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tinne. ("elle proposition causa une grande joie au peuple, persuadé qu'il était que Scipion vainqueur serait d'une plus grande ressource pour le consul et l'armée romaine qu'Annibal vaincu pour Antiocbus. Sa demande lui fut donc accordée presque d'un consentement universel, et cinq mille vieux soldats qui avaient servi sous lui le suivirent en qualité de volontaires.
L'effet répondit a l'espérance. Le consul se prépara a porter la guerre en Asie. 11 fallait auparavant s'assurer des dispositions de Philippe, par le pays duquel l'armée devait passer. On le trouva très-bien intentionné. Il fournit aux troupes tous les rafraîchissements nécessaires. Il se piqua sur-tout de traiter les généraux et les officiers avec une magnificence royale. Il les accompagna non -seulement dans la Macédoine, mais dans la Tbrace, et jusqu'à l'Hellespont. id. ib. n. 25. Antiocbus fit beaucoup d'efforts pour engager dans son parti Prusias, roi de Bitbynie, en lui faisant craindre pour lui-même les suites des conquêtes de Scipion , et lui représentant que le dessein des Romains était de détruire tous les royaumes de la terre pour y établir leur seul empire l. Les lettres des Scipion qui lui furent rendues dans ce même temps, et l'arrivée de l'ambassadeur romain qui survint fort à propos lorsqu'il délibérait, firent plus d'impression sur son esprit que les raisons et les promesses d'Antiochus. Il sentit combien il était et plus sur et plus utile pour lui d'entrer en alliance avec les Romains, et il la conclut sur-le champ, ibid. Plusieurs échecs qu'Antiochus avait reçus et par
terre et par mer le firent songer sérieusement à la paix.
1 « Venire eos ad omnia régna terraium nisi Runianum impeiium tollenda , ut nulluni usquaui orbis esset » (Liv. lib. 37, n. 25.)
T R Y I I i: D E S É TTJ D I S. 4a9
La gratideur d'ame de Soipion l'Africain r, lu modération avec laquelle il avait usé de ses victoires en Espagne et en Afrique, et le haut point de gloire où il était parvenu et dont il devait être rassasié, lui faisaient espérer de trouver par son canal plus de facilité dans sa négociation : outre qu'il avait entre les mains le fils de ce général , qui apparemment avait été fait prisonnier dans quelque combat ; et il offrait de le rendre à son père sans rançon, si la paix se concluait. Les Romains, accoutumés à ne jamais rien rabattre des conditions qu'ils avaient une fois proposées, s'en tinrent à celles qui avaient été offertes dès le commencement de la guerre : ainsi la négociation fut sans effet. Scipion, pour répondre à l'honnêteté d'Antiochus, lui fit dire que, comme père et particulier, il ne manquerait aucune occasion de lui marquer sa reconnaissance; mais qu'il ne devait rien attendre de lui comme homme public et commandant : qu'au reste le seul Conseil qu'il pouvait lui donner comme ami était de renoncer à la guerre, et de ne refuser aucune des conditions de paix qu'on lui offrait.
Les Romains firent une marche de plusieurs jours ïbid.n.3* pour chercher et atteindre l'ennemi. Le roi était campé à Thvatire. Il apprît que Seipion l'Africain était demeuré malade à Liée : il lui renvoya son (ils. La joie de revoir un fils tendrement aimé ne fit pas moins d'impression sur le corps que sur l'esprit de ce père.*.
2 >< In Scipionc Africain) inuxi- qui deinde in Alïiea fuisset. » (lit.
maiu Bpcm habfcbat ; praetercpiaui il>id. n. 34-)
quod et magnitùdp. animj , et satie- 2 « Non solùra aqimo patno
.tas gloriâv, placabuçm èuin maxi- gratutn munus', sed corpori quo
mè iacicli.it : potunaque erat gen- que salubre gaudium fuit. » ( IMd.
tilms qui victor ille in Hispania, n. ^7.)
43o TRAITÉ DES ÉTUDES.
Après l'avoir tenu long-temps embrassé et satisfait sa tendresse, « Allez, dit- il aux députés, assurer le roi « de ma reconnaissance, et dites-lui que pour le pré- « sent je ne puis lui en donner d'autre marque que « de lui conseiller d'attendre, pour donner le combat, « que je sois retourné au camp. »
Cependant le consul avançait toujours. Enfin il arriva près de l'armée d'Antiochus. Celui-ci la tint plusieurs jours dans son camp sans vouloir hasarder la bataille. L'hiver était proche, et le consul craignait que la victoire ne lui échappât des mains. Voyant donc ses troupes pleines d'ardeur, il les mena contre l'ennemi. Le combat fut long et opiniâtre : mais enfin la victoire tourna entièrement du côté des Romains. Le roi perdit en cette journée cinquante mille hommes de pied, et quatre mille de cavalerie, sans compter les prisonniers. Il se retira en désordre avec le peu de troupes qui lui restait, d'abord à Sardes, puis à Apamée. Cette victoire fut suivie de la reddition des plus fortes villes de l'Asie.
Il arriva bientôt après des députés de la part d'Antioclius, qui avaient ordre d'accepter telles conditions de paix qu'il plairait aux Romains de lui imposer. Ce furent les mêmes qui avaient été proposées dès le commencement : que le roi céderait tout ce qu'il possédait en Europe, et toutes les villes qu'il avait dans l'Asie en - deçà du mont Taurus qui servirait désormais de bornes à son royaume : qu'il paierait au peuple romain, pour les frais de la guerre, quinze mille talents euboïques, et quatre mille au roi Eumène; mais qu'avant tout il livrerait Annibal, sans quoi les Romains n'écouteraient aucune proposition. Annibal
trouva le moyen de s'échapper. Ce traité fut ratifié à Li7.lib.37 Rome. L'honneur du triomphe fut accordé à I,. Scipion, et il prit le surnom X Asiatique.
