Tome XXV II. Tr. de, Étud. \ G
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stocle, qui ne se piquait pas de délicatesse sur ce point , ri qui par ses intrigues et ses cabales vint à bout de le faire exiler. Dans cette sorte de jugement les citoyens donnaient leurs suffrages en écrivant le nom du particulier sur une coquille appelée en grec oç'paxov , d'où est venu le nom d'ostracisme. Ici un paysan qui ne savait pas écrire, et qui ne connaissait pas Aristide, s'adressa à lui-même pour le prier de mettre le nom d'Aristide sur sa coquille. Cet homme vous a-t-il fait quelque mal , lui dit Aristide, pour le condamner ainsi ? Non , répliqua l'autre, je ne le connais pas même; mais je suis fatigué et blessé de l'entendre par-tout appeler le Juste. \ristide, sans répondre une seule parole, prit tranquillement la coquille, y écrivit son nom, et la lui rendit. Il partit pour son exil en priant les dieux de ne pas permettre qu'il arrivât à sa patrie aucun accident qui le fit regretter. Le grand Camille , en un cas tout semblable, n'imita point sa générosité, et fit une prière Lh. iii>. 5, toute contraire : In exsilium abiit , precatus ab diis immoi'talibus,siùi noxio sibi ea injuria fîeret, primo quoque tempore desiderium sut civitati ingratœ facerent. J'examinerai dans la suite ce qu'on doit penser de l'ostracisme. Aristide fut bientôt rappelé.
Ce fut l'expédition de Xerxès contre la Grèce, qui hâta son retour. Tous les alliés réunirent leurs forces pour repousser l'ennemi commun. On sentit pour- lors tout le prix de la sage prévoyance de Thémistocle, qui, sous un autre prétexte, avait fait bâtir cent galères. On doubla ce nombre à l'arrivée de Xerxès. Quand il fut question de nommer un généralissime pour commander la flotte, les Athéniens , qui eux seuls en avaient fourni les deux tiers, prétendirent que cet honneur
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leur appartenait , el rien n'était plus juste que leur prétendon. Cependant tous les suffrages des alliés se réunirent en faveur d'Eurybiade, Lacédémonien. Thémistocle, quoique jeune et fort avide de gloire, crut que dans cette occasion il devait oublier ses propres intérêts pour le bien commun de la patrie; et, ayant fait entendre aux Atbéniens que , pourvu qu'ils se conduisissent en gens de courage , bientôt tous les Grecs leur déféreraient d'eux-mêmes le commandement, il leur persuada de céder aussi-bien que lui aux Lacédémoniens. J'ai rapporté ailleurs avec quelle modération et quelle prudence ce jeune Athénien se conduisit et Disc, prêta dans le conseil de guerre, et dans la journée de Sala- f' ' ' p' 4 ' mine, dont il eut tout l'honneur, quoiqu'il n'y eût pas commandé en chef.
Depuis cette glorieuse bataille , la réputation et le crédit des Athéniens étaient beaucoup augmentés. Ils n'en devinrent point plus fiers, et ils ne songèrent à accroître leur puissance que par les voies de l'honneur et de la justice. Mardonius, qui était resté en Grèce avec un corps d'armée de trois cent mille hommes, leur fit, de la part de son maître , des offres très-avantageuses pour les détacher du reste des alliés. Il leur promettait de rétablir entièrement leur ville, qui avait été brûlée, de leur fournir de grandes sommes d'argent, et de leur donner le commandement sur toute la Grèce. Les Lacédémoniens , effrayés de cette nouvelle, avaient envoyé des députés à Athènes pour en détourner l'effet , et s'offraient de recevoir et de nourrir chez eux leurs femmes, leurs enfants et leurs vieillards, et de leur fournir tout ce qui leur serait nécessaire. Aristide élait pour-lois en charge. Il répondit qu'il pardonnai!
