‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 45 sur 61 · Tome XXir. Hist. Rom · texte numérisé non relu

Tome XXir. Hist. Rom

La table d'Antoine était Infiniment somptueuse ^ Cependant Cléopatre, faisant, dit l'auteur que je cite, son métier de reine courtisane, affectait des airs de dédain, et taxait de mesquinerie le superbe appareil des repas qu'Antoine lui donnait. Las de ces discours , il lui demanda un jour ce qu'il était donc possible d'ajouter à la magnificence de sa table. Elle lui répondit qu'en un seul souper elle dépenserait dix millions de sesterces (douze cent cinquante mille livres). Antoine se récria que la chose était impossible. Elle insista :on fit une gageure. Le lendemain, jour pris pour la solution de cet Important problème, Cléopatre donna un souper, magnifique sans doute, mais qui n'était que l'ordinaire d'Antoine; en sorte qu'il triomphait déjà , et demandait avec dérision qu'on lui montrât le compte. La reine lui répondit que ce qui avait paru jusque-là n'était que l'accessoire, et qu'elle prétendait consommer seule les dix millions de sesterces. En même temps elle fit apporter le dessert; et un officier, selon l'ordre cju'il en avait reçu, mit devant elle un vase rempli d'un vinaigre si violent , qu'il pouvait dissoudre les perles. Cléopatre avait les deux plus belles perles qui fussent au monde, et les portait habituellement à ses oreilles. Elle prend l'un de ces pendants',et le jette dans le vinaigre. Il s'y dissout: elle l'avale. Déjà elle portait la main à l'autre perle pour en faire autant; mais Plancus, digne juge d'une

' « Haec , quum exquisitis quoti- eo quid adstrui inagnificentia; pos-

<Uè AiJtonius saginait'tur epulis, su- set , respondit iinà se cœuâ centies

pcrbo simul ac procaci fastn , ut re- s«"st<'i'tiûm absiiiiiptnrain. » gina ineretrix,lautitiaiii ejus omneiu * On se rappelle un exemple tout

apparatuuique obtrectans, quœreute pareil raconté par Horace. Un petit

HISTOIRE ROMAINE. /['dS

telle gageure, lui saisit le bras, et sauva cette merveille de la nature en prononçant qu'Antoine était vaincu : mot qui, après l'événement, fut interprété comme un présage de la défaite d'Antoine à Actium. On ajoute que, lorsque Cléopatre fut tombée au pouvoir d'Octavien, cette perle sauvée par Plancus fut, par ordre du vainqueur, sciée en deux pour faire les pendants d'oreilles d'une Vénus dans le Panthéon; et cette déesse fut magnifiquement parée d'un bijou qui ne faisait que la moitié de la valeur d'un souper d'Antoine et de Cléopatre ^

De Samos Antoine , ayant envoyé les comédiens et les musiciens à Priène, pour y demeurer et l'y attendre, vint à Athènes, où les spectacles et les amusements recommencèrent. Cléopatre y fut encore occupée d'un autre objet. Elle était jalouse des honneurs qu'y avait Houueiirs

■ . . , décernés à

reçus Octavie;car la vertu de cette dame avait excite cléopatre

,, 1 . . 1 1 /-> V I • •.,.•'! par les Athé-

l admiration de toute la Grèce , et lui avait attire tous „ieus. les témoignages possibles de respect. La reine d'Egypte, qui ne pouvait pas les mériter par la même voie , y substitua les caresses et les marques extérieures de '

bienveillance pour le peuple d'Athènes. Jamais ce peuple ne fut avare d'adulations envers les puissants. Les Athéniens firent un décret qui comprenait toutes sortes

particulier, le fils du comédien Eso- et avala uue perle estimée un million pas, fit dissoudre dans du vinaigre de sesterces.

Filius AEsopi detractam ex aure Metellœ, Seilicet ut decies solidûm exsorberet, aceto Diliiit iusigiiem baccain. Qui sanior, acsi Illud idem in rapidum flumen jaceretvecloacam ? (HoRAT.Sat. 11,3. [240].

