Tome II. Hist. anc. I
•226 HISTOlllE ANCIENNE.
transporté de fureur, se jeta sur ce héraut et le mit en pièces, aussi-bien que tous ceux qui étaient avec lui. Cambvse, s'étant en peu de temps rendu maître de la place , tira une pleine vengeance de cet attentat , faisant exécuter publiquement dix fois autant d'Egyptiens de la plus haute noblesse qu'il y avait eu de personnes massacrées dans le vaisseau. De ce nombre fut le fils aîné de Psamménite. Et pour Psamménite lui-même, Cambyse se trouva porté à le traiter avec douceur. Non content de lui avoir sauvé la vie , il lui assigna un entretien honorable. Mais le monarque égyptien, peu touché d'une telle bonté , se mit à exciter de nouveaux troubles pour recouvrer son royaume ; en punition de quoi on lui fit boire du sang de taureau, dont il mourut à l'heure même. Son règne ne fut que de six mois. Toute TEgypte s'était soumise au vainqueur. Les Libyens , les Cyrénéens et les Barceens , à la nouvelle de ces succès, envoyèrent à Cambyse des ambassadeurs avec des présents pour lui faire leurs soumissions.
Herod. 1. 3, De Mcmpliis il alla à la ville de Sais , qui était le lieu ^^^' * de la sépulture des rois d'Egypte. Dès qu'il fut entré dans le palais, il fît tirer le corps d'Amasis de son tombeau ; et après l'avoir exposé à mille indignités en sa présence, il ordonna qu'on le jefât dans le feu et qu'on le brûlât; ce qui était également contraire aux coutumes des Perses et des Egyptiens. La rage que ce prince témoigna contre le cadavre d'Amasis fait voir jusqu'à quel point il haïssait sa personne. Quelle que fût la cause de cette aversion , il paraît que c'est ce qui l'avait sur-tout obligé de porter ses armes en Egypte.
Capi7eti9. L'année suivante, qui était la sixième de son règne, il résolut de faire la guerre en trois différents endroits:
PERSES ET MÈDES. Il']
contre les Carthaginois, contre les Ammoniens et contre les Éthiopiens. Il fut obligé d'abandonner le premier de ces projets , parce que les Phéniciens , sans le secours desquels il ne pouvait pousser cette guerre , refusèrent de l'assister contre les Carthaginois qui descendaient d'eux, Carthage étant une colonie de Tyr.-
Détermine à attaquer les deux autres peuples, il Cap. -20-24envoya des ambassadeurs en Ethiopie, qui, sous ce nom , devaient lui servir d'espions pour s'informer de l'état et de la force du pays , et lui en donner connaissance. Ils portaient avec eux des présents, tels que les Perses ont .coutume d'en donner, de la pourpre, des bracelets d'or, des compositions de parfums et du vin. Les Éthiopiens se moquèrent de ces présents , où ils ne voyaient rien d'utile pour la vie, à l'exception du vin; et ils ne firent pas plus de cas de ces ambassadeurs, qu'ils prirent pour ce qu'ils étaient ^ c'est-à-dire pour des espions. Mais leur roi voulut aussi faire un présent à sa mode au roi de Perse ; et , prenant en main un arc qu'un Perse eût à peine soutenu, loin de le pouvoir tirer , il le banda en présence des ambassadeurs , et leur dit : « Voici le conseil que le roi d'Ethiopie donne « au roi de Perse. Quand les Perses se pourront servir « aussi aisément que je viens de faire d'un arc de cette V grandeur et de cette force, qu'ils viennent attaquer « les Éthiopiens , et qu'ils amènent plus de troupes que « n'en a Cambyse. En attendant , qu'ils rendent grâces « aux dieux , qui n'ont pas mis dans le cœur des Ethio- « piens le désir de s'étendre hors de leur pays. »
Cette réJ)onse ayant mis Cambyse en fureur, il com- cap. 25. manda à son armée de se mettre en marche sur-lechamp , sans considérer qu'il n'avait ni provisions , ni
aucune des choses nécessaires pour cette expédition ; il laissa seukynent les Grecs dans sa nouvelle conquête, pour la tenir en respect pendant son absence. Herod. I. 3, Quand il fut arrivé à Thèbes dans la haute Egypte, cap. aoe 2 ^j cletaclia cinquante mille hommes contre les Ammoniens , avec ordre de ravager leur pays , et de détruire le temple de Jupiter- Ammon qui y était situé : mais, après plusieurs journées de. marche dans le désert, un vent violent étant venu à souffler du côté du midi , entraîna une si grande quantité de sable sur cette armée, qu'elle en fut toute couverte et y demeura ensevelie.
