‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 5)Chapitre 5 sur 82 · Tome XXVII. Tr. des Étttd · texte numérisé non relu

Tome XXVII. Tr. des Étttd

5o I 11AÏTÊ DES ÉTUDIA.

nemis clos délices cl du luxe. Il vint lui-même trouver l'empereur, et accorda tout ce qu'on lui demandait.

Dans le parallèle de tout ce que j'ai rapporté jusqu'ici sur le faste et sur la simplicité, où l'on voit d'un côté tout ce qu'il y a de plus brillant, les richesses, les superbes bâtiments, les meubles et les vêtements les plus précieux, la table le plus somptueusement et le plus délicatement servie; et où l'on n'aperçoit d'autre part que pauvreté, simplicité, frugalité, modestie, mais accompagnées de victoires , de triomphes, de consulats, de dictatures, de l'empire même du monde entier; je demande, en ne consultant que le bon sens et la droite raison , de quel côté on mettra le noble et le grand , et auquel des deux l'on croira devoir accorder son estime et son admiration.- La délibération ne sera pas difficile. Et c'est ce sentiment naturel et non étudié que je regarde comme la règle du bon goût sur la solide gloire et la véritable grandeur.

Quand je cite ces anciens exemples de modestie et de -frugalité, mon dessein n'est pas d'exiger qu'on s'y conforme en tout. Notre siècle et nos mœurs ne comportent plus une vertu si mâle et si robuste. Il y a d'ailleurs des bienséances à garder; et l'on peut, dans chaque état et dans chaque genre , ramener les choses à une honnête et louable médiocrité, qui en justifie et en rectifie l'usage. Mais combien devrait -on avoir de honte et de regret, en voyant jusqu'à quel point nos mœurs ont dégénéré de la vertu de ces anciens païens ! et combien devrait-on faire d'efforts pour se rapprocher, au moins en quelque degré, de ces premières règles, si l'on est assez malheureux pour n'avoir plus le courage ou la liberté d'y atteindre !

TRAITÉ DES ÉTUDES. 5l

Mon dessein, en rapportant ces exemples, est, premièrement, d'apprendre aux jeunes gens qu'ils ne doivent point regarder comme misérables ni comme malheureux ceux qui mènent une vie pauvre et frugale. C'est la réflexion que fait Sénèque à l'occasion de ces exemples mêmes dont je parle. Croyons-nous1 , dit-il, que nos ancêtres, dont les vertus soutiennent encore aujourd'hui un empire que nos vices auraient fait périr depuis long-temps, fussent fort à plaindre parce qu'ils se préparaient eux-mêmes à manger, parce qu'Us n'avaient que des lits fort durs, parce qu'on ne voyait ni or ni diamants dans leurs maisons et dans leurs temples ?

J'ai bien senti qu'on pourrait me faire une objection sur tout ce que je dirais des anciens Grecs et Romains. Car, quoiqu'on ait du respect pour les exemples de la frugalité, de la simplicité, de la pauvreté d'Aristide, de Cimon, de Curius, de Fabricius, de Caton, etc., il est assez naturel d'en rabattre quelque chose, par la persuasion où l'on est que dans des républiques pauvres il ne leur était guère possible de vivre autrement; et il reste un doute dans la plupart des esprits, si ces exemples peuvent être d'usage pour notre siècle, qui est plus riche et plus abondant, et où l'on se rendrait ridicule de vouloir les imiter. Mais il me semble que l'exemple des empereurs doit rendre mes preuves complètes et sans réplique. En effet, si ces maîtres du monde, dont les richesses éga-

' « Scilicet majores nostri , quo- terra cubile erat, quorum teeta non-

rum virtus etiam nunc vitia nostra cl uni auro fulgc-bant , quorum tem-

sustentat, infelices erant, qui sibi pla nondùm gemma nitebant ? »

inann suâ parahant cibuin, quibiis (Ses. de Cotisai, ad Ilelv., cap. ro.)

5a TRAITÉ DES ÉTUDES.

laient la puissance, qui succédaient à des empereurs qui avaient porté le luxe, les délices, la bonne chère et les folles dépenses aux derniers excès , aimaient néanmoins la frugalité, la modestie, la simplicité, la pauvreté, que peut-on répliquer de raisonnable contre les maximes que j'ai avancées sur ce sujet?