' «Ut esset in utrisqne Veneris auribns Romœ in Pantheo dimidia eoruin cœna. »

d'honneurs dont ils comblaient Cléopatre; et Antoine

eut la faiblesse de se rendre le porteur de ce décret ,

et de venir, comme bourgeois d'Athènes, haranguer

la reine dans les termes les plus flatteurs. Il avait déjà

fait pareille chose à Alexandrie.

Antoine en- Ce fut alors qu'il coiîsomma son divorce avec Ocvoie ordre à ... i i • i • t-.ii

Octavie tavie en fui envoyant ordre de vider sa maison. Elle maison de sortit , ciumeuant avec elle tous les enfants de son mari, ^o^IteJ'' excepté l'aîné, qui était auprès de lui; et, en sortant, pleurant, ^jjg pleurait et plaignait son sort, vraiment affligée de se voir l'une des causes de la guerre civile. Les Romains, spectateurs de cette scène si triste, en même temps qu'ils partageaient sa douleur, déploraient encore davantage l'aveuglement d'Antoine; surtout ceux qui avaient vu Cléopatre, et qui, sachant par leurs yeux qu'elle ne l'emportait nullement sur Octavie pour la jeunesse et pour la beauté , ne pouvaient concevoir un si fatal ensorcellement.

THaissepas- Aiitoiiie était fasciné en toutes façons; car il perdait oùiUui^'r en divertissements et en débauches un temps bien pré- '"octavîir'^ cieux. Son adversaire n'était point suffisamment préavecavau- p^^é , et il Craignait beaucoup d'être attaqué pendant cette campagne. En effet, outre qu'il lui manquait bien des choses, les impositions qu'il levait sur les peuples d'Italie aigrissaient contre lui les esprits. 11 exigeait des citoyens le quart de leur revenu , et les affranchis étaient même obligés de payer le huitième de leurs biens-fonds. De si violentes exactions excitèrent des plaintes universelles : tout était en trouble dans l'Italie ; et il fallut employer les gens de guerre pour faire les levées des deniers et pour apaiser les émeutes. Dans une telle conjoncture , si Antoine eiit

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fuit, diligence et se fût montré de près avec les forces qu'il avait amassées , il aurait pu mettre Octavien en grand péril. Mais la négligence pour les affaires, suite inévitable des folles passions et de l'amour du plaisir, lui fît manquer une occasion si favorable. Octavien eut le temps de rétablir le calme dans Tltalie et de se réconcilier les esprits.

Il fît donc à loisir ses préparatifs de guerre pendant toute cette année, travaillant en même temps à décrier de plus en plus son rival , et à mettre les apparences de son côté. Plein de cette pensée, il reçut avec une piaucus

A • • r ^y• tm • fiiiitte Aii-

extreme joie uh transfuge d unportance, Fiancus, qui toinei.onr vint alors se jeter entre ses bras, après avoir été long- ^i-tavi"»'^^ temps Tintime confident d'Antoine.

Plutarque assigne à cette démarche de Plancus un motif qui n'a rien de bas ni de condamnable ; c'est la crainte du ressentiment de Cléopatre, pour l'éloignement de laquelle il avait souvent et fortement insisté.

Velleïus tient un tout autre langage. Il traite Plancus veii. n, 83 de traître, qui changeait de parti par légèreté, par inconstance, par goût pour la perfidie. Plancus avait été, selon cet historien , le plus vil flatteur de Cléopatre , plus bas et plus rampant devant elle que le dernier des esclaves. Auprès d'Antoine les ministères les plus honteux ne l'avaient point rebuté. Il avait oublié la décence de son rang jusqu'à se travestir dans une fête en dieu marin peint en vert de mer et nu, ayant la tête ■,,.;,; ceinte d'un roseau , traînant une queue derrière lui et dansant sur les genoux. Ame vénale , il se donnait en toute occasion et pour toute sorte d'affaires au plus offrant. Ce ne fut point l'amour du bien public , ni l'estime pour le meilleur parti , qui détermina un

homme de ce caractère à quitter Antoine pour Octavien. Mais, dans un repas, Antoine lui ayant reproché des rapines et des concussions manifestes, il craignit, et évita par la fuite, la peine que méritaient ses malversations.