Fin et mort de Scipion.
Quelque droiture et quelque désintéressement que id. lib. 38, Scipion eût fait paraître dans la guerre d'Antiochus, il ne laissa pas d'être accusé d'avoir eu des intelligences avec ce prince. Quelque temps après son retour a Rome, les deux Pétillius, trihuns du peuple, l'appelèrent en jugement. Us disaient qu'Antiochus lui avait rendu son fils sans rançon, et lui avait fait la cour comme à celui qui décidait seul à Rome de la paix et de la guerre : que dans la province il avait eu auprès du consul l'autorité d'un dictateur plutôt que la soumission d'un lieutenant : que son motif, en partant pour cette guerre, avait été de persuader à la Grèce, à l'Asie, et à tous les peuples de l'Orient, ce qu'il avait déjà fait connaître à l'Espagne, à la Gaule, à la Sicile, et à l'Afrique; savoir, qu'un homme seul * était l'appui et le soutien de l'empire; que Rome, maîtresse <kl'univers, devait sa gloire et sa sûreté à Scipion; qu'un seul mot de sa bouche avait plus d'autorité que ni les arrêts du sénat, ni les ordres du peuple. Enfin, ne trouvant point de prise sur sa vie, qui était irréprochable, ils tachèrent de rendre sa puissance odieuse.
1 « Unuin hominem caput colù- qus pro decretia Patrum, propo
inenque hnperii romani esse : sub puli jussis esse. Infaiiiià intBCtum .
umlira Scipionis civitaU-iu douii- inviilià , <|uà possunt, urgent. » (Liv.
nara oibis teiraruiu lateie : nutus lib. jS, d. 5i.)
Scipion , sans dire un seul mot des ehefs dont il était accusé, fit un discours si magnifique sur les grandes entreprises qu'il avait heureusement terminées, que tout le monde convint que jamais éloge n'avait été ni plus pompeux , ni plus véritable. Car il rapportait ces actions avec la même élévation d'esprit et la même grandeur d'ame qu'il avait montrée en les faisant l ; et l'on n'était point blessé de l'entendre lui-même se louer, parce que c'était la nécessité de se défendre et non le désir de se faire valoir, qui le faisait parler de la sorte. Tout le temps se passa en discours; et, la nuit étant survenue, le jugement fut remis à un autre jour.
Quand ce jour fut arrivé , Scipion parut avec une foule de clients et d'amis ; et , ayant fait faire silence , « Ce fut à pareil jour que celui-ci, dit-il en s'adressant « aux tribuns du peuple et aux citoyens, que je vain- « quis Annibal et les Carthaginois auprès de Cartilage. « Comme donc il n'est pas juste de le passer en dis- « putes et en contestations, je vais de ce pas au Capi- « tôle rendre grâces de cette victoire à Jupiter, à « Junon, à Minerve, et à tous les dieux qui habitent « le Capitule. Accompagnez-moi dans ce devoir de re- « ligion et de reconnaissance, tous tant que vous êtes « qui en avez le temps; et priez les dieux de vous « donner des chefs qui me ressemblent, s'il est vrai « que depuis l'âge de dix-sept ans, de même que vous « avez prévenu en moi les années par vos dignités, « j'ai tâché aussi de prévenir vos suffrages par mes
i « Dicebantùi enim ab eodem quia pro periculo , non in gloriam animo ingçnioque , à quo gesta referebahfur. » (Liv. lib. 38, 11. 5o.) erant : el auiium fastidium abeiat ,
« services. » Après avoir ainsi parlé, il prit le chemin du Capitole, où toute l'assemblée le suivit, jusqu'aux greffiers et aux huissiers des tribuns qui se virent abandonnés de tout le monde, excepté de leurs esclaves. Ce fut là le jour le plus glorieux de la vie de Scipion; et, à juger de ce qui fait la véritable grandeur, il avait quelque chose de plus éclatant et de plus mémorable que celui où il entra dans Rome triomphant de Syphax et des Carthaginois.
Depuis ce jour, qu'on peut regarder comme le dernier çTune si belle vie, il se retira à Literne pour éviter la jalousie et la malignité de ses accusateurs, avec résolution de ne se point trouver au jugement de sa cause , qui avait été remise. Il avait l'âme trop haute I , et avait jusque-là soutenu un trop grand personnage dans la république, pour pouvoir s'abaisser à celui de suppliant et d'accusé.
Quand le jour du jugement fut venu, L. Scipion son frère rejeta la cause de son absence sur une maladie fâcheuse qui ne lui permettait pas de venir à Rome. Ses accusateurs , prenant occasion de sa retraite pour le rendre encore plus odieux au peuple, demandèrent qu'on l'arrachât de sa maison de campagne, et qu'on l'amenât de force à Rome , pour y venir répondre aux accusations dont il était chargé. Tib. Sempronius Gracchus, l'un des tribuns du peuple, et qui avait toujours été ennemi de Scipion, ne pouvant souffrir une telle indignité, se déclara en sa faveur ; et, plein d'indignation
1 « Major animus et fortuna erat , humilitateiu causani dicentium. » ac majori i'ortuna; assuetus, quàra ut ( ld. ibid. n. 52.) reus esse sefret , et submittere se in