‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 5)Chapitre 29 sur 82 · La première est sous les sept rois de Rome, et elle · texte numérisé non relu

La première est sous les sept rois de Rome, et elle

dure 244 ans- 244. La seconde est depuis l'établissement des consuls

jusqu'à la prise de Rome, et elle dure 120 ans. Elle renferme l'établissement des consuls, des tribuns du peuple, des décemvirs, des tribuns militaires, avec la puissance des consuls ; le siège et la prise de Veïes. 364. La troisième est depuis la prise de Rome jusqu'à la

première guerre punique, et elle dure 124 ans. Elle renferme la prise de Rome par les Gaulois, la guerre contre les Samnites, et celle contre Pyrrhus. 488. La quatrième est depuis le commencement de la

première guerre punique jusqu'à la fin de la troisième, et elle dure 120 ans. Elle renferme la première et la

seconde guerre punique, les guerres contre Philippe, roi de Macédoine; contre Antiochus, roi d'Asie; contre Persée, dernier roi de Macédoine; contre les Numanlins en Espagne ; et enfin la dernière guerre punique, terminée par la prise et la ruine de Carthage.

La cinquième est depuis la ruine de Carthage jus- 608. qu'au changement de la république romaine en monarchie sous Auguste, et elle dure 1 1 5 ans. Elle renferme la guerre d'Achaïe,et la ruine de Corinthe; les troubles domestiques excités parles Gracques; les guerres contre Jugurtha, contre les alliés, contre Mithridate; les guerres civiles entre Marius et Sylla, entre César et Pompée, entre Antoine et le jeune César. Cette dernière guerre se termina par la bataille lis. d'Actium, et par l'autorité souveraine du jeune César, surnommé depuis Auguste.

J'ai déjà ohservé, en parlant de l'histoire sainte, l'usage qu'on devait faire de la chronologie. Je ne répète point ici ce que j'ai dit sur ce sujet.

La géographie est aussi dune nécessité absolue pour les jeunes gens; et, faute de l'avoir apprise dans ces premières années , beaucoup de gens l'ignorent tout le reste de leur vie, et s'exposent à tomber sur ce point dans des bévues qui les rendent ridicules. Un quart d'heure employé régulièrement tous les jours à cette étude mettra les enfants en état d'en être parfaitement instruits. Après qu'on leur en aura expliqué les principes les plus généraux, il ne faudra jamais laisser passer aucune ville un peu considérable, ni aucune rivière, dont il sera parlé dans leurs auteurs, sans les leur faire voir dans les cartes géographiques. Tl faut qu'ils sachent orienter chaque ville, c'est-à-dire

en marquer la situation par rapport aux différents endroits dont il sera question. Ainsi ils diront qu'Évreux est au couchant de Paris; Chalons-sur-Marne, au levant; Amiens, au nord; Orléans, au midi. Ils suivront les rivières depuis leur source jusqu'à l'endroit où elles se jettent dans la mer ou dans quelque fleuve, et marqueront les villes considérables qui se rencontrent sur leur passage. On peut, lorsqu'ils sont suffisamment instruits, les faire voyager sur la carte, ou même de vive voix, en leur demandant, par exemple, quelle route ils tiendraient pour aller de Paris à Constantinople, et ainsi des autres provinces. Pour rendre cette étude moins sèche et moins désagréable , il est bon d'y joindre de courtes histoires, qui servent à fixer davantage dans l'esprit des enfants J'idée des villes, et qui, chemin faisant, leur apprennent mille choses curieuses. Elles se trouvent dans plusieurs traités de géographie que nous avons en notre langue , dont les maîtres peuvent facilement extraire celles qu'ils jugeront les plus convenables à la jeunesse.

§ II. Observe?' ce qui regarde les lois, les usages, et les coutumes des peuples.

Ce n'est pas une chose indifférente, en étudiant l'histoire, que d'observer les divers usages des peuples, l'invention des arts, les différentes manières de vivre, de bâtir, de faire la guerre, de former ou de soutenir des sièges , de construire des vaisseaux , de naviguer ; les cérémonies pour les mariages, pour les funérailles, pour les sacrifices; en un mot, tout ce qui regarde

les coutumes et les antiquités. J'aurai lieu d'en dire quelque chose dans la suite.

