O'S TR AMI [>FS ÉTUDES
« étaient tombés entre les mains du peuple romain, « qui aimait mieux gagner les cœurs par des bienfaits « que de les assujettir par la crainte, et s'attacher les « peuples étrangers par la qualité honorable d'amis et « d'alliés que de les réduire à la triste et honteuse « condition d'esclaves. »
Ce fut en cette occasion qu'une dame respectable par son âge et par sa naissance, femme de Mandonius, frère d'Indibilis, roi des Ilergètes, vint se jeter aux pieds de Scipion avec plusieurs jeunes princesses, filles d'Indibilis, et d'autres de même qualité, pour le prier d'ordonner à ses gardes d'en prendre un soin particulier. Scipion, qui ne comprit pas d'abord sa pensée, répondit que rien ne leur manquerait. Alors cette dame, reprenant la parole, « Ce n'est pas là *, dit -elle, ce « qui nous occupe; car, dans l'état où la fortune nous « a réduites, de quoi ne devons-nous pas nous con- « tenter? Une autre inquiétude me trouble et m'alarme « quand je considère la jeunesse et la beauté de ces « captives; car, pour moi, mon âge me met hors de « danger et de crainte. » Et elle lui montra en même temps ces jeunes princesses, qui toutes la respectaient comme leur mère. « Ma gloire % et celle du peuple ro-
universos bonum aiiimum habere periculum injuria; muliebris sum )
jussit: venisse eos in populi romani stimulât. » (Id. ibid.)
potestatem, qui beneficïo quàm me- 2 « Tuni Scipio : Meœ populique
tu obligare hommes malit; exteras- romani disciplinai causa facerem ,
que gentes fide ac societate junctas inquit, ne quid, quod sanctum us-
babere , quam tristi subjectas servi- quam esset , apud nos violaretur.
tio. » (Liv. lib. 26 , n. 49. ) Nunc , ut id curem impensiùs, ves-
1 « Haud inagni ista facimus, in- tra quoque virtus dignitasque facit ,
quit : quid enim huic fortunae non quœ ne in rnalis quidem oblitae deco-
satis est? Alia me cura, œtatem ba- ris matronalis estis. » (Id. ibid.) l'uni intuentem (nain ipsa jam extra
« main, répliqua Scipion, m'engageraient à faire res- « pecter parmi nous ce qui doit être respecté en quelque « lieu du monde que ce soit. Mais vous me fournissez « un nouveau motif d'y veiller encore avec plus de « soin, par l'attention vertueuse, que je remarque en « vous, «à ne penser qu'à la conservation de votre honte neur au milieu de tant d'autres sujets de crainte. » Après cet entretien, il les confia à un officier d'une sagesse reconnue, et lui ordonna d'avoir pour elles les mêmes égards que si elles appartenaient à des amis ou à des alliés des Romains.
Après cela, on lui amena une princesse d'une rare beauté. Elle était fiancée avec AJlucius, prince des Celtibériens. Il fit aussitôt venir ses parents, avec celui qui lui était destiné pour époux. Il marqua à ce dernier que son épouse avait été dans sa maison comme elle aurait pu être dans celle de son père \ «J'en ai usé a ainsi , ajouta-t-il , pour être en état de vous faire « un présent digne de vous et de moi. Je ne vous de- « mande d'autre marque de reconnaissance sinon que « vous deveniez ami du peuple romain. Si vous me « croyez homme de bien, tel qu'ont été parmi ces na- « tions mon père et mon oncle, sachez qu'il y en a « beaucoup d'autres dans Rome qui nous ressemblent; « et qu'il n'y a point de peuple aujourd'hui sur la terre.
1 « Fuit sponsa tua apud me cà- quales patrem patruumque raciim
clem, quà apud soceros tuos païen- jam ante ha; gentes norant, scias
tesque suos , verecundiâ. Servata tïbî multos nostri simïlesin civitate ro-
esl , ut inviolatum et dignum me te- mana esse : necullum in terris popu-
que daii tibi donnai posset. liane luin bodic dici posse , queiu niiniis
mercedem unam pro <■<> munere pa- tibi hostem tuisque esse velis, aut
ciscor : amicus populo romano sis. amîcum mails. »( Id. ibid. n. 5o.) El , si me vlrum boruun credis esse,
« dont vous deviez rechercher avec plus de soin Pami- « tié pour vous et pour les vôtres, ni dont vous deviez « plus redouter l'inimitié. » Comme les parents de la fille pressaient Scipion d'accepter la somme considérable qu'ils avaient apportée pour la racheter, ayant fait mettre à ses pieds tout cet or et cet argent ; « J'a- «< joute, dit-il en s'adressant à Allucius, cette somme à <( la dot que vous devez recevoir de votre beau-père ; » et il l'obligea de l'emporter. Ce prince ne fut pas plus tôt de retour dans son pays, qu'il publia par-tout les grandes qualités de Scipion , en disant « qu'il était « venu dans l'Espagne un jeune homme semblable aux « dieux * , qui se soumettait tout par la force de ses arec mes, et encore plus par sa bonté et par ses bience faits. » Peu de temps après , ayant fait des levées parmi ses vassaux, il revint le trouver avec quinze cents cavaliers.
