‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 38 sur 85 · f'f (-ivit · texte numérisé non relu

f'f (-ivit

Dei, c 3i. gustm qui nous a conserve cet endroit j : après avoir marqué que les Piomains avaient honoré les Dieux sans statues pendant plus de cent soixante et dix ans. Vairon ajoute que si l on avait conservé cette coutume, le culte des Dieux en serait plus pur et plus saint : Quod si adliuc maiisissei , castiîis Dit obseivarentur ; et il fortifie son sentiment par l'exemple de la nation juive.

Les lois ne permettaient à aucun Perse de borner le motif de ses sacrifices à un intérêt domestique-et privé. Herod. 1. 1, C'était une belle manière d'attacher les particuliers au cap. I 2. j^.^^^ public , que de leur apprendre qu'ils ne doivent jamais sacrifier pour eux seuls , mais pour le roi et pour tout l'état , où chacun se trouvait avec tous les autres.

Les mages, dans la Perse, étaient dépositaires de toutes les cérémonies du culte divin , et c'était à eux

ac libéra, quoniinque hic mundus qui, ut augerent pietatem in Deos^

omnis templum esset et domus. » easdem illus urbes qiias nos incolere

( Cic. lib. 7. , de /eg. n. 26.) voluerunt.Adi'ertenimbœc opiniore-

' << Meliùs Grœci atque nostri , ligionem utilem civitatibus. » (Ibid.)

ET DES PERSES. 3l3

que le peuple s'adressait pour en être instruit , et pour savoir à quels dieux, quels jours et de quelle manière il convenait de faire des sacrifices. Comme ils étaient tous d'une même tribu, et que nul autre qu'un fils de prêtre ne pouvait prétendre h Tlionneur du sacerdoce , ils réservaient pour eux et pour leur famille leurs lumières et leurs connaissances, tant sur la religion que par rapport à la conduite de l'état , et ils ne pouvaient les communiquer à aucun étranger sans la permission du roi. Elle fut accordée à Thémistocle , et ce fut, selon Plutarque , un effet particulier de la faveur du in Tbemi.^ prmce a son égard.

Cette étude , cette science de la religion , qui a fait définir par Platon la magie, c'est-à-dire la science des mages , l'art d'honorer dignement les Dieux , ôeôv Geca-KSiav, leur donnait beaucoup de crédit dans .l'esprit des peuples et du prince, qui ne pouvaient offrir aucun sacrifice sans leur présence et sans leur ministère.

Il fallait même que le roi ^ , avant que de monter sur le trône, eût reçu de leurs leçons pendant un cerlain temps, et eût appris d'eux l'art de bien régner et l'art d'honorer dignement les Dieux. Il ne se décidait aucune affaire importante dans l'état, sans qu'ils eussent été auparavant consultés : ce qui fait dire à Pline ^ que, de son temps encore , ils étaient regardés dans tout l'Orient comme les maîtres des princes et de ceux qui se disent les rois des rois.

' » Nec quisqilam rex Persarum ( auctoiitas magorum ) ut hodiequt

potest esse , qui non antè magorum etiam in magna parte gentium prae-

(îisciplinam scientiamque percepe- valeat, et in Oriente regum regibus

rit. » (Cic. de Divin, lib. i, n. 91. ) imperet. » ( Plin. lib. 3o, o. i. )

2 « In tantum fastigii adolevit

3l4 MQEURS DES ASSYRIENS

Ils étaient les sages, les savants, les philosophes de la Perse, comme les gymnosophistesou les hrachmanes l'étaient chez les Indiens, et les druides chez les Gaulois. Leur haute réputation y attirait des pavs les plus éloignés ceux qui desiraient s'instruire à fond de la philosophie et de la religion , et l'on sait que ce fut d'eux , aussi - bien que des Egyptiens , que Pytliagore emprunta les principes de cette doctrine qui le fît si fort respecter de tous les Grecs, si l'on en excepte pourtant la métempsycose, qu'il emprunta des Egyptiens , et par laquelle il dégrada et corrompit le dogme ancien des mages sur l'immortalité de l'ame.

On convient assez que Zoroastre fut le chef et l'instituteur de cette secte ; mais les sentiments sont fort Hist. Nat. partagés sur le temps où il a vécu. Ce que dit Pline à ce sujet est fort propre à concilier les différentes opinions , comme l'a judicieusement remarqué M. Prideaux. On y lit qu'il y a eu deux Zoroastres, qui ont pu vivre à six cents ans l'un de l'autre. Le premier aura été l'instituteur de cette secte vers l'an du monde 2900; et le second, qui a vécu certainement entre le commencement du règne de Cvrus en Orient et la fin de celui de Darius, fils d'Hystaspe, en aura été le réformateur.