Ainsi parle Velleïus , qui était à portée de bien connaître Plancus, et qui le peint au naturel. Du reste, son témoignage peut aisément se concilier avec celui de Plutarque. Rien n'empêche de penser que Plancus ait conseillé d'éloigner Cléopatre de la guerre, et que la colère qu'en eut Antoine se soit exhalée en reproches d'ailleurs trop bien fondés.

Peu importait à Octavien quel motif avait détaché Plancus de l'amitié d'Antoine. Mais il fut charmé d'avoir en lui et en Titius , son neveu , meurtrier de Sex. Pompée , des témoins et des accusateurs contre celui qu'il avait intérêt de rendre odieux. Car ces deux transfuges , selon la pratique de ceux de leur espèce , qui, pour autoriser leur désertion, ne manquent jamais de charger d'injures le parti qu'ils ont quitté, invectivèrent dans le sénat contre Antoine, et lui imputèrent mille choses atroces; ce qui attira à Plancus de la part d'un ancien préteur, nommé Coponius, une grave réprimande , en un mot plein de sens. « Certes ^, lui « dit-il , Antoine est devenu bien coupable la veille du « jour que vous l'avez abandonné. »

Rei)rorhes Mais Octavieu écoutait ces discours avec une satislohip daus le factiou infinie : et Cluvius, l'un de ses partisans, vint l'iurTuÀnt P'îcore à la charge , articulant plusieurs chefs d'accusa- 1)10,1. 5o. tiojj ^ qui tous naissaient de la folle passion d'Antoine

• «Multa meherculè fecit Antonius piidiè quàm tu llliiii» relinqueres. " (Veli,. 11,83.)

pour Cléopatre. II disait qu'Antoine avait donné à cette princesse la bibliothèque de Pergame, qui consistait en deux cent mille volumes : qu'il avait souffert que les Éphésiens la saluassent en sa présence des noms de reine et de maîtresse : que souvent, lorsqu'il donnait audience à des princes et à des rois , il avait reçu d'elle des billets galants , et les avait lus sur-le-champ : que dans une occasion où Furnius , homme très-distingué et le plus éloquent des Romains , plaidait devant lui , Cléopatre ayant paru, et traversant la place en litière, Antoine avait quitté l'audience pour courir à elle, et, mettant la main sur la portière, l'avait accompagnée dans sa marche. Ces reproches, qui, dans nos mœurs et selon notre façon de penser, pourraient sembler assez légers, étaient jugés très-graves par les Romains; et ce n'était pas en les exténuant , mais en les niant , que les amis qui restaient encore à Antoine dans Rome entreprenaient de le disculper.

Au reste, rien ne donna plus beau champ i'i Octa- Testament

1 19 • 1 • 1 d'Autoine lu

vien ni plus d occasion de triompher ([ue le testament au sénat et

■., . . 1 ,. . . , 1 •! /• • • devant le

d Antoine, des dispositions duquel il tut instruit par ,,eupiepar Titius et par Plancus , qui l'avaient signé comme témoins. Ce testament était déposé chez les vestales ; et Octavien le leur demanda. Elles refusèrent de le lui livrer; mais elles ajoutèrent que, s'il venait lui-même le prendre, elles ne pouvaient ni ne prétendaient l'en empêcher. Il le fît, le lut d'abord en son particulier; et , ayant soigneusement observé les articles les plus susceptibles de critique, il en fît lecture en plein sénat et devant le peuple ; non sans être improuvé de plusieurs, qui trouvaient étrange qu'un homme vivant fût soumis à rendre compte de ce qu'il avait ordonné pour

Octavicu.

l\^() HISTOIRE ROMA^INE.

