‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 30 sur 85 · HISTOIRE DE SMERDIS LE MAGE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE SMERDIS LE MAGE

An. m. 3482 L'ÉCRITURE lui donne le nom d'Artaxerxe. Il ne régna \]'EsdT^T, *I"^ ^^P* 'Tîois, OU peu de cliose plus. Dès que, par ''^^- la mort de Cambyse , il fut affermi sur le trône , les Samaritains lui écrivirent une lettre contre les Juifs , qu'ils lui représentaient comme un peuple remuant , séditieux et toujours prêt à se révolter. Ils en obtinrent un ordre qui portait défense aux Juifs de pousser plus loin la construction de leur ville et de leur temple. L'ouvrage demeura suspendu jusqu'à la seconde année de Darius environ l'espace de deux ans.

Le mage, qui sentait bien de quelle importance il était pour lui qu'on ne pût découvrir son imposture, affecta, dès le commencement de son règne, de ne se point montrer en public, de se tenir enfermé dans le fond de son palais, de traiter toutes les affaires par l'entremise de quelques eunuques , et de ne laisser approcher de sa personne que ses plus intimes confidents.

Herod. 1. 3, Pour micux s'affermir encore sur le trône qu'il avait capti: usurpé, il s'appliqua, dès les premiers jours de son règne, à gagner l'affection de ses sujets, en leur accordant une exemption de taxes et de tout service militaire pendant trois ans ; et il les combla de tant de

grâces, que sa mort fut pleurée de tous les peuples d'Asie, excepté les Perses, dans la révolution qui arriva bientôt après.

Mais les précautions mêmes qu'il prenait pour dé- Herod i. 3, rober la connaissance de son état aux grands de la cour et au peuple faisaient soupçonner de plus en plus qu'il n'était pas le véritable Smerdis. Il avait épousé toutes les femmes de son prédécesseur, entre autres Atosse, qui était fille de Cyrus, et Phédime : celle-ci était fille d'Otanes , l'un des plus grands seigneurs de Perse. Son père lui envoya demander par un homme bien sûr si le roi était le véritable Smerdis , ou quelque autre. Elle répondit que , n'ayant jamais vu Smerdis , fils de Cyrus , elle ne pouvai! dire ce qui en était. Otanes , ne se contentant pas de cette réponse , lui envoya dire de s'informer d' Atosse , à qui son propre frère devait être connu , si c'était lui ou non. Elle répondit que le roi , quel qu'il fût , du premier jour qu'il était monté suile trône , avait distribué ses femmes dans des appartements séparés, afin qu'elles ne pussent avoir entre elles aucune communication , et qu'ainsi elle ne pouvait approcher d' Atosse pour savoir d'elle ce qu'il souhaitait. Il lui renvoya dire que, pour s'en éclaircir, lorsque Smerdis serait avec elle la nuit , et qu'il dormirait d'un profond sommeil, elle examinât adroitement s'il avait des oreilles. Cyrus les avait fait autrefois couper au mage pour de certains crimes dont il avait été convaincu. Il fit entendre à sa fille qu'en cas que ce fût lui, il n'était digne ni d'elle , ni de la couronne. Phédime promit que, quand son jour viendrait, elle exécuterait les ordres de son père, à quelque danger qu'ils l'exposassent. En effet , elle profita de la première occasion

pour faire cette épreuve; et ayant trouvé que celui avec qui elle couchait n'avait point d'oreilles, elle en avertit son père ; et la Fraude fut ainsi sûrement découverte et constatée.

Herod. 1. 3, Otaucs sur - le - champ forma une conspiration avec cinq des plus grands seigneurs persans ; et Darius , illustre seigneur persan , dont le père , Hystaspe , était gouverneur de la Perse, étant survenu fort à propos dans le moment même , fut associé aux autres , et pressa fort l'exécution. L'affaire fut conduite avec un grand secret, et fixée au jour même, de peur qu'elle ne s'éventât.

Cap. :4-75. Pendant qu'ils délibéraient ainsi entre eux, un événement auquel on ne pouvait pas s'attendre déconcerta étrangement les mages. Pour détourner tout soupçon , ils avaient proposé à Prexaspe de déclarer devant le peuple , qu'ils feraient assembler pour cet effet , que le roi était véritablement Smerdis, fils de Cyrus; et il l'avait promis. Ce jour-là même le peuple fut assemblé. Prexaspe parla du haut d'une tour; et, au grand étonnement de tous les assistants , il déclara avec une entière sincérité tout ce qui s'était passé ; qu'il avait tué de sa propre main Smerdîs par l'ordre de Cambyse son frère ; que celui qui occupait le trône était le mage, qu'il demandait pardon aux dieux et aux hommes du crime qu'il avait commis malgré lui et par la nécessité. Après avoir ainsi parlé, il se jeta du haut de la tour la tête en bas, et se tua. Il est aisé de juger quel trouble cette nouvelle répandit dans le palais.

Cap. 76-78. Les conjurés, qui ne savaient rien de ce qui venait d'arriver , y entrèrent sans qu'on soupçonnât rien d'eux. Gomme c'étaient les plus grands seigneurs de la cour ,

PERSES ET MÈDES. 'l/il

la première garde ne songea pas même à leur tlemander à qui ils en voulaient. Mais quand ils furent près de l'appartement du roi , et que les officiers firent mine de leur en refuser l'entrée, alors tirant leurs sabres, ils firent main-basse sur tout ce qui se piësenta à eux. Sinerdis le mage et son frère, qui délibéraient ensemble sur ce qui venait d'arriver, ayant entendu du bruit, prirent leurs armes pour se défendre, et blessèrent quelques-uns des conjurés. L'un des deux frères fut tué sur-le-cbamp ; l'autre, s'étant sauvé dans une cbambrc plus reculée , v fut poursuivi par Gobryas et Darius. Le premier, l'ayant saisi par le corps, le tenait serré fortement entre ses bras. Comme ils étaient dans les ténèbres, I)ariu s n'osait lui porter de coup, de peur de tuer l'autre en même temps. Gobryas , sachant son embarras , l'obligea de passer son épée à travers le corps du mage , dût-il les percer tous deux ensemble ; mais il le fit avec tant d'adresse et de bonheur, que le mage seul fut tué.

Dans le moment même, les mains encore ensan- Herod. i. î, glantées, ils sortirent du palais, parurent en public, *^^P' "^ exposèrent aux yeux du peuple la tête du faux Smerdis et celle de son frère Patisithe , et découvrirent toute l'imposture. Le peuple en fut si transporté de fureur , qu'il se jeta sur tous ceux qui étaient de la secte de de l'usurpateur , et en massacra autant qu'il en put rencontrer. Pour cette raison, le jour où cette exécution fut faite devint dans la suite une fête annuelle chez les Perses , qui la solennisaient avec grande joie. Elle fut appelée le massacre des mages. Aucun d'eux , ce jour-là , n'osait paraître en public.

Quand le tumulte et le trouble, inséparables d'un cap. 80 ;..î

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