L'idolâtrie , dans tout l'Orient , était partagée en deux sectes principales , celle àeh Sabeens , qui adoraient les simulacres, et celle des Mages, qui adoraient le feu. La première commença chez les Chaldéens. La connaissance qu'ils avaient de l'astronomie , et l'étude particulière qu'ils firent des sept planètes , dans lesquelles ils croyaient que résidaient autant de divinités qui en étaient comme l'ame, les portèrent à représenter Saturne , Jupiter, Mars , Apollon , Mercure, Vénus

ET DES PERSES. 3l5

et Diane ou la Lune, par autant de simulacres et de statues, où ils s'imaginèrent que ces prétendues divinités résidaient aussi réellement que dans les planètes mêmes. Le nombre des dieux ensuite augmenta chez eux fort considérablement. Ce culte passa de Chaldée dans tout l'Orient , de là en Egypte , et enfin chez les Grecs, qui le répandirent chez toutes les nations de l'Occident.

Aux Sabéens étaient diamétralement opposés les Mages, autre secte née dans les mêmes pays orientaux. Comme ils avaient en horreur les images, ils n'adoraient Dieu que sous la figure du feu, comme en étant le symbole le plus parfait par sa pureté, par son éclat, par son activité, par sa subtilité, par sa fécondité, par son incorruptibilité. Ils prirent leur commencement dans la Perse : c'est là , et dans les Indes seulement, que cette secte se répandit, et qu'elle a subsisté jusque aujourd'hui. Leur doctrine fondamentale était qu'il y a deux principes , l'un qui est la cause de tout le bien, l'autre qui est la cause de tout le mal. Le premier est représenté par la lumière , et l'autre par les ténèbres , comme leurs propres symboles. Ils nomment le dieu bon Yasdan ou Oi^muzd, et le mauvais Abraman ^ Le premier est appelé par les Grecs Of^omasde , et le dernier AiimaniiLS. Aussi , quand Xerxès souhaitait à ses ennemis qu'il leur vînt toujours dans l'esprit de chasser les meilleurs et les plus braves de leurs citoyens , comme les Athéniens avaient chassé Thémistocle , il adressait sa prière à Arimanius , le dieu Plut.

, r- VI 1 ■ • A j in Tlieniisi

mauvais des Perses, arm qu il leur inspirât cette pensée, pag. 126 et non à Oromasdes, leur dieu bon.

' Il faut lire Ahtiman. — L.

3l6 MOElîRS DES ASSYRIENS

A l'égard de ces doux dieux , il y avait cette différence de sentiments parmi eux , que les uns croyaient que l'un et l'autre étaient de toute éternité ; les autres, que le dieu bon seulement était éternel, et que laulre avait été créé. Mais ils convenaient tous en ceci, quil y aurait une opposition continuelle entre ces deux dieux jusqu'à la fin du monde ; qu'alors le bon prévaudrait sur le mauvais, et qu'après cela chacun d'eux aurait son propre monde, savoir : le bon, son monde, avec tous les gens de bien qui lui seraient unis, et le mauvais aussi son monde, avec tous les méchants qui le suivraient.

Le second Zoroastre, qui vivait du temps de Darius, entreprit de reformer, en quelques articles seulement, la secte des mages , qui , pendant plusieurs siècles , avait été la religion dominante des JMèdcs et des Perses, mais qui , depuis la mort des chefs de cette secte usurpateurs de la couronne , et le massacre qui fut fait de ses sectateurs, était tombée dans un grand mépris. On croit que ce fut à Ecbatane qu'il commença à se produire.

Le principal changement qu'il fit dans la religion (les mages, c'est qu'au lieu que ceux-ci posaient pour dogme fondamental qu'il y a deux principes suprêmes, l'un auteur du bien, qu'ils appelaient la lumière, et l'autre auteur du mal, qu'ils nommaient les ténèbres, et qu'étant toujours en opposition , c'était de leur mélange que toutes choses avaient ete faites, il établit un principe supérieur aux deux autres , savoir : un Dieu suprême, auteur de la lumière et des ténèbres, et qui , par le mélange de ces deux principes , faisait toutes choses selon son bon plaisir.