être exécuté après sa mort. Mais plusieurs de ces dispositions étaient si folles, qu'on fut plus frappé de ce qu'elles avaient d'indécent que de l'irrégularité du procédé d'Octavien.

Antoine y assurait que Césarion était fils légitime de César et de Cléopatre. Il faisait aux enfants que luimême il avait eus d'elle des dons immenses; et, ce qui choquait le plus les Romains , il ordonnait que , dans le cas même qu'il mourût à Rome , son corps , après avoir reçu dans la place les honneurs accoutumés, fût transporté à Alexandrie , et remis à Cléopatre , par les mains de laquelle il voulait être enseveli. Gémiuius, Les amis d'Antoine, voyant que la disposition des toin7pa^r ses ^sprits lui dcvcuait très-défavorable , recoururent aux Rome tst P'^i^ï'^s ^t aux suppUcations auprès du peuple , et en maitraitépar môme tcmps ils firent partir Géminius, l'un d'entre

Cléopatre , ' ^

et s'enfuit, eux , pour faire un dernier effort sur leur chef, et pour l'engager à ne pas se mettre dans le cas d'être

' - destitué ignominieusement de sa charge et déclaré en-

nemi public. Cléopatre , voyant arriver Géminius , devina le sujet de son voyage ; et , le regardant comme l'agent d'Octavie, il n'est point de désagréments qu'elle ne lui fît essuyer, l'attaquant sans cesse par des railleries insultantes, et lui assignant toujours les dernières places dans les festins. Géminius patientait, attendant le moment d'avoir audience. Mais enfin , ayant été sommé en plein repas de s'expliquer , « Les affaires « que je viens négocier, dit-il, ne sont pas faites pour « être traitées à table. Il est pourtant un point que je *< vois très -clairement, soit à jeun, soit le verre en « main : c'est que toutes choses iront bien si l'on ren- (c voie Cléopatre en Egypte. » Antoine se fâcha ; et

HISTOIRE ROMAIJVE. 44'

Cléopatre, ne se possédant point, dit à Géminius : « Tu as bien fait d'avouer la vérité sans t'y faire con- « traindre par les tortures. » Géminius , effrayé , s'enfuit peu de jours après, et retourna à Rome. Plusieurs autres prirent le même parti , ne pouvant souffrir l'insolence des flatteurs de Cléopatre , qui les piquaient et les outrageaient en toute occasion.

Plutarque nomme en particulier M. Silanus , qui fut jfj/;;";'^^^*;'^. dans la suite collègue d'Octavien dans le consulat ; et tentAntoiuc. Q. Dellius, qu'il qualifie historien, mais qui est plus connu par le titre que lui donnait Messala, de voltigeur des guerres civiles % parce qu'il avait quitté Dolabella pour Cassius, Cassius pour Antoine, et enfin, dans le temps dont je parle, Antoine pour Octavien. Dellius avait été le premier dépêché par Antoine vers Cléopatre pour lui ordonner de venir rendre compte de sa conduite. J'ai marqué comment il s'acquitta de sa commission. Non-seulement il reconnut que les charmes de cette princesse la rendraient maîtresse du cœur d'Antoine, mais il y fut lui-même sensible. Sénèque le père cite des lettres galantes de Dellius à Cléopatre. Dans les derniers temps il offensa cette princesse par un mot qui lui échappa dans un repas. Il dit qu'on leur faisait boire de la piquette , pendant que Sarmentus ( c'était le nom d'un bouffon qui divertissait Octavien , et qu'Horace a rendu célèbre) buvait à Rome le meilleur Hor. Sat. r, vin de Falerne. Ce reproche blessa vivement Cléopatre, et Dellius prétendait avoir été averti par un médecin nommé Glaucus que sa vie n'était pas en sûreté. Peutêtre disait-il vrai; peut-être aussi ne cherchait-il qua

' « Dellium Messala Corvinus desultorem bellorum civiliuin vocat. » ( Ses. Suasor. i. )

44^ HISTOIRE ROMAIIYE.

couvrir la lionte de sa perfidie. Cléopatre était assez méchante pour vouloir le faire périr. Mais Dellius ne semble guère digne d'être cru sur sa parole.

