‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 6 sur 61 · Tome XXir. Hist. Rom. l · texte numérisé non relu

Tome XXir. Hist. Rom. l

5o nisroiRi: romaink.

les habitants (lApoUonio entièrement dévoués à Brutus, il ([uilta une ville suspecte, et s'avança vers Buthrotuni. Dans la marche, Brutus lui tailla en pièces trois cohortes. Quelque temps après, le fils de Cicéron remporta sur lui un nouvel avantage. Enfin Brutus trouva moyen de Tenvelopper, lui et toutes ses troupes, dans un pa^s marécageux d'oii il ne pouvait se tirer. Les gens de Brutus voulaient donner; mais il les arrêta. « Epar- « gnons, dit-il, des soldats qui vont incessamment être « à nous. M II ne se trompait pas. Les troupes de Caïus, charmées de la générosité de leur ennemi, se rangèrent à son obéissance, et lui hvrèrent même leur général, (jui devint ainsi prisonnier de Brutus. Il fut traité avec Cic. adBrut. loulc sortc d'huiuanité : jusque-là que Brutus lui per- "'" mit d'écrire avec lui au sénat, et de prendre dans sa lettre la qualité de proconsul.

Ces lettres furent lues dans le sénat le treize avril de l'année oii Pansa et llirtius exercèrent le consulat. Brutus et Cassius étaient encore en Italie au milieu du mois d'août de l'année précédente. Ainsi Brutus n'employa guère que sept mois à amasser une puissante armée, et à attirer à soi la Grèce, la JNIacédoine, rillyrie et la Thracc.

Cassius va e.i Cassius, pendant ce même temps, ne fit pas de moin- Svrie, i-on- ^j^.^.j, progrès cu Orient. Il enleva par sa diligence la Sy-

daiit que Iio- I o i d ^

Ubeiia s'ar- ^.\^, l^ Dolabclla, comme Brutus enlevait la Macédoine à

rête (laM>

l'AMc-Mi- G. Anionius. Dolabella riait parti assez tôt d'Italie j)our

ncure, oi'i il , . . r ii i i ■• ' i i i

fait massa- prevcuiF Cassuis; et (I ailleurs la (hgnite de consui dont

crer TrrLo- . ■ / • a i •■ • l • . I • I

nius. n était revêtu , et les troupes qu il menait avec lui, le reii-

nm.Ai'.'i'.irn' daiciil bien supérieur à un rival qui n'avait d'autic appui

que la recommandation de son mérite cl le souvenu-

des services rendus autrefois à laSyrieeDUlrcIcs Parllus

iiiSTOiKh: ROM AI m:. 5r

apii's la défaite de Crussus. JNIais Dolabella ne se hâta point: il traversa lentement la Grèce, la Macédoine, la rluaee, et il s'arrêta surtout dans TAsie-Mineure, dont il entreprit de s'emparer sur Trébonius qui la gouvernait actuellement. Il suivait en cela le plan qu'il avait concerté avec Antoine, de dépouiller ceux qui avalent conspiré contre César et de s'en approprier les dépouilles. Incapable de réussir dans ce projet par la force, il recourut à la fraude. Il n'est point de caresses qu'il ne fit à Trébonius, point de témoignages d'aniilié qu'il ne lui donnât; enfin il fameua au point, sinon de prendre une pleine confiance en lui, du moins de ne s'en pas garder comme d'un ennemi de qui il avait tout à craindre. Au moment donc que Trébonius se croyait bien en sûreté dans Smyrne, Dolabella entra de luiit dans la ville, et se saisit de sa personne. L'infortuné prisonnier n'en fut pas quitte pour la perte de son gouvernement, ni même pour la mort. Dolabella , sous prétexte de venger César, mais réellement par le motif d'une insatiable cupidité, fit tourmenter cruellement pendant deux jours ce personnage consulaire pour le forcer de lui découvrir le dépôt des deniers publics : ensuite de quoi il ordonna qu'on lui tranchât la tête. Après l'exécution, les soldats, aussi inhumains (jue leur général, traînèrent indignement le cadavre jusqu'à la mer, où ils le jetèrent. La tête fut portée par eux au bout d'une pique dans les rues de Smyrue, et ensuite leur servit de jouet : ils se la ri'uvoyaient les uns au.v autres sur les pavés connue une balle, jusqu'à ce qu'elle eût perdu la forme de tête humaine. Trébonius périt le premier de tous ceux qui avaient attenté à la vie de César: les autres, pour la plupart, le suivirent de près.

