CHAPITRE PREMIER
PRINCIPES NÉCESSAIRES POUR i/lNTELLIGENCE DE. L'HISTOIRE SAINTE.
Avant que de marquer les observations qu'on doit faire en étudiant l'histoire sainte, ou en l'enseignant aux autres, je crois qu'il est à propos de commencer par en donner ici une idée générale, qui en fasse sentir le caractère propre, et qui aide à faire connaître en quoi cette histoire est différente des autres.
ARTICLE PREMIER
Caractères propres et particuliers à V Histoire sainte.
Il n'en est pas de l'histoire sainte comme de toutes les autres. Celles-ci ne renferment que des faits humains et des événements temporels, souvent pleins d'incertitude et de contrariété. Mais celle-là est l'histoire de Dieu même, de l'Être souverain : l'histoire de su toute -puissance, de sa sagesse infinie, de sa providence, qui s'étend à tout; de sa sainteté, de sa justice, de sa miséricorde et de ses autres attributs, montrés sous mille formes, et rendus sensibles par une infinité d'effets éclatants. Le. livre qui renferme toutes ces merveilles est le plus ancien livre du monde, et l'unique, avant la venue du Messie, oii Dieu nous ait fait connaître, d'une manière également claire et certaine, ce qu'il est, ce que nous sommes, et à quoi il flous a destinés.
Les autres histoires nous laissent dans une profonde ignorance de tous ces points importants. Loin de nous donner une idée nette et précise de la Divinité, elles l'obscurcissent, la dégradent, la défigurent, par mille fables et mille rêveries, toutes plus absurdes les ânes (pie les autres. Elles ne nous font connaître ni ce qu'est ce monde (pie nous habitons, s'il a commencé, par qui et pourquoi il a été vvrî\ comment il se soutient et se conserve, et s'il doit toujours subsister; ni ce que nous sommes nous-mêmes, quelle est notre origine, notre nature, notre destination, notre i\n.
i»m i i! \ in ih:s études.
L'histoire sainte commence par nous révéler clairement, en trois mots, les plus grandes et les plus importantes vérités : qu'il y a un Dieu; qu'il est avant tout, et par conséquent éternel; que le monde est son ouvrage, qu'il l'a formé de rien par sa seule parole, qu'ainsi il est tout-puissant : Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre.
Elle nous représente ensuite l'homme, pour qui ce monde a été formé, sortant des mains de son Créateur, et composé d'un corps et d'une ame : d'un corps fait d'un peu de poussière, preuve de sa faiblesse; d'une ame, qui est le souffle de Dieu, et par conséquent distinguée du corps, spirituelle, intelligente, et, par le fond même de sa nature et de sa constitution, incorruptible et immortelle.
Elle nous dépeint l'état heureux dans lequel l'homme a été créé juste, innocent, et destiné à un bonheur sans fin s'il eût persévéré dans sa justice et dans son innocence; sa triste chute par le péché, source funeste de tous ses maux, et de la double mort à laquelle il fut condamné avec toute sa postérité; enfin sa réparation future par un médiateur tout-puissant, qu'elle lui promet et lui fait envisager dès-lors pour sa consolation, mais dans l'éloignement d'un avenir très-reculé, et dont elle lui peint dans la suite tous les traits et tous les caractères, mais sous les sombres couleurs des figures et des symboles, qui sont comme autant de voiles qui servent en même temps à le montrer et à le cacher.
Elle nous apprend que, dans cette réparation du genre humain, la grande œuvre de Dieu, à laquelle tout se rapporte et tout se termine, est de se former
un royaume cligne de lui, un royaume qui seul subsistera pendant toute l'éternité, et auquel tous les autres feront place; dont Jésus-Christ sera le fondateur <t le roi, selon l'auguste prophétie de Daniel, qui, Dan. 7,1,1,. après avoir vu en esprit, sous différents symboles, la succession et la ruine de tous les grands empires du monde, voit enfin le Fils de l'homme s'avancer jusqu'à l'Ancien des jours, usquc adAntiquum dierum; noble et grande expression pour marquer l'Eternel : et il ajoute aussitôt, que Dieu lui donna la puissance, V honneur et le royaume; que toutes les tribus et les langues le serviront; que sa puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera point otée , et que son royaume ne sera jamais détruit.