Je demande si ces grands princes dont je viens de parler, si ces hommes extraordinaires, si ces génies supérieurs n'avaient pas le goût de la véritable grandeur et de la solide gloire; si toutes les nations et tous les siècles se sont trompés dans les éloges magnifiques qu'ils en ont faits; si quelqu'un osa jamais les accuser d'avoir avili ou la noblesse de leur naissance ^ ou la dignité de leur rang, ou la majesté de l'empire; si ce ne sont pas au contraire ces qualités-là mêmes qui les ont rehaussés davantage , et qui leur ont attiré plus universellement l'estime, l'amour, l'admiration de la postérité. Un particulier aujourd'hui se pourrait-il flatter d'être meilleur juge qu'eux de la véritable gloire? et se devrait-il croire ou malheureux, ou déshonoré, de se trouver dans une si illustre compagnie, et de se voir à côté d'un Trajan, d'un Antonin, d'un Marc- Aurèle ? Fera - 1 - on plus de cas d'un Apicius qui , se donnant pour maître consommé dans l'art de bien préparer un repas, gâta et corrompit son siècle par cette Seu. de Con- malheureuse science ? Qui, scientiam popinœ professus, cap. io. disciplina sud seculum infecit. Préférera - 1 - on aux grands exemples que j'ai cités ceux de Cahgula , de. Néron, d'Othon, de Vitellius, de Commode, d'Héliogabale ? Car, par un bonheur inestimable, tous les bons empereurs, généralement et sans exception, ont été du caractère que je recommande ici; et générale-

ment tous les méchants empereurs se trouvent dans la classe opposée , avec tous les vices que je condamne.

En second lieu, mon dessein est de faire estimer aux jeunes gens, dans les grands hommes de l'antiquité, le fonds même et le principe d'où partait le généreux mépris qu'ils faisaient de ce que presque tous les hommes admirent et recherchent;, car c'est ce fonds , c'est cette disposition de l'ame , qui est véritablement estimable. On peut, au milieu des richesses et des grandeurs, être détaché et modeste; comme l'on peut, dans l'obscurité d'une vie pauvre et malheureuse, conserver beaucoup d'orgueil et d'avarice.

L'empereur Antonin est regardé comme l'un des Dio, lib. 70. plus grands princes qui aient jamais régné. Il fut en vitaT° Ant. telle vénération à toute la postérité, que ni le peuple vitSacSi. romain, ni les soldats, ne pouvaient souffrir d'empe- rDiad- 9f^-

* * Lamprid. in

reur qui ne portât son nom ; et Alexandre Sévère vit» A1e*.

*■ r M. Aurel.

trouva même ce nom trop auguste pour oser le pren- Ub.i.c. 18,

,..,,, . , et 1. 6, c. 9.3.

dre. Antonin , par une égalité d esprit et une grandeur d'ame qui le rendaient indépendant de toutes les choses extérieures, se contentait pour l'ordinaire de ce qu'il y a de plus simple et de plus médiocre. Comme il ne recherchait rien de particulier dans sa nourriture, dans son logement, dans son lit, dans ses domotiques, dans ses habits, ne voulant que les étoffes communes et qui se rencontraient les premières ; aussi usait-il des commodités qui se présentaient, sans les rejeter par vanité, prêt à user de tout avec modération, et à se priver de tout sans chagrin.

C'est ce fonds et cette disposition d'esprit que la femme de Tubéron, dont j'ai déjà parlé, admirait surtout dans son mari, selon la remarque judicieuse de

5 i i i; à [TÉ DES études.