Ce que j'ai marqué jusqu'ici n'est encore , pour ainsi dire, que le squelette de l'histoire : les observations suivantes en sont comme l'ame, et renferment ce qu'il y a de plus utile dans cette étude.

§ III. Chercher sur-tout la vérité.

Ce qui fait la qualité la plus essentielle et le devoir le plus indispensable de l'historien, marque en même temps ce qui doit faire la principale attention de celui qui s'applique à l'étude de l'histoire. Or, personne n'ignore1 que ce qu'on exige d'un historien, avant toutes et sur toutes choses, est que, libre de toute passion et de toute prévention, il n'ait jamais la témérité de rien avancer de faux, et qu'il ait toujours le courage de dire ce qui est vrai. On peut lui passer les négligences dans le style, mais on ne lui pardonne point le défaut de sincérité ; et c'est la différence qui se trouve entre le poëme et l'histoire2. Le poëme, ayant pour principal but le divertissement du lecteur, blesse et choque nécessairement s'il est sans art et sans grâce; au lieu que l'histoire, de quelque manière

7 « Quis nesch primant esse liis- in hoc ad delectationem plcraquc. >■

toria; legcm, ne quid i'alsi dicere (Cio. de Leg. , lib. r , n. 4 et S.)

audeat ; deindè , ne quid veri non « Orationi et carmini est parva

audeat? ne qua suspicio gratiae sit gratia, nisi eloquentia sit gomma :

in scribendo , ne qua siraultatis. » historia quoquo modo scripta dele-

(Ctc. de Orat.Yib. ■>. , n. 6-2.) état. Sunt cnim homines naturâ cu-

2 «Intelligo te, fïater, alias in riosi , et quâlibet nudâ rerum cogni-

historia leges observandas putare, tione capiuntur , ut qui serinunciilis

alias in poemate : quippè quum in etiam fabellisque ducantur. » (Pli>.

illa ad verilalein cuncta rcfcrantur. lib. 5, Epist. 8.)

Iu(i T R A 1 I 1 : I) I . S ETUDE S.

qu'elle soit écrite, fait toujours plaisir si elle est vraie, parce qu'elle satisfait un désir naturel à l'homme, qui est avide de savoir, et toujours curieux d'apprendre quelque ' chose de nouveau, mais qui ne peut souffrir qu'on le trompe en substituant le mensonge à la vérité, et des imaginations creuses à la réalité des faits. Aussi voit - on qu'ordinairement les historiens, pour mériter la créance du lecteur, commencent par faire profession d'une exacte et scrupuleuse sincérité, également exempte d'amour et de haine, d'espérance et de crainte, comme on le peut remarquer dans Sal- ! usle et dans Tacite.

Ce qu'on doit donc chercher dans l'histoire, préférablement à tout le reste, c'est la vérité. Les bons écrivains ont raison de tâcher de la rendre plus aimable, en s'appliquant à l'orner et à la parer : et un habile maître ne manque pas de faire sentir toutes les grâces et toutes les beautés qui se rencontrent dans un historien; mais il ne souffre pas que ses disciples se laissent éblouir par un vain éclat de paroles, qu'ils préfèrent des fleurs aux fruits, qu'ils soient moins attentifs à la vérité même qu'à sa parure, ni qu'ils fassent plus de cas de l'éloquence d'un historien que de son exactitude et de sa fidélité à rapporter les faits. Quintilien, dans le portrait qu'il nous trace, en deux mots, d'un historien grec, nous apprend à faire ce discernement. « L'histoire, dit-il, que Clitarque I a écrite « est admirée pour le style, mais décriée par le défaut [instit. Orat. « de sincérité. » Clitarchi probatur ingeniuin , fîdes infamatur.

1 11 avait écrit une histoire d'Alexandre. Longin blâme l'enflure de son style ( de Sublim. , c. 3 ). — L.