Ce royaume est l'Eglise, qui commence et se forme sur la terre, et qui sera un jour transportée dans le ciel, lieu de son origine et de sa demeure éternelle. Et alors viendra la fin et la consommation de toutes iCor.25,24. choses, c'est-à-dire de ce monde visible, qui ne subsiste que pour l'autre, lorsque Jésus -Christ, après avoir détruit tout empire, toute domination et toute puissance , aura remis son royaume, c'est-à-dire l'heureuse et sainte société des élus , a Dieu son père.
C'est cette heureuse société des justes, et celui qui a bien voulu en être le chef, le sanctificateur, le père et l'époux, qui sont le grand objet et le dernier terme de tous les desseins de Dieu. Dès le commencement du monde, et avant même que le péché en eut perverti l'ordre, il a eu l'un et l'autre en vue. Saint Paul nous déclare, en termes précis, que le premier Adam était la figure du second, qui est forma Rom. 5, 14. futuri; et il nous insinue qu'Eve, tirée du o>lé d'Adam Eph"ef;a5'
pendant son sommeil mystérieux, était une image naturelle de l'Église, sortie du côté de Jésus-Christ endormi sur la croix pour nous y enfanter.
Dès ces premiers temps on voit Dieu, toujours attentif à son œuvre, préparer de loin la formation de l'Église chrétienne j el en jeter les fondements, en révélant à l'homme les mystères dont la connaissance a toujours été nécessaire au salut; en lui renouvelant souvent la promesse du Libérateur ; en lui marquant la nécessité de la foi au Médiateur pour obtenir la vraie justice; en lui enseignant l'essence de la religion et l'esprit du vrai culte; en transmettant de siècles en siècles, sans altération, ces dogmes capitaux par la longue durée de la vie des premiers patriarches, remplis de foi et de sainteté; en prenant soin, par le moyen de l'arche , de sauver du naufrage de l'univers ces vérités essentielles; et enfin -en se formant dès les premiers temps une société de justes, plus ou moins nombreuse et visible , et la conservant par une succession non interrompue.
Mais, dans le temps que la terre commence à être inondée de nouveau d'un déluge d'erreurs et de crimes, plus pernicieux que le déluge des eaux dont elle venait de sortir, Dieu, pour mettre en sûreté les vérités salutaires qui commençaient à s'obscurcir et à s'éteindre dans toutes les nations , en confie le dépôt à une famille qu'il consacre entièrement à la religion. Il s'en forme un peuple particulier, renfermé dans l'enceinte d'un certain pays qu'il lui avait préparé depuis longtemps; séparé de toutes les autres nations par ses lois et par ses usages; conduit et gouverné d'une manière toute singulière; montré comme en spectacle a tout
l'univers par les merveilles sans nombre qu'il y a opérées, soit pour l'établir clans la terre qu'il lui avait promise, soit pour l'y maintenir, ou pour l'y rappeler. Il ne se eontente pas de le conduire, comme les autres peuples, par une providence générale et commune; il s'en rend lui-même le chef, le législateur, le roi. Et il veut que ce peuple, par sa sortie de l'Egypte, par son séjour dans le désert, par son entrée dans la terre promise, par ses guerres et ses conquêtes, par sa longue captivité à Babyione, par son retour dans sa patrie, en un mot par tous ses divers états et changements, soit une figure de ce qui devait arriver à l'Église; el que l'attente du Messie, promis aux patriarches, figuré par les eérémonies et par les sacrifices de la loi, prédit par les prophètes, soit le caractère propre et spée.ial de ce peuple, qui le distingue de toutes les autres nations.
