‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 5)Chapitre 11 sur 82 · Sacrifier sa réputation à V utilité publique · texte numérisé non relu

Sacrifier sa réputation à V utilité publique

Il y a des occasions où l'homme de bien * , pour conserver sa vertu, est obligé de sacrifier sa réputation; où, pour ne pas renoncer à sa conscience, il faut qu'il renonce pour un temps à sa gloire ; et où il doit marcher d'un pied ferme où son devoir l'appelle, à travers les reproches et l'infamie , en méprisant courageusement le mépris qu'on fait de lui. Rien ne marque davantage qu'il tient à la vertu même , et que c'est elle seule qu'il cherche, qu'un sacrifice si généreux et qui coûte tant à la nature.

inVitaPerici. Plutarque observe que Périclès, dans une occasion où tous les citoyens criaient contre lui et condamnaient sa conduite , semblable à un habile pilote , qui

1 « ^quissimo animo ad hones- deret. » ( Sen. Epist. 8i.)

tum consilium per mediam infamiam «• ^quo animo audienda sunt im-

tendam. Nemo mihi videtur pluris peritorum convicia , et ad honesta

œstimare virtuteui , nemo illi magis vadenti contemnendus est iste con-

esse devotus , quàm qui boni viri fa- temptus. » ( Id. Epist. 76. ) mam perdidit , ne conscientiam per-

dans la tempête n'est attentif qu'aux règles de son art pour sauver le vaisseau, et qui méprise les pleurs, les cris, les prières de tout l'équipage; que Périclès, dis-je , après avoir pris toutes ses précautions pour la sûreté de l'état , suivit son plan , se mettant peu en peine des murmures, des plaintes, des menaces, des chansons injurieuses, des railleries, des insultes, des accusations intentées contre lui.

C'étaient les salutaires conseils que le sage Fabius Liv.iib.aa, donnait au consul Paul Emile près de partir pour l'armée. Il l'exhortait de mépriser les railleries et les reproches injustes de son collègue, de s'élever au-dessus des bruits qui pourraient flétrir sa réputation, et de négliger les efforts qu'on ferait pour le décrier et le déshonorer.

C'est le parti que Fabius lui-même avait suivi dans la guerre contre Annibal , et qui sauva la république. Malgré l'insulte que Minucius lui avait faîte, la plus sensible qu'on puisse imaginer, il le tira des mains d' Annibal , mettant à l'écart son ressentiment x , en ne consultant que son zèle pour le bien public.

Ces exemples sont connus, mais ils n'ont presque plus d'imitateurs. On ne tient point à l'état par de véritables liens, et souvent on ne le sert que pour ses propres intérêts. Au moindre dégoût l'on quitte le service; et ce dégoût n'est souvent fondé que sur une fausse délicatesse qui se blesse d'une préférence trèslégitime. Il en est peu qui parlent et qui pensent comme ce Lacédémonien qui, n'ayant point eu de place dans un nouveau conseil qu'on établissait, dit

' « Habuit in consilio fortunain posuit. » ( Id. de Ira, lib. r, cap. publicam , dolorem ultionemque se- 1 1.)

tS6 I i; A I I I DES ÉTUDES.

qu'il était ravi qu'il s<' lût trouvé trois cents citoyens plus gens de bien que lui.

§ \ II. En quoi consiste la solide gloire et la véritable grandeur.

Tout ce qui est extérieur à l'homme, tout ce qui peut être commun aux bons et aux méchants, ne le rend point véritablement estimable. C'est par le cœur qu'il faut juger de l'homme. De là partent les grands desseins, les grandes actions, les grandes vertus. La solide grandeur, qui ne peut être imitée par l'orgueil, ni égalée par le faste, réside dans le fonds des qualités personnelles et dans la noblesse des sentiments. Être bon, libéral, bienfaisant, généreux; ne faire cas des richesses que pour les distribuer, des dignités que pour servir sa patrie , de la puissance et du crédit que pour être en état de réprimer le vice et de mettre en honneur la vertu ; être véritablement homme de bien sans chercher à le paraître ; supporter la pauvreté avec noblesse, les affronts et les injures avec patience ; étouffer ses ressentiments , et rendre toute sorte de bons offices à un ennemi dont on peut se venger : préférer le bien public à tout ; lui sacrifier ses biens , son repos , sa vie , sa réputation même , s'il le faut : voila ce qui rend l'homme grand et véritablement digne d'estime.

