‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 5 sur 85 · II. Quais et pont · texte numérisé non relu

II. Quais et pont

Une branche de l'Euphrate traversait cette grande

l'X HISTOIRE ANCIENNE.

Heio<i. 1. I, ville du nord au midi. On bâtit de chaque coté de la uiod'.hh. 2, rivière , pour lui servir de quais , une grande muraille de p. gf). brique et de bitume , de la même épaisseur que les murs de la ville : on v mit des portes d'airain vis-à-vis de toutes les rues qui coupaient le fleuve, avec des descentes qui y conduisaient , et dont les habitants avaient accoutumé de se servir pour passer en bateau d'un bord à l'autre , n'ayant pas d'autre passage sur le fleuve avant que le pont eût été construit. Ces portes étaient ouvertes pendant le jour, mais la nuit on les tenait fermées.

Le pont ne le cédait pour la beauté à aucun dès autres ouvrages. Il avait un ' stade, c'est-à-dire cent quatre toises de long sur trente pieds de large. Les arches étaient bâties de grosses pierres qu'on avait liées ensemble avec des chaînes de fer et du plomb fondu. Lorsqu'il s'était agi de le construire , on avait détourné le fleuve, et mis son lit à sec, pour d'autres raisons encore , comme je le dirai bientôt ; et , comme tout était préparé de loin , le pont fut colistruit pendant cet intervalle , aussi-bien que les quais dont j'ai parlé.

IIL LaCj digues , canaux faits pour la décharge du fleuve.

Ces travaux , objets de l'admiration des plus habiles

connaisseurs, avaient encore plus d'utilité que de magni-

strah. 1. i6, ficence. A l'approche de l'été, le soleil venant à fondre

pîia"i6^.°5, les neiges des montagnes d'Arménie, il en naît une

cap. 26. gpa„{jp crue d'eaux dans les mois de juin , juillet et août ,

qui , se jetant dans l'Euphrate , lui font franchir ses

» Diodore dit que ce pont avait être . puisque l'Euphrate n'avait cinq stades de longueur, ce qui fait quun stade de largeurselonStrabon. un quart de lieue ; mais cela ne peut (Liv. i6,pag. 7 38.)

ASSYRIENS. a3

bords dans cette saison , de la même manière que le Nil se déborde en Egypte. Comme la ville et le pays en Ahyd. souffraient beaucoup de dommage, pour y remédier ^rxn.ev7.g. on fit tirer fort haut au-dessus de la ville deux canaux artificiels, pour détourner dans le Tigre ces eaux débordées, avant qu'elles fussent parvenues à Babylone.

Afin que le pavs fût encore plus en sûreté contre les inondations, on fit construire une prodigieuse digue de brique cimentée de bitume des deux côtés du fleuve , Abyd. ibid. pour le retenir dans son lit, laquelle s'étendait depuis cap. i85. ' la tête des canaux artificiels jusqu'à la ville, et un peu au-dessous.

Pour faciliter la construction de la plupart des ouvrages dont nous avons parlé, il avait fallu détourner le cours de la rivière. On avait pour cela creusé , à l'occident de Babylone , un grand lac , qui , selon Hérodote , avait quatre cent vingt stades en carre ^ , c'est-à-dire vingt et une lieuçs, et trente-cinq pieds de profondeur, ou , selon Mégasthène , soixante-quinze pieds. Le fleuve fut conduit tout entier dans ce vaste lac par un canal qu'on avait coupé à son bord occidental ; et lorsque tous les ouvrages furent finis, ou le fit rentrer dans son lit ordinaire. Cependant, de peur que l'Euphrate, dans le temps de ses crues, n'inondât la ville par les portes qui V conduisaient , on conserva le lac avec son canal. L'eau qui v était conduite et reçue dans le temps des debordem*>nts y était conservée comme dans un réservoir commun , d'où on la tirait , par le moyen des écluses , dans les temps convenables pour arroser les terres voisines. Ce lac servait donc en même temps à défendre

' En petits stades , 46,000 met. , un peu plus de 8 lieues. —- L.

2l\ HISTOIRE ANCIENNE.

le pays contre les inondations et à le fertiliser. Je rapporte ce qu'ont dit les anciens des merveilles de Babylone; mais il y en a que j'ai de la peine à concevoir ; et de ce nombre est la vaste étendue du lac que je viens de décrire.

Bérose, Mégastliène et Abydène , cités par Josèphe et par Eusèbe , font Nabuchodonosor auteur de presque tous ces ouvrages; mais Hérodote attribue le pont, les deux quais de la rivière et le lac, à Nitocris, belle-fdle de ce monarque. Peut-être que Nitocris mit la dernière main à ce que son beau-père avait laissé imparfait à sa mort ; ce qui lui a valu chez cet historien l'honneur de toute l'entreprise.

Page 1