Voilà ce que l'Ecriture sainte nous apprend, et ce qu'elle seule peut nous aécouvrir, parce qu'elle seule est dépositaire des révélations divines et de la manilestation des décrets de Dieu, cachés dans son sein de toute éternité jusqu'au moment où il lui a plu de les produire au jour. Est-il un objet plus grand, plus intéressant, plus digne de l'attention de l'homme, qu'une histoire où Dieu a daigné tracer lui-même, de sa propremain , le plan de notre destinée éternelle ?
Pour affermir la certitude de la révélation, et pour établir la religion sur des fondements inébranlables, Dieu a voulu lui donner deux sortes de preuves, qui fussent en même temps a la portée des plus simples, • I supérieures à toutes les subtilités des incrédules; qui portassent visiblement le câradtcte de la toute-
lo8 TRAITE DES ÉTUDES.
puissance; et que ni tous les efforts des hommes, ni les prestiges des démons, ne pussent imiter.
Ces deux sortes de preuves consistent dans les miracles et dans les prophéties.
Les miracles sont frappants, publics, notoires, exposés aux yeux de tous, multipliés en une infinité de manières; long-temps prédits et attendus; persévérants pendant une longue suite de jours, et même d'années. Ce sont des faits éclatants, des événements mémorables, que les plus grossiers ne peuvent ignorer; dont des peuples entiers non -seulement sont spectateurs et. témoins, mais dont ils sont eux-mêmes la matière et L'objet, dont ils recueillent les fruits et sentent les effets, et qui rendent leur sort heureux ou malheureux. La famille de Noé ne pouvait oublier la ruine du monde entier, causée par le déluge après des menaces continuées pendant un siècle, ni la manière merveilleuse dont elle en avait été seule préservée dans l'arche. Le feu descendu du ciel fur les villes criminelles ; tout le royaume d'Egypte puni, à diverses reprises, par dix plaies accablantes ; la mer ouverte pour donner passage aux Hébreux , et refermée pour submerger Pharaon avec toute son armée ; le peuple d'Israël , pendant quarante ans, nourri de la manne, abreuvé par des torrents tirés des rochers, couvert par une nuée contre l'ardeur du jour, et éclairé par une colonne de feu pendant la nuit ; les habits et les souliers conservés entiers sans être usés pendant un si long voyage ; le cours du Jourdain suspendu; le soleil arrêté dans sa course pour assurer la victoire; une armée de guêpes marchant devant le peuple de Dieu pour chasser les Cananéens de leurs terres; les nuées plusieurs fois
converties en une grêle de pierres pour écraser 1rs ennemis; les nations liguées contre Israël, dissipées par une vaine terreur, ou exterminées par un carnage mutuel en tournant leurs armes les unes contre les autres; cent quatre-vingt-cinq mille hommes foudroyés dans une nuit sous les remparts de Jérusalem : tous ces prodiges, et mille autres de cette nature, dont plusieurs étaient attestés par des fêtes solennelles établies à dessein d'en perpétuer la mémoire, et par des cantiques sacrés qui étaient dans la bouche de tous les Israélites, ne pouvaient être ignorés par les plus stupides, ni révoqués en doute par les plus incrédules.
Il en est de même des prophéties. On est frappé d'étonnement, et l'on regarde comme le dernier effort de l'esprit humain, qu'un historien célèbre ait pu par Paiyhe la force de son génie, par la supériorité de ses lumières, et par sa profonde connaissance du caractère des hommes et des peuple^, gttjtrevoir et démêler dans les ténèbres de l'avenir un changement considérable qui devait arriver dans la république romaine. Et certainement une telle prévoyance est bien digne d'admiration, et il n'y a personne, pour peu de goût et de curiosité qu'il ait, qui ne soit bien aise d'examiner par lui-même s'il est vrai que cet historien ait deviné aussi juste qu'on le dit.
