C. VIBIUS PANSA
Les consuls qui entraient en charge étaient l'un et Dispositious
des deux l'autre créaturcs de César. Pansa lui devait même son consuls par élévation par une raison particulière : car, étant fils de
rapport;! le- ^
tat actuel de proscrit , il ne lui aurait pas été possible de parvenir
la républi- '^ . ^ , iai'ii-v !•
que. aux honneurs, si César n eut levé la barrière que lui opposaient les lois de Sylla. Il paraît qu'ils étaient attachés, non-seulement aux bienfaits , mais à la personne de leur ami. Ils chérissaient sa mémoire encore après sa mort, comme Cicéron le remarque expressément ,,. ,„., d'IIirlius ' ; et ils étaient zélés, surtout ce dernier, pour '''• la validité des actes et des ordonnances du dictateur, id. ihid. Ainsi le sénat, qu'Antoine appelait alors avec assez de xni,26. f^julement /e camp de Pompée, avait des motifs de se défier de ces consuls.
Mais, d'un autre côté, ils faisaient profession de penser en vrais et bons citoyens. Ils se montraient amis de la paix, du bon ordre et (\es, lois, jusqu'à consentir ([ue le meurtre de César demeurât sans vengeance, plutôt que de donner lieu à une guerre civile; et surtout la conduite indécente et tyrannique d'Antoine les avait révoltés , et ils étaient persuadés de la nécessité de le réduire et de réprimer ses violences. Par cet endroit , ils se trouvaient conformes au système du sénat, dont le grand objet actuellement était la guerre contre Antoine , quoiqu'ils n'allassent pas toujours aussi vite que l'eût souhaité cette compagnie, et particulièrement Cicéron, dont l'ardeur ne pouvait souffrir ni obstacle ni retardeiiiciil.
Dès h' premier jaiiviei-, le sénat s'élant assemblé, et
Le sénat , < i i ri ' 1 •
roriirc l'avis Ics coMsuls ayaut pioposc de tleliberer sur la situation ordouiicunc- acluelle di' l;i republii|ue, Ciceron voulait ipie ion agit
■ "Mfns (li.si'ipiiliis.... N.ililc aiiiil illimi i|iiiiii l'niliiv iiosicr saïu-iavit. ■• (Cic. aJ yttt. XIV, -x».)
avec loiilc la vigueur imaginable. Fufuis Calénus , qui députation
, , , , / 1. 1 à Antoine.
avait été consul (juclques années auparavant, beau- cic. Phii. v père tic Pansa, premier opinant, avait ouvert l'avis d'envoyer des députés du sénat à Antoine. Cicéron le réfute avec une véhémence étonnante, s'appuyant sur des raisons d'un très -grand poids. Il observe qu'il y aurait une inconséquence visible dans la conduite du sénat, si, après avoir loué dans l'assemblée du 20 décembre précédent ceux qui avaient pris les armes contre Antoine, il se déterniinait, treize jours après, à entamer une négociation avec lui. Il fait appréhender que, j)ar cette démarche de faiblesse, on ne ralentisse le courage des soldats et des peuples d'Italie qui embrassaient avec chaleur la cause publique. Enfin il prédit que cette députation sera infructueuse, a Si vous chargez % (( dit-il aux sénateurs, vos députés de prier Antoine, (c il vous méprisera. Si vous prétendez lui intimer des « ordres, il ne vous écoutera pas. » Cicéron concluait donc à pousser la guerre à toute outrance, et à donner pour cette fin plein pouvoir aux consuls, en les armant du sénatus-consulle célèbre auquel on recourait dans les pressantes nécessités, c'est-à-dire en leur ordonnant d'empêcher que la république ne souffrît aucun dommage.
Ces deux opinions contraires partagèrent le sénat ; et le débat dura trois jours. Enfin Fufius l'emporta: et les députés furent nommés, tous personnages consulaires; savoir, le fameux jurisconsulte Ser. Sulpicius, Pison beau-père de César, et Philipj)us mari d'Atia,
' ••Légales flecernitis : si ut deprecentur, contemnel ; si ut iiupert-tis, iiuD audlet. •> (Cic. /*////. v, 2.5.)
mère d'Octavlen : mais en même temps il fut résolu que l'on continuerait vivement tous les préparatifs nécessaires pour la guerre. Et réellement Hirtius , quoique relevant de maladie, et n'étant pas encore bien rétabli, partit, peu de jours après, à la tête d'un corps de troupes, pour aller joindre le jeune César, qui déjà avait commencé les hostilités contre Antoine, et lui avait enlevé ses éléphants et quelque cavalerie, octavien est Un autrc article mis en délibération par les consuls '^Tc"cfde" J^"s l'assemblée du premier janvier , conformément au l'autorité de (j^cret du 20 décembre précédent , c'étaient les récom-
propreteur. 1
penses dont il convenait d'honorer les généraux et les soldats qui s'étaient déclarés en faveur de la république contre Antoine. L'affaire était très -délicate par rapport à Octavien, qu'U n'était sûr ni de mécontenter, ni de satisfaire , parce que d'une part le sénat en avait besoin , et que de l'autre il était dangereux de nourrir son ambition et ses trop hautes espérances. Cicéron ne balance point. Il veut qu'on le revête du titre de propréteur, qu'on le fasse sénateur, qu'on lui accorde le privilège de demander les charges plusieurs années avant l'Age prescrit par les lois ; et tout cela passa : Philippus y fit ajouter encore l'honneur d'une statue. Ce qu'il v a de plus singulier dans le discours de
CictTon se T -^ • "
rend caution dcérou sur cc point , c'cst qu'il entreprend de dissiper
pour lui en- • r 1 ' 1 • '1
vers le se- \c9, alaruKîS trop bien fondées de ceux qui appréhendaient (juc le (ils de César ne marchât sur les traces de son père. Il fait valoir rattatheiiu'iit d'Oetavien au sénat. Il soutient que Brutus et Cassius n'ont rien à craindic d'un ennciiii généreux, <[ui a sacrifié à la republique tousses resseutiinenls particuliers, il va même
jusqu'à se rendre caution pour ce jeune homme envers le §énat. « Je promets', dit -il, j'assure, je garantis « qu'Octavien agira toujours en l)on citoyen comme il « fait aujourd'hui, et qu'il suivra les meilleurs principes « que nous puissions souhaiter. » Il promettait ce qui lie dépendait nullement de lui ; et l'événement, comme l'on sait , prouvera hien qu'il s'était trop avancé. Mais il se crovait sans doute ohligé de tenir ce langage pour établir entre le sénat et Octavien une confiance nécessaire, selon lui, au bien des affaires.
Le sénat, en comblant d'honneurs le jeune César, ratifia pareillement les promesses faites à ses troupes, et s'engagea à leur donner, après la victoh'e , de l'argent, des établissements, et exemption de service militaire pour eux et pour leurs enfants.
Je ne fais point mention des éloges et des témoigna- Statue dé-
. ,, . ,.,,.-,. cernée à Lé-
ges d approbation et d estime prodigues a Decimus : pidus. la chose parle d'elle-même. Mais le sénat saisit l'occasion de tâcher de fixer la légèreté de Lépidus, qui jusqtie-là ne s'était pas déclaré. Il était beau -père de Brutus ; ce qui devait l'incliner en faveur du parti républicain. D'une autre part, sa vanité, sa folle ambition, n'étaient que trop capables de le déterminer, comme il arriva dans la suite, à se joindre à Antoine pour opprimer la liberté. On s'efforça donc de le retenir en lui décernant l'honneur d'une statue dorée , que l'on placerait sur la tribune aux harangues, ou en tel autre endroit de la ville qu'il lui plairait de choisir; et cela sous des prétextes tirés d'assez loin et assez fri-
' •< Promilto, recipio , .spondeo , enm maxime esse velle et optare de-
P. C. Ca'sarcm talem sempcr fore bemus. » (Cic. Phi/, v, 5i.) (ivem, qualis hodiè sit. ijualemque
Tnme XXlf. Hixl. Rnm. 5
si'uat Gif. Pliii.v£
voles : hors un seul article vraiment agréable au sénat ; je veux dire les services que Lépidus avait rendus à Sex. Poujpée pour le rétablir dans tous ses droits. Instructions Quoiquc les partisans d'Antoine eussent fait passer ï.")Tt!^s dîT dans le sénat l'avis de la députation , ils ne furent pas maîtres de dresser les instruc^tions dont les députés furent chargés. Elles étaient très-sévères, et portaient injonction à Antoine de cesser d'attaquer Décimus Brutus, consul désigné, de lever le siège de Modène, de ne fiiire aucun dégât dans la province, de se retirer en-deçà du Rubicou, pourvu qu'il ne s'approchât point de Rome plus près que de la distance de deux cents milles', de ne point faire de levées de soldats; enfin de remettre ses intérêts et ses prétentions à la décision du sénat et du peuple romain. Cicéron, en rendant compte au peuple de ces instructions, a raison de dire que ce sont moins des propositions de paix que des ordres intimés à un rebelle. Il prédit en uK^ne temps d'une manière bien positive qu'Antoine n'obéirait pas; et sa prédiction fut vérifiée parfaitement. Snipioius, Des trois députés du sénat, le meilleur qui était Ser. Sulpicius, mourut en arrivant au camp d'Antoine. 11 était déjà malade lorsqu'il partit de Rome; et ce ne fut (jue par pure déférence pour la compagnie dont il faisait un des principaux ornements, (pril .iccepta une commission oîi il sentait qu'il courait risque de la vie. Mauvaissnr- Lcs dcux rcstauts, Pison et Philippe, étaient, l'un '^^utiÔ.f" i»"»' d'Antoine, l'autre mou par caractère. Aussi s'ac- (luiltèreiil-ils de leur cliarge en lionnnes (|ui n'y apporl,iieiit pas un grand zèli- , et ils se contentèrent de re-
' l'iiis 'II- si)ixiililr six. li« 11' •
l'iiu d'eux , meurt eu arrivant au camp d'Antoine.
Cic. Pliil. IX
iin'lfrc par écrit à Antoine los ordres dont ils étaient j)()rteurs.
Celni-ci y eut si peu d'égard, (ju'il fit battre sur-le- ^ic. Phii. champ les murailles de Modène en présence même des ''"•'^° députes. Il s'emporta beaucoup contre Cicéron, qu'il Appian.Dio. piélendit être l'auteur des instructions dont il se tenait fort ofTensé. Il se plaignit du sénat qui le maltraitait en faveur d'un enfant. ( C'est ainsi qu'il nommait Octavien. ) Il déclara (ju'il voulait que Déciinus pavât ])our tous les autres meurtriers de César, afin que la mort de ce grand homme ne demeurât pas sans être expiée, au moins par une victime. Il ne permit point aux députés d'entrer , suivant leurs ordres, dans Modène, pour conférer avec Décimus. Enfin il leur donna une réponse altière, et chargée de demandes qu'il savait bien qu'on ne lui accorderait jamais. La voici relie commence d'une façon modeste. « Je renonce au eouver- de. Phii.
« nement qui ma ete donne par Je peuple; je quitte le
« commandement de l'armée; je ne refuse point de ren-
f( trer dans l'état d'un particulier; j'oublie tout ; je me
(f réconcilie avec tout le monde. » Mais il ajoute des
conditions intolérables. « Je demande que l'on accorde
(< à mes six légions, à ma cavalerie, aux troupes de
« ma garde, tout le butin qu'elles ont fliit, et des éta-
« blissements en terres : que ceux h qui, de concert
« avec Dolabella , j'ai donné des terres , en demeurent
V en possession; que les ordonnances que mon collègue
« et moi nous avons rendues, en nous fondant sur les
(f mémoires de César, subsistent dans toute leur force;
<( que l'on ne me demande point compte de l'argent^
' (Jet argent se montait à sept ceuts iiiillions de sesterces, couiiuu il
« qui était dans le temple d'Ops; que l'on accorde une « amnistie à ceux qui sont avec moi pour tout ce qu'ils « pourraient avoir fait contre les lois. » Enfin il ne se proposait pas d'abandonner ses prétentions sur le gouvernement de Décimus sans en tirer une forte récompense. «Je remets, disait -il, le gouvernement de la (( Gaule cisalpine; je demande celui de la Gaule uou- « vellement conquise par César, avec six légions, qui « seront recrutées de l'armée de D. Bru tus ; et je garce derai ce gouvernement aussi long-temps que M. Bruce tus et C. Cassius tiendront eux-mêmes des gouver- « nements de provinces, soit pendant leur consulat, « soit avec la qualité de proconsuls. » On voit bien que cette mention d'un consulat futur de Brutus et de Cassius était une ruse d'Antoine pour donner de la jalousie à Octavien , et pour lui faire sentir qu'en un besoin il n'était pas irréconciliable avec eux.