Séparez la probité des actions les plus belles, des qualités les plus estimables, que deviennent-elles, sinon un objet de mépris? L'excès du vin dans Alexandre, le meurtre de ses meilleurs amis , la soif insatiable des louanges et de la flatterie , la vanité de vouloir passer

pour le fils de Jupiter, quoiqu'il n'en erût rien l , tout cela nous permet-il de regarder ce prince comme vérilablement grand ?

Quand on voit Marins., et après lui Sylla, faire couler à grands flots le sang des citoyens romains pour établir leur puissance, peut-on compter pour quelque chose leurs victoires et leurs triomphes ?

Au contraire, quand on entend dire à l'empereur Tite cette parole devenue si célèbre , Mes amis 2, voilà une journée que f ai perdue , parce qu'il n'y avait fait de bien à personne; à un autre que l'on pressait de signer un arrêt de mort, Je voudrais ne savoir pas écrire 3 ; à l'empereur Théodose, après qu'un jour de Pâques il eut délivré les prisonniers , Plût à Dieu que je pusse ouvrir aussi les tombeaux pour rendre la vie aux mortsl quand on voit Scrpion encore jeune surmonter courageusement une passion qui dompte presque tous les hommes , et, dans une autre occasion, faire des leçons de continence et de sagesse à un jeune prince qui s'était écarté de son devoir ; qu'on voit un tribun du peuple, ennemi déclaré de ce même Scipion, prendre hautement sa défense contre ceux qui l'accusaient injustement , et qui avaient conspiré sa perte; enfin, quand nous lisons dans l'histoire quelques actions de libéralité4, de générosité, de désintéressement, de

1 « Oranes, inquit Alexander, ju- ni , qui non moveatnr et offensione rant me Jovis esse filium : sed vul- turpitudinis, et comprobatîone honiis hoc homiheni me esse claïuat. » nestatis ?.... An obliviscamur quan- (Sen. Epist. 59.) toperè in audiendo legendoque mo-

2 « Amici , diem perdidi. » (Suet. veainur, quum piè, quuiu amicè, in Vita Titi, n. 8.J quum magno aninio aliquid factum

3 «< Vellem nescire litteras. » (Sen. cogiiosc:iiiiiis p» ( Ck . de Fin.lïh. 5, de Clem. lib. 2 , cap. 1 . ) ri. G?.. )

< « Quis est tam dissimilis homi-

Mézerai.

Id,

clémence, d'oubli des injures, est-il en notre pouvoir de leur refuser notre estime et notre admiration ? et ne nous sentons -nous pas encore, après tant de siècles, émus et attendris par le simple récit de ces actions?

Notre histoire nous fournit une infinité de belles paroles et de belles actions de nos rois , et de plusieurs grands hommes , lesquelles font bien connaître en quoi consiste la véritable grandeur et la solide gloire.

Si la bonne foi et la vérité étaient bannies de tout le reste de la terre, disait Jean Ier, roi de France, sollicité de violer un traité r , elles devraient se retrouver dans le cœur et dans la bouche des rois.

Ce n'est point, dit Louis XII à un courtisan qui l'exhortait à punir quelqu'un dont il avait été mécontent avant que de monter sur le trône , ce n'est point au roi de France a venger les injures du duc d'Orléans.

François Ier, après la bataille de Pavie, écrivit à la régente, sa mère, une lettre qui ne contenait que ce peu de mots : Madame, tout est perdu, hormis l'honneur. C'est là véritablement écrire et penser en roi, qui, en comparaison de l'honneur, estime peu tout le reste.

Au sujet des conditions honteuses qu'on exigeait de lui pour le mettre en liberté, il chargea l'agent de l'empereur de mander à son maître la résolution où il était de passer plutôt toute sa vie en prison, que de rien démembrer de ses états; et d'ajouter que, quand il serait assez lâche pour le faire, il était certain que ses sujets n'y consentiraient jamais.

1 Je ne vois pas pourquoi Rollin ce nom. Le traité dont il s'agit est appelle ce roi Jean Ier, puisqu'il n'y celui de Bretigny , conclu le 8 mai a pas eu deux rois de France de i36o. — L.

Loin de savoir mauvais gré à François de Montelon, Ste Marthe,

• 1 1 . liv. 5 de ses

qui, seul entre tous les avocats de son temps, avait eu Élog. la hardiesse de plaider la cause de Charles de Bourbon contre François Ier et Louise de Savoie sa mère , ce roi l'en estima davantage, et le fit avocat-général, puis président à mortier, et enfin garde-des-sceaux.

