‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 28 sur 85 · HISTOIRE DE CAMBYSE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE CAMBYSE

Dès que Cambyse fut monté sur le tronc il songea à an. m. 34-5 porter la guerre en Egypte, pour une injure particulière Hero(f f 'f' qu'il prétendait, selon Hérodote, avoir reçue d'Amasis. *^*i'- '-^• Il y a plus d'apparence qu' Amasis , qui s'était soumis à Cyrus, et qui était devenu son tributaire, n'ayant pas voulu, après sa mort, rendre les mêmes devoirs à son successeur , et s'étant soustrait à son obéissance , s'attira par-là cette guerre.

Cambyse , pour la pousser avec succès , fit de grands cap. 4-q. préparatifs tant par mer que par terre. 11 engagea les Cypriotes et les Phéniciens à l'assister de leurs vaisseaux. Pour son armée de terre , il joignit à ses propres troupes un grand nombre de Grecs , d'Ioniens et

' Ce qu'Hérodote raconte de des récits qui lui a paru autorisé Cyrus , il le tenait des plus savants par le plus grand nombre de téd'entre les Perses : il aura choisi celui nioignaçes. — L.

Herod. 1. 3 cap. 10.

Polvsen. 1.7 [C.9-]

224 HISTOlllK AJNClEJNJNJi.

crÉoliens, qui en faisaient la principale force. Mais nul ne lui fut tFun plus grand secours dans cette guerre que Plianès d'Halicarnasse , qui , étant chef de quelques Grecs auxiliaiies qui étaient au service d'Amasis,se jeta , pour quelque niëconlentement qu'il reçut de ce prince, dans le parti de Cambyse, et lui donna, touchant la nature du pays, les forces de l'ennemi et l'état de ses affaires, toutes les lumières dont il avait besoin pour réussir dans cette expédition. Ce fut en particulier par son avis qu'il engagea un roi arabe , dont les terres confinaient à la Palestine et à l'Egypte, à fournir de l'eau à son armée pendant qu'elle traverserait le désert qui était entre ces deux pays ; ce que ce prince exécuta en lui faisant porter cette eau sur le dos des chameaux, sans quoi Cambyse n'eût pu passer avec son armée par ce chemin.

Ayant fait ces préparatifs, il attaqua l'Egypte la quatrième année de son règne. Lorsqu'il fut arrivé sur la frontière , il apprit qu'Amasis venait de mourir , et que Psamménite son fils, qui lui avait succédé, était occupe à ramasser toutes ses forces pour l'empêcher de pénétrer dans son royaume. Il ne pouvait s'en ouvrir l'entrée qu'en se rendant maître de Peluse , qui était la clef de l'Egypte de ce côté-là ; mais cette place était si forte , qu'elle devait , selon toutes les apparences , l'arrêter long-temps. Pour s'en facihter la prise , il s'avisa de ce stratagème, s'il en faut croire Polyène. Ayant appris que toute la garnison était composée d'Egyptiens , dans un"assaut qu'il donna à la ville, il mit au premier rang un grand nombre de chats , de chiens , de brebis , et d'autres animaux que les Egyptiens tenaient pour sacrés. Ainsi, les soldats n'osaut lancer aucun trait ni tirer

aucune flèche de ce coté-là , de peur de percer quelqu'un de ces animaux , Cambyse se rendit maître de la place sans aucune opposition.

Dans le temps que Cambvse venait de se rendre Herod. i. 3,

•' , . , cap. II.

maître de cette ville, Psammenite s avança avec une grande armée pour arrêter ses progrès. Il y eut entre eux un grand combat. Mais avant que d'en venir aux mains, des Grecs qui étaient dans l'armée de Psamménite , pour se venger de la révolte de Phanès , prirent ses enfants, qu'il avait été obligé de laisser en Egypte lorsqu'il s'enfuit, et, à la vue des deux camps, les égorgèrent et en burent le sang. Cette cruauté énorme ne leur procura pas la victoire. Les Perses, irrités de cet horrible spectacle, tombèrei^it sur eux avec tant de furie, qu'ils eurent bientôt renversé et mis en déroute toute l'armée égyptienne , dont, ils tuèrent la plus grande partie : ce qui en resta se sauva à Memphis.

A l'occasion de ce combat, Hérodote rapporte une Cap. 12. chose dont il avait été témoin. Les os des Perses et des Égyptiens étaient encore dans le lieu où s'était donnée la bataille, mais séparés les uns des autres. Les crânes des Égyptiens étaient si durs, qu'on avait bien de la peine à les briser à grands coups de pierres ; et ceux des Perses si mous , qli'on les perçait avec la dernière facilité. La raison de cette différence était que les Egyptiens , dès le plus bas âge, allaient la tête nue et rasée, au lieu que les Perses l'ont toujours couverte de leurs tiares , qui est un de leurs grands ornements.

Cambyse , ayant poursuivi les fuyards jusqu'à Mem- Cap. i3. phis, envoya à la ville par le Nil, sur lequel elle était située , un vaisseau de Mytilène avec un héraut , pour sommer les habitants de se rendre. Mais le peuple ,

Page 1