TRAITK DIS I II DES
grandeur et noblesse, qui les rend pointilleuse, délicats et jaloux sur ce qui regarde le commandement, incompatibles avec leurs collègues, uniquement attentifs à s'attirer la gloire de tout, toujours prêts à sacrifier l'intérêt public à leur intérêt particulier, et à laisser faire des fautes à leurs rivaux pour en profiter. On voit une conduite toute contraire dans ceux dont j'examine ici le caractère.
Tbémistocle , peu de temps avant la bataille de Salamine , sentant que les Athéniens regrettaient Aristide, et desiraient sa présence, n'hésita point, quoiqu'il fut le principal auteur de son exil, à le rappeler par un décret commun à tous les bannis, qui leur permettait de revenir dans leur patrie pour l'aider de leurs bons conseils et la défendre par leur courage. Herod. i. s. Aristide ainsi rappelé vint , quelque temps après , ïhemist. et trouver Thémistocle dans sa tente pour lui donner un avis important d'où dépendait le succès de la guerre et le salut de la Grèce. Le discours qu'il lui tint mériterait d'être gravé en caractères d'or. « Thémistocle, « lui dit -il, si nous sommes sages, nous renoncerons « désormais à cette vaine et puérile dissension qui nous « a agités jusqu'ici; et, par une plus noble et plus sait lutaire émulation, nous combattrons à l'envi à qui « servira mieux la patrie, vous en commandant et « en faisant le devoir d'un bon et sage capitaine, et ( moi en vous obéissant et en vous aidant de ma per- « sonne et de mes conseils. » Il lui communiqua ensuite ce qu'il jugeait nécessaire dans la conjoncture présente. Thémistocle, étonné jusqu'à l'excès d'une telle grandeur d'ame et d'une si noble franchise , eut quelque honte de s'être laissé vaincre par son rival, et, ne rougissant.
Arist.
TRAITÉ DES ÉTUDES. ■2~j'.j
point d'en faire l'aven, promit bien d'imiter sa générosité ^ et même, s'il se pouvait, de la surpasser par tout le reste de sa conduite. Toutes ces protestations ne se terminèrent point à de vains compliments, mais elles furent soutenues par des effets constants; et Plutarque observe que, pendant tout le temps du commandement de Tbémistocle, Aristide l'aida en toute occasion de ses conseils et de son crédit r, travaillant avec joie à la gloire de son plus grand ennemi, par le motif du bien public. Et lorsque, dans la suite, la disgrâce de Tbémistocle lui eut donné une belle occasion de se venger, au lieu de se ressentir des mauvais traitements qu'il en avait reçus2, il refusa constamment de se joindre à ses ennemis, aussi éloigné de jouir avec une secrète joie de l'infortune de son adversaire qu'il l'avait été auparavant de s'affliger de ses beureux succès.
L'bistoire a-t-elle rien de plus acbevé en tout genre que ce que nous venons de rapporter ? et trouve-t-on même ailleurs quelque chose qu'on puisse comparer à cette noble et généreuse conduite d'Aristide ? On admire avec raison, comme un des plus beaux traits de la vie d'Agricola 3, qu'il ait employé tous ses talents et tous ses soins pour augmenter la gloire de ses gé-
ïlii-iy. G'jvs7;paTTE XaX ouve- 3 «Nec Agricola unquam in suam
ScuXsuev èv^oçoTaTov ir:\ dojTïjpîa faraam gestis exsultavit : ad aucto-
y.otvjj ttciôjv tov e/Ôiçov. (Plut, in rem et ducem, ut iuinister, f'ortu-
Vita Anst.) nam réfère bat. Ita virtute in ob.se-
Oj* È;j.v/,a»coty.y,(T£v. . . . où^s quendo , vcreciindià in nra-'dicando ,
a-E>.au<T£v ëybfou ouçuxoOvtoç , wa- extra invidiam, née extra gloriaiu
T.iâ oui lùnftspeÛVTt KOûiepOV ÎBÔO- crat. » (TA.ciT.in f'ita Agric. c. 8.) v/102. (Ibid.)