Cependant Cambyse marchait en furieux contre les Ethiopiens , quoiqu'il manquât de toutes sortes de provisions. Aussi une cruelle famine se fît bientôt sentir à toute l'armée. Il était encore temps , dit Hérodote , de remédier à*c^ mal; mais Cambyse aurait cru se déshonorer s'il avait renoncé à son entreprise , et il poussa sa pointe. Il fallut d'abord vivre d'herbes, de racines , de feuilles d'arbres : puis , se trouvant dans un pays entièrement stérile , ils furent réduits à manger les bêtes de charge. Enfin ils en vinrent à cette affi^euse extrémité de se manger les uns les autres , celui que le sort faisait venir le dixième servant de nourriture à ses compagnons; nourritui-e, dit Sénèque, plus triste De ira *î^*^ ^'^ P^"^ durc famine : Decimum quemque sot^titi, 1. 3,cap.2o. alimentum habuerunt famé sœviiis. Le roi persistait toujours dans son dessein, ou plutôt dans sa fureur, sans que la perte de ses troupes lui ouvrît les yeux : mais enfin, commençant à craindre pour lui-même, il donna ordre qu'on retournât. Dans une telle désolation (qui le croirait?) on ne rabattit rien de la délica-
tesse des mets du prince , et les. chameaux marchaient chargés de tout ce qu'il faut pour couvrir une table somptueuse : Seivabantiir illi interiin generosœ aves. De ira, et instrumenta epularum cameiis veneùantur , qiiiim sortirentur rnilites ej'us quis maie periret , quis pejîis viveret.
Il ramena à Thèbes son armée, dont il avait perdu la plus grande partie dans son expédition. Il réussit Diod. sic. mieux dans la guerre qu'il déclara ici aux dieux, plus ' ''^' faciles à vaincre que les hommes. Thèbes était remplie de temples d'une magnificence et d'une richesse incroyables. Il les pilla tous, puis y fit mettre le feu. Il fallait que l'opulence en fût bien grande, puisque les restes seuls sauvés de l'incendie montaient à des sommes immenses : trois cents talents d'or % qui font neuf mil- ibid. p. 46. bons , et deux mille trois cents talents d'argent , qui font près de sept millions. Il enleva aussi pour-lors ce fameux cercle d'or qui environnait le tombeau du roi Osymandias , lequel avait trois cent soixante-cinq coudées de circuit , et représentait tous les mouvements des différentes constellations.
Lorsque Cambyse fut arrive à Memphis, il congédia Herod. 1. 3, les Grecs et les renvoya dans leur pays. Mais, ayant ^' ^^" trouvé à son retour toute la ville en joie , il fut transporté de fureur , s'imaginant qu'on se réjouissait en Egypte du mauvais succès de ses entreprises. Il manda les magistrats pour savoir la raison de ces réjouissances; et les magistrats lui ayant dit que c'était parce qu ils avaient enfin trouvé leur dieu Apis , il ne voulut pas les en
' On ne sait ce qu'il faut entendre lents d'or valent 19,800,000 fr. et les
par talent en cet endroit : s'il n'y a 2,3oo talents d'argent, i2,6.5o,ooo
pas confusion de mesure, et s'il fr. — L. s'agit du talent attique , les 3oo ta-
2'3o HISTOIRE ANCIE2V1VE.