Manie de Rome retentissait de plaintes et de reproches contre Excessif' Antoine. Ses anciens adversaires, les nouveaux déser-

d'Antoiue" teurs dc son parti, tous concouraient à le décrier; et sa conduite lui faisait encore plus de tort que tous les discours qui se tenaient à son désavantage. Esclave de Cléopatre, il paraissait manifestement n'avoir point d'autres volontés que celles de cette reine, qui osait se promettre l'empire de Rome, et qui, lorsqu'elle voulait faire un serment bien authentique, jurait par les lois qu'elle dicterait dans le Capitole à tout l'univers. Elle avait déjà une garde romaine, dont les soldats portaient son nom écrit sur leurs boucliers. Octavien était donc bien fondé à faire craindre aux Romains qu'Antoine, s'il devenait vainqueur, ne les assujettît à Cléopatre , et qu'il ne transférât le siège de l'empire à Alexandrie. Antoine paraissait ne se souvenir en aucune façon qu'il fût Romain. Il avait dépouillé nonseulement les mœurs et les maximes, mais jusqu'à l'habillement de sa nation. 11 se montrait souvent sur un tn)ne d'or, vêtu à la façon des princes d'Orient, tout brillant de pourpre et de pierreries, un sabre médois à son coté, un sceptre d'or à la main, et même,

; s'il en faut croire Florus, le front ceint d'un diadème.

Il avait aboli l'usage du nom Ae prétoire , qui signifiait chez les Romains la tente et le quartier du général dans un camp, ou la demeure du souverain magistrat dans les provinces. A ce terme il avait substitué celui qui désigne une habitation ou une tente royale %

' l',7.aîXst&v.

HISTOIUE ROMA.INE. 4^3

comme s'il eût cédé la prééminence et le droit du commandement à Cléopatre. Enfin, de même que Cléopatre se donnait pour la nouvelle Isis , et en prenait les attributs sur sa personne, dans ses tableaux et dans ses statues, Antoine se faisait peindre à côté d'elle, ou représenter soit en marbre , soit en bronze , avec les symboles qui caractérisaient Osiris.

Antoine, prenant à tâche de se rendre odieux aux Décret qui

-r» • 15 1 • ' • r- ^ 1 prive An-

Romams par tant d endroits, réussit enhn a se perdre, toineducon- Octavien obtint un décret pour le priver du consulat , p„icsance qu'il devait gérer l'année suivante , et de la puissance *""™^'" '^• triumvirale. Il ne le fit point déclarer ennemi public , soit qu'il n'osât pas pousser les choses jusqu'à cette extrémité , craignant les partisans qu'Antoine avait encore dans Rome; soit, ce qui me paraît plus vraisemblable , par une suite du système de modération qu'il s'était prescrit depuis sa victoire sur Sextus Pompée. Si Antoine eût été déclaré ennemi, tous ceux qui lui étaient attachés , et parmi lesquels on comptait beaucoup d'illustres personnages, auraient été enveloppés dans la même condamnation. Or, Octavien n'avait point dessein de les perdre , et il était bien aise au contraire de leur laisser une porte toujours ouverte pour revenir à lui. Il voulut même que le décret rendu contre Antoine promît l'impunité , et annonçât des éloges à ceux qui le quitteraient.

Ce fut donc à Cléopatre seule que la guerre fut dé- Laguerreest clarée^. On prit dans la ville l'habit militaire, comme cILpT ^

latrc.

' Ilrae paraît remarquable qu'Ho- nommé Antoine. Il imitait la réserve

race , dans un assez grand nombre du maître. Virgile n'a pas été si cir-

de pièces qu'il a faites sur la guerre conspect. dont il est ici question , n'ait jamais

444 HISTOIRE ROMVINE.

pour un péril imminent, et qui intéressait le salut de la république ; et toutes les cérémonies d'une déclaration de guerre en forme furent pratiquées solennellement.