Plutarque. « Elle ne rougissait point * , dit cet histo- « rien , de la pauvreté «le son mari; mais elle admirait « en lui la vertu qui le faisait consentir à rester pau- « vre,» c'est-à-dire le motif qui le retenait dans sa pauvreté, en lui interdisant les moyens de s'enrichir, qui sont ordinairement peu honnêtes et mêlés d'injustice. Car les voies légitimes d'amasser du bien étaient trèsrares pour un noble romain, à qui celles du négoce et des manufactures étaient fermées, et qui ne pouvait attendre , pour récompense des services qu'il rendait à l'état, ni gratification, ni pension, ni aucune autre sorte de bienfaits que les officiers ont coutume aujourd'hui de recevoir de la libéralité de nos rois. Il ne pouvait guère devenir riche qu'en pillant les provinces comme les autres magistrats et les autres généraux ; et c'est cette grandeur d'ame , ce désintéressement , cette délicatesse , cet amour de la justice , qui lui faisaient rejeter tous les indignes moyens de sortir de la pauvreté, que cette dame admirait, et avec grande raison. Infiniment élevée au-dessus des sentiments ordinaires, elle démêlait a travers les voiles de la pauvreté et de la simplicité la grandeur d'ame qui en était la cause, et se croyait obligée de respecter encore davantage son mari, par l'endroit même qui l'aurait peut-être rendu méprisable à d'autres, ©auaa^ouca tyjv àperviv oC vjç 7t£vyiç y,v.

Il me semble que ce sont ces sortes de traits qu'il faut principalement faire remarquer aux jeunes gens dans la lecture de l'histoire, parce que rien n'est plus

1 Ovx. aîaxuv&fASVYi T7iv Ttsvtav toù àv^pô;, à/.Aa ôaup.aÇcuaa ttiv àps-

capable de leur former le goût et le jugement , et c'est à quoi doit tendre tout le travail des maîtres.

Tl est bon aussi de fortifier ces instructions par des exemples tirés de l'histoire moderne, et sur-tout des grands hommes dojit la mémoire est encore récente. Qui n'a pas entendu parler de la simplicité et de la modestie de M. de Turenne, dans son train et dans ses équipages? «Il se cache, dit M. Fléchier dans son « oraison funèbre, mais sa réputation le découvre. Il a marche sans suite et sans équipage, mais chacun dans « son esprit le met sur un char de triomphe. On <c compte, en le voyant, les ennemis qu'il a vaincus, « non pas les serviteurs qui le suivent. Tout seul qu'il « est, on se figure autour de lui ses vertus et ses vic- « toires qui l'accompagnent. Il y a je ne sais quoi de «noble dans cette honnête simplicité; et, moins il est « superbe, plus il devient vénérable.» Il avait le même caractère en tout; dans ses bâtiments, dans ses meubles, dans sa table. M. de Catinat, digne disciple d'un tel maître, l'imita dans cette simplicité comme dans

ses vertus guerrières.

J'ai entendu dire à des officiers qui avaient servi sous ces deux grands hommes , qu'à l'armée leurs tables étaient servies proprement, mais très-simplement; qu'elles étaient abondantes, mais militaires; qu'on n'y mangeait que des viandes communes, et qu'on n'y butait que du vin tel qu'il naissait dans le pays où les troupes se trouvaient.

Le maréchal de La Ferté, que son grand âge et ses infirmités avaient mis hors d'état de servir, avait un fils dont il faisait préparer les équipages pour la campagne. Son maître-d'hôtel avant fait, par ordre du fils,

une ample provision de truffes, de morilles, et de toutes les autres choses nécessaires pour faire d'excellents ragoûts, lui en apporta le mémoire. Le maréchal n'eut pas plus tôt vu de quoi il s'agissait, qu'il jeta le mémoire avec indignation en disant : « Ce n'est pas ainsi « que nous avons fait la guerre. De la grosse viande «apprêtée simplement, c'étaient là tous nos ragoûts. « Dites à mon fils que je ne veux entrer pour rien « dans une dépense aussi folle que celle-là , et aussi « indigne d'un homme de guerre. » On tient ceci d'un officier qui l'a entendu dire au maréchal de La Ferté.

Le même homme a remarqué que, dans la dernière guerre, les officiers qui se trouvaient rassemhlés à Paris -ne s'entretenaient presque que de la bonne chère qu'ils avaient faite pendant la campagne.