Scipion, après avoir employé l'hiver à se concilier l'esprit des peuples , partie en leur faisant des présents, partie en leur renvoyant les otages et les prisonniers, se mit en campagne dès que la saison le permit. Les deux princes dont nous avons parlé, Indibilis et Mandonius, vinrent à sa rencontre avec leurs troupes; et, l'assurant que jusque-la leur corps seul était demeuré parmi les ennemis x , mais que leur cœur avait été où ils savaient que la vertu et la justice étaient en honneur, ils se rendirent à lui, et se mirent sous sa protection. On fit ensuite venir devant eux leurs femmes
1 « "Venisse diis simQlimum juve- ad id remplis apud eos (Caitbaginem, vincentem orania, cuniarniis, nienses) fuisse: animum janiprideni tum benignitate ac benefkiis. » ( Liv. ibi esse , ubi jus ac fas crederet coll.» lib. 26, n„5o.) (H. lib. 27 , n. 17.)
2 « Itaque corpus duntaxat suum
TRAITÉ DES ÉTLDl.s. 4 ' *
et leurs enfants; et la joie, de part et d'autre, étouffanl la \oix et les paroles, ne s'expliqua long-temps que par les pleurs et les embrasseinents.
Asdruhal , effrayé clés sucées rapides de l'année romaine, crut que l'unique moyen de les arrêter était de donner une bataille. C'est ce que demandait Scipion, et à quoi il s'était bien préparé. Elle se donna en effet. Les Carthaginois furent vaincus, et laissèrent sur la place plus de huit mille hommes. Asdruhal prit sa route vers les Pyrénées, d'où il partit ensuite pour aller joindre en Italie son frère Annibal. Ce fut après cette Liv. iii>. ,7, victoire de Scipion, que les peuples, charmés de sa valeur et de sa modération, voulurent lui donner le nom de roi. Scipion leur représenta que ce nom, si estimé par-tout ailleurs, était détesté chez les Romains : que, pour lui , il se contentait d'avoir les inclinations royales ; que s'ils les regardaient comme ce qu'il y a de plus capable de faire honneur à l'homme, qu'ils se contentassent de les lui attribuer en secret sans lui en donner le nom. Ces peuples, quoique barbares, soutirent quelle grandeur d'aine il y avait à mépriser une qualité qui faisait l'objet de l'admiration et de l'envie du reste des mortels.
Scipion, deux ans après, envoya son frère a Rome Td.iib.o.8, pour y porter la nouvelle de la conquête des Espagnes. Mais il portait ses vues bien plus loin, et ne regardait cette conquête que comme un prélude et une préparation à celle de toute l'Afrique.
La valeur n'élait par la seule qualité de Scipion. Il n>id.n. f« avait une merveilleuse dextérité à manier les esprits et a les amener à son but par la voie de l'insinuation, comme il le fit voir dans la célèbre entrevue qu'il eut
/|I9. TRUTK I)F. S ÉTTTDTS.
avec Syphax, roi de Numidie, où se trouva Àsdrubâl ' , <jui avoua que, quelque idée (ju'il eût des vertus militaires de Scipion, il lui avait encore paru j)lus grand et plus admirable dans cette conférence.
Scipion retourne à Rome , est nommé Consul, et se prépare à la conquête de l'Afrique,
.iv.lib. 28, Le bruit des victoires et des grandes vertus de Scipion l'avait devancé à Rome, et y avait disposé tous les esprits en sa faveur. Des qu'il y fut arrivé, on le nomma consul d'un consentement général, et on lui donna pour département la province de Sicile. C'était un acheminement certain pour passer en Afrique, et il ne dissimulait pas que c'était là sa vue et son dessein.
Fabius Maximus, soit circonspection excessive, qui approchait assez de son caractère, soit jalousie secrète, employa tout son crédit et toute son éloquence dans le sénat pour le traverser, et allégua contre lui plusieurs raisons très-fortes en apparence. Scipion les réfuta toutes ; et , ayant fini cette dispute en déclarant qu'il s'en tiendrait à l'avis du sénat, il fut arrêté qu'il aurait pour province la Sicile avec permission de passer en Afrique s'il le jugeait utile au bien de la république.
