SECOND MORCEAU TJRÉ DE L'HISTOIRE GRECQUE
De la Grandeur et de V Empire d'Athènes.
Mon dessein , dans ce second morceau d'histoire , est de donner quelque idée de l'empire que les Athéniens ont eu pendant plusieurs années sur la Grèce , et d'exposer par quels degrés et par quels moyens Athènes parvint à une si haute élévation. Les chefs qui, dans l'espace du temps dont nous parlons, contribuèrent le plus à établir et à maintenir la grandeur et la puissance de cette république par des qualités toutes différentes, furent Thémistocle, Aristide, Cimon, Périclès.
En effet , Thémistocle jeta les fondements de cette nouvelle puissance par un seul conseil, en tournant toutes les forces et toutes les vues des Athéniens vers la mer. Cimon mit ces forces navales en usage par ses
1 Ce morceau est présenté avec torne III, pag. 1.I6-289 ^e noirv plus de détails dans 1'Hist. Ancienne, édition. — L.
TRAITÉ DES ÉTUDES. il\l
expéditions maritimes, qui mirent l'empire des Perses à deux doigts de sa perte. Aristide fournit aux dépenses de la guerre par la sage économie avec laquelle il administra les deniers publics. Enfin Périclès maintint et augmenta par sa prudence ce que les autres avaient acquis , en mêlant, les doux exercices de la paix aux tumultueuses expéditions de la guerre. Ainsi ce qui fit l'élévation des Athéniens fut l'heureux concours et le mélange de la politique de ïhémistocle, de l'activité de Cimon , du désintéressement d'Aristide, et de la sagesse de Périclès : en sorte que , si l'une de ces causes eût manqué , Athènes ne serait pas parvenue au commandement.
L'heureux succès de la bataille de Marathon , ou Thémistocle s'était trouvé , commença d'allumer dans son cœur cette ardeur pour la gloire qui le suivit toujours, et qui le porta quelquefois trop loin. Les trophées de Miltiade, disait-il, ne lui laissaient de repos ni jour ni nuit. Il songea dès-lors à illustrer son nom et sa patrie par quelque grande entreprise , et à la rendre supérieure à Lacédéinone, qui depuis long-temps dominait sur toute la Grèce. Dans cette vue, il crut devoir tourner toutes les forces d'Athènes du coté de la mer, voyant bien que, faible par terre comme elle était, elle n'avait que ce seul moyen de se rendre nécessaire aux alliés et formidable aux ennemis. Couvrant donc son dessein du prétexte plausible de la guerre contre les Éginètes, il fit construire une flotte de cent vaisseaux, qui peu de temps après contribua beaucoup au salut de la Grèce.
L'attachement inviolable d'Aristide à la justice l'obligea, en plusieurs occasions, de s'opposer à Théini-