aux Barbares, qui n'estimaient que l'or et l'argent, d'avoir espéré de pouvoir corrompre leur fidélité par de magnifiques promesses; mais qu'il ne pouvait voir sans surprise et sans indignation que les Lacédémonieus, n'envisageant que la pauvreté et la misère présente des Athéniens, et oubliant leur courage et leur grandeur d'ame, vinssent les exhorter à combattre généreusement pour le salut commun de la Grèce par la vue de quelques récompenses et de quelques nourritures qu'ils leur offraient : qu'ils déclarassent à leur république que tout l'or du inonde n'était pas capable de tenter les Athéniens , ni de leur faire abandonner la défense de la liberté commune : qu'ils étaient sensibles , comme ils le devaient, aux offres obligeantes de Lacédémone ; mais qu'ils feraient en sorte de n'être à charge à aucun de leurs alliés. Puis , se tournant vers les députés de Mardonius , et leur montrant de sa main le soleil, « Sachez, leur dit-il, que, tant que cet astre « continuera sa course, les Athéniens seront mortels « ennemis des Perses , et qu'ils ne cesseront de venger a sur eux le ravage de leurs terres et l'incendie de leurce maisons et de leurs temples. »
Cependant Thémistocle ne perdait point de vue le grand projet qu'il avait formé de supplanter les Lacédémoniens en substituant les Athéniens à leur place; et, peu délicat sur le choix des moyens, il trouvait bonne et légitime toute voie qui pouvait le conduire à ce but. Un jour, en pleine assemblée, il déclara qu'il avait un dessein important, mais qu'il ne pouvait le communiquer au peuple , parce que pour le faire réussir il avait besoin d'un profond secret; et il demanda qu'on lui nommât quelqu'un avec qui il pût s'en ex-
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pliquer. Tous nommèrent Aristide, et s'en rapportèrent entièrement à son avis. Thémistocle, l'ayant tiré à part, lui dit qu'il songeait à brûler la flotte des Grecs, qui Hait dans un port voisin, moyennant quoi Athènes deviendrait certainement maîtresse de toute la Grèce. Aristide retourna à l'assemblée, et déclara simplement que rien ne pouvait être plus utile que le projet de Thémistocle, mais qu'en même temps rien n'était plus injuste. Tout le peuple, d'une commune voix, défendit à Thémistocle de passer outre.
On voit par là que ce fut avec raison qu'on accorda à Aristide, de son vivant même, le surnom de Juste; surnom, dit Plutarque , infiniment préférable à tous ceux que les conquérants recherchent avec tant d'ardeur , et qui approche en quelque sorte l'homme de la Divinité. Un jour que l'on prononçait sur le théâtre un vers d'Eschyle, où ce poète , en parlant d'Amphiaraiis, dit qii il cherchait non a paraître juste , mais a l'eire, tout le peuple aussitôt jeta les yeux sur Aristide, et lui appliqua cet éloge si magnifique.
L'armée des Perses reçut un terrible échec dans la fameuse bataille de Platée. A peine Artabaze, de trois cent mille hommes qu'il avait, en put-il sauver quarante mille. Pausanias , l'un des rois de Sparte, commandait l'armée des Grecs. Il fit paraître pour-lors beaucoup d'équité et de modération , comme on le peut voir par deux traits qu'en rapporte Hérodote , qui sont très-particuliers.