Comme on reprochait à Henri IV le peu de pouvoir Hist. qu'il avait à La Rochelle , Je Jais dans celte ville , dit-il , tout ce que je veux en n'y faisan! que ce que je dois.

Nos magistrats, en plus d'une occasion , ont montré la vérité de ce que Cicéron dit dans ses Offices r, qu'il y a une valeur domestique et privée qui n'est pas de moindre prix que la valeur militaire. Achille de Harlai, Histoire des premier président, menacé par les séditieux d'un prochain et capital supplice (ce sont les termes de l'auteur), Je n'ai, dit-il, ni tête, ni vie que je préfère a V amour que je dois a Dieu , au service que je dois au roi , et au bien que je dois a ma patrie. Dans la journée des Barricades il ne répondit aux injures et aux menaces des principaux auteurs de la Ligue que par ces paroles si dignes de louange : Mon aine est a Dieu, mon cœur au roi , et mon corps entre les mains de la violence , pour en faire ce qu'elle voudra. Quand Bussy-Le-Clerc Mènerai, eut l'audace d'entrer dans la grand'chambre pour y faire lire la liste de ceux qu'il disait avoir ordre d'arrêter, et qu'il eut nommé le premier président et dix ou douze autres, tout le reste de la compagnie se leva, et les suivit généreusement à la Bastille.

Tout le monde sait que le premier président Mole, dans une émeute populaire, sans craindre pour sa vie,

1 « Sunt domesticœ fortitudines non inferiores militaribus. » (De Offic. lib. 1 , n. 18.)

Le P. Daniel.

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alla se montrer à la populace, mutinée, et l'arrêta par sa seule présence. C'est de lui que le cardinal de Retz parle ainsi dans ses mémoires : « Si ce n'était pas une « espèee de blasphème de dire qu'il y a quelqu'un dans « notre sièele plus intrépide que le grand Gustave el « M. le prince, je dirais que c'a été Mole, premier préce sident. »

Cette fermeté est moins étonnante dans les magistrats d'un parlement, dont le caractère propre est une fidélité inviolable à l'égard des rois et un courage invincible dans les plus grands dangers. Mais peut -on assez admirer la rare générosité qu'inspira aux bourgeois de Calais l'amour de leur patrie et la vue du bien Le P.Daniel, public ? La ville, réduite par la famine à la dernière extrémité, demandant à capituler, le roi d'Angleterre, irrité de la longue résistance qu'elle avait faite , ne lui voulut accorder de quartier qu'à une seule condition : « C'est, dit-il, qu'ils se partent de la ville six des plus « notables bourgeois , les chefs tous nus, et tous dé- « chaussés , les hars au col , et les clefs de la ville et « du chastel en leurs mains , et de ceux je ferai en ma « volonté, et le remanant je prendrai à merci. » Quand on eut assemblé la ville, un des principaux bourgeois, nommé Eustache de Saint-Pierre , prit la parole. Il parla avec un courage et une fermeté qui aurait fait honneur à ces anciens citoyens romains du temps de la république, et dit qu'il s'offrait à être la première victime pour le salut du reste du peuple; et que, plutôt que de voir périr tous ses compatriotes par le fer et par la faim, il voulait être un des six qu'on livrerait au roi d'Angleterre. Cinq autres, animés par ses discours et par son exemple, se présentèrent avec lui.

On les conduisit, dans l'équipage qui avait été prescrit, au milieu des cris confus et lamentables du peuple. Le roi d'Angleterre était près de les faire exécuter ; mais la reine, touchée de compassion et fondant en larmes, se jeta à genoux aux pieds du roi , et obtint leur grâce.