Cassius se Pendant que Dolabella s'emparait, par une voie si

rend maître i- 11 • • i ■ • *t ' •

de la Syrie ouieuse,auue province riclie, mais qui paraît n avoir '\éKiour^ pas été fort garnie de troupes et de munitions de guerre, Cassius se rendait maître de la Syrie et de huit légions qu'il y trouva. Une guerre civile qui durait dans ce pays depuis environ trois ans y avait rassemblé ces grandes forces. En voici l'occasion et l'histoire en peu de mots, uio. Appian. César, en quittant la Syrie , par laquelle il avait passé au sortir de l'Egypte, laissa pour commander dans cette province un jeune homme de ses parents nommé Sex. César avec une légion. L'âge, la mollesse et la vie voluptueuse de ce commandant ne lui concilièrent pas l'estime et le respect de ses soldats. C'est ce qui fit naître la pensée de le supplanter à Cécilius Bassus, simple chevalier romain, mais homme de tête et de courage, qui, ayant suivi le parti de Pompée, s'était, depuis son désastre , sauvé à Tyr. Il commença par s'assurer de cette ville; et il y réussit sans peine, parce que les Tyriens étaient mal affectionnés envers César, qui, suivant sa pratique constante de trouver toutes voies bonnes pour avoir de l'argent, jusqu'aux sacrilèges même, avait pillé les trésors du temple d'Hercule, extrêmement respecté parmi eux. Bassus attaqua ensuite Sextus César; et, ayant eu un assez mauvais succès, il entreprit de gagner par intrigue les soldats de ce jeune commandant , et il cabala auprès d'eux si bien et si heureusement, qu'il les engagea même à le tuer. La légion reconnut Bassus pour chef, et il devint de (('Ile façon maître de la Syrie. Mais, cDiiniie il s'attendait à n'y être pas laissé tranquille, il choisit Apaméc, ville très-forte, pour en faire sa place d'armes, rt il augmenta ses troupes, autant qu'il lui fut pos-

II I s T () I U F lî () AT A 1 N F.. 53

sible, enrôlant tous ceux qui se présentèrent, libres et esclaves. Ceci se passait pendant que César faisait la guerre contre Métellus Scipiou en Afrique.

lîassus se soutint pendant tout le reste de la vie du dictateur, qui ne jugea pas cette affaire assez importante pour se transporter en personne sur les lieux. Antistius Vêtus, par son ordre, assiégea Bassus dans ci»- ad Atr. Apainée, et fut repoussé par les Parthes, que l'habile chevalier romain avait su intéresser dans sa querelle. Statius Murcus, homme de mérite, envoyé de Rome après sa préture pour gouverner la Syrie avec la qualité de proconsul et trois légions, ne réussit pas mieux, 11 appela à son secours Q. Marcius (^rispus, qui lui amena de Bithynie trois autres légions : et avec leurs forces réunies ils purent bien enfermer Bassus dans Apamée, mais ils ne purent l'y forcer.

Les choses étaient en cet état lorsque Cassius aborda en Syrie avec sa petite escadre. Lentulus Spinther, cic. adFam. questeur de Trébonius, lui avait fourni quelques secours d'hommes et d'argent, qu'il fait beaucoup valoir dans une lettre à Cicéron. Mais c'étaient là des forces bien peu proportionnées à la grandeur de l'entreprise. Le nom de Cassius , sa réputation , la cause qu'il soutenait, voilà ce qui lui fit acquérir en un seul coup de fdet huit légions, [.es six des assiégeants lui furent remises par les généraux eux-mêmes. Bassus, à (jui Appien compte deux légions, savoir celle de Sex. César, et une seconde qu'il avait formée lui-même de ses nouvelles levées, se fit beaucoup presser pour se démettre du commandement. Il ne prétendait pas avoir cir.adPa.n. beaucoup travaillé, beaucoup hasardé, pour qu'un autre *"* '^ vînt recueillir le fruit de ses peines et de ses périls.

