C. SOSIUS
Ocfavieii Ces consuls eurent plus de sens et de raison qu'An-
'cèftïiat*' toine, et ils supprimèrent ses lettres. Mais Octavien ,
'°Auto^°*^'^'' informé d'ailleurs de tout ce qui s'était passé, eut grand
odieux aux soiii d'en instruire le sénat et le peuple. Il était piqué
Romaius. ' ^ .
personnellement des honneurs rendus à Césarion , qu'il voyait bien que l'on affectait de lui opposer comme un rival par rapport à la qualité de fils et héritier de César. Et à l'égard des objets qui intéressaient le public , une reine reconnue pour épouse par un général romain et le titre de roi attribué à leurs enfants, de grandes provinces démembrées de l'empire pour augmenter les états deCléopatre ou pour en donner aux nouveaux rois, la célébrité du triomphe transportée de Rome à Alexandrie, tout cela offrait un beau champ à Octavien pour inspirer la haine et le mépris contre Antoine. Les choses Le jeune et habile triumvir profita de tous ses avancutre' Au- tagcs saus ménager en aucune façon son adversaire; '"'tlvîeu^'^' ^^ ^^^ '^ naquirent entre eux des querelles, qui préludèrent à la guerre qu'ils allaient se faire par les armes. Il nVst point de reproche outrageant qu'Antoine épargnât à Octavien, l'attaquant sur sa naissance, sur son honneur, sur sa conduite personnelle, comme on peut 6uct. Aug. le voir en divers endroits de Suétone. Il porta de j)lus
(jy, etc. au sénat des plaintes en lorme contre lui , et il se prétendit lésé en plusieurs chefs. Le premier article roulait sur l'invasion de la Sicile, qu'Octavien avait enlevée à Sextus Pompée, et ensuite retenue pour lui seulj sans
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admettre personne à partager avec lui ; le second , sur les vaisseaux qu'lntoine avait prêtés pour cette guerre, et dont il avançait que la restitution n'avait pas été exacte ni complète. Il alléguait en troisième lieu la déposition de Lépidus, leur commun collègue, dont Octavien s'était seul approprié la dépouille; enfin les terres d'Italie distribuées par le même Octavien uniquement à ses soldats , sans que ceux d'Antoine y eussent eu la moindre part.
Ces plaintes avaient au moins une couleur spécieuse, et Octavien se justifiait avec soin sur tous les articles. Il disait que Lépidus avait mérité d'être déposé pour son ambition injuste et contraire à toutes leurs conventions: que, pour ce qui regarde les pays dont il avait augmenté son département , il les partagerait avec Antoine lorsque celui-ci lui ferait part réciproquement de ses conquêtes. Par rapport à la distribution des terres et des colonies, il répondait avec une ironie insultante que les soldats d'Antoine n'avaient nul besoin d'établissements en Italie, puisque, par leurs grands et glorieux exploits, ils avaient conquis la Médie et l'Arménie, qui leur fournissaient une abondante compensation.
