Tome TT. Hist. anr l
•^4^ HISTOIRE AJVCIJÎNNE.
tel événement , furent apaisés , les seigneurs qui avaient fait périr l'usurpateur tinrent conseil , et délibérèrent ensemble sur la forme de gouvernement qu'il était à propos d'établir. Otanes parla le premier , et commença par se déclarer contre la monarchie , dont il exagéra avec force les dangers et les inconvénients, tels, selon lui , sur-tout à cause du pouvoir absolu et sans bornes qui y est attaché , que le plus homme de bien ne peul pas tenir contre, et en est presque infailliblement renversé. Il conclut à ren>ettre l'autorité entre les mains du peuple. Mégabyse, qui opina le second , adoptant tout ce que le premier avait dit contre l'état monarchique, réfuta ce qui regardait le gouvernement populaire. Il représenta le peuple comme un animal violent , féroce, indomptable, qui n'agit que par caprice et par passion. Encore un roi, disait-il, sait ce qu'il fait; mais le peuple ne connaît rien , n'écoute rien et se livre aveuglement à ceux qui ont su se rendre maîtres de son esprit. 11 se rabattit donc à l'aristocratie , oîi un petit nombre d'hommes sages et expérimentés ont tout le pouvoir. Darius parla le troisième, et montra les inconvénients de l'aristocratie, appelée autrement Toligarchie, oîi régnent l'envie, la défiance, la discorde, le désir de l'emporter sur les autres , sources naturelles des factions , des séditions , des meurtres , auxquels , pour l'ordinaire , on ne trouve de remède qu'en se soumettant à l'autorité d'un seul, ce qu'on appelle monarchie, qui, de tous les gouvernements, est le plus louable, le plus sûr, le plus avantageux, rien n'étant comparable au bien que peut faire dans un état un bon prince , dont le pouvoir égale la bonne volonté. « Enfin , dit-il , pour « terminer la question par un fait qui me paraît décisif
« et sans réplique , à quelle sorte de gouvernement « l'empire des Perses doit-il la grandeur où nous le « voyons ? n'est-ce pas à celle que je propose ? » Tous les autres seigneurs se rangèrent de l'avis de Darius , v\ il fut arrêté que la monarchie serait continuée sur le même pied que Cjrus l'avait établie.
Il ne s'agit plus que de savoir qui d'entre eux serait iierod. i. 3, roi, et de déterminer la manière dont on procéderait à *^^^'' ' '' cette élection : ils crurent devoir s'en rapporter au choix des dieux. Pour cela on convint que le lendemain ils se trouveraient à cheval au lever du soleil dans un certain endroit du faubourg de la ville qui fut marqué, et que celui-là serait roi, dont le cheval hennirait le premier ; car , le soleil étant la grande divinité des Perses, ils pensèrent que de prendre cette voie, ce serait lui déférer l'honneur de l'élection. L'écuyer de Darius, ayant appris ce dont ils étaient convenus, s'avisa d'un artifice pour assurer la couronne à son maître. Il attacha la nuit d'auparavant une cavale dans 'endroit oii ils devaient se rendre le lendemain matin, et il y amena le cheval de son maître. Les seigneurs s'étant trouves le lendemain au rendez -vous, le cheval de Darius ne fut pas plus tôt dans l'endroit où il avait senti la cavale, qu'il hennit : sur quoi Darius fut sahié roi par les autres, et placé sur le trône. Il était fils d'Hystaspe , Perse de nation , de la famille royale d'Achémène.
L'empire des Perses étant ainsi rétabli et affermi par jj ^j la sagesse et par la valeur de ces sept seigneurs , ils furent élevés sous le nouveau roi aux plus grandes dignités , et honorés des plus grands privilèges. Ils eurent le droit d'approcher de sa personne toutes les
l[\[\ MOEURS DES ASSYRIENS
fois qu'ils le voudraient, et d'opiner les premiers sur toutes les affaires de l'empire. Au lieu que tous les Perses portaient la tiare ou le turban le bout renversé en arrière, à la réserve du roi qui le portait droit, ceux-ci eurent le privilège de le porter le bout tourné en avant, en mémoire de ce que, lorsqu'ils attaquèrent les mages, ils l'avaient tourné de cette manière, afin de se mieux reconnaître dans la confusion. Depuis ce temps - là les rois de Perse de cette race ont toujours eu sept conseillers ainsi privilégiés.
Je termine ici l'histoire du royaume des Perses , réservant le reste poiu' les volumes suivants.