Après la victoire de Platée, un des premiers citoyens d'Egine l'exhorta à venger sur le cadavre de Mardonius la mort de tant de braves Spartiates qui avaient péri aux Thermopvles , et la manière indigne dont
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Xcrxès et Mardonius lui-même avaient traité son oncle Léonide en faisant attacher sou corps à une potence. <c Quel conseil me donnes-tu, lui dit-il, d'imiter dans « les Barbares une conduite que nous détestons ! Si « c'est à ce prix qu'on achète l'estime des Eginètes, « je me contente de plaire aux Lacédémoniens , qui « n'accordent la leur qu'à la vertu et au mérite. Pour « Léonide et ses compagnons , ils se tiennent sans te doute assez vengés par le sang de tant de milliers « de Perses qui ont été tués clans le combat. »
Le second trait n'est pas moins remarquable. Pausanias , qui avait trouvé un butin immense dans le camp des ennemis , fit préparer dans une même salle deux repas d'une espèce bien différente. Dans l'un on voyait étalée toute la magnificence des Perses : des lits superbes , des tapis d'un très-grand prix , des vases d'or et d'argent sans nombre, une prodigieuse variété de mets apprêtés avec toute la délicatesse possible , des vins et des liqueurs de toutes sortes. L'autre repas n'avait rien que de simple, à la manière de Sparte; c'est-à-dire apparemment du pain , de l'eau , et tout au plus du brouet noir. Alors Pausanias r , s'adressant aux officiers grecs qu'il avait mandés exprès , et leur montrant ces deux tables si différemment servies , a Voyez, leur dit-il, la folie du chef des Mèdes, qui, «accoutumé à de tels repas, a cru pouvoir nous « dompter, nous qui menons une vie si dure. »
L'avantage que venaient de remporter les Grecs les mit en état d'envoyer une flotte pour délivrer les alliés
1 Âvi^psç EXXyivsç , 7wv &l sîvsxa àçpoaùw; £v.l%i • o; -oiviv^s (î'iatrav iyiù uu.s'a? cuvr.yaT&v , P&u).ou.eviç ê'"/.wv > ^Ms è? Yias'a; cjtw pïÇupiv ûyX'i toù^s T&Ci Mui^wv viyeu.'ivoç ty,v SjrovTaç à-iT3u?r,aci|./.svo:.
TRAITÉ DÈS tl'l Dis. >'\^
qui étaient encore sous le pouvoir des Perses. Elle était commandée par Pausanias , Lacédémonien. Aristide et Cimon y commandaient pour les Athéniens. Elle fit d'abord voile vers l'île de Cyprc , puis vers JJyzance, qu'elle prit; et par-tout les alliés furent rétablis dans leur liberté. Mais ils tombèrent bientôt dans une nouvelle espèce de servitude. Pausanias , dont l'orgueil s'était beaucoup accru depuis les victoires qu'il avait remportées, quitta les manières et les mœurs de son pavs , prit l'habillement et la fierté des Perses , et. imita leur somptuosité et leur magnificence. Il traitait les alliés avec une dureté insupportable, ne parlait aux officiers qu'avec hauteur et menaces , se faisait rendre des honneurs extraordinaires , et par cette conduite rendait odieux à tous les alliés le gouvernement des Lacédémoniens. Les manières douces, honnêtes et prévenantes d'Aristide et de Cimon, l'humanité et la justice qui paraissaient dans toutes leurs actions, l'attention qu'ils avaient à n'offenser personne et à faire du bien à tout le monde, tout cela contribuait à faire encore sentir davantage la différence des caractères et à augmenter le mécontentement. Enfin ce mécontentement éclata, et tous les alliés passèrent sous le commandement des Athéniens et se mirenl sous leur protection. Ainsi, dit Plutarque, Aristide, en opposant à la ûWeté et à la hauteur de Pausanias beaucoup de douceur et d'humanité, et inspirant à Cimon, son collègue, les mêmes sentiments, détacha des Lacédémoniens, insensiblement et saiiN <;u ils s'en aperçussent, l'esprit des alliés, et leur enleva enfin le commandement, non de vive force en employanl des armées e1 des (lottes , et encore moins en usant de
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ruse et de perfidie, mais en rendant aimable, par une conduite sage et douce , le gouvernement des Athéniens.
Les Lacédémoniens , dans cette occasion, firent paraître une grandeur d'ame et une modération qu'on ne peut assez admirer. Car, s'apercevant que la trop grande autorité rendait leurs capitaines fiers et insolents , ils renoncèrent de bon cœur à la supériorité qu'ils avaient eue jusque-là sur les autres Grecs, et cessèrent d'envoyer de leurs chefs pour avoir le commandement des armées , aimant mieux avoir des citoyens sages x , modestes , et parfaitement soumis à la discipline et aux lois du pays , que de conserver la prééminence sur tous les autres Grecs.
