al ^'^^ daiis toutcs Ics tcntcs visitcr les blesses, prenant ses^s^oWats. P^"^*^ ^ Icurs maux , s'attendrissant sur leur sort jusqu'à verser des larmes; et réciproquement les soldats se montrèrent infiniment sensibles à l'affection de leur aénéral. Ils le consolaient, lui prenaient les mains, lui prodiguaient tous les termes de respect et d'attachement , et le priaient de tourner ses soins vers lui-même, lui protestant que, pouvu qu'il se conservât, ils se regarderaient comme sauvés et comme vainqueurs.
Tels étaient les sentiments de toute cette armée, qui , soit que l'on considère le nombre ou le courage des soldats , ou leur patience dans les fatigues, ou enfin le choix des hommes et la vigueur des corps, est la plus belle qui ait été assemblée dans les temps dont nous parlons; et qui de plus est comparable à tout ce que les anciennes mœurs romaines offrent de plus parfait pour le respect envers le général , pour l'exactitude d'une obéissance qui partait du cœur, pour la disposition unanime où ils étaient tous, grands et petits, officiers et simples soldats , de préférer l'estime et les bonnes grâces d'Antoine à leur sûreté et à leur vie.
11 méritait par bien des endroits ce vif et tendre attachement, et toutes sortes de qualités concouraient pour le faire adorer des troupes: premièrement sa noblesse, ensuite le talent de la parole, mais surtout la franchise et la candeur de ses procédés , une libéralité magnifique , des manières populaires, et une gaieté familière qui se prêtait h leurs jeux, à leurs plaisanteries, à leurs amusements. Et dans l'occasion dont il s'agit, par sa sensibilité
à leurs souffrances , par son attention à aller au-devant de leurs besoins et de leurs désirs , il rendit les blessés et les malades plus zélés encore pour son service que ceux qui jouissaient de toute leur santé et de toutes leurs forces.
Les Parthes ignoraient cette disposition des Romains ; Nouveaux
, , , combats où
et, les regardant comme vamcus et totalement decoura- les Romains
, .. ^ , . , X / reprennent
ges , ils passèrent la nuit , contre leur coutume , a portée i^ supériodu camp des ennemis , comptant le trouver incessamment vide et désert , et n'avoir que la peine de le piller. Phraate , leur roi , qui se tint toujours à quelque distance du gros de l'armée, crut aussi la victoire certaine et complète, et il envoya sa garde pour prendre part au butin. Antoine se préparait à bien recevoir leur attaque , et il crut que dans la circonstance présente il convenait de haranguer son armée. Il eut la pensée, pour exciter davantage la commisération, de prendre un habit de deuil. Mais ses amis lui ayant représenté que le soldat, superstitieux, pourrait en tirer un mauvais augure, il se revêtit , selon la coutume, de sa casaque de pourpre , et dans le discours qu'il fit il mêla les louanges et les reproches, blâmant ceux qui avaient fui, louant ceux qui avaient bien fait leur devoir et rétabli le combat. Tous lui répondirent de leur bonne volonté et de leur zèle. Les coupables s'offrirent même à sa vengeance, pour être ou décimés, s'il le voulait, ou punis de quelque autre façon que ce pût être ; seulement ils le conjuraient de cesser d'être irrité contre eux et de s'attrister. Alors Antoine, levant les yeux au ciel , demanda aux dieux que , si ses prospérités passées devaient être expiées par quelque disgrâce , le courroux céleste tombât sur lui seul; mais que la générosité de son armée fût récompensée par le salut et par la victoire. ! >
Les Romains s'étant ensuite remis en marche, bien en garde, bien remparés de toutes parts, eurent d'autant moins de peine à repousser les Parthes, que ceuxci venaient dans la pensée qu'il s'agissait moins de combattre que d'envahir une proie assurée et sans défense. Ainsi, se voyant, contre leur attente, accueillis d'une grêle de traits, et rencontrant une vigoureuse résistance de la part d'ennemis qu'ils croyaient abattus et consternés , la surprise autant que la crainte les fit reculer précipitamment , mais sans renoncer pourtant au dessein et à l'espérance de fatiguer l'armée romaine, et, s'ils pouvaient, de la faire périr.
Ils s'imaginèrent bientôt en avoir l'occasion à la descente d'une montagne , oii les Romains , embarrassés par la difficulté d'une pente assez glissante et assez roide, et harcelés par une nombreuse cavalerie , avaient peine à avancer, et prirent enfin le parti de former avec leurs boucliers ce qu'ils appelaient une tortue militaire. On entend ce que signifie ce terme. On sait que, lorsqu'ils se voyaient exposés à une multitude de traits, après avoir placé au centre toute leur cavalerie et toutes leurs troupes légères, et s'être rangés en bataillon carré, ils bordaient de leurs boucliers la tête et les flancs du bataillon; et tous ceux qui se trouvaient au milieu élevaient leurs boucliers sur leurs têtes, les disposant comme en tuiles. Par là, défendus de toutes parts, ils ne donnaient prise par aucun endroit: les traits et les flèches glissaient sur les boucliers sans parvenir jusqu'aux soldats. Ceux qui étaient à la première ligne , pour être entièrement couverts, mettaient un genou en terre: et c'est ce qui trompa les Parthes. Tls crurent que c'était de lassitude et de découragement que les
Romains s'abattaient; et, laissant leurs arcs, ils prirent en main de longues hallebardes pour enfoncer cette tortue. A leur approche les Romains jettent un cri menaçant, se lèvent en pied, et, les frappant de leurs javelines, qu'ils tenaient au poing, ils tuèrent les premiers, et mirent en fuite tous les autres. Les mêmes événements se répétèrent les jours suivants ; et les Romains faisaient très -peu de chemin.
La disette se mit aussi dans leur armée, parce qu'ils La disette se
met daus
n'avaient de blé que ce qu'ils pouvaient en ramasser leur armëe. à la pointe de l'épée, et que d'ailleurs ils manquaient des instruments nécessaires pour le moudre. Leurs bêtes de charge qui les voituraient avaient péri par les fatigues , ou étaient employées à porter les blessés et les malades. En conséquence la misère devint extrême , jusque-là qu'une mesure de froment, qui ne passe pas de beaucoup la dixième partie de notre boisseau , se vendait cinquante dragmes (vingt-cinq francs), et le pain d'orge s'échangeait avec l'argent poids pour poids. Il fallut donc que les soldats recourussent aux racines et aux légumes, encore n'en avaient-ils pas en abondance; et la faim les contraignit d'essayer d'une herbe inconnue , dont l'usage leur devint funeste , et , commençant par leur troubler la raison , les conduisait à la mort.
L'effet est des plus surprenants. Ceux qui avaient man- Maladie sii,-