54 niSTOTRF RO:\I/VIlVE.

Mais ses soldais députèrent malgré lui à Cassius pour lui offrir leurs services : de façon que Bassus fut obligé d'ouvrir les portes d'Apamée.

Ce premier succès, si grand, si inespéré, fut suivi, immédiatement après, d'un second du même genre. Dolabella avait envové Alliénus, son lieutenant, en Egypte, pour demander du secours à Cléopatre, qui dès- lors régnait seule, ayant fait périr par le poison

Joseph. Aut. le dernier des Ptolémées , son frère et son mari. Cette reine s'y porta volontiers par rattachement (ju'elle conservait pour la mémoire de César. Elle envoya donc à Dolabella une flotte égyptienne, et iVlliénus mena par terre quatre légions, formées partie des débris des armées commandées autrefois par Pompée et par Crassus, partie des cohortes romaines que César avait laissées à Alexandrie. Cassius fut averti de cette marche; et, étant allé en Judée à la rencontre d'Alliénus, il le força

rie. a<iFain. dc lui remettre ses quatre légions. Ainsi Cassius se '^"' "' trouva à la tête de douze légions le sept mars de Tannée où Hirtius et Pansa furent consuls , jour duquel est datée la lettre qu'il écrivit à Cieéron pour lui rendre compte de ces heureux événements.

Il est chargé On peut juger quelle fut la joie du sénat lorsqu'il

deYi guerre ^ut Brutus ct Cassius amiés d'une si grande puissance.

cotitrc Ho- ji j.p li;"|ta, conformément h l'avis de Cieéron, de leur

laliclla, (|ii 11 '

nduitasc confirmer par autorité publique le gouvernement des

faire egor- ' /

gcr. provinces et le commandement des armées dont ils

Cic. Pliil. X ',, . , 1 NI I

ctxt. s étaient empares sans autre lilre (jue leur zèle et la

nécessité. Il les revêtit des pouvoirs les plus amples qui

eussent jamais été donnés à aucun j)roconsul : et comme

Dolabella, ])our cause du meiutre de Trébonius, avait

été déclaré eimcMii publie, le sénat chargea Cassius di-

II isToi :; i: iio.ai a in i,. -).-)

lui faiiv In gucrrr, avec cette clause remanjuahic, (jireii ([lU'Icjiic province qu'il entrât pour les opérations de cette guerre, il jouirait d'une autorité supérieure.! celle des gouvernrurs ou magistrats particuliers de cette provin(X'.

Pour achcNcr ici tout de suite ce ([ui regarde Dola- Ap^iau, Uio. hella, je dirai qu'il trouva bientôt une fin digne de son audace et de son ambition. Quoique aidé par Cléopatre et })ar les Rhodiens, les Lvciens et (juelques autres peuples de ces contrées, il s'en fallait bien ({u'il eût des forces égales à celles de Cassius. La liberté, ce nom si doux h tous les Romains, et l'autorité du sénat, déterminaient en faveur de celui-ci tout ce qu'il v avait de Romains en place dans l'Asie -Mineure et dans la Syrie. Il reçut ainsi plusieurs escadres, qui lui furent amenées par leurs commandants; et il en forma une flotte nombreuse, à la tête de laquelle il mit Statius Murcus. Sérapion même , gouverneur de l'île de Cbypre pour la couronne d'Egypte, mais qui paraît avoir été dans lin parti opposé à Cléopatre, et attacbé peut-être à Arsinoé sa sœur, envoya quekjues renforts à Cassius.