Jusque-là les villes et les peuples de la Grèce avaient bien contribué de quelques sommes d'argent pour subvenir aux frais de la guerre contre les Barbares; mais cette répartition avait toujours causé de grands mécontentements , parce qu'elle ne se faisait pas avec assez d'égalité. On jugea à propos , sous le nouveau gouvernement , d'établir un nouvel ordre pour les finances , et de fixer une taxe qui serait réglée sur le revenu de chaque ville et de chaque peuple , afin que , les charges de l'état étant également réparties sur tous les membres qui le composaient , personne n'eût sujet de se plaindre. Il s'agissait de trouver un homme capable de s'acquitter dignement d'une fonction si importante pour le bien public , si délicate et si pleine de dangers et d'inconvénients. Tous les alliés jetèrent les
1 MôD.Xov atpoùu.EVOi awçpovoùv- tw àp^r,v à-rcâar.ç. (Plut, in fila toç i'xuv x.cd tgï; viôeuiv £p.[i.svovTa( Arist.) tcùç wo).tTaç, 7i tyj; EXXâiJoç fyivt
veux sur Aristide; ils lui donnèrent un plein pouvoir, et s'en rapportèrent entièrement à sa prudence et à sa justice pour imposer à chacun sa taxe. On n'eut pas lieu de se repentir d'un tel choix. Il administra les finances avec la fidélité et le désintéressement d'un homme qui regarde comme un crime capital de toucher au bien d'autrui , avec l'attention et l'activité d'un père de famille qui gouverne son propre revenu, avec la réserve et la religion d'une personne qui respecte les deniers publics comme sacrés. Enfin, chose trèsdifficile et très-rare , il vint à bout de se faire aimer dans un emploi où c'est beaucoup que de ne se pas rendre odieux. C'est le glorieux témoignage que Sénèque rend à une personne chargée à peu près d'un pnreil emploi, et le plus bel éloge que l'on puisse faire d'un surintendant ou contrôleur-général des finances. Je rapporterai ses paroles mêmes en latin , n'ayant pu rendre dans notre langue, comme je l'aurais souhaité, l'énergique et élégante brièveté de Sénèque : Tu qui- Sen. ia>. de
. j . . 7 . . j IJrev. Vitx
dem orbis terrarum rationes administras tam aosti- CaP. 18. nent er quam aliénas, tam diligent er quiim tuas, tam religiose quam publicas. In qfjîcio amorem consequeris, in quo odium vilare difficile est. C'est, à la lettre, ce que fit Aristide. Il montra tant d'équité et de sagesse dans l'exercice de ce ministère , que personne ne se plaignit; et dans la suite on regarda toujours ce temps comme le siècle d'or, c'est-à-dire comme le bon et l'heureux temps de la Grèce. En effet la taxe, qu'il avait fixée «à quatre cent soixante talents, fut portée par Périclès à six cents , et bientôt après jusqu à treize cents talents; non que les frais de la guerre montassent plus haut, mais parce qu'on faisait beaucoup de
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dépenses inutiles en distributions manuelles au peuple d'Athènes, en célébrations de jeux et de fêtes, en constructions de temples et d'édifices publics, et que d'ailleurs les mains de ceux qui touchaient les deniers publics n'étaient pas toujours si pures et si nettes que celles d'Aristide.
Car il est remarquable que ce grand homme sortit d'un ministère où l'on a coutume de s'enrichir , encore plus pauvre qu'il n'y était entré ; de sorte qu'après sa mort on ne trouva point chez lui de quoi faire les frais de ses funérailles. Le peuple s'en chargea , ainsi que du soin de nourrir et de marier ses filles. Aristide avait embrassé cet état1, si vil aux yeux de la plupart 1 des hommes , et s'y était toujours maintenu par goût et par estime ; et , loin de rougir de sa pauvreté , il n'en tirait pas moins de gloire que de tous ses trophées et de toutes les victoires qu'il avait remportées. Plutarque en cite une preuve que je ne puis m'empêcher de rapporter ici.