croire, mais les fil tous mourir comme des imposteurs qui chercliaient à lui insulier. Il fit venir ensuite les prêtres, qui lui firent la même réponse. Il leur répliqua que, puisque leur dieu était si bon et si familier que de se faire voir à eux, il voulait faire connaissance avec lui, et commanda qu'on le lui amenât. Il fijt bien étonné , au lieu d'un dieu , de voir un veau ; et entrant de nouveau en fureur, il tira son poignard et le lui enfonça dans la cuisse. Après quoi , ayant reproché aux prêtres leur stupidité ; il les fit cruellement fustiger, et ordonna qu'on tuât tous les Egyptiens qu'on rencontrerait célébrant la fête d'Apis. Le dieu fut remené au temple , où , après avoir quelque temps langui de sa blessure, il mourut.
Herod. 1, 3. Si l'on en croit les Egyptiens , Cambyse , après cette
cap. 3o. . 11' • • ' / 1 ' • A ■ ;
action, la plus énorme impiété, selon eux, qui eut ete commise dans leur pays, devint frénétique. Mais sa conduite précédente fait voir qu'il l'était déjà auparavant; et il continua à en donner diverses preuves, dont nous rapporterons quelques-unes.
ihid. W avait un frère , le seul fils qu'eût eu Cyrus avec
lui, et né de la même mère. Son nom était Tanaoxare^ selon Xénophon : Hérodote l'appelle Smerdis, et Justin , Mergis. Mais comme il était le seul d'entre les Perses qui vint à bout de bander , à deux doigts près , l'arc qu'on avait apporté d'Ethiopie, le roi en conçut une telle jalousie contre son frère, qu'il ne put plus le souffrir dans son armée , et le renvoya en Perse. Ayant même , peu de temps après , songé une nuit qu'un courrier lui venait apprendre que Smerdis était assis sur le trône, il soupçonna son frère de penser à la royauté , et il envoya en Perse Prexaspe , l'un de ses
PERSES ET MÈDES. 23l
principaux confidents , avec ordre de le faire mourir : ce qui fut exécuté.
Ce premier meurtre donna lieu à un second encore Herod. i. 3, plus criminel. Il avait avec lui, dans le camp, Méroé, ^'^^' ^^'^^" la plus jeune de ses sœurs. Hérodote nous apprend la manièi^e étrange dont elle était aussi devenue sa femme. Comme cette princesse était d'une extrême beauté, Cambyse résolut absolument de l'avoir pour épouse. II manda pour cet effet les juges de son royaume, dont l'office était d'interpréter les lois du pays , pour savoir d'eux s'il n'y avait pas quelque loi qui permît au frère d'épouser sa sœur. Les juges, ne pouvant d'un côté se résoudre à autoriser directement ce mariage incestueux , craignant de l'autre l'humeur violente de ce prince s'ils osaient le contredire, cherchèrent un milieu et un tempérament. Ils répondirent qu'ils ne trouvaient point de loi qui permît au frère d'épouser sa sœur , mais qu'il y en avait une qui permettait aux rois de Perse de faire tout ce qu'ils voulaient. Cette réponse accommodant Cambyse autant qu'une approbation directe , il épousa solennellement sa sœur , et par-là il donna le premier l'exemple de ces incestes , qui fut suivi de la plupart de ses successeurs , quelque contraire qu'il soit à la pudeur et au bon ordre. Il mena cette princesse avec lui dans toutes ses expéditions , et il donna son nom (Méroé) à cette île du Nil qui est entre l'Egypte et l'Ethiopie, jusqu'oii il s'était a\ancé dans sa folle marche contre les Ethiopiens. Voici donc ce qui donna occasion à la mort de cette princesse : Cambyse un jour se divertissait à voir le combat d'un jeune lion et d'un jeune chien. Celui-ci ayant du dessous , un autre chien son frère vint à son secours, et le rendit vainqueur.
de Ira, c. 14.
l'il IIISTOIRK ANCIENÎVK.