ET DES PEllSES. 3l7

Mais pour éviter de faire Dieu auteur du mal , voici ce qu'il enseignait. 11 disait qu'il y a un être souverain, indépendant et qui existe par lui-même de toute éternité ; que sous cet être souverain il y a deux anges, un ange de lumière, qui est l'auteur du bien, et un ange de ténèbres, qui est l'auteur du mal; que ces deux anges ont formé du mélange de la lumière et des ténèbres toutes les choses qui existent ; qu'ils sont continuellement en guerre l'un contre l'autre ; que lorsque l'ange de lumière se rend le maître, le bien remporte sur le mal , et que lorsque l'ange de ténèbres a l'avantage, le mal prévaut sur le bien, et que ce conflit durera jusqu'à la fin du monde; qu'alors il y aura une résurrection universelle, et un jour de jugement, où chacun recevra la juste rétribution de ses œuvres; qu'après cela l'ange de ténèbres et ses disciples seront relégués dans un lieu où ils souffriront les peines dues à leurs crimes , dans une obscurité éternelle ; et que l'ange de lumière et ses disciples iront aussi dans un lieu où ils recevront la récompense de leurs bonnes actions, dans une lumière éternelle; qu'ils seront séparés pour toujours, et que la lumière et les ténèbres ne seront plus jamais mêlées et confondues ensemble. Les restes de cette secte , qui subsistent encore dans la Perse et dans les Indes , retiennent encore aujourd'hui , depuis tant de siècles, tous ces articles, sans aucune variation.

Il n'est pas nécessaire d'avertir le lecteur que presque tous cçs dogmes, quoique altérés en plusieurs points, ont en général une grande conformité avec les saintes Ecritures ; et il est évident qu'elles n'ont point été inconnues aux deux Zoroastres, qui ont pu con-

3l8 MOEURS DES ASSYRIENS

naître tous deux le peuple de Dieu : le premier dans la Syrie, où les Israélites étaient établis depuis longtemps ; le second à Babylone , où les mêmes Israélites avaient été transportés , et où Zoroastre aura pu consulter Daniel , qui était tout puissant dans la cour du roi des Perses.

Une autre réforme que fit Zoroastre dans l'ancienne religion des mages , c'est qu'il fit bâtir des temples , où l'on conservait avec grand soin le feu sacré, qu'il prétendait avoir apporté lui-même du ciel. Les prêtres veillaient jour et nuit pour empêcher qu'il ne s'éteignît.

On trouve tout ce qui regarde les mages rapporté fort au long et fort savannnent dans les deux premiers tomes de l'Histoire des Juifs, par M. Prideaux, dont je n'ai fait ici qu'extraire une très-petite partie.

Mariages et Sépulture.

L'article de la religion des peuples d'Orient, que j'ai cru devoir traiter avec quelque étendue, parce que je la regarde comme une partie essentielle de leur histoire, m'oblige d'abréger ce qui concerne leurs autres coutumes. Celles des mariages et de la sépulture ne doivent pas être omises.

Herod. 1. I, Rien n'est plus horrible, et ne marque mieux les •ap 199- profondes ténèbres où l'idolâtrie avait plongé le genre humain, que la prostitution publique des femmes à Babylone , non-seulement autorisée par les lois , mais commandée par la religion même dans une certaine fête de l'année , que l'on célébrait en l'honneur de la déesse Vénus sous le nom de Mylitta, dont le temple devenait par cet infâme cérémonie un lieu de débauche.

liaruc. 6, -^,, , . , . f ]

/,2et43. Llle y régnait encore et y était tort commune, lorsque

ET DES PERSES. 3l9

les Israélites furent menés en captivité dans cette ville criminelle, et Jérémie se crut obligé de les prémunir et de les fortifier contre un scandale si abominable.

La dignité et la sainteté du mariage n'étaient pas plus connues chez les Perses. Je ne parle pas seulement Herod. i. i , de cette multitude mcroyable de femmes et de concubines , dont le sérail des rois était rempli , à l'égard desquelles ils poussaient la jalousie aussi loin que s'ils n'en eussent eu qu'une seule, les tenant toutes renfermées chacune dans un appartement séparé, sous la sévère garde des eunuques , sans aucune communication entre elles, et beaucoup moins encore avec les personnes du dehors. On ne saurait lire sans horreur Phiio.iib.de