Callias , très-proche parent d'Aristide et le plus opulent citoyen d'Athènes , fut appelé en jugement. Son accusateur, insistant peu sur le fond de la cause, lui faisait sur-tout un crime de ce que , riche comme il était, il n'avait pas de honte de voir Aristide , sa femme et ses enfants dans l'indigence , et de les laisser manquer du nécessaire. Callias, voyant que ces reproches faisaient beaucoup d'impression sur l'esprit des juges, somma Aristide de venir déclarer devant eux s'il n'était pas vrai qu'il lui avait présenté de grosses sommes d'argent et l'avait pressé avec instance de vouloir les
1 Auto; ivçueivs ttS ttsvîoc, xai yittov àya— ûv rîiç ir:h twv Tftwaïwv Tviv à7T0 tcj ttevïIç sivcil oo'Çctv où^èv £iné\r,az. (Plut.)
accepter, et s'il ne les avait pas toujours constamment refusées en lui répondant qu'il pouvait se vanter à meilleur litre de sa pauvreté que lui de son opulence, que l'on pouvait trouver assez de gens qui usaient bien ou mal de leurs richesses , mais qu'il n'était pas aisé d'en rencontrer un seul qui portât la pauvreté avec courage et générosité, et qu'il n'y avait que ceux qui étaient pauvres malgré eux qui pussent rougir de l'être. Aristide avoua que tout ce que son parent venait de dire était vrai; et il n'y eut personne dans l'assemblée qui n'en sortît avec cette pensée et ce sentiment intérieur, qu'il eût mieux aimé être pauvre comme Aristide que riche comme Callias. Aussi Platon , en parcourant ceux qui ont été le plus renommés à Athènes, ne fait cas que d'Aristide. Car les autres, dit -il, comme Thémistocle l , Cimon , Périclès , ont, à la vérité , embelli la ville de portiques , de bâtiments superbes ; l'ont remplie d'or et d'argent , et d'autres pareilles superfluités et curiosités: mais celui-ci a laissé le modèle d'un gouvernement parfait , en ne se proposant pour but, dans toutes ses actions, que de rendre ses citoyens plus vertueux.
Cimon avait aussi de grandes qualités, qui servirent piut. in Vu beaucoup à établir ou à affermir la puissance des A thé- C""""1S niens. Outre les sommes d'argent auxquelles chacun des alliés était taxé, ils devaient encore fournir un certain nombre d'hommes et de vaisseaux. Plusieurs (rentre eux qui, depuis la retraite de Xerxès, ne respiraient plus que le repos et ne songeaient plus qu'à
QefitçoxXea [*èv yài, xal Kt- aX$eat tv.v itâkut ■ À^içsî^nv ïïk kol^wva, v.-j.\ Wi'j'M.i'j.-, çowv, xai XVreâ.ffctaâou -y.-, ijirr.'i. (Pi.ur. in y/./, y. % t '■>•) , /.')\ pXuap{&{ woXXfi< ht.- fila Aribt.)
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cultiver leurs terres, pour se délivrer des fatigues et des dangers de la guerre, aimaient mieux fournir de l'argent que des hommes, et laissaient aux Athéniens le soin de remplir de soldats et de rameurs les vaisseaux «puis étaient obligés de donner. D'abord on les chagrina fort, et on voulait les réduire à l'exécution littérale du traité. Cimon garda une conduite tout opposée. Il les laissa jouir tranquillement de la paix, sentant bien que les alliés , de braves guerriers qu'ils étaient auparavant, ne seraient plus propres qu'au labourage et au trafic, pendant que les Athéniens, qui auraient toujours la rame ou les armes à la main , s'aguerriraient de plus en plus , et deviendraient de jour en jour plus puissants. Cela ne manqua pas d'arriver; et ce furent ces peuples mêmes qui , à leurs propres frais et dépens , se donnèrent des maîtres , et , de compagnons et d'alliés qu'ils étaient, devinrent, en quelque sorte, sujets et tributaires des Athéniens.