Louis XIV, dans le code militaire qu'il a laissé, et qui renferme divers règlements pour les gens de guerre, outre ce qui regarde la vaisselle d'argent, les équipages et les habits, recommande en particulier la simplicité et la frugalité des repas r, entre pour cela dans un fort grand détail, et défend, sous de grosses peines, les dépenses et la somptuosité des tables. C'est qu'un prince habile dans l'art de régner comprend aisément

1 Sa Majesté voulant par toutes accommodes, qui, à leur exemple,

voies ôter les moyens aux officiers- par une fausse réputation , croient

généraux de ses armées de se consti- être obligés de les imiter.... Défend

tuer en des dépenses inutiles et su- Sa Majesté aux lieutenants-géné-

perflues comme celles qui se font en raux , etc. , qui tiendront table , d'y

leurs tables , s'étant introduit une faire servir autre chose que des po-

méchante coutume de faire dans les tages et du rôti , avec des entrées et

armées des repas plus magnifiques entremets qui ne seront que de gros-

et somptueux qu'ils ne font ordinai- ses viandes , sans qu'il puisse y avoir

rement en leurs maisons ; ce qui non- aucune assiette volante , ni hors-

seulement incommode les plus riches, d'œu vre, etc. (Règlements du 1 4 mars

mais ruine entièrement les moins 1672 , et dupremier avril 1705. )

TRAITÉ DES ÉTUDES. 5j

de quelle importance il est pour l'état de bannir des armées tout luxe et toute magnificence, de réprimer la folle ambition I de ceux qui croient se distinguer par une fausse politesse et par l'étude de tout ce qui énerve et amollit les hommes * , et de couvrir de honte des profusions qui consument en peu de mois ce qui servirait pendant plusieurs années.

§ V. Dignités, Honneurs.

Les dignités' et les marques de respect qui y sont attachées peuvent avoir de quoi flatter agréablement l'ambition et la vanité de l'homme; mais elles ne lui procurent point, par elles-mêmes, une véritable gloire ni une solide grandeur, parce qu'elles lui sont étrangères, qu'elles ne sont pas toujours la preuve et la récompense du mérite, qu'elles n'ajoutent rien aux bonnes qualités ni du corps ni de l'esprit, qu'elles ne remédient à aucun de ses défauts , et que souvent , au contraire, elles ne servent qu'à les multiplier et à les rendre plus remarquables en les rendant publics et les exposant à un plus grand jour. Ceux qui jugent sainement des choses , sans se laisser éblouir par un vain éclat, ont toujours regardé les dignités comme un poids dont ils se trouvaient plutôt chargés qu'honorés; et plus elles étaient élevées, plus ce poids leur a paru pesant et terrible. Il n'y a rien de plus grand

' « Ambitione stolidâ luxnriosos :' « Paulatûn discessura ad delinî-

apparatus conviviorum , et irrita- menta vitiorum, balnea , et copvi-

menta libidinum , ut instrumenta viorum elcganliam; idque apud im-

ln-lli , lucrantur. » (Tac. Hist. lib. i ', pcritos humanités vocatur. » (Tac.

cap. 88.) m.Vita Agric. , cap. ai.)

►8 i i: \ i r i n ES ÉTUDES.

ni de plus brillant aux yeux des hommes, que l'autorite souveraine el la royauté; et il n'y a rien en même temps de plus pénible ni de plus accablant. La gloire qui l'environne fait qu'on admire avec raison ceux qui ont eu le courage de la refuser : les travaux et les peines dont elle est inséparable font qu'on admire encore davantage ceux qui en remplissent tous les devoirs. Ces jeunes Sidoniens qui refusèrent le sceptre qui leur était offert, avaient bien compris, comme Éphestion le leur dit, qu'il y avait infiniment plus de gloire Quint. Curt. à mépriser la royauté qu'à l'accepter : Primi intellexistis quanto majus esset regrwm Jastiaire , quant accipere. Et la réponse d'Abdolonyme, qu'on avait tiré de la poussière pour le faire monter sur le trône, marque assez quels étaient ses sentiments. Alexandre lui ayant demandé comment il avait porté son état de pauvreté et de misère : «Plaise aux dieux, répondit-il, que je « puisse porter la royauté avec autant de force et de « courage! » Utinani, inquit, eodem animo regnum pâti possim ! Ce mot , regnum pati, porter , souffrir la royauté, est plein de sens, et signifie qu'il la regardait comme un fardeau plus pesant et plus dangereux que la pauvreté-.