Cette aventure réjouit fortCambyse, mais arracha des larmes à Méroé, qui, étant obligée d'en dire la raison, avoua que ce combat lui avait rappelé le souvenir de son frère Smerdis, qui n'avait pas été aussi. heureux que ce petit chien. Il n'en fallut pas davantage pour exciter la fureur de ce brutal prince. Sa sœur était enceinte; il lui donna un coup de pied dans le ventre, dont elle mourut. Un mariage si abominable ne méritait pas une meilleure fin.
Herod. 1. 3, Il n'y avait point de jour qu'il ne sacrifiât quelqu'un seuec^ i. 3, dcs scigucurs de sa cour à son humeur féroce. Il avait obligé Prexaspe, l'un de ses principaux officiers, et son homme de confiance , de lui déclarer ce que les Perses pensaient et disaient de lui. « Ils admirent en vous , « seigneur , répondit Prexaspe , beaucoup d'excellentes « qualités, mais ils sont un peu blessés de votre pen- «. chant excessif pour le vin. J'entends, dit le roi; c'est- .« à-dire qu'ils prétendent que le vin me fait perdre la cf raison. Vous en jugerez tout à l'heure. » Il se mit à boire , et de plus grands coups , et en plus grand nombre qu'il eût jamais fait. Après quoi il ordonna au fils de Prexaspe, qui était son grand échanson , de se tenir droit au bout de la salle , la main gauche sur la tête. Prenant alors son arc, et le bandant contre lui, il déclara qu'il en voulait à son cœur, et le perça en effet. Puis , après lui avoir fait ouvrir le coté , montrant à Prexaspe le cœur de son fils percé de la flèche : Ai- je la main bien sûre? dit -il d'un ton moqueur et triomphant. Ce malheureux père, à qui, après un tel coup, il ne devait rester ni voix ni vie , eut la lâcheté de lui répondre : Apollon lui-même ne tirerait pas plus juste. Sénèque , qui a copié ce récit d'après Hérodote , après
PERSES ET MHDES. 233
avoir déteste la barbare' eruauté du prince, condamne encoie plus fortement la lâche et monstrueuse flatterie du père : Sceleratius tclum illud laudalum est quain missuin.
Crésus ayant entrepris de lui dire son avis sur cette Herod. i, j. étrange conduite , qui révoltait tout le monde , et lui en ayant représenté les fôcheux inconvénients, il ordonna qu'on le fît mourir. Ceux à qui il en donna l'ordre, prévoyant qu'il ne serait pas long -temps sans s'en repentir," en suspendirent l'exécution. Quelque temps après, en effet, comme il regrettait Crésus, ses gens lui dirent qu'il était encore en vie , de quoi il témoigna beaucoup de joie ; il ne laissa pas néanmoins de faire mourir ceux qui l'avaient épargné , pour n'avoir pas exécuté ses ordres.
C'est à peu près dans ce temps-ci qu'Orétès, l'un des satrapes de Cambyse , et qui commandait pour lui à Sardes, fit mourir d'une manière bien étrange Polycrate , tyran de Samos. L'histoire de ce dernier est assez singulière pour mériter d'être rapportée ici.
Ce Polycrate était un prince à qui , pendant le cours Cap. 39-43. de sa vie, toutes choses avaient toujours réussi à souhait , et dont le bonheur n'avait jamais été troublé par aucune adversité, ni par aucun accident fâcheux. Amasis , roi d'Egypte , son ami et son allié , crut devoir lui écrire à ce sujet. Il lui avoua que son état l'effrayait; qu'une prospérité si longue et si constante devait lui être suspecte ; que la divinité maligne et envieuse, qui voit d'un œil jaloux la fortune des hommes, ne manquerait pas, tôt ou tard, de renverser la sienne; que, pour éviter ses coups mortels, il lui conseillait de se procurer à lui-même quelque malheur, en faisant vo-
2t34 HISTOIRE ANCIENNE.
lontairement quelque perte, à laquelle il jugeât qu'il serait fort sensible.