Octavien , dans le discours qu'il fit au peuple à ce sujet, affecta de dire qu'Antoine, ensorcelé et fasciné par une enchanteresse, n'était plus à lui, et que les chefs de la guerre contre les Romains seraient l'eunuque Mardion , la coiffeuse de Cléopatre , et sa dame d'atours, qui régissaient les plus grandes affaires de l'empire. Ainsi, tout ce ménagement pour Antoine, que l'on ne nommait pas dans la déclaration de guerre, ne tendait qu'à le rendre méprisable , et en même temps plus répréhensible et plus odieux, puisque, sans être attaqué personnellement, il prenait parti contre sa patrie et contre ses concitoyens pour une femme étrangère.

Antoine jure Autoiuc Comprit parfaitement toute la malignité des i"r'écouciiL*^- cWîors de modération que gardait avec lui son adverbieaOcta- g^jj-ç Irrité à l'excès , il exigea un nouveau serment de

viea. ' o

ses troupes, et il jura lui-même solennellement, à la tête de son armée, qu'il ne ferait ni paix ni trêve avec Octavien. Il ajouta qu'il abdiquerait le triumvirat deux mois après la victoire; et, quoiqu'il fût bien éloigné d'avoir une intention sincère d'acquitter cette promesse, il résista long - temps au vœu de ses soldats qui voulaient qu'il prît le terme de six mois; et ce ne fut qu'avec toutes les marques extérieures de répugnance qu'enfin il se rendit. L'animosité n'était pas moindre

Toute 1 lia- 1 '

jie scL^age ^j^ns l'autrc parti. Toute l'Italie s'engagea par serment

par seruient » • t

i servir Oc- à scrvu" Octavicu dans la guerre contre Antome. l^a

tavien cou- i -ii i -r. i • i 'i -^ 1

tic An'oiuc. seule ville de liologne, qui de tout temps était sous la

guerre.

protection de la famille Antonia , demanda et obtint suet. Aug. la permission de ne point entrer dans cette ligue contre '**" son patron.

Toute l'année se passa dans ces préparatifs de guerre, xoute lansans aucune hostilité actuelle de part ni d'autre. Octa- £,s7ei7^T. vien voulut se donner le temps de se bien assurer de P^ranfs de ritalie, et prendre toutes les précautions nécessaires pour prévenir les mouvements auxquels son absence pourrait donner lieu. 11 avait d'autant plus de sujet de craindre ces mouvements, qu'il savait qu'Antoine, à qui les opulentes contrées de l'Asie et de l'Orient fournissaient des richesses immenses, avait envoyé des sommes considérables en Italie et dans Rome même , pour réchauffer le zèle de ses anciens amis, et se gagner, s'il était possible , de nouveaux partisans. C'est ce qui détermina Octavien à distribuer une gratification à ses soldats, afin d'affermir leur fidélité contre les tentatives que l'on pourrait faire pour les corrompre. Il plaça aussi des troupes dans les endroits suspects , ou exposés à être insultés. Tout cela demandait des soins et du temps.

Antoine, par mollesse et par nonchalance, ne se hâta pas d'entrer en action. Il arriva à l'île de Corcyre vers la saison de l'automne ; et , ayant appris que des vaisseaux ennemis paraissaient dans les plages voisines , quoique ce fussent seulement quelques bâtiments envoyés à la découverte, il supposa que toute la flotte d'Octavien était en mer, et il se retira vers le Péloponnèse. Il y distribua ses troupes en quartiers ; et pour lui , il passa l'hiver à Patras.

I^s choses étaient en cette situation lorsque Octavien

446 HISTOIRE IIOIVIAIJXE.

prit possession de son troisième consulat, où il eut pour collègue Messala, substitué en la place d'Antoine.

An.R. 721.

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