On doit donc avertir les jeunes gens d'être sur leurs gardes quand ils lisent des histoires écrites du vivant des princes dont il y est parlé, parce qu'il est rare que ce soit la vérité seule qui les ait dictées, et que l'envie de plaire à celui qui distribue les grâces et les faveurs n'y ait influé en rien. Les meilleurs princes même ne sont pas toujours insensibles à la flatterie , et il y a dans tous les hommes un secret désir de gloire et de louange qui doit rendre suspectes de telles histoires. Si la flatterie rend méprisable un historien , la médisance doit le rendre haïssable. L'une et l'autre ' , dit Tacite, déguisent et altèrent également la vérité : avec cette différence, qu'il est aisé de se défendre de l'une, qui est odieuse à tout le monde, et ressent l'esclavage; au lieu qu'on se prête volontiers à l'autre, qui nous séduit par une fausse image de liberté, et s'insinue agréablement clans les esprits.

11 y a des historiens, très-estimables d'ailleurs, qui. par le mauvais goût de leur siècle, ou par une trop grande crédulité, ont mêlé beaucoup de fables dans leurs écrits, comme Cicéron le remarque d'Hérodote et de Théopompe.

Tel est, par exemple, ce que dit le premier de la DeLeg. 1. 1, naissance de Cyrus, dont j'aurai lieu de parler dans la suite. On pardonne à l'antiquité, dit Tite-Live, d'à- inPraHf. 1. 1. voir plus cherché le merveilleux que le vrai dans ses récits, et d'avoir voulu embellir et orner l'origine des grandes villes et des grands empires par des fictions

1 « Veritas pluribus mociis in- auribus accipiuntur, quippè adula-

fracta... libidine assentandi, autrui- tioni fœduin crimen servitutis,mali-

sùs odio adversiis dominantes... gnitatî falsa species lihcitatis inest. »

Sed ambitionem scriptoris facile (Tac. Annal, lib. 1 , cap. 1.) averseris : obtrectatio et livoi pronis

1 88 i n mti': nr.s études.

plus convenables à la fable qu'à L'histoire. Mais on doit accoutumer les jeunes gens, quand on leur fait lire ces sortes d'auteurs, à faire le discernement du vrai et du faux; et il faut aussi les avertir que la raison et l'équité demandent qu'on ne rejette pas tout dans un écrivain parce qu'il s'y trouve quelque chose de faux, et qu'on n'ajoute pas foi à tout parce qu'il s'y rencontre plusieurs choses vraies.

Cet amour pour la vérité, qu'on tâchera de leur inspirer en tout, peut contribuer beaucoup à les garantir d'un mauvais goût, qui autrefois était si commun; je veux dire de la lecture des romans et des histoires fabuleuses, qui étouffent peu-a-peu l'amour et le goût du vrai, et rendent l'esprit incapable des lectures utiles et sérieuses, qui parlent plus à la raison qu'à l'imagination.

On ne peut trop féliciter notre siècle de ce que, dès qu'on lui a fourni ou des traductions des célèbres auteurs de l'antiquité, ou des ouvrages modernes dignes de son application , il a abandonné aussitôt et même rejeté avec mépris toutes ces fictions; et de ce qu'il a reconnu que rien, en effet, ne dégradait davantage l'éminence de la raison humaine , qui est destinée à se nourrir r de la vérité , que de se repaître des chimères d'une imagination déréglée, et de s'en rendre le jouet en la suivant dans tous ses égarements. Que si quelquefois on hasarde encore quelques ouvrages de cette nature, on voit, à la gloire de notre temps, qu'ils tombent aussitôt dans l'oubli, qu'ils sont négligés de

1 « Naturâ inesl mentibus nostris « Nihil est hominis menti verita-

insatiabilis quaedam cupiditas veri tis luce dulcius. » ( Acad. Quœst. videndi. » ( Tusc. QnœstA. i ,n. 44.) lib. 4, n. 3i.)

tous les gens sensés, et qu'ils ne deviennent le partage que de quelques esprits frivoles.

§ IV. S'appliquer à découvrir les causes des événements.

