Je ne vois pas comment on peut excuser la loi qu'im
Excessif loi- ' 1 ' •
sir. posa Lycurgue aux Lacedemoniens de passer dans l'oisiveté tout le temps de leur vie , excepté celui où ils faisaient la guerre. Il laissa tous les arts et tous les métiers aux esclaves et aux étrangers qui habitaient parmi eux , et ne mit entre les mains de ses citoyens que le bouclier et la lance. Sans parler du danger qu'il y avait de souffrir que le nombre des esclaves nécessaires pour cultiver les terres s'accrût à un tel point qu'il passât de beaucoup celui des maîtres , ce qui fut souvent parmi eux une source de séditions, dans combien de désordres un lel loisir devait-il plonger des hommes toujours désœuvrés, sans occupations journalières et sans travail réglé ! C'est un inconvénient qui n'est encore aujourd'hui que trop ordinaire parmi la noblesse, et qui est une suite naturelle de la mauvaise éducation qu'on lui donne. Excepté le temps de la guerre, la plupart de nos gentilshommes passent leur vie dans une entière inutilité. Ils regardent également l'agriculture, les arts, le commerce au-dessous d'eux, et ils s'en croiraient déshonores. Ils ne savent souvent manier que les armes. Ils ne prennent des sciences qu'une légère teinture , et seulement pour le besoin : encore plusieurs d'entre eux n'en ont aucune connaissance, et se trouvent sans aucun goût pour la lecture. Ainsi il n'est pas étonnant que la table , le jeu , les parties de chasse , les visites réciproques , des conversations
DE LA GRÈCE. 3c)l
pour Tordinaire assez frivoles , fassent toute leur occupation. Quelle vie pour des hommes qui ont quelque esprit !
Lycurgue serait absolument inexcusable , s'il avait 6. donné lieu, comme on l'en accuse, à la dureté et à la gard cruauté qu'on exerçait dans sa république contre les ^^ "*''' Ilotes. C'étaient des esclaves dont les Lacédémoniens se servaient pour labourer leurs terres. Non-seulement ils les enivraient pour les faire paraître en cet état devant leurs enfants, et pour inspirer à ceux-ci une grande horreur d'un vice si bas et si honteux ; mais ils les traitaient avec la dernière barbarie, et se croyaient permis de s'en défaire par les voies les plus violentes, sous prétexte qu'ils étaient toujours prêts à se révolter '. Dans une occasion que Thucydide rapporte, deux mille Lib.4.[c8o] de ces Ilotes disparurent tout d'un coup, sans qu'on sût ce qu'ils étaient devenus. Plutarque prétend que cette coutume barbare ne fut mise en usage que depuis Lycurgue, et qu'il n'y eut aucune part.
Mais ce qui rend Lycurgue plus condamnable, et ce 7.
•/>•• Al II 'M 1 Pudeur et
qui tait mieux connaître clans quelles ténèbres et dans modestie quels désordres le paganisme était plongé, c'est de voir ^é^We'^s'! le peu d'égard qu'il a eu à la pudeur et à la modestie dans ce qui regarde l'éducation des filles ^ et les mariages; ce qui fut sans doute la source des desordres qui régnaient à Sparte , comme Aristote l'a sagement l;i, , observé. Quand on compare à cette licence effrénée «leRep. c.g.
' Des jeunes gens armés de poi- '• L'usage que Lycurgue établit de
gnards se répiîndaient dans la cam- faire paraître nues les jeunes filles
pagne, et tuaient tous les Ilotes qu'ils dans certaines fêtes, paraît avoir au-
rencontraient. C'est cette infâme paravant existé chez les Cretois , au
chasse aux hommes qu'on appelait témoignage 'de Platon. ( Reptibl. V ,
C/-; jo (/a. (Pr.uT.j« ire. ,§ 28.) — L. pag. 452.) — L.
des règlements du plus sage législateur qu'ait eu l'antiquité profane la sainteté et la pureté des lois de l'Evangile, on comprend quelle est la dignité et l'excellence du christianisme.
On le comprend encore d'une manière qui n'est pas moins avantageuse, par la comparaison même de ce que les lois de Lycurgue semblent avoir de plus louable avec celles de l'Évangile. C'est une chose bien admirable, il faut l'avouer, qu'un peuple entier ait consenti à un partage de terres qui égalait les pauvres aux riches, et que par le changement de monnaie il se soit réduit à une espèce de pauvreté ^. Mais le législateur de Sparte , en établissant ces lois , avait les armes à la main. Celui des chrétiens ne dit qu'un mot : bienheureux lespaui^res d'esprit! et des milliers de fidèles, dans la suite de tous les siècles , renoncent à leurs biens , vendent leurs terres , quittent tout pour suivre Jésus-Christ pauvre.
ARTICLE VIII
Gouvernement d'Athènes. Lois de Solon. Histoire de cette république , depuis Solon jusqu'au règne de Darius I.
J'ai déjà remarqué qu'Athènes, dans sa naissance, eut des rois. Mais ils n'en avaient que le nom : toute leur puissance, presque restreinte au commandement des armées, s'évanouissait dans la paix. Chacun vivait maître chez soi , et dans une entière indépendance. Codrus , le dernier roi d'Athènes , s'étant dévoué pour le bien public, ses enfants, Médon et Nilée, disputèrent
' Voyez la note plus haut, p. 366. — L.
le royaume entre eux. Les Athéniens en prirent occasion d'abolir la royauté, quoiqu'elle ne les incommodât guère, et déclarèrent Jupiter seul roi d'Athènes, [Pansau. au même temps que les Juifs ^ , ennuyés de la théocratie, c'est-à-dire d'avoir le vrai Dieu pour roi , voulurent absolument obéir à un homme.
Plutarque observe qu'Homère , dans le dénombrement des vaisseaux, ne donne le nom Aq peuple qu'aux seuls Athéniens : ce qui peut montrer que les Athéniens avaient dès-lors beaucoup de penchant pour la démocratie, et que la principale autorité résidait déjà dans le peuple ^.
A la place des rois ils avaient créé des gouverneurs perpétuels sous le nom ^archontes. La magistrature perpétuelle parut encore à ce peuple libre une image trop vive de la royauté, dont il voulait anéantir jusqu'à [av. j. c. l'ombre même. Ainsi il réduisit cette charge à dix ans, " et puis à un , dans la vue de ressaisir plus souvent l'autorité , qu'il ne transférait qu'à regret à ses magistrats.
Une puissance aussi limitée que celle-là contenait mal des esprits remuants, qui étaient devenus jaloux à l'excès de la liberté et de l'indépendance , très-délicats
' Codrus était contemporain de mère , lorsqu'il se sert du mol
Saul. Ay)(ao; en parlant des Lyciens et
2 C'est dans la vie de Thésée ^es Troyens ^raôç Auxîwv ( Iliad.
(§ 24), que Plutarque fait cette ob- n^ ^3,^) ^ et (î'Yiatç Tptiwv (Odyss. A.
servatlon. Je la crois peu juste. Ho- aSij et N. 266 ) , veut faire entendre
mère dans le passage allégué ( II. R. que chez les Troyens et les Lyciens
547), dit : le gouvernement penchait vers la dé-
Ôl' <5"àp' Àôrîvx; sl/ov , eