‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 4)Chapitre 8 sur 61 · L.'piJus Cicéron eut encore à soutenir un assaut dans le sé · texte numérisé non relu

L.'piJus Cicéron eut encore à soutenir un assaut dans le sé

nat [x.ur nal à l'ctecasion d'une leHiede J.épidus, (pu eviiorlait laVa7x.^ci-' 'il, com|)agnie à la pai\. Les represenlations de liej)!céron .s'y oii- ^|,,^ t^j-i'n^-nl d'aula ul plus eai)al)l(s (l<' f;ure imtjression,

pose. I I '

qu'il commandait une j)Ui>-.saiite année, et tpie Ion a\ait

HISTOIRE ROMAIIV]. J i

tout lu'ii de se dt-fier de ses dispositions. Flottant et inrcitain , Lépidiis se ménageait avec le sénat , et il était d'intelligence avec Antoine. Il Ini envova nirnic Dio. ilu secoins, mais avec la précaution singulière de ne donner aucun ordre à rofllcier-général qui le commandait , et de ne lui point marquer auquel des deux partis il devait se joindte. Silanus, c'était le nom de cet officier, interpréta la volonté de son général, et mena ses troupes dans le camp d'Antoine. Soit que ce fait ne fût pab encore arrivé dans le temps que Lépidus écrivait cic. Phii. au sénat, ou que Cicéron vouliit conniver à la dissimulation dont usait cet esprit artificieux, il évite, en le réfutant dans sa treizième Philippicjue, de montrer aucun mécontentement contre lui , il lui donne même des éloges ; mais il persiste fermement dans son avis sur l'impossibilité de la paix. «Quelle paix %dit - il, « peut-on avoir avec Antoine, pendant qu'il n'est* point « de supplice, exercé sur ce misérable, qui puisse sa- « tisfaire la vengeance du. peuple romain!»

Son zèle , toujours très-vif, était animé actuellement Lettre

I V » Il 111 • d'Autoiue k

par une lettre d Anlome, dans laquelle il se voyait at- Hirtius et à

/ . 1 i-rr' 1 ■ y-i Octavien.

tacpie iKjinmement en deux (liirerents endroits. Cette lettre, écrite par Antoine à Hirtius et à Octavien avant que Pansa fût ari'ivé au camp, avait été envovée par ILirtius à Cicéron. Elle est rapportée tout au long dans la treizième Pliilippique : j'en transcrirai ici la plus grande partie, parce que c'est l'écrit le plus considérable qui nous reste d'Antoine, et que d'ailleurs elle est très -adroitement tournée pour semer la division entre les partisans de César et ceux de Pompée réunis

' "Ciim hoc pax es.se fiua; potcst :' liari \i(letur pos.se populus rom.icujus ue supplkio quidem ulio sa- nus. > ( (](( . P/iil. xiii, 2 1.)

-contre lui. Elle commence ainsi : '( La mort de Trébo- « niiis \ lorsque je Tai apprise, ne m'a pas causé plus « de joie que de douleur. Il y a sans doute lieu de se « réjouir que ce scélérat ait satisfait par sa mort aux a cendres et aux mânes du grand homme contre la vie « duquel il a conspiré; et (jue la providence des dieux rt se soit manifestée avant la fin de l'année par le sup- « plice qu'a déjà subi un des parricides, et qui en mecc nace un autre. ]Mais que Dolabella ait été déclaré «ennemi public pour avoir tué un assassin, et que le «fils d'un bouffon (c'est Trébonius qu'il désigne par «cette qualification injurirose) paraisse plus cher au « peuple romain (jue (À^sar père de la patrie, c'est là « un sujet de gémissement et de larmes. Ce qui surtout « est déplorable , c'est que vous , Hirtius , qui êtes comblé (' des bienfaits de César, et qui vous voyez élevé par lui « à ua liant degré de fortune do|it vous êtes vous-même '( siu'pris; et vous aussi, jeune enfant, qui devez tout « à son nom , vous ayez l'un et l'autre pour but de faire « en sorte que la condaumation prononcée contre Do- « labella paraisse légitime et qu'elle ait son effet : que «cette sorcière, que je tiens enfermée dans Modène «(il entend Déclmus), soit tlélivréc du siège; et que

' "(logaità morte Tiebonii, non fjiiani (^.. ri;c.sai'eni , p;itii;e parentcni ,

j)liis {;avisus siini , rjuàra rtoliii iuf!c'iuiscenthun «-.st. A('i-rl>i->siiiiiiin