On verra dans la suite combien il a fallu faire de violence à Numa Pompilius, second roi des Romains, pour lui faire accepter une autorité qui lui paraissait d'autant plus formidable qu'elle lui donnait un pouvoir presque sans bornes, et que, sous le titre spécieux de roi et de maître , elle le rendait effectivement le serviteur et l'esclave de tous ses sujets. Vopisc. in Tacite et Probe, qui ont fait tant d'honneur à leur

Vit. Taciti , - L , v , , ,

etProbi. place, turent tous deux élevés a 1 empire maigre eux.

Le premier eut beau représenter son âge avancé et sa faiblesse, qui le mettaient hors d'état de marcher à la tête des armées, tout le sénat lui répondit l que c'était à son esprit et à sa prudence que l'empire était confié, et que c'était son mérite que l'on choisissait et non son corps. Une lettre que Probe écrivit à un des principaux officiers de l'empire, nous apprend quels étaient ses véritables sentiments. « Je n'ai jamais « désiré , lui dit-il , la place où je suis; je -n'y suis monté « qu'à regret, et je n'y demeure que parce que j'y suis « forcé par la crainte de jeter la république dans de « nouveaux périls, et de m'y exposer moi-même. »

Après la mort de l'empereur Maximilien, on vit vie naître de puissantes brigues de la part de ceux qui p^"1^' prétendaient à l'empire. Les deux plus considérables concurrents furent François Ier et Charles V. Les électeurs, pour mettre fin à ces contestations 2, résolurent de les exclure tous deux comme étrangers, et de mettre la couronne impériale sur la tête d'un homme de leur nation et du nombre des électeurs. Us choisirent donc, dupe commune voix, Frédéric de Saxe, surnommé le Sage, qui demanda deux jours pour se déterminer, et au troisième il remercia les électeurs avec beaucoup de modestie, en leur représentant qu'à l'âge où il était, il ne se sentait pas assez de force pour soutenir un si grand poids. Toutes les remontrances qu'on lui fit n'ayant pu vaincre sa résistance, les

1 -< Quis meliùs quam senex im- de se donner un maître puissant, au

perat? Imperatorem te, non militem lieu d'un chef ( Robertsow's llist.

facimus. Tu jul>e, milites pugnent ; of Charles F, tome II, p. (içj . < ■<•/.

.minium luiim , non corpus elip'mus. lins.). — L.

' Et sur-tout pour ê\ tter le danger

(lecteurs le prieront de nommer la personne qu'il jugerait, en conscience, la plus propre, l'assurant qu'ils s'en rapporteraient à son avis. Frédéric refusa longtemps de le faire; mais enfin, forcé par les vives insinuées des électeurs, il se déclara pour le roi Catholique.

Ce que nous avons dit de l'autorité souveraine, il iaut le dire de toutes les places de l'état et de toutes les magistratures. Les princes les plus éclairés ont écarté les ambitieux , et cherché ceux qui fuyaient les emplois. Ils ont vu , malgré les ténèbres de l'infidélité , Lamprid. in « que la république ne pouvait être sûrement confiée Sever?X « qu'à ceux qui avaient assez de mérite pour n'oser « s'en charger. » Et ils cherchaient avec tant de soin des hommes dignes des premières places, qu'ils en trouvaient à qui il fallait faire violence pour les leur faire accepter, comme Pline le fait remarquer de Trajan.

Tous ces exemples nous montrent qu'il n'y a rien de véritablement grand dans les dignités, que le danger qui les environne; qu'il faut mettre la.véri table gloire à savoir les mépriser généreusement, ou à ne s'en charger que pour l'utilité publique ; que la solide grandeur consiste à renoncer à la grandeur même , qu'on en est esclave dès qu'on la désire, et qu'on est audessus d'elle quand on la méprise.

§ VI. Victoires , Noblesse d'extraction , Talents de l'esprit. Réputation.

Je réunis sous un même titre ces avantages, quoique très -différents entre eux, parce qu'ils ont tous

quelque chose d'extrêmement flatteur et de séduisant, et qu'ils paraissent avoir quelque chose de plus propre et de plus personnel à ceux qui les possèdent. Mais , quoiqu'ils soient d'un ordre bien supérieur aux autres biens dont j'ai parlé jusqu'ici, ce n'est point encore là pourtant ce qui -fait la solide gloire et la véritable grandeur.

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