Néanmoins Dolabella, aveuglé par sa cupidité, entreprit de revendiquer son gouvernement de Syrie. Il avait même résolu, s'il ne réussissait pas de ce coté, cicadFam. d'embarquer ses troupes sur un grand nombre de vais- ^">i4eti5. seaux de cbarge, qu'il avait amassés, et d'aller en Italie se joindre à Antoine. Il se trouva^ bien loin de pouvoir exécuter ce dessein. Deux villes puissantes , Tarse en Cilicie, et Laodicée en Syrie, tenaient pour lui. Il s'avança jusqu'à cette dernière place, et s'y fortifia : mais bientôt Cassius vint l'y assiéger par terre et j)ar mer. Il y eut divers combats, dans lesquels Dolabella eut

56 IlISToiUE ROMAIIVE.

toujours le désavantage; et enfin la ville fut livrée aux troupes de Cassius par intelligence. Ou leur ouvrit furtivement plusieurs poternes, par lesquelles les assiégeants entrèrent en foule et se rendirent maîtres de la place. Dolabella, se voyant près de tomber au pouvoir de son ennemi, et craignant un traitement pareil à celui qu'il avait fait à Trébonius, ordonna à un de ses plus fidèles esclaves de l'égorger. Celui-ci obéit, et ensuite se perça de la même épée, et tomba aux pieds de son maître. Cassius fit rendre les honneurs de la sépulture au corps de Dolabella , ne croyant pas que l'humanité permît de lui faire souffrir la peine du talion en vengeance des outrages auxcjuels le corps de Trébonius avait été livré. 11 traita aussi avec douceur les soldats et les officiers qui avaient servi sous Dolabella ; et quoiqu'ils eussent été déclarés ennemis publics avec leur chef, au lieu d'exécuter à la rigueur le décret du sénat, il aima mieux en grossir son armée, et reçut leur serment.

Il n'est peut-être pas hors de propos, puisque l'occasion s'en présente, de faire ici mention du cheval Séjan. C'était un cheval d'une rare beauté, et de la race, dit -on, de ceux ([ue Diomède, roi de Thrace, nourrissait de chair, humaine, et qu'Hercule, après l'avoir tué, amena à Argos. Mais ce cheval si beau passa pour porter malheur à ses maîtres, parce que ceux qui le possédèrent périrent misérablement. Le premier fut un certain C-ii. Seïus , d'où vint à ce cheval le nom Ak^ St'jan, connut' ([ui dirait cheval de Seïus. Ce Seïus fut supplicié, par ordre de Marc - Antoine. Dolabella, qui avait entendu parler du ibeval excellent (lu'avait eu Seïus, voulut raclicicr eu passant par A r-

HISTOini-: ROMAINE. ^7

fos pour aller en Syrie, et il en donna cent mille sesterces'. Nous venons de voir quel fut le triste sort de Dolahella. De celui-ci il passa à Cassius, et de Cassius à Marc-Antoine ; et tous deux , comme Dolahella , furent réduits à se donner la mort. De là le nom de ce cheval passa en proverhe ; et pour exprimer un homme souverainement malheureux, on disait qu'il avait le cheval Sèjan.

Je reviens aux affaires puhliques. On voit , par les faits État de tou-

., , . .. tes les ar-

dont j'ai rendu compte, que, dans 1 année qui suivit mées romai-

, ^ , ^ r 11'- • nés : dispo-

la mort de César , toutes les forces de 1 empire romain ^itious dp du côté de l'Orient, depuis la Grèce, étaient dévouées "èommanr au parti répuhlicain, Cornificius, en Afrique, soutenait '^*'*'"^les mêmes intérêts, et était attaché au sénat, à Cicéron, à Rrutus et à Cassius. Sex. Pompée, qui dans le courant de la même année s'empara de la Sicile, songeait plus à sa puissance particulière qu'au rétahlissement de la îiherté. Mais, comme il était ennemi déclaré de la mémoire de César, et que, si Brutus et Cassius eussent été vainqueurs, il n'avait ni assez de mérite ni assez de forces pour s'empêcher de suivre leurs impressions, on doit le ranger dans le même parti. Voilà quelles étaient les armes et les chefs qui appuyaient la faction républicaine : et si toutes ces forces avaient pu se réunir avec D. Brutus, et agir ensemble en Italie, la républicjue était sauvée. Mais elles ne se trouvèrent pas prêtes à temps; et un délai inévitable causa leur ruine et celle de la liberté.