5 V -1 • ' n 1 1- I '-II- spécial.

jusqu OU ils avaient porte 1 oubli et le mépris des lois leg. p. 778. les plus communes de la nature. L'inceste avec une in"proœui. sœur était permis chez eux par les lois , ou du inoins ^'^^' " autorisé par les mages , ces prétendus sages de la Perse , comme on l'a vu dans l'histoire de Cambyse. Un père même ne respectait pas sa fille, ni une mère son fils. Nous lisons dans Plutarque que Parvsatis , mère d'Ar- in Anax. taxerxe Mnemon , qui cherchait en tout a complaire au roi son fils, s'apercevant qu'il avait conçu une violente passion pour une de ses propres filles nommée Atossa, loin de s'y opposer, lui persuada de l'épouser et d'en faire sa femme légitime , en se moquant des opinions et des lois des Grecs. Car, lui dit -elle, en poussant la flatterie à un excès affreux , c'esl vous que Dieu a donné aux Perses comme la seule loi et la seule i^egle de tout ce qui est honnête ou deshonnete , vertueux ou vicieux.

Cette coutume abominable durait encore du temps ,

d'Alexandre-le-Grand , qui , étant devenu maîtie de la Perse par la défaite et par la mort de Darius, fît une loi expresse pour la défendre. Ces excès nous apprennent de quel abyme l'Evangile nous a délivrés , et combien la sa^resse humaine est une faible barrière contre les crimes les plus détestables.

Je finis , pour abréger , en disant un mot de la sé- HeroJ. 1. 3, pulture dcs morts. Ce n'était point la coutume dans

cap. 16. ^ . I I T» i' i 1 A 1

1 Orient , et sur-tout chez les Perses, d élever un bûcher dans les funérailles pour y consumer par les flammes

Cy^opl'^i^s ^^^ corps morts. Aussi voyons-nous que Cyrus en mou-

p. 238. j,^j^f recommanda avec grand soin à ses enfants d'inhumer

son corps , et de le rendre à la terre ^ , ce . sont ses

expressions, par lesquelles il semble marquer qu'il

regardait la terre comme sa première origine, où il

^Ta*^ 16 ^' était juste qu'on le fît retourner. Et Cambyse, après avoir fait essuyer au cadavre d'Amasis , roi d'Egypte , mille traitements indignes , crut y mettre le comble en le faisant consumer par les flammes , ce qui était également contraire aux usages des Egyptiens et des Perses ^. Ceux-ci avaient coutume d'enduire et d'environner de cire les corps morts, pour les faire subsister plus longtemps.

J'ai cru devoir traiter ici avec quelque étendue ce qui regarde les mœurs et les coutumes des Perses , parce que l'histoire de ce peuple doit occuper une grande

■ <• Ac mihî quidem antiquissi- lib. 2 , de Le^. n. 56. ) mum sepulturae genus id fuisse vi- ^ « Condunt jEgyptii mortuos , et

detur, quoapudXenophontem Cyrus eos domi servant : Persae jam cerâ

utitur. Redditur eniin terrae coi-pus , circumlitos condiunt, ut qu/tin maxi-

et ita locatum ac situm quasi ope- mè perinaneant diuturna coi-pora. »

rimento matris ohducitur. » ( Cic. (^Ç.ic. Titscul. Qua-st. Wh. i,n, 10%.)

partie de mon ouvrage, et que je n'y reviendrai plus dans la suite. Le livre de Barn. Brisson ^ , président du parlement de Paris , sur le gouvernement des Perses , m'a été d'un grand secours. Ces sortes de recueils, quand ils sont faits par une main habile , épargnent beaucoup de peine, et fournissent à un écrivain des traits d'érudition qui lui coûtent peu et qui ne laissent pas souvent de lui faire beaucoup d'honneur.

ARTICLE V

Causes de la décadence de V empire des Perses ^ et du changement arrivé dans les mœurs.

Quand on compare ce qu'étaient les Perses avant Cyrus, et sous le règne de ce prince, avec "^ ce qu'ils furent depuis sous ses successeurs, on a peine à comprendre que ce fût le même peuple ; et Ton touche au doigt cette vérité, que dans un état la décadence des mœurs entraîne toujours après elle celle de l'empire.

Entre plusieurs causes du changement arrivé dans celui des Perses , on en peut sur-tout considérer quatre principales : la magnificence et le luxe portés au dernier excès; l'asservissement des peuples et des sujets , poussé jusqu'à l'esclavage; la mauvaise éducation des princes, qui fut la source de tous les désordres; le manque de bonne foi dans l'exécution des traités et des serments.

§ L Magnificence et luxe.

Ce qui fit regarder les Perses du temps de Cyrus

' « Barnab. Brissonius , de regîo Persarum principatu, etc. Argentorati. » ( An. 17 lo.)

Page 1