Il ne perdit point de temps, et partit aussitôt pour la Sicile, ne quittant point de vue le dessein qu'il avait de porter la guerre chez les ennemis 2. Lélius était
1 Cet Asdrubâl n'était pas le frère nis jam excidia agilabat animo. » d'Annibal. (Liv. lib. 29, n. 1.)
2 « Nihil parvuiu , sed Cartliagi-
passé en Afrique avec quelques troupes. Le bruit se répandit que c'était Scipion Lui-même qui y était arrivé avec son année. Carthage trembla, et se crut perdue. Llle fut bientôt détrompée; mais elle ne laissa pas de dépêcher des courriers vers les généraux quelle avait en Italie, avec ordre de l'aire tous leurs efforts pour obliger Scipion d'y revenir. Masinissa, qui avail embrasse le parti des Romains, et qui était fort puissant en Afrique, le pressait vivement d'y passer, et lui luisait faire des reproches de ce qu'il frustrait si longtemps l'attente des alliés. Scipion n'avait pas besoin d'être animé par de telles remontrances. Il travaillait sans relâche aux préparatifs de la guerre, et hâtait son départ avec toute la vivacité possible.
Cependant les ennemis de Scipion avaient fait courir [d. ni). 2(,. le bruit à Rome, qu'il passait le temps à Syracuse dans la bonne chère et dans les plaisirs ; que la garnison de la ville, à son exemple, était plongée dans la débauche , et que la licence et le désordre régnaient dans toute l'armée. Fabius, ajoutant foi à ces bruits, se porta aux dernières violences contre Scipion, et fut d'avis qu'on le rappelât sur-le-champ. Le sénat, plus sage et plus modéré, voulut, avant toutes choses, être éclairci de la vérité. Il nomma des commissaires, qui, s'étant transportés sur les lieux, trouvèrent tout dans un merveilleux ordre : les troupes parfaitement disciplinées, les magasins fournis de vivres, les arsenauv remplis d'armes et d'habits, les galères bien équipées et prêtes à mettre à la voile. Ce spectacle les remplit de joie et d'admiration. Ils conçurent que, si Carthage pouvait être vaincue, ce devait être par un tel chef et une telle armée; et ils pressèrent Scipion, au nom
n. ly-a'J.
4 l4 I K \ ! I l DES ÉT1 DES.
du sénat, de qui ils avaient reçu cet ordre, de hâter son départ et de remplir au plus tôt l'attente et les vœux du public.
,iv.iib. 29, Il partit donc. La Sicile accourut en foule pour être téniohf de son départ. Scipion, déjà si célèbre par ses victoires, et destiné dans l'esprit des peuples aux plus grands événements, attirait les yeux et l'attention de tout le monde. On admirait sut -tout la hardiesse du dessein dont lui seul était auteur, et qui n'était venu dans l'esprit à aucun des autres chefs, d'arracher Annibal de l'Italie en allant attaquer Carlhage, et de transporter et finir la guerre en Afrique même. Scipion, après avoir fait du haut de la poupe des prières et des libations aux dieux, s'avança en pleine mer, suivi des cris de joie , des vœux et des bénédictions de tout le peuple.
id. ibid. La navigation fut courte et heureuse. Dès que Sci-
pion aperçut les bords de l'Afrique , levant les yeux et les mains vers le ciel il pria les dieux de favoriser son entreprise. Le bruit de son débarquement jeta l'alarme sur toute la cote, et dans Carthage même.
Scipion , après avoir ravagé tout le plat pays , se rendit maître d'une ville d'Afrique assez opulente, où il fit huit mille prisonniers. Mais ce qui lui donna plus de joie fut l'arrivée de Masinissa, prince fort brave, qui lui amena un corps de cavalerie considérable. !bid. n. 35. Les Carthaginois avaient mandé promptement Asdrubal, qui leva une armée de plus de trente mille hommes. Mais leur grande ressource était dans Syphax , qui arriva effectivement bientôt après avec cinquante mille hommes de pied et dix mille chevaux. Son ar-
rivée obligea Scipion d'interrompre le siège d'Utique , ville maritime, qu'il avait commencé d'attaquer.
Quand l'hiver fut passé, Scipion reprit le siège. As- id. iib.3o, rlrubal était campé assez près de lui, et Syphax n'en était pas fort éloigné. Celui-ci proposa quelques conditions de paix, dont la principale était que les Romains sortiraient d'Afrique, et qu'A nnibal abandonnerait l'Italie. Rien n'était plus contraire aux vues et aux desseins de Scipion : mais il feignit de ne pas s'éloigner des propositions qu'on lui faisait, et traîna exprès la négociation en longueur , faisant naître tous les jours quelque nouvelle difficulté. Dans les différentes entrevues qui se firent de part et d'autre, il avait fait déguiser en valets quelques officiers de mérite, avec ordre, lorsqu'ils seraient chez les ennemis, d'examiner , avec soin , tous les dehors des deux camps , leur étendue , la distance qu'il y avait entre l'un et l'autre, et la matière dont étaient fabriquées les baraques des soldats; outre cela, la discipline qui s'y observait, et l'ordre de la garde pendant le jour et des veilles pendant la nuit. Lorsqu'il fut instruit de tout ce qu'il voulait savoir, il rompit la trêve, sous prétexte que son conseil ne voulait la paix qu'avec Svphax. Et, pour ôter tout soupçon aux ennemis, il ht mine de vouloir attaquer Utique du coté de la mer. Quand il jugea qu'il était temps d'exécuter l'entreprise, il chargea Lélius et Masinissa d'aller brûler le camp de Syphax, pendant que lui-même irait mettre le feu à celui d'Asdrubal. Ils partirent à l'entrée de la nuit avec des feux. Les mesures que Scipion avait prises étaient si justes, que son dessein réussit au-delà de ce qu'il pouvait espérer. Le fer ou le feu détruisit les
4l(i TRAITÉ DES ÉTUDES.