Il n'y eut jamais de capitaine grec qui rabaissât la fierté ni la puissance du grand roi de Perse comme le fit Cimon. Après que les Barbares eurent été chassés de la Grèce, il ne leur laissa pas le temps de respirer, mais il les poursuivit vivement avec une flotte de plus de deux cents voiles, leur enleva leurs plus fortes places , et leur débaucha tous leurs alliés ; en sorte qu'il ne demeura pas un homme de guerre pour le roi de Perse dans toute l'Asie, depuis le pays d'Ionie jusqu'en Pamphylie. Poussant toujours sa pointe , il eut la hardiesse d'aller attaquer la flotte ennemie, quoique beaucoup plus nombreuse que la sienne. Elle était à l'embouchure du fleuve Eurymédon. 11 la défit entièrement , et prit plus de deux cents vaisseaux , sans
compter ceux qui furent coulés à fond. Les Perses étaient sortis de leurs vaisseaux pour aller joindre leur armée de terre, qui était près de là et côtoyait les rivages. Cimon, profitant de l'ardeur de ses soldats, que ce premier succès avait extrêmement animés , les fil aussi descendre de leurs vaisseaux , les mena droit contre les Barbares, qui les attendirent de pied ferme, et soutinrent le premier choc avec beaucoup de valeur, Mais enfin, obligés de plier, ils prirent la fuite. Le carnage fut grand ; on fit un nombre infini de prison mers et un butin immense. Cimon, ayant dans un seul jour remporté deux victoires qui égalaient la gloire des deux journées de Salamine et de Platée, si elles ne la surpassaient pas, alla, pour y mettre le comble, au-devant d'un renfort de quatre-vingts vaisseaux phéniciens qui venaient pour joindre la (lotte des Perses, et ne savaient rien de ce qui s'était passé. Ils furent tous pris ou coulés à fond , et presque tous les soldats tués ou noyés. Cet exploit d'armes dompta tellement l'orgueil du roi de Perse , qu'il fit ce traité de paix qui est si célèbre dans les anciennes histoires , par lequel il promit que désormais ses armées de terre n'approcheraient point plus près de la mer de Grèce que de quatre cents stades, qui font à peu près vingt lieues, et que ses galères ni autres vaisseaux de guerre ne pourraient avancer au-delà des îles Chélidoniennes et Cyanées.
Cimon, plein de gloire, revint à Athènes, et employa une partie des dépouilles à fortifier le port et à embellir la ville. Pendant son absence, Périclès s'était i>iut. \n \ rendu fort puissant auprès du peuple. Il n'était pas enc ' naturellement populaire; mais il l'était devenu par po-
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lilique, pour écarter les soupçons qu'on aurait pu avoir qu'il songeât à la tyrannie, et aussi pour contre-balaneer l'autorité et le crédit de Cimon, <jui était soutenu par la faction des riches et des puissants. Périelès avait eu une excellente éducation , et avait été instruit et formé par les plus habiles philosophes de son temps. Anaxagore, qui passait pour avoir attribué le premier les événements humains et le gouvernement du inonde, non à une aveugle fortune ni à une fatale nécessité, mais à une intelligence l supérieure qui réglait et conduisait tout avec sagesse , l'instruisit à fond de cette partie de la philosophie qui regarde les choses naturelles , et qui , pour cela , est appelée physique. Cette étude lui donna une force et une élévation d'esprit extraordinaires, et, au lieu des basses et timides superstitions qu'engendre l'ignorance, lui inspira, dit Plutarque, une piété solide à l'égard des dieux, accompagnée d'une fermeté d'ame assurée et d'une tranquille espérance des biens qu'on doit attendre d'eux. Il fit usage de cette science dans la guerre même. Car, dans le temps que la flotte des Athéniens se préparait à partir pour aller contre le Péloponnèse , une éclipse de soleil étant survenue , et voyant le pilote de la galère qu'il montait tout effrayé par cette subite obscurité, il lui jeta son manteau sur les yeux, et lui fit entendre qu'une pareille cause l'empêchait de voir le soleil. 11 s'était aussi fort exercé dans l'éloquence, qu'il regardait comme un instrument nécessaire à quiconque voulait conduire et manier le peuple. Les poètes 2 di-
1 C'est pour cela qu' Anaxagore fut 2 « Ab Aristophane poeta fulgu-
nomrué Noûç, c'est-à-dire, InteUi- rare, lonare, permiscere Graeciam irence. dictns est.» ( Orat. n. 29.)