Le tyran le crut. Il avait à son anneau une émeraude dont il faisait un cas infini , sur-tout à cause de l'habileté et de la réputation de l'ouvrier qui l'avait gravée. En se promenant sur sa galère avec ses courtisans, il jeta son anneau dans la mer sans qu'on s'en aperçût. Quelques jours après, des pêcheurs ayant pris un poisson d'une grosseur extraordinaire, en firent présent à Polycrate. Quand on l'eut ouvert, on y trouva Tanneau du roi : sa surprise fut extrême et sa joie encore plus grande.
Amasis , ayant appris ce qui était arrivé , pensa bien différemment. Il écrivit à Polycrate que , pour ne point avoir la douleur de voir un ami et un allié tomber dans quelque grand désastre , il renonçait dès-lors à son amitié et à son alliance : sentiment assez bizarre, comme si l'amitié n'était qu'un nom et qu'un titre, sans fonds et sans réalité ! Heiod. 1. 3, Quoi qu'il en soit, la chose arriva comme l'Egyptien l'avait prévu. Quelques années après , vers le temps environ où Cambyse tomba malade, Orétès qui commandait à Sardes pour le roi , ne pouvant soutenir le reproche qu'un autre satrape , dans une querelle particulière , lui fit de n'avoir pu encore subjuguer l'île de * Samos , qui était tout près de son gouvernement et si fort à la bienséance de son maître , résolut , pour s'emparer de l'île , de se défaire de Polycrate , à quelque prix que ce fût. Voici comme il s'y prit. Il lui écrivit que , sur les avis certains qu'il avait reçus que Cambyse voulait le faire assassiner, il songeait à se retirer dans ses' états, et à y mettre ses trésors en sûreté : et son
PERSES ET MKDES. 235
dessein était, disait-il, de confier ce précieux dépôt à la bonne foi de Polycrate, lui en laissant pourtant la moitié en propre, qui lui servirait à conquérir l'Ionie et les îles voisines , qu'il avait en vue depuis long -temps. Il savait que le tyran aimait fort l'argent et qu'il desirait avec passion d'augmenter son domaine : il le prit par ce double appât , en piquant par la même offre et son avarice et son ambition. Polycrate, pour ne point s'engager témérairement dans une affaire de cette importance , crut devoir s'assurer par lui-même de la vérité des faits, et il envoya dans cette vue un député sur les liexix. Orétès avait fait remplir de pierres huit coffres presque jusqu'aux bords, et y avait mis pardessus un lit de pièces de monnaie d'or : ils étaient emballés et tout prêts à être embarqués. Le député du tyran arrive , et l'on ouvre les coffres , qu'il crut remplis d'or. Aussitôt après le retour du député, Polycrate, impatient d'aller saisir sa proie , partit pour Sardes , malgré l'opposition de tous ses amis. Il mena avec lui Démocède, célèbre médecin de Crotone. A peine futil arrivé, qu'Orétès le fit arrêter comme ennemi de l'état, et en cette qualité le fit attacher à une potence, terminant par ce honteux supplice une vie qui n'avait été qu'une suite de bonheur et de prospérités.