Dédisse ponnas sceleratuin cineri at- vei'o est, te, A.Hirti, ornatiim be-

que ossibus clarlssiiui \iii, et appa- ueficiis Caesaris, et taleni ab eo re-

ruisse numen deoriiiii intra fiiiein bctuin, qiialeni ipse iniraiis; et te,

anriî veifcntis, aiit jani soliito siip- «') puer, (jui omnia ejiis uoniini de-

pHcio parricidii, aut impendeiitu , bes, id apere ul jure dan)nalii.s sit

la-landiini esl. llostein judiealiini I)(dabella , ut veiiefica hiec lihere-

bof feinpore Dolabellani, eô qiiôd tiir ab obsidioiie , ul <piàiii potenli.s-

sicariiini oecidi-iit, et \ ideri <-ario- siiuus sit Classlus atque llnitus. >> rem populo roiiiano liliuin scurr;C ,

v( Cassiiis et Brut us ac(iuièrent une puissance forini- «( cUil)le. »

Antoine |)rouve ce qu'il avance par un dénombrement de toutes les fausses démarches qu'il piétend avoir été faites par Hirtius et par Octavien contre les intérêts de leur parti. Il compte pour la première d'avoir pris pour conseil et pour chef Cicéron % l'un des vaincus ; et il termine tout le détail de leur conduite par cette exclamation : « Que ferait de plus Pompée lui- « même s'il revenait au monde, ou son fds s'il pouvait « être dans Rome ! )i

Il ajoute : «Vous me dénoncez que je ne dois point a espérer de paix.^ si je ne laisse Décimus sortir de IMo- « dène , ou si je ne lui fournis des vivres. Est-ce là le :( vœu de ces vétérans que vous avez séduits , et qui « pourtant sont encore les maîtres de se décider? Car « pour vous l'engagement est pris; vous vous êtes ven- « dus, et les flatteries que vous avez écoutées, les prête sents empoisonnés que vous avez reçus, ne vous laisu sent plus la liberté de retourner en arrière.

« Vous me dites qu'il a été fait mention de paix dans « le sénat. Je n'attends de ce coté aucune proposition « raisonnable ni modérée; c'est à vous plutôt^ qu'il con-

' « Victuin Ciceronem ducem ha- . saris : et utrnm sit aquins, coiicui-

buistls. » rere nos rjuô faciliiis reviviscat Poiu-

' « Nepatis paceni fieii posse , nisi peiaaoruin causa loties jii^ulata , an

ant emisero Brutiini, aiit fruiiiento consentîre, ne ludibrio simtis iniiui

juvero. Quid ? lioi- placetne vête- cis : qiiibas utii nostrùm cecideiini

ranis islis? quibus adbuc oinnia lucio futurum. Quod spectaculuni

intégra stint : fjuoniani vos assen- adhuc ipsa fbrtuna vitavit , ne vidt-

tatiunibns et venenaiis iiiuncribus ret unius corporis duas acics , lanistà

venistis. >> Cicérone dimicantes : qui usque eo

'•■Yospotiùsaniinadverliteutrum felix est, ut iisdem ornanieutis de

sit elcgantius et partibus utilius, ceperitvos, quibus deceptuin Ca"-

Trebonii mortcm perseqùi , an Cae- sarem glortatus est."

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« vient de coiisidérei- quel est le plan le mieux entendu « et le plus utile parti, ou de venger la mort de Tré- « bonius, ou de venger celle de César : si nous devons '( nous détruire mutuellement pour faire vivre la cause « de Pompée , tant de fois terrassée et vaincue, ou nous « réunir pour ne pas servir de jouet à nos ennemis com- ' Miuns, qui gagneront également à la ruine soit de vos «forces, soit des miennes. Jusqu'ici la fortune s'est '( épargné ce spectacle, et n'a pas voulu voir deux M)em- « bres du même corps, deux armées du même parti, -( combattre l'une contre l'autre, sous l'instigation de « C^péron , qui cberche à les mettre aux mains. Chertés u il doit s'estimer bien beureux de vous avoir trompés « par les mêmes titres et les mêmes lionneurs par les- « quels il s'est vanté d'avoir trompé César. »

Antoine assure positivement (pfil avait poui bii Lépidus el Plancus. Il en disait trop, au moins j)ar rapporta Plancus ; mais on ne peut guère douter cpi'il ne fîit en négociation avec l'un et avec l'autre.