L'histoire sainte nous présente bien d'autres merveilles. On y voit une foule d'hommes inspirés, qui ne parlent pas en doutant, en hésitant, en conjecturant, "mis qui d'un ton affirmatif déclarent hautemenl et en publie que tels et tels événements arriveront certainement d;ins le temps, dans le lieu, et avec toutes les circonstances que ces prophètes le marquent. Mais quels
110 TR A I T !•: DES En: bES.
événements! Los plus détaillés, les plus personnels, les plus intéressants pour la nation, et en même temps les plus éloignés de toute vraisemblance. Sous les régnés florissants d'Ozias et de Joatham, où l'état était dans la paix, dans l'abondance, et où le luxe des tables, des bâtiments, des ameublements, était porté à l'excès, quelle apparence y avait -il à l'affreuse disette is.c.3.v.i6, et à la honteuse captivité dont Isaïe menaçait alors a6'et0, les dames les plus qualifiées, et aux malheurs extrêmes qui arrivèrent effectivement sous le règne suivant?
Lorsque, quelque temps après, Jérusalem, bloquée parla nombreuse armée de Sennachérib, était réduite à la dernière extrémité, sans troupes, sans vivres, sans aucune espérance de secours humain, sur- tout depuis que l'armée des Égyptiens eut été taillée en pièces , ce qu'Isaïe prédisait était-il croyable, que la ville ne serait point prise, qu'elle ne. serait pas même assiégée dans les formes, que l'enne^i^e lancerait pas contre elle un seul trait, et que bientôt cette armée si formidable serait exterminée tout d'un coup, et sans le concours d'aucun homme, et son roi mis en fuite?
La destruction entière du royaume des dix tribus, l'enlèvement de celle de Juda à Babylone après la prise el la ruine de Jérusalem, le terme précis de soixante et dix ans marqué pour la durée de sa captivité, son retour glorieux dans sa patrie, son libérateur désigne et appelé par son nom plus de deux cents ans avant sa naissance; la manière surprenante, et inouïe jusqu'alors, dont cet illustre conquérant devait prendre Babylone : tout cela était- il du ressort delà prévoyance humaine? et y voyait -on quelque apparence quand les prophètes le prédisaient?
traita; des études. lit
Ces prédictions néanmoins , quelque éclatantes qu'elles fussent, ne servaient que de v'oile ou de préparation à d'autres infiniment plus importâmes, auxquelles l'accomplissement des premières devait donner un degré d'autorité et de crédit qui fût au-dessus de tout ce que l'esprit humain peut imaginer et souhaiter de plus fort pour établir une pleine conviction et une croyance inébranlable. On sent bien que je veux parler des prédictions qui regardent le Messie et l'établissement de l'Eglise chrétienne. Elles sont d'une évidence , et descendent dans un détail , qui passent toute admiralion. Non-seulement les prophètes ont marqué le temps, le lieu, la manière de la naissance du Messie, les principales actions de sa vie, les effets de sa prédication; mais ils ont vu et prédit les circonstances les plus particulières de sa mort et de sa résurrection , et les ont rapportées presque avec autant d'exactitude que les évangélistes mêmes, qui en avaient été les témoins oculaires.
Mais que dire de ces grands événements qui font la destinée du genre humain, qui embrassent toute l'étendue des siècles, et qui vont enfin se perdre heureusement dans l'éternité, qui était leur terme et leur but? l'établissement de l'Eglise sur la terre par la prédication de douze pêcheurs; la réprobation du corps entier de la nation juive; la vocation des gentils substitués à la place d'un peuple autrefois si chéri et si privilégié; la ruine de l'idolâtrie dans tout l'univers; la dispersion des Juifs dans toutes les parties de la terre, pour y servir de témoins à la vérité des livres saints et à l'accomplissement; des prophéties; leur retour futur à la foi de Jésus-Christ, qui sera la rcs-