L'aigreur entre les deux triumvirs était, comme on le voit, poussée à l'extrême. Ils ne clierchaient qu'à se décrier mutuellement, et à trouver des prétextes ou des raisons pour en venir à la guerre l'un contre l'autre. Antoine , qui sentait apparemment que les excès auxquels l'emportait sa passion pour Cléopatre donnaient étrangement prise sur lui et une grande supériorité à son rival , imagina un expédient pour regagner les esprits. Il écrivit au sénat qu'il était résolu d'abdiquer le trium-
virât % comme une magistrature trop puissante et trop absolue clans un état républicain. En cela il parlait au plus loin de sa pensée. Son intention était de se concilier la bienveillance de la nation , et en même temps de tendre un piège à Octavien, qui, résidant sur les lieux, devrait naturellement être le premier interpellé de se démettre du triumvirat, et qui ne pouvait ni consentir ni refuser sans se jeter dans un très-grand embarras. Liv. Epit. Celui-ci prit un parti très-adroit. Il trouva un milieu entre deux extrémités également périlleuses : ce fut de demander qu Antoine vînt à Rome abdiquer en personne le triumvirat, selon sa promesse. Cette demande était spécieuse; car, dans la position où ils étaient l'un à l'égard de l'autre, il n'y avait point de sûreté pour aucun des deux à faire cette importante démarche, à moins qu'ils ne la fissent de concert, ensemble et dans le même moment. D'ailleurs nul lieu n'y paraissait plus propre que Rome, le centre de l'empire et de toute la
' Pnisqne Antoine offre d'abdi- autorise aussi l'idée d'une proroga-
quer le triumvirat , il se suppose donc tion au-delà des dix ans. D'un autre
encore triumvir. Cependant le trium- côté , l'épitome du cxxxi'^ livre de
virât, établi d'abord pour cinq ans, Tite-Live atteste que l'on fît un
puis prorogé pour cinq autres an- crime à Antoine de ce qu'il ne vou-
nées, devait expirer , comme je l'ai lait point se démettre du triumvirat ,
remarqué à la fin du livre précédent, quoique le temps en fût fini: ce qui
le dernier décembre de l'année 719. ne peut s'entendre qu'en supposant
Il est donc nécessaire de penser qu'a- qu'après les dix ans révolus i^n'était
vaut ce terme il y avait eu une nou- plus permis à Antoine de se porter
velle prorogation. En effet, j'ai ob- pour triumvir. Il y a dans tout cela
serve au même lieu que, dès le temps une obscurité et un embarras que je
du traité de Misène , Antoine et Oc- ne puis lever, et qui ne s y trouve-
favien avaient agi comme devant raient pas si uous avions des monu-
garder le triumvirat au moins jusqu'à ments historiques plus exacts, et
ladouzlèmeannée. Un mot d'Appien, composés par des écrivains plus at-
à la fin du livre des guerres d'Illyrie, lenlifs.
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puissance publique. Octavien semblait donc se mettre à la raison , et en même temps il ne risquait pas d'être pris au mot. Car, quand même Antoine n'aurait pas été esclave des charmes de Cléopatre, et retenu par l'ascendant qu'elle avait pris sur lui, il ne pouvait, à moins que d'être ennemi de lui-même, venir à Rome, où son rival était le maître et l'aurait trop facilement écrasé.
Ces discussions entre les deux triumvirs donnèrent lieu à de longues et violentes altercations dans le sénat : Dio, 1. 1. car Antoine y avait un puissant parti, et les deux consuls actuellement en charge lui étaient, comme je l'ai dit, absolument dévoués, avec cette différence néanmoins que Domitius, qui avait éprouvé bien des revers et des disgrâces, et qui, agité depuis long-temps o par les flots des dissensions civiles, en connaissait tout le danger, se tenait plus modéré et plus couvert. Sosius, au contraire, toujours attaché à Antoine, et jusque-là toujours heureux, montrait toute la hauteur qu'inspire la continuité de la bonne fortune. Il agissait ouvertement contre Octavien ; et comme ce triumvir s'était absenté pour éviter de se commettre, le consul fut près de profiter de son absence pour faire passer un décret contraire à sesintérêts, si un tribun , nommé Nonius Balbus , ne s'y fût opposé.