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salent de lui qu'il ibudroyait , qu'il tonnait, qu'il motlait toute la Grèce en mouvement, tant il excellait dans le talent de la parole. Il n'était pas moins prudent et réservé dans ses discours que fort et véhément; et l'on remarque qu'il ne parla jamais en public sans avoir prié les dieux de ne pas permettre qu'il lui échappât aucune expression qui ne fût propre à son sujet. Eupolis disait de lui (pie la déesse de la persuasion résidait sur ses lèvres. Et, comme un jour on demandait à Thucydide * , son adversaire et son rival, qui de lui ou de Périclès luttait le mieux ; Quand je l'ai renversé par terre en luttant, répliqua-t-il , il assure le contraire avec tant de force , qu'il persuade en effet à tous les assistants, contre le témoignage de leurs propres yeux, qu'il n'est point tombé.
Tel était l'adversaire avec qui Cimon fut obligé d'en pi„i.
! , in Vita Cira,
venir souvent aux mains au retour de ses glorieuses campagnes. Mais, comme Périclès, par ses manières flatteuses et par la force de son éloquence , s'était rendu maître du peuple, il l'emporta enfin sur Cimon, et le fit condamner à l'exil par l'ostracisme. Au bout de cinq ans il en fut rappelé à cause du mauvais état des affaires d'Athènes par rapport aux Lacédémoniens; et Périclès, sacrifiant sa jalousie au bien public, ne rougit point d'écrire et de porter lui-même le décret t]u rappel de son adversaire. Dès qu'il fut revenu, il rétablit la paix, et réconcilia les deux peuples. Et, pour ôter aux Athéniens, enflés par l'heureux succès de tant de victoires , l'envie et l'occasion d'attaquer leurs voisins et leurs alliés, il jugea nécessaire de les mener au
1 Ce n'est pas l'historien.
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loin contre l'ennemi commun, cherchant par cette voie d'honneur à aguerrir en même temps et à enrichir ses citoyens. Il mit donc en mer une flotte de deux cents vaisseaux. Il en envoya soixante contre l'Egypte , et alla avec le reste contre l'île de Cypre. Il battit la flotte ennemie; et, dans le temps qu'il méditait la perte entière de l'empire des Perses, il fut blessé au siège d'une ville qu'il attaquait en Cypre , et mourut de sa blessure. Il avait sagement averti les Athéniens de se retirer en bon ordre en cachant sa mort : ce qui fut exécuté; et ils retournèrent chez eux en toute sûreté, sous la conduite encore et sous les auspices de Cimon , quoique mort depuis plus de trente jours. Depuis ce temps-là les Grecs ne firent plus rien de considérable contre les Barbares : la division se mit parmi eux; ils donnèrent à l'ennemi commun le temps de respirer, et ils se détruisirent eux-mêmes par leurs propres forces.
Plut, invita Cimon fut généralement regretté, et la suite fit en- Cim' core mieux connaître quelle perte la Grèce avait faite en sa personne. Il était riche et opulent : mais , dit Plutarque " , en citant les propres paroles de Gorgias , il possédait de grands biens pour en user; et il en usait Com. NeP. pour se faire aimer et honorer. L'histoire raconte de mVificim. lui, au sujet de sa libéralité, des choses qui à peine nous paraissent croyables , tant elles sont éloignées de nos mœurs. Il voulait que ses vergers et ses jardins fussent ouverts en tout temps aux citoyens , afin qu'ils pussent y prendre les fruits qui leur conviendraient. Il avait, tous les jours, une table servie frugalement , mais
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