Lorsque le grand Condé commandait en Flandre l'armée espagnole, et faisait le siège d'une de nos places, un soldat, avant été maltraité par un officiergénéral , et ayant reçu plusieurs coups de canne pour quelques paroles peu respectueuses qui lui étaient échappées, répondit avec un grand sang -froid qu'il saurait bien l'en faire repentir. Quinze jours après, ce même officier -général charge le colonel de tranchée de lui trouver dans son régiment un homme ferme et intrépide pour un coup de main dont il avait besoin , avec promesse de cent pistoles de récompense. Le soldat en question, qui passait pour le plus brave du régiment, se présenta; et, "ayant mené avec lui trente de ses camarades dont on lui avait laissé le choix, il s'acquilla de sa commission, qui était des plus hasardeuses1, i\ec un courage et un bonheur incroyables. A son retour, l'officier -général, après l'avoir beaucoup loué, lui fit compter les cent pistoles qu'il lui avait promises. Le soldat sur-le-champ les distribua à ses camarades , disant qu'il ne servait point pour de l'argent, et demanda seulement que, si l'action qu'il venait de faire paraissait mériter quelque récompense , on le fit

1 II s'agissait de s'assurer , avant nuit dans le chemin-rouvcrl , s'arque de faire le logement , si les enne- quitta si bien de sa commission , qu'il mis faisaient des mines sous le glacis. rapporta le chapeau et l'outil d'un Le soldat , s'etant jeté à l'entrée de la mineur qu'il avait tue dans la mine.

officier. Au reste, ajouta -t- il en s'adressant à l'officier-général qui ne le reconnaissait point, je suis ce soldat que vous maltraitâtes si fort il y a quinze jours ; et je vous avais bien dit que je vous en forais repentir. L'officier-général, plein d'admiration, et attendri jusqu'aux larmes, l'embrassa, lui fit des excuses, et le nomma officier le même jour. Le grand Condé prenait plaisir à rapporter ce fait, comme la plus belle action de soldat dont il eût jamais ouï parler. Je le tiens d'une personne à qui M. le prince, fils du grand Condé , l'a souvent raconté.

Le même coup de canon qui tua M. de Turenne avait emporté un bras à M. de Saint-Hilaire , lieutenantgénéral de l'artillerie. Son fils s'étant mis à pleurer et à crier, Taisez-vous , mon enfant, lui dit-il; et en lui montrant M. de Turenne étendu mort , voila celui qù il faut pleurer.

Mémoires J'ai parlé ailleurs d'un célèbre Henri de Mesmes , ^faràéjk l'un des plus illustres magistrats de son temps. Le roi «atéstomei, ^ Henri II, si je ne me trompe) lui ayant offert une place d'avocat-général , il prit la liberté de représenter à sa majesté que cette place n'était point vacante. Elle l'est, répliqua le roi, parce que je suis mécontent de celui qui la remplit. Pardonnez -moi, sire, répondit Henri de Mesmes après avoir fait modestement l'apologie de l'accusé ; j'aimerais mieux gratter la terre avec mes ongles que d? entrer dans cette charge par une telle porte. Le roi eut égard à sa remontrance, et laissa l'avocat -général dans sa place. Celui-ci étant venu le lendemain pour remercier son bienfaiteur, à peine Henri de Mesmes put- il souffrir qu'on songeât à lui faire des remercîments pour une action qui était, di-

TRAITÉ DES ÉTUDES. Cj3

sait-il, d'un devoir indispensable, et auquel il n'aurait pu manquer sans se déshonorer lui-même pour toujours.

Un président à mortier songeait à se démettre de ci. Pelleter» sa charge, dans l'espérance de la faire tomber à son fils. Louis XIV, qui avait promis à M. Le Pelletier, alors contrôleur-général, de lui donner la première qui viendrait à vaquer, lui offrit celle-ci. M. Le Pelletier, après avoir fait ses très -humbles remercîments , ajouta que le président qui se démettait avait un fils , et que sa majesté avait toujours été contente de la famille. « On « n'a pas coutume de me parler ainsi, » reprit le roi, surpris d'une telle conduite et d'une telle générosité ; « ce sera donc pour la première occasion. » Elle ne tarda pas long-temps ; et, deux ans après, M. le président de Coigneux étant mort sans laisser de fils, un si noble désintéressement fut récompensé.

Je le répète encore, quand on lit de telles actions est-il possible de résister à l'impression qu'elles font sur le cœur? C'est ce cri et ce témoignage d'une nature . droite *, saine, pure, et non encore altérée par de mauvais exemples et de mauvais principes, qui doit faire la règle de nos jugements , et qui est comme la base de ce goût de la solide gloire et de la véritable grandeur dont je parle. II ne faut que se rendre attentif à cette voix , la consulter en tout , et s'y conformer.