Octavien crut que sa patience serait prise pour faiblesse; et, d'un autre côté, il ne voulait pas employer la force, ni paraître violenter le sénat. Il vint y prendre sa place entre les deux consuls, avec la précaution de se faire accompagner d'un nombre de ses amis armés de poignards sous leurs robes. Là il fit d'abord un exposé modeste et une adroite apologie de sa conduite. 11 invectiva ensuite contre x\ntoine et contre So-
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sius , qui était présent, et il prétendit les convaincre de plusieurs attentats contre lui et contre la république. Il fut écouté en silence , mais sans obtenir aucun signe d'approbation. Voyant que son discours ne faisait pas l'effet qu'il souhaitait , il marqua un jour auquel il produirait et lirait des pièces qui mettraient les torts d'Antoine dans une entière et parfaite évidence. Les consuls, Lcs cousuls uc jugèrcut pas à propos d'attendre ce amis d'An- jour. Ils pensaient qu'il était indécent pour eux d'é- "tènVR(?me' coutcr tranquillement une pareille lecture, et peu sûr ^*'-o^ndr7 ^"^ d'en témoigner du ressentiment. Ils sortirent donc secrètement de Rome pour aller se rendre auprès d'Antoine; et ils furent suivis de plusieurs sénateurs. Octavien Octavieu n'en fut point fâché. Il était à souhaiter
permL"ion pour lui quc ccux qui favorisaient son ennemi quitgénéraie fassent Romc et l'Italie, plutôt que d'y demeurer pour
deniaireau- 7 r i j i
tant, à tous y exciter peut-être du trouble pendant qu'il serait éloi-
ceux qui le •' 1 ' ,
voudrout. gné et occupé des opérations de la guerre. Ainsi, se parant d'une modération qui ne lui coûtait pas beaucoup, il déclara que son intention n'était point de retenir aucun de ceux qui voudraient aller joindre Antoine. Les amis et les parents de ce triumvir profitèrent presque tous de la permission qui leur était
Poiiion de- accordée. Pollion, qui depuis le traité de Brindes, où
ireneu- ., . . 1 / • . i- • T a ^ • "
tre. il avait agi comme plénipotentiaire d Antoine, ne setait plus intéressé en aucune façon à ses affaires, et qui, trop fier pour faire sa cour à Cléopatre, trop grave pour se prêter à ses folâtres amusements, était toujours demeuré en Italie, ne crut pas être obligé de prendre parti pour Antoine dans la querelle qui éclatait; mais il jugea aussi qu'il lui serait indécent de porter les armes contre un ancien ami et bienfaiteur.
meure neu-
H demeura neutre; et lorsque Octavien lui proposa de l'accompagner à la guerre, il le refusa : « J'ai plus fait « pour Antoine % dit-il, que je n'ai reçu de lui; mais « ses bienfaits à mon égard sont plus connus. J'atten- « drai l'événement , et je serai la proie du vainqueur.»
Domitius trouva Antoine à Éplièse faisant tous les Dernier préparatifs de la guerre, et y assemblant ses forces na- d'Antoine
*^^ . . ,. IPA '• vi^en Arménie.
vales. Le trmmvir y était venu de 1 Arménie, ou la- n se prépare vait conduit le désir de mettre la dernière main à son j.^„'t,fo"a. alliance avec le roi des Mèdes pour attaquer de con- ''^°cert l'empire des Parthes. Mais, ayant reçu des nouvelles de Rome qui lui annonçaient une rupture inévitable avec Octavien, il se livra désormais à ce seul objet, et renonça à faire en personne la guerre aux Parthes. Il donna seulement du secours au roi des Mèdes pour la pousser, et en reçut de lui réciproquement pour la guerre qu'il allait faire à son collègue. En même temps il ordonna à Canidius de s'avancer vers la mer avec seize légions; et pour lui, emmenant Jotapé, fille du roi des Mèdes, et destinée pour épouse h son fils Alexandre, il se rendit h Ephèse, où Cléopatre le vint trouver.
J'observerai en passant , afin de n'être plus obligé Son aiiianr
. , . f, funeste au
d'y revenir, que l'alliance d Antoine devint funeste au mi des roi des Medes. Ce prince, soutenu des troupes ro- Dio,i.4(). maines qui lui avaient été laissées , remporta d'abord une victoire sur les Parthes et sur Artaxias, qu'ils protégeaient. Mais ensuite Antoine ayant redemandé ses troupes, et n'ayant point renvoyé celles que le roi des
' »Mea in Antonium majora me- subtrahara , et e-ro prœda victoris.» rita sunt, illlus in me bénéficia no- (Vell. ii , 86.) tiora. Itaque discrimîni vestro me ' ' ' ' *'
ne peuvent y
réussir.