Du côté de l'Occident, sur trois généraux qui, à la tète de trois armées, occupaient les Gaules et les Es-

' Douze mille cinq cents livres. =; 5!0,ooo fr. — L.

3i^ HISTOIRE RO-MAINE,

pagnes, deux étaient au moins mal décidés, et le troisième trop éloigné pour secourir l'Italie. Lépidus, proconsul de la Gaule uarbonnaise et de l'Espagne citéricure, était un homme de beaucoup d'ambition et de pou (le génie, sans principes, sans fermeté, au fond mal affectionné pour la république, et n'y cherchant (jue son propre agrandissement ; peu capable de jouer un personnage, s'il n'eût été porté par les circonstances, sans y mettre rien du sien. Plancus, désigné pour gérer le consulat avec D. Brutus, et proconsul delà grande Oaiile , avait de l'esprit et des talents : mais il tint une conduite équivo(pie , promettant beaucoup et agissant mollement ; moins malintentionné que Lépidus, mais aussi peu disposé à hasarder sa fortune pour la cause publique. Pollion, proconsul de l'Espagne ultérieure, ne ressemblait nullement ni à l'un ni h l'autre. Il avait de l'élévation et du courage; et quoique anciennement attaché à César, c'était une ame lîère et d'une trempe républicaine. Mais la distance des lieux le reculait du centre des affaires : elles se décidèrent sans lui; et pour ne se pas perdre inutilement, il se crut obligé de suivre les drapeanx dWntoine.

Tous ces généraux, de toutes les parties de renq)ire,

tournaient les yeux vers l'Italie, dans lacjuelle, outre

les trois armées dont j'ai parlé plus haut, celle de Dé-

cimus, celle d'Antoine, celle d'Octavien, les consuls

lïirtius et Pansa en assemblèrent encore de nouvelles,

conune je vais le i-aconter après que j'aurai achevé le

peu (pii me reste à dire de l'année où périt César.

l'.'iinn <iu Je fais profession de couler légèrement sur tous ces

'iiâi'i't (lili't'ë prétendus prodiges dont l'anlicpiilé siq)erstitieuse a

iiuuLudeia f,(]^.l(3ii,(.,,t tenu registre, et (pii sont coniintiiitincnl ou

iiisToinr: roimaine. 5c)

faux ou alliTOS, ou des effets naturels que rignoranee mort ac cèdes causes a transformés en merveilles surprenantes. Mais il n'est pas possible de passer sous silence cet affaiblissement célèbre de l'éclat du soleil pendant toute l'année de la mort de César. Tout le monde sait les beaux vers de Virgile , qui en font mention. « T,e soleil S « dit-il , témoigna sa compassion pour Rome à la mort a de César, lorsqu'il couvrit sa tète radieuse d'un voile « sombre et d'un brouillard épais et rougeatre, en sorte « que le siècle impie craignit une nuit éternelle. » Nonseulement Virgile et tous les poètes du même temps, mais les plus graves liistoriens attestent ce phénomène. Les taches que nos astronomes ont découvertes avec le télescope sur la face du soleil en sont l'explication. C'était une croûte plus épaisse que de coutume, et plus difficile par conséquent à dissoudre.