Je sais bien qu'il faut autre chose que des préceptes et des exemples pour élever ainsi l'homme au-dessus

1 <• Quae disciplina eè pertinebat , tura , toto statim pectorc arriperet ut sincera, et intégra, et nullis pra- artes honestas. >• (Dialog. de Oratovitatibus detorta uniuscujusque na- ribus , cap. 28.)

tj/j IRA l il DES I TU DES.

des passions les plus vives, ei que Dieu seul peut lui inspirer ees sentiments de noblesse et de grandeur : les Sen. Epist. païens même nous l'apprennent. Bonus vir sine Deo nemo est. An polest aliquis supra Jor/u/ia/u, nisL ab Mo ad/ ut us, exswgere:? llle dat consiUa magnifiea et erecla. Mais on ne peut trop inculquer ces principes aux jeunes gens ' ; et il serait à souhaiter qu'ils n'entendissent jamais parler autrement, et que ces préceptes retentissent continuellement à leurs oreilles. Le fruit principal de2 l'histoire est de conserver et de fortifier en eux ces sentiments de probité et de droiture que nous apportons en naissant ; ou , lorsqu'ils s'en sont déjà écartés, de les y ramener peu-à-peu, et de rallumer en eux ces précieuses étincelles par de fréquents exemples de vertu. Un maître habile dans l'art de manier les esprits 3, et c'est là sa grande science, profite de tout pour inspirer à ses disciples des principes d'honneur et d'équité, et pour faire naître en eux une sincère estime de la vertu et une grande horreur du vice. Comme ils sont dans im âge tendre et docile4, et que la corruption n'a pas encore jeté en eux de profondes racines, la vérité se saisit alors facile -

1 « Conducere arbitrer talibus au- 3 « Civitatis redorera decet... verres tuas vocibus undique circuniso- bis, et his mollioribus, curare ingenare, nec eas, si lieri posset , quid- nia, ut facienda suadeat , cupiditaquamaliud audire.» (Cic. deOffic. teraque honesti et aequi conciliet lib. 3 , n. 5.) animis, faciatque vitiorum odium ,

2 «Omnium bonestarum reruni se- pretium virtutum. » ( Id. de Ira , mina animi gerunt, quae admoni- lib. i, cap. 5.)

tione excitantur : non aliter quàm 4 « Facillimè tenera conciliantur

scintilla flatu leviadiuta ignem suum ingénia ad honesti rectique amorem.

explicat. » (Sen. Epist. 94.) Adhuc docilibus , leviterque cor-

« H*c est saplentia , in naturam ruptis, injicit nianum veritas , si adconverti, et eô restitui, undè publi- vocatum idoneum nacta est.» (Id. eus error expulerit. » (Id. ibid.) Epist. 108.)

TRAITÉ DES ÉTUDES. g5

ment de leur esprit, et s'y établit sans peine, pour peu que du côté du maître elle soit aidée par de sages réflexions et des avis donnés à propos.

Quand, à chaque point d'histoire qu'on leur lit, ou du inoins dans ceux qui sont plus importants, et qui portent avec eux quelque vive lumière, on leur demande à eux-mêmes ce qu'ils en pensent, ce qu'ils y trouvent de beau, de grand, de louable, ce qui leur y parait , au contraire, digne de blâme et de mépris, il est rare que les jeunes gens ne répondent d'une manière sensée et raisonnable, et qu'ils ne jugent de chaque chose très - sainement et très - équitablement. C'est cette réponse, c'est ce jugement qui est en eux, ainsi que je l'ai déjà dit, le cri de la nature et comme la voix de la droite raison, qui ne peut leur être suspect parce qu'il n'est point suggéré , et qui devient pour eux la règle du bon goût par rapport à la solide gloire et à la véritable grandeur. Quand ils voient un Régulus aller se présenter aux plus cruels tourments plutôt que de manquer à sa parole, un Cyrus et un Scipion faire profession publique de continence et de sagesse; tous ces anciens Romains, si illustres et si généralement estimés, mener une vie pauvre, frugale, sobre; et que d'un autre coté ils voient des actions de perfidie, de débauche, de dissolution, d'une basse et sordide avarice, dans des personnes grandes et considérables selon le siècle, ils n'hésitent pas un moment en faveur de qui ils doivent se déclarer.

