‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 5)Chapitre 12 sur 82 · Tome .\ W //. Tr. dés Étud · texte numérisé non relu

Tome .\ W //. Tr. dés Étud

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« quand ils font régner la justice; quand, au milieu « des Louanges qu'on leur donne ou des respects qu'on « leur rend, ils ne s'enorgueillissent point, mais se sou- « viennent qu'ils sont nommes; quand ils soumettenl

« leur puissance à la puissance souveraine du maître » des rois, et qu'ils la font servir à faire fleurir son « culte; quand ils craignent Dieu, qu'ils l'aiment et « qu'ils l'adorent; quand ils préfèrent à leur royaume « celui ou ils ne craignent point d'avoir de rivaux ni « d'ennemis; quand ils sont lents à punir et prompts à «. pardonner : quand ils ne punissent que pour le bien «de l'état, et non pour satisfaire leur vengeance; et « qu'ils ne pardonnent que parce qu'ils espèrent qu'on « se corrigera, et non pour donner l'impunité aux crice mes : quand, étant obligés d'user de sévérité, ils la « tempèrent par quelque action de douceur et de clé- (( menée; quand ils sont d'autant plus retenus dans «leurs plaisirs, qu'ils auraient plus de liberté de s'y « livrer; quand ils aiment mieux commander à leurs «passions qu'à tous les peuples du monde; et quand « ils font toutes ces choses, non pour la vaine gloire, « mais pour l'amour de la félicité éternelle. »

Le paganisme ne pouvait pas inspirer des sentiments si nobles, et en même temps si épurés de tout amourpropre et de toute vaine gloire : Hœc omnia fâchait , non propter ardorem inanis gloriœ, sed propter cariiatem felicitatis œternœ. Il n'y avait que l'école de Jésus-Cbrist capable de porter l'homme à un si haut degré de perfection , que de s'oublier totalement luimême au milieu des plus grandes actions pour ne les rapporter qu'à Dieu seul : en quoi consiste toute sa grandeur et toute sa gloire; car, tant que l'homme

demeure concentré en lui-même, il a beau faire des efforts pour paraître grand et pour s'élever, il demeure toujours ce qu'il est, c'est-à-dire bassesse et néant; et ce n'est qu'en s'unissantà celui qui est l'unique source de toute gloire et de toute grandeur, qu'il peut véritablement devenir grand et élevé.

Voilà ce qui a produit cette multitude innombrable de béros chrétiens de toute condition , de tout sexe , de tout âge. On a vu ce qu'il y avait de plus éclatant dans le siècle venir déposer au pied de la croix de Jésus-Christ richesses, grandeur, magnificence, dignités, science, éloquence, réputation, et compter tous ces sacrifices pour rien. Un saint Paulin, l'honneur de notre France et la gloire1 de son siècle, pendant que tout l'univers était dans l'admiration de l'abandon généreux qu'il venait de faire aux pauvres des biens immenses qu'il possédait en différentes provinces, croyait n'avoir encore rien fait, et se comparait à un athlète qui se prépare au combat, ou à un homme qui doit passer à la nage uni1 rivière, et qui ne sont pas l'un et l'autre fort avancés pour avoir quitté leurs habits.

Que dirai-je de cette foule de daines illustres, dont quelques-unes comptaient parmi leurs aïeux les Scipions et les Gracques, sainte Paule, sainte Olympiade, sainte Marcelle, sainte Mélanie, qui firent tant d'bonneur à l'Evangile en foulant aux pieds le faste et les délices Au siècle ? Quelle grandeur d'aine dans celle parole de sainte Marcelle, qui avait abandonné tous ses biens aux pauvres, et qui, voyant Rome prise cl saccagée par les (iolbs, remercia Dieu de ce qu'il avait mis ses biens en sûreté, et de ce que le déàastpe de la

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S. Hieron. ville l'aval trouvée et non rciulue pauvre! quod pauad p.iiKi- perem illani nonfecisset cap//vitas, sed itwenisset. ,)iam' Jamais triomphe égala-t-il celui que remporta l'hu-

milité chrétienne dans la personne de sainte Mélanie l'aïeule , lorsqu'elle alla à Noie visiter saint Paulin ? C'est ce saint même qui nous en a laissé une éloquente description. Toute sa famille, c'est-à-dire ce qu'il y avait alors de plus grand et de plus qualifié dans Rome, étant allée au devant d'elle, voulut par honneur l'accompagner dans ce voyage avec toute la pompe ordinaire aux personnes de cette naissance. La voie Appia était couverte de chars dorés et magnifiques, de chevaux superbement enharnachés, d'un grand nombre de chariots de toute espèce. Au milieu de ce fastueux appareil, marchait une dame vénérable par son âge, et encore plus par son air grave et modeste, montée sur un petit cheval fort maigre, et vêtue d'un simple habit de serge. Cependant tous les yeux étaient tournés et attachés sur l'humble Mélanie. Personne n'était attentif à l'or, à la soie, à la pourpre, qui brillaient de toutes parts : l'étoffe grossière effaçait tout ce vain éclat. On voyait dans les enfants ce que la mère avait quitté et foulé aux pieds pour en faire un sacrifice à Jésus-Christ.

Les grands seigneurs , les dames , qui formaient ce pompeux cortège, loin de rougir de l'état vil et abject où paraissait la sainte veuve, se-faisaient honneur d'approcher d'elle et de toucher à ses habits , croyant par cet humble et respectueux abaissement expier l'orgueil de leur riche et superbe magnificence. C'est ainsi que dans cette occasion le faste de la grandeur romaine rendit hommage à la pauvreté évangélique.

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Quelques traits de la sorte, mêlés de temps en temps avec les histoires profanes, corrigent ou rectifient ce qui s'y trouve de défectueux, suppléent à ce qui peut y manquer du coté du motif et de l'intention , et donnent aux jeunes gens une idée parfaite de la véritable et solide grandeur. Car, en leur rapportant les belles actions et les louables sentiments des païens, comme nous avons fait ici, il faut avoir soin de les faire souvenir, de temps en temps, de ce principe, que saint Augustin répète si souvent, que, sans la vraie piété1, c'est-à-dire sans la connaissance et l'amour du vrai Dieu, il ne peut y avoir de véritable vertu, et qu'elle n'est point telle quand elle a pour motif la gloire humaine. Il est vrai, ajoute-t-il, que ces vertus, quoique fausses et imparfaites, ne laissent pas de mettre ceux qui les ont beaucoup plus en état de rendre service au public, que s'ils ne les avaient pas. Et c'est en ce sens qu'on peut dire qu'il serait quelquefois à souhaiter que ceux qui gouvernent fussent de bons païens , de bons Romains, et qu'ils agissent selon ces grands principes qui étaient l'âme de leur conduite. Mais le souverain bonheur d'un état % c'est que Dieu mette en place des personnes qui joignent à ces grandes qualités qu'on admire dans les Anciens une véritable et solide piété.

1 « Dura illud constet inter om- 2 « Illi autrui, qui verâ pietat<

nés veraciter pios, neminem sine praediti benè vîvuni ,si Initient seirn-

v i-i.i pietate, id est, veri Dei vero tiam regendi*popcak>« , niliil esl (eh

riiltu , veram posse habere viitutem , dus reluis humains , (piàm Si Deo

nec eam verain esse , quando glôriae ngifferante haoeant potesiatem. »

servit humanae. » ( S. Aùo. de Çivit. (Id. ibid.) Dei , lib. ï , cap. 19. )

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