deux puissantes années des ennemis; et de plus de cinquante mille hommes dont elles étaient composées à peine s'en sauva-t-il trois mille. Ceux qui voulurent passer d'un camp dans l'autre, s'imaginant être les seuls qu'on eût surpris, tombèrent dans une embuscade qu'il avait disposée au milieu de l'espace qui séparait les deux camps. Le butin fut immense. Plusieurs villes aussitôt se rendirent à lui volontairement. Une seconde victoire , remportée sur les mêmes chefs et sur la nouvelle armée qu'on avait mise sur pied avec grande peine, rendit Scipion maître absolu de la campagne. Lélius et Masinissa poursuivirent Syphax, qui fut fait prisonnier dans un combat; après quoi, ils assiégèrent et prirent la capitale de son royaume. Ce fut pourlors qu'arriva la fameuse histoire de Sophonisbe. Svphax fut mené à Rome. Dès qu'on y eut appris la nouvelle d'un succès si complet, le peuple se répandit aussitôt dans tous les temples pour en rendre grâces aux dieux, iv. lîb. 3o, Annibal reçut en même temps des ordres de Car-
thage, qui l'obligeaient de partir sur-le-champ. La face des affaires était bien changée en Italie. Il y avait reçu plusieurs échecs qui lavaient extrêmement affaibli. Il avait eu la douleur de voir prendre presque à ses yeux Capoue par les Romains , sans que sa marche vers Rome eût pu les arracher de ce siège. Il s'en approcha inutilement, et cette parole alors lui échappa1, «que « les dieux lui ôtaient tantôt la pensée , tantôt le pouce voir de prendre Rome. » Ce qui lui fit plus de peine fut d'apprendre que, dans le temps même qu'il était
1 « Audita vox Annibalis fertur , nientcm non dari , modo fortunam. » Potiundae sibi urbis Rouiat; modo (Lit. lib. 26, n. II.)
aux portes de la ville, il était parti une recrue pour l'Espagne. Mais ce qui acheva de le déconcerter fut la défaite entière de L'armée d'AsdrubàPson frère, qu'il n'apprit que par la tête de ce général, qui fut jetée dans son camp. Il fut donc forcé de se retirer dans les extrémités de l'Italie. C'est là qu'il reçut les ordres de C.arthage, qu'il ne put entendre sans pousser des soupirs et sans presque verser des larmes, frémissant ' de colère de se voir ainsi forcé d'abandonner sa proie. Jamais exilé ne témoigna plus de regret en quittant son pays natal, qu'Annibal en sortant d'une terre ennemie. 11 tourna souvent les yeux: vers les côtes de lltalie, accusant les dieux et les hommes de son malheur, et prononçant contre lui-même mille exécrations, de ce qu'au sortir de la bataille de Cannes il n'avait pas conduit à Rome ses soldats encore tout fumants du sang des Romains.
Quand il fut arrivé en Afrique , il proposa à Scipion u. ibid. une entrevue. On convint du temps et du lieu. Ces deux capitaines, non-seulement les plus illustres de leur temps, mais dignes d'être mis en parallèle avec ce qu'il y avait jamais eu de plus grands princes et de plus fameux généraux, demeurèrent quelque temps en silence, comme étonnés à la vue l'un de l'autre, et occupés d'une mutuelle admiration. Enfin Annihal prit le premier la parole ; et, après avoir loué Scipion d'une
1 «Frendens, gemensque, ac vix Italke littora, deoi honlinesque ac-
lacrymis temperans , dicitur legato- cusantem , in se quoque ;ic suum
min verba audîsae. . . Rarù quem- ipsius capul e&secratum , <|nùd son
quam alium, patriam exsilii causa cruèntumab cannensi rictoria mili-
relinquentem , magis mœsl mu abîsse tem Rbmam duxisset. <> ( ld. lib. 3o
ferunt , quàm Anaibalem hostium n. ±v.) terra excedentem. Respexisse s»pc