Sénèque disait ' , en parlant d'un de ses maîtres,

1 « Ego ci-rtè, quum A ttalum au- mendare paupertateoi < opciat. . . .

iliicin, in viiia, in errores , in mala sa-pè exire <• schola pauperi lihuit.

vil;u piT.irantcm. sa spè iinsci'lns suni (kiuin cœperat VoÏDptatCS nostral

generis humani... Quum verô coiu- tr&uccre, lnitlan- castuiu corpus,

que , lorsqu'il l'entendait parler des avantages de la pauvreté, de la chasteté, d'une vie sobre, d'une conscience pure et irréprochable, il sortait de ses leçons plein d'amour pour la vertu et d'horreur pour le vice. C'est l'effet que doit produire l'histoire, quand elle est bien enseignée.

Il ne s'agit donc que de rendre les jeunes gens attentifs aux excellentes leçons que nous donne le paganisme même * , qui ne compte pour rien tout ce qui est hors de l'homme , et ce qui lui sert comme de cortège , richesses, dignités, magnificence, et qui, dans l'homme même2, n'estime et n'admire que les qualités du cœur, c'est - à - dire la probité et la vertu , dont l'éclat est tel 3 , qu'elle honore , ennoblit et relève tout ce qui l'approche et l'environne , la pauvreté même , la misère, l'exil, la prison, les tourments. Elle seule donne le prix à tout; elle seule, est la source de la solide gloire et de la véritable grandeur. Selon le paganisme, un prince n'est grand 4 qu'autant qu'il est bienfaisant et libéral; il ne doit se croire puissant que pour faire du bien, et faire marcher, a l'imitation des dieux, la qualité de très-bon avant celle de très-grand : Jupiter

sobriam mensam , puram mentem , mîlitudinem suî adducit et tingit :

non tautùm ab illicitis Toluptatibus, actiones , amicitias , interdùm do-

sed etiam supervacuis, libebat cir- mos totas, quas intravit disposuit-

cumscribere gulam et ventrem. » que,condecorat : quidquid tractavit ,

( Ses. Epist. 108.) id amabile, conspicuum, mirabile

1 « Quidquid est hoc quod circa facit. » ( Id. Epist. 66.)

nos ex adventitio fulget, honores, 4 « Proximuin diis locuni tenet,

opes, ampla atria.... alieni commo- qui se ex deorum natura gevit,

datique apparatus sunt. » (Id.C onsol. beneficus , ac largus,et in melius

ad Marc. cap. io. ) potens. Haec affectare , haec imitari

2 « Nec quidquam suum , nisi se , decet: maximum ita haberi , ut optiputet esse, eâ quoque parte quà me- mus simul habeare. >> (Id. de Clem. lior est. » (Id. de Const. Sap. cap. 6.) lib. i , cap. 19. )

3 « Quidquid attigit vivtus , in si-

Optimus Maximus. Il doit préférer aux lilres fastueux de vainqueur, de triomphateur, de foudre de guerre, de conquérant, titres pour l'ordinaire si funestes aux peuples, le doux nom de père de la patrie1, qui le fait souvenir qu'il est le protecteur et le père de ses sujets, et que sa plus solide gloire, aussi-bien que son devoir le plus essentiel, est de travailler à les rendre heureux.

Il semble qu'on ne peut rien ajouter à ces nobles idées que les païens nous donnent de la grandeur et de la puissance humaine, ni aux exemples de vertu que j'ai cités jusqu'ici en si grand nombre. Mais écoutons un sage élevé dans l'école , non de Socrate et de Platon , mais de Jésus - Christ : c'est saint Augustin , qui, après avoir tracé le portrait d'un grand prince, nous apprend, par un seul trait qu'il ajoute aux tableaux des Anciens, en quoi consiste la solide gloire, et combien le christianisme enchérit sur les vertus païennes, dont la vanité et l'orgueil étaient l'aine et. le principe.

« Nous n'appelons pas grands et heureux les princes S. Augustin.

] / . ]. -,,v , . deCivit. Dei,

«chrétiens, dit ce Fere en parlant des empereurs, lib. 5, c.a.î

« pour avoir régné long-temps, ou pour être morts en

<f paix en laissant leurs enfants successeurs de leur cou-

« ronne, ou pour avoir vaincu les ennemis de l'étal ,

«ou pour avoir réprimé les séditieux; avantages qui

« leur sont communs avec les princes adorateurs des

«démons. Mais nous les appelons grands et heiuviiv

5 «Caetera cognomiiïa lxbnori da- tissiœa, liberis consulens, sua<jn<-

ta sunt. . . Patrem quittent pat ri se post illos reponens.» (lA.de.Clem.

appellamus , ut sciret datant sil>i po- lil>. i , cap. 14.) testatem patriam , qua; est teinpcra-

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