Polybe, qui maniait la plume aussi habilement que Poivb. Hist. l'épée, et qui n'était pas moins bon écrivain qu'excellent capitaine, marque, en plusieurs endroits de ses livres , que la meilleure manière de composer et d'étudier l'histoire est de ne se pas borner au simple récit des faits, du gain ou de la perte d'une bataille, de l'agrandissement ou de la chute des empires : mais d'en approfondir les raisons, et d'en lier ensemble toutes les circonstances et les suites; de démêler, s'il se peut, dans chaque événement, les desseins secrets et les ressorts cachés ; de remonter jusqu'à l'origine des choses, et aux préparations les plus éloignées; de bien, discerner les causes véritables d'une guerre d'avec les prétextes spécieux dont on les couvre; et sur -tout d'être attentif à ce qui a décidé du succès d'une entreprise, du sort d'une bataille, de la ruine d'un état. Sans cela r, dit-il, l'histoire fournit au lecteur un spectacle agréable, mais non une instruction utile ; elle sert à contenter la curiosité dans le moment, mais elle n'est de nul usage dans la suite pour la conduite de la vie.

Il remarque que la guerre des Romains en Asie contre Antiochus était une suite de celle qu'ils avaient faite auparavant contre Philippe , roi de Macédoine ;

1 Ay<ivia[j.a p.fv , [i.â6n[j.a 8k où -jx-pbç 8k ~b pteXXov où^Èv ûkjjeXji t> yîyveTai • /.ai irapauTtxa aèvTEpTret, •rcapoÎTrav. [III, 3i , 12.]

que ce qui avait donné occasion à celle-ci était l'heureux succès de la seconde guerre punique, dont la principale cause, du coté des Carthaginois, avait été la perte de la Sicile et de la Sardaigne : qu'ainsi, pour se former une juste idée des divers événements de ces guerres , il ne faut pas les considérer séparément ni par parties, mais embrasser le tout ensemble, et en bien étudier les liaisons, les suites et les dépendances. Il observe, au même endroit, que ce serait se tromper grossièrement que de regarder la prise de Sagonte par Ànnibal comme la véritable cause de la seconde guerre punique. Le regret qu'eurent les Carthaginois d'avoir cédé trop facilement la Sicile par le traité qui termina la première guerre punique; l'injustice et la violence des Romains, qui profitèrent des troubles excités dans l'Afrique pour enlever encore la Sardaigne aux Carthaginois, et pour leur imposer un nouveau tribut; les heureux succès et les conquêtes de ces derniers dans l'Espagne : voilà quelles furent les vérka- Liv. lib. ai, blés causes de la rupture du traité, comme Tite-Live, u" r' suivant en cela le plan de Polybe , l'insinue en peu de mots dès le commencement de son histoire de la seconde guerre punique.

Polybe prend de là occasion d'établir un principe fort utile pour l'étude de l'histoire, qui est qu'on doit V distinguer exactement trois choses : les commencements, les causes, les prétextes d'une guerre. Les commencements sont les premières entreprises qui éclatent au-dehors, et qui sont les suites des résolutions formées en secret : tel était le siège de Sagonte. Les causes sont les différentes dispositions des esprits, les mécontentements particuliers, les injures qu'on a re-

TltAI TÉ DES ÉTUDES. I QI

eues, l'espérance de réussir dans ses entreprises : telles étaient, dans le fait dont nous parlons, la perte de la Sicile et de la Sardaigne jointe à l'imposition d'un nouveau tribut, et l'occasion favorable d'un chef aussi habile et aussi aguerri qu'était Annibal. Les prétextes ne sont qu'un voile qui sert à cacher les véritables causes.

11 éclaircit encore ce principe par d'autres exemples. Croit-on, dit-il, que l'irruption d'Alexandre dans l'Asie fut la première cause de la guerre contre les Perses? Il s'en faut bien que cela ne fût ainsi : et, pour s'en convaincre, il ne faut que jeter les yeux sur les longs préparatifs qui avaient précédé cette irruption, laquelle fut le commencement et le signal, non la cause, de la guerre. Deux grands événements avaient fait conjecturer à Philippe que la puissance des Perses, autrefois si formidable , commençait à pencher vers sa ruine : le retour glorieux et triomphant des dix mille Grecs sous la conduite de Xénophon à travers les villes ennemies , sans qu'Artaxerxe, victorieux, eût osé s'opposer à la résolution hardie qu'ils formèrent de traverser en corps d'armée tout son empire pour retourner en leur pays; et la généreuse entreprise d'Agésilas, roi de Lacédémone , qui, avec une poignée de monde , porta la guerre et la terreur jusque dans le sein de l'Asie Mineure sans trouver aucun obstacle à ses desseins, et qui ne fut arrêté dans ses conquêtes que par les divisions de la Grèce. Philippe, comparant cette lâcheté et celte nonchalance des Perses avec l'activité et le courage de ses Macédoniens, animé par l'espérance de la gloire et des avantages qui devaient être le fruit certain de cette guerre, après avoir su par une habileté incroyable