Plut, in Ant.
Mètles lui avait prêtées, celui-ci, trop affaibli, ne put
point se soutenir. Il fut vaincu et fait prisonnier; et
par là Artaxias rentra en possession de l'Arménie, et
la Médie tomba au pouvoir des Partbes. Voilà à quoi
aboutirent les grands projets et les grands efforts
qu'avait faits Antoine par rapport à l'Orient et à la
haute Asie.
Les amis Domitius, cn arrivant à Ephèse, voulut persuader à An-
d'Antoine^ toinc de renvoyer Cléopatre en Egypte. 11 était homme
persuaderde (^j'^-, très-ffraud poids par lui-même, et de plus il nefai-
renvoyer u i i i
Cléopatre, sait ici que porter à Antoine le vœu de tous ceux qui
pendant la . / • i i /-.i ' • • i vi
guerre, et 1 aimaient véritablement. Cléopatre craignit donc qu il ne fût écouté, et qu'ensuite, lorsqu'elle serait une fois écartée, il ne se renouât, par l'entremise d'Octavie, quelque négociation d'accommodement et de paix. Pour parer à ce danger, elle mit dans son parti Canidius, et à force d'argent elle l'engagea à parler en sa faveur. Canidius, dont Antoine faisait beaucoup de cas et à qui il donnait le commandement de toutes ses troupes de terre, eut assez de bassesse pour tromper indignement un chef qui lui témoignait tant de confiance. Il lui représenta les secours importants que lui fournissait cette reine, deux cents vaisseaux, y compris les bâtiments de charge, vingt mille talents, des vivres pour toute son armée tant que durerait la guerre. « Il ne serait, ajouta -t- il, ni juste d'éloigner « une princesse qui vous procure de si grands avance tages, ni utile d'indisposer contre vous les Egyp- <( tiens, qui font une si grande partie de vos forces (( navales. Et d'ailleurs en quoi la reine est -elle infère rieure, pour les talents de l'esprit et pour la pru- « dence, à aucun des rois qui vous accompagnent dans
« cette guerre? Depuis tant d'années qu'elle gouverne « un puissant royaume, instruite de plus par vos le- « çons et par vos exemples, elle n'a pas moins d'habi- « leté pour la conduite des grandes affaires que de « charmes dans sa personne.» Cet avis l'emporta. Car il fallait, dit Plutarque, qu'Octavien restât vainqueur: ainsi l'avaient réglé lès décrets de la Providence.
Ephèse était le rendez-vous général des troupes Fêtes super-
. , ,, , II- -1 ^^^ etgalau-
d Antome; et pendant quelles s y rassemblaient, u passa tes pendant avec Cléopatre dans l'île de Samos, pour s'y livrer à "tifrdeU des réjouissances folles et déplacées. Car de même que S"erre. les rois , les princes, les peuples et les villes, depuis la Syrie et l'Arménie jusqu'à la mer Egée, avaient ordre d'envover et de faire conduire à Ephèse toutes les provisions nécessaires pour la guerre, pareillement tous les gens de théâtre et de musique étaient obligés de se rendre à Samos; et pendant que presque tout l'univers souffrait une commotion violente et retentissait de cris et de pleurs, une seule ville, au milieu de cette vexation universelle , ne connaissait que festins , bals , comédies, et spectacles de toute espèce, et elle retentissait du son des voix et des instruments qui concertaient ensemble ; en sorte que l'on se demandait avec étonnement comment donc et par quelles réjouissances ils célébreraient la victoire, puisque pour les préparatifs de guerre ils donnaient des fêtes si pompeuses et si galantes.
On conçoit bien que la bonne chère et les excès de Perie disla table accompagnaient ces divertissements; et je ne du°"vLaîgre sais si l'on ne peut pas rapporter au temps dont je parle ^^J^'ah^r"^ ici un trait monstrueux du luxe et de la prodigalité de P''°- ^^' ^^■ Cléopatre, qui nous a été conservé par Pline l'ancien.