Le sénat de- Pisou et Philipj)us étaient si peu affectionnés à la '!ftumuit'e7 cause dont on les avait cbargés, qu'ils prirent sur eux de rapporter la réponse d'Antoine au sénat, qui pouvait passer pour une déclaration de guerre. Cicéron l'interpréta ainsi ; et il voulait qu'un rebelle aux ordres du sénat, qu'un Romain qui assiégeait dans une colonie romaine un consul désigné général du jieuple ron)aiu , fùl déclaré ennemi publie. Anloine avait encore assez d'amis dans la compagnie pour parer ce coup. 11 fut dit (|uil V avait tumulte, mot plus doux que l'on substituait à celui i\c f^iwrre. Du reste, tous les ordres luicnl (li)uiif.s; (tn ;igil eu loul comme poiu" une guerre véritable, »'t même d.ingcri'use. f.es levées d lioiumes
inledil ci-tlfS.siJ»,(M!>l-à-ilirc à i(ii;i- mille livres tk- notre luonuaie. trc-viiii;t-sept niilTuiiiH cin<j cent ='4? "••H'ons <^^ IV. — !..
IIISTOIRI: HOIMAlAi;. Gc)
cl (le deniers se continuèrent. On fabriqua des armes de toute espèce; on ordonna, comme dans un péril \()i-Nin et pressant, que Ions les citoyens prissent au lieu de toge Tliabit militaire. Tout annonçait la guerre, dont néanmoins on n'admettait pas le nom. Le zèle de Cir.phii.
/ / • • 1 VI 1 .... Mit , 3-2.
Ciceron était si ardent, qu il ne voulut point jouir du privilège qu'avaient les consulaires de garder seuls l'habit de paix en de semblables rencontres ; il endossa avec les autres citoyens l'habit de guerre, pour les animer par son exemple à exclure toute espérance et toute proposition de paix.
Dans cette même idée il apj)uya fortement la pro- statue dé-
■ ■ r ■ ï I r> ri 1 ' • lernéeaSul-
position iaite par le consul Pansa d honorer la mémoire ,,i,ius. de Ser. Sidpicius, qui était mort avec le caractère de député du sénat et pendant qu'il en exerçait les fonctions. Cicéron jugea, avec raison, que les honneurs décernés à Sulpiciiis seraient une flétrissure pour Antoine; et que le même monument qui conserverait le souvenir du député du sénat rappellerait la liauteur avec laquelle Antoine avait méprisé la députation. Il opina donc pour ériger une statue à Sulpicius; et son avis fut suivi, comme il paraît par le témoignage du iurisconsulte Pomponius, qui assure que cette statue Pompon. <ie subsistait encore de son temps.
Cicéron ne put néanmoins empêcher que l'on ne re- Nouvelle dé-
• ... . jmtatioa a
mît sur le tapis des proiets de conciliation. Antoine Autoiuc or-
^ •; •' ,^ , .Ir.ii liée par
avait toujours des amis dans Rome. Tout récemment h s.nat. deux prêteurs , dont 1 un était Ventidius, qui se rendit si célèbre dans la suite , un tribun en charge et deux tribuns désignés, étaient partis de la ville pour aller le joindre, ou lui rendre .service en d'autres endroits di; l'Italie, (^alénus, qui demeurait dans lîomc , ne le
servait pas moins bien ; et ce fut sur ses représentations et sur celles de Pison que le sénat délibéra de nouveau toueliaut les moyens de terminer la querelle par un traité plutôt que par la voie des armes. Pansa vint à leur appui; et l'on arrêta une nouvelle dépiitation composée de cinq persoiniages consulaires, au cicérou , nombre desquels on nut Cicéron lui-même. Il n'osa ms.hi'uonl- d'abord s'y refuser; mais, à la première assemblée du i.io.ie^dL- 5ç^J^f qui suivit, il exposa dans un discours, qui est
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excuse, et ^^ douzièuic IMulipoiuue , les raisons invincibles qui
lait ainsi i i i ' i
inauquer l'obliiieaieut de s'abstenir d'une semblable commission.
l'affaire. ^ . . ,
Il est certain (pic la personne de Ciceron ne pouvait pas être agréable à Antoine , et que c'était une illusion que de songer à négocier la paix, par son entremise. Mais il attaque la délibération en elle-même, et il en- Iteprend de j>rouver que, vu le caractère d'Antoine, ses injustices, ses violences, son esprit tyrannique, et le cortège dont il était environné, on ne pouvait pas espérer de finir cette affaire par un acconnnodement; et (pi il lallail vaincre ou périr. Cicéion s'étant donc ainsi excusé de partir, les autres députés restèrent aussi dans Rome ; et la délibération du sénat n'eut point d'effet. Peu de tenq)s après, le consul Pansa, ayant fini tout ce (pu le relenait à la ville, alla se mcllre à la tête des tr(nq)es levées par ses ordres, poiu' faire, conjointement avec son collègue et avec le jeune César, la guerre contre Antoine.