Cambyse, au commensement de la huitième année Herod. i. de son règne , quitta 1 Egypte pour retourner en Perse. A son arrivée en Syrie , il y trouva un héraut qui avait été dépêché de Suse à l'armée pour lui déclarer que Smerdis , fils de Cyrus , avait été proclamé roi , et pour ordonner à tout le monde de lui obéir. Voici ce qui avait donne lieu à cet événement. Cambyse , à son départ de Suse pour son expédition d'Egypte, avait laissé
radmiiiistration des affaires pendant son absence entre les mains de Patisitlie , Tun des chefs des mages. Ce Patisithe avait un frère qui ressemblait beaucoup à Smerdis, fds de Cyrus, et qui, peut-être pour cette raison , était appelé du même nom. Dès qu'il eut été pleinement instruit de la mort de ce prince, qu'on avait cachée à la plupart des autres, et qu'il eut appris que les fureurs de Cambyse en étaient venues à un point qu'il n'y avait plus "moyen de le souffrir, il mit son propre frère sur le trône, faisant courir le bruit que c'était le véritable Smerdis , fils de Cyrus ; et , sans différer , il envoya des hérauts par tout l'empir^, pour en donner connaissance et ordonner à tout le nK)nde de lui obéir.
Herod. 1. 3, Cambyse fit arrêter celui qui était venu porter cet ' '^P- 2- 4- pp(jj,g gjj Syrie , et l'ayant examiné avec soin en présence de Prexaspe , qu'il avait chargé de tuer son frère , il trouva que le vrai Smerdis était certainement mort et que celui qui avait envahi le trône n'était autre que Smerdis le mage. Là-dessus il se mit à faire de grandes lamentations de ce que , sur la foi d'un songe , et trompé par la conformité du nom , il s'était porté à faire mourir son frère ; et sur-le-champ il donna ordre à ses troupes de se mettre en marche pour aller exterminer l'usurpateur. Mais lorsqu'il montait à cheval pour cette expédition , son épée étant tombée du fourreau, lui fit une blessure à la cuisse, dont il mourut peu de temps après. Les Egyptiens , remarquant qu'il avait été blessé au même endroit oii il avait blessé leur dieu Apis , ne manquèrent pas d'attribuer cet accident à une juste punition du ciel , qui vengeait ainsi l'impiété sacrilège de Cambyse.
Pendant qu'il était en Egypte, s'étant avisé de con- Herod.i. i. sulter l'oracle de Bute , qui était fameux dans ce pays-là , *^''^" il en eut pour réponse qu'il mourrait à Ecbatane '■ : ce qu'ayant entendu d'Ecbatane de Medie , il résolut de n'aller jamais dans cette ville. Mais ce qu'il croyait éviter dans la Médie , il le trouva dans la Syrie ; car la ville où cette blessure l'obligea de s'arrêter portait le même nom, et s'appelait Ecbatane. Il ne l'eut pas plus tôt appris , que , tenant pour certain que c'était le lieu oii il devait mourir, il manda tous les principaux Perses; et leur ayant représenté le véritable état des choses , et que c'était Smerdis le mage qui avait occupé le trône, il les exhorta fortement à ne point se soumettre à cet imposteur , et à ne point permettre par-là que la souveraineté passât des Perses aux IVIèdes, car le mage était de Médie ; mais à faire tous leurs efforts pour se donner un roi de leur nation. Les Perses, crovant que tout ce qu'il en disait n'était que par haine contre son frère, n'y eurent aucun égard; et lorsqu'il fut mort , ils se soumirent tranquillement à celui qui était sur le trône , supposant que c'était le véritable Smerdis.
Cambvse avait régné sept ans et cinq mois. Il est i. Esdi. appelé dans l'Ecriture Assuérus. Dès qu il fut sur le trône, les ennemis des Juifs s'adressèrent à lui directement pour empêcher la construction du temple : ce ne fut pas en vain. Il ne révoqua pas à la vérité ouvertement l'édit de Cyrus son père, peut-être par un reste de respect pour sa mémoire, mais il en rendit inutile la fin , en grande partie , par les divers decoura-
» Âgbatane, dans Hérodote. C'est loithographe du temps. ( Larcher sur Hérodot. III , 64. ) — L.
gements qu'il donna aux Juifs, en sorte que l'ouvrage n'avança que foit lentement pendant son règne.