I Q2 TTuVITE DES ETUDES.

réunir en sa faveur tous les esprits et tous les suffrages de la Grèce , prit pour prétexte de la guerre qu'il méditait contre les Perses les anciennes injures que les Grecs en avaient reeues, et travailla avec un soin infatigable aux préparatifs de la guerre, dont Alexandre, son fds, qui succéda à ses desseins aussi-bien qu'à son royaume, profita sagement pour les mettre en exécution. La faiblesse et la nonchalance des Perses furent donc la véritable cause de cette guerre : leurs anciennes entreprises contre la Grèce en furent le prétexte; et l'entrée d'Alexandre dans l'Asie en fut le commencement.

Il développe de la même manière les prétextes apparents et les véritables causes de la guerre des Romains contre Antiochus.

Denys d'Halicarnasse pose les mêmes principes que Polybe. Il déclare en plusieurs endroits que , pour tirer de la lecture des histoires le profit qu'on en doit espérer, et pour la rendre utile au maniement des affaires publiques, il ne faut pas borner sa curiosité aux faits et aux événements , mais qu'il en faut pénétrer les raisons, étudier les moyens qui les ont fait réussir, entrer dans les vues et dans les desseins de ceux qui les ont conduits, examiner avec attention le succès que Dieu leur a donné (ces paroles sont remarquables dans un païen), et n'ignorer aucune des circonstances qui ont donné le branle et le mouvement aux entreprises dont il s'agit.

Un homme d'esprit et de sens , dit - il ailleurs , se contente-t-il de savoir que, dans la guerre contre les Perses, les Athéniens et les Lacédémoniens remportèrent contre eux trois victoires, deux sur mer, et l'autre sur terre ; et qu'avec une armée de cent dix mille soldats

TRAITÉ DES 1ÎTUD1 S. j C)3

au plus ils battirent celle du roi des Perses, composée de plus de trois cent mille hommes? Ne souhaite -i -il pas, outre cela, d'être instruit des endroits où ces batailles se donnèrent; des causes qui firent pencher la victoire du coté du petit nombre , et qui donnèrent lieu à un événement si surprenant; du nom et du caractère des généraux qui se signalèrent de part et d'autre ; en un mot, de toutes les circonstances mémorables et de toutes les suites d'une action si importante? Car, ajoutet-il, c'est un grand plaisir pour un homme sensé et judicieux qui lit une histoire écrite de cette sorte, d'être conduit comme par la main au début et au terme de chaque action, et, au lieu de simple lecteur qu'il serait, de devenir comme le témoin et le spectateur de tout ce qui lui est raconté.

M. Bossuet, évêque de Meaux, remarque de même, dans son Discours sur l'Histoire universelle, qu'il ne C]lt r> faut pas considérer seulement l'élévation et la chute des empires, mais qu'il faut encore plus s'arrêter sur les causes de leurs progrès , et sur celles de leur décadence. « Car, dit-il, ce même Dieu qui a fait l'enchaînement « de l'univers, et qui, tout-puissant par lui -même, a « voulu, pour établir l'ordre, que les parties d'un si « grand tout dépendissent les unes des autres, ce même « Dieu a voulu aussi que le cours des choses humaines « eût sa suite et ses proportions. Je veux dire que les « hommes et les nations ont eu des qualités propor- « tionnées à l'élévation à laquelle ils étaient destinés ; « et qu'à la réserve de certains coups extraordinaires « où Dieu voulait que sa main parût toute seule, il « n'est point arrivé de grands changements qui n'aient « eu leurs causes dans les siècles précédents. Et, comme

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