Voici maintenant sa résolution finale : « Si les dieux % t< dit-il , favorables , connue je l'espère , à la droiture dé «mes intentions, me donnent un beureux succès, la « vie me sera douce et agréable. S'il en arrive autre- « ment, je jouis d'avance , avec une salisfaclion infinie, u de l'idée des supplices qui vous attendent. Car, puisce que les partisans de Pompée, tout vaincus qu'ils '( soni , poricnl si loin l'msolence, que feront -ils s ils a devienn(M)l vaiiupu'urs? C'est une expérience (jue je I v(>us laisseiai à laire. »

, ' •• si me v»'cli.s sensibiis ciiiUfiii snp))lici>>riiii) vestroiuiii. \am(|Uf si

dïi iinmorlale» , nt spero , adjux»-- \ irii l'omiiriani l.iin insolentes siiiii ,

rint, vivnm lihenter. Siii aiilcni aliiiil \ieloies (piales riitiiii sint , vos po-

lue l'utuui iiiunel, j)ia.'cipio ^'aiidia lins ex]>i'rii'Uiiui. "

Pour iK' pas les quitter néanmoins avec des paroles si dures, il ajoute une offre de réconciliation : « Quelle « ([ue soit, dil-il , l'injustice de mes amis à mon égard ', « je puis oublier ce que j'en ai souffert, s'ils peuvent « eux-mêmes oublier ce qu'ils ont fait , et s ils sont « prêts à se joindre à moi pour venger la mort de « César. »

Cette lettre fournissait à ceux à qui elle était écrite une belle matière à réflexions. On ne sait pas avec certitude (juel effet elle produisit sur l'esprit d'Hirtius, que la mort enleva bientôt après. Mais pour ce qui est d'Oclavien, il en fit trop bien son profit, comme il paraîtra par la suite. Au moment même, elle n'opéra aucun cliangement dans la conduite extérieure des trois chefs qui soutenaient la cause du sénat. Il semble qu'Hirtius et Pansa crussent nécessaire de châtier Antoine, pour l'amener à respecter l'autorité du sénat et des lois; et qu'Octavien ne pensât pas pouvoir traiter sûrement avec lui , si auparavant il ne s'était vengé de ses mépris, et ne lui avait fait sentir qu'il n'était pas un enfant, mais un lionnne bien mûr pour la prudence, et bien ferme dans Texécution de ce qu'il avait résolu : l'hiver seul les empêcha d'agir. Octavien était avec son armée au Forum Cornelii, aujourd'hui Imola; Hirtius occupait (îlaterne^, dans le même canton; et Pansa, (jui resta dans Rome les premiers mois de l'année, levait des troupes à force. Antoine, de son côté, continua de bloquer Décimus dans Modène. Ainsi se passa la mauvaise saison.

' '< Deni([ue suniuia judicii mci ipsi fccisse , .'lUt ulcisct parati sitit spectat hue, ut tneorum injurias unà iiobiscuiii Caesaris mortem. lene pobsiin, si uut ubiivisci velinl ^ Quaderuu.

Hirtiiis et Dès qu'il i'iit possiblc de tenir la cainpngne, Hirtlub s'approcbeut ^t Octavieii , suchaiit que la disette devenait pressante Moyens em- J^ï^s Modèuc , sc mirent en marche pour teiiler le se- ^porter^er ^^^^^- Chemin faisant ils s'emparèrent de Bologne, reporter des qui l^-yp ouvrit SCS portes. Mais, quand ils approchè- Appiau.Dio. rent de la place assiégée, ils se trouvèrent arrêtés par la petite rivière appelée Sculte/ma', ((u'Antoine a\ait bordée de troupes. 11 ne leur fut pas possible de la passer; seulement ils avertirent Décimus de leur présence par des signaux; et, conune il n'y répondait j)as, Froniin. ïls sc Servirent d'un plongeur, <{ui , nageant sous l'eau, '^^'et 14. ' t*ntra dans la ville et porta aux assiégés la nouvelle du Piin.i,j7. secours, gravée sur une lame de plond) très -mince qu'on lui avait attachée au bras. On introduisit aussi du sel et d'autres provisions dans Modène, par la même voie de la rivière. Les assiégeants, s'en étant aperçus tendirent des filets qui ne laissèrent plus rien passer. Mais il n'y avait .pas moyen d'arieler une espèce singulière de courriers, qui entretinrent la connnunication entre les assiégés et l'armée de secours. C'étaient des pigeons, au cou desquels on attachait des lettres, et qu'on lâchait après les avoir tenus enferjnés dans un lieu obscur où on leur faisait souffrir la faim. Dès qu'ils se voyaient en j)ltin air, jIs dirigeaient leur vol vers l'endroit oli ils apercevaient du grain , (ju'on avait eu soin de mettre sur les lieux les plus élevés; et ils portèrent ainsi et reportèrent j)lusieurs avis intéressants. Il \\v se lit d'ailleurs rien de mémorable au siège jusiju'à l'arrivéïî de Pansa, si ce n'est (|ue le préteiu; Appi:in. Ventidius , dont j'ai mar(|ué la sortie de Home, s'étant

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