Dion rapporte sous cette même année la mort de MorttiiîSct- Servuuis Isauricus, vénérable vieillard qui avait pousse eus. Trait sa carrière jusqu'à quatre-vingt-dix ans, jouissant tou- sagravhé. jours d'une santé robuste et de l'usage de tous ses sens. '"' ' '^'" Il avait été honoré du consulat, de la censure et du triomphe, et il était père de cet Isauricus que César prit pour collègue dans son second consulat. Le même Vai. Max. Dion et Valere Maxime ont cru digne d être transmis à la postérité un trait singulier de sa vie. En passant par la place publique, il aperçut un accusé dont on instruisait le procès, et au sujet duquel on entendait des témoins. Il s'avança, et, adressant la parole aux

nie ctiam exstiucto iniscratus C;psare Roinara , Quuin caput obscurà uitiduni ferrugine texit, Impiaque icternain timiicrunt srccula uoc-tcin.

(Vir.G. Ceorg. I, 466.)

6o HISTOIRE ROMAINE.

juges fort étonnés de le voir s'intéresser dans une affaire qui ne paraissait point du tout le regarder, il leur dit : « Je ne sais qui est cet accusé , ni quelle est la matière « du procès qu'on lui intente: ce que je sais, c'est que « je Tai rencontré un jour dans un chemin étroit , lui « à cheval , et moi à pied ; et que non-seulement il ne « descendit point de cheval, mais passa outre sans s'ar- « rèter, et sans me donner aucune marque d'attention. « C'est à vous, messieurs, h voir si le fait que je vous « allègue mérite que vous y ayez égard dans le juge- « ment que vous allez prononcer. » Sur cela seul , les juges, au rapport des deux écrivains que j'ai cités, voidurent à peine entendre l'accusé dans ses défenses, et ils le condanmèrent d'une voix unanime, regardant comme capahle de tout celui qui avait pu manquer de respect à un homme tel que Servilius Isauricus.

Je passe à l'année oii Hirtius et Pansa furent consuls.

§ IL Dispositions des deux consuls par- rapport à l'état actuel de la république. Le sénat , contre Cavis de Cicéron , ordonne une députation à Antoine. Octavien est revêtu du titre et de l'autorité de propréteur. Cicéron se rend caution pour lui envers le sénat. Statue décernée à Lépidus. Instructions données aux députés du sénat. Sulpicius, l'un d'eux, meurt en arrivant au camp d'Antoine. Mauvais succès de la députation. Le sénat déclare quilj a tumulte. Statue décernée à Sulpicius. Nouvelle députation a Antoine ordonnée par le sénat. Cicéron, que l'on avait mis du nombre des députés, s'en excuse , cl Jait ainsi manquer raf/airc. Lépidus écrit au sénat pour r exhorter à la paix. Cicéron s'y oppose. Lettre

H ISTOI ri: ROMAINE. Gl

(V Antoine à Hirtius et à Octavien. Hirtius et Octavien s' approchent de Modène. P/f;eo/is employés pour porter et reporter des avis. Combat oll Pansa est blessé. Antoine , en s'en retournant à son camp., est attaqué et battu par Hirtius. Octavien, resté à la i^arde du camp , le défend contre Lucius f frère d Antoine. Le sénat fait valoir ejccessivementV avantage remporté sur Antoine. Nouveau combat oii les lignes d'Antoine sont forcées. Hirtius est tué. Antoine lève le siège , et gagne les Alpes. Octavien ne le poursuit point. Difficultés de développer les intrigues du temps qui suivit la levée du siège de Modène. Mort de Pansa. Antoine est déclaré ennemi public. Générosité d'Atticus. Le sénat travaille à abaisser Octavien. Mot équivoque de Cicéron au sujet du Jeune César. Projets et intérêts contraires d'Octavien et du sénat. Le sénat donne à Octavien un prétexte dont celui-ci profite pour se déclarer. Octavien se rapproche d'Antoine. Il invite à se liguer avec lui Lépidus et Pollion. Il aspire au consulat. Cicéron est sa dupe et V appuie. Le sénat rejette la demande d' Octavien. Jonction de Lépidus avec Antoine. Le sénat a recours à Octavien , qui profite de Voccasion pour envahir le consulat. Plaintes de Brutus contre Cicéron contenues dans deux lettres, l'une à Cicéron lui-même, l'autre a Atticus. Fondation de la ville de Lyon.

A. HIRTIUS. An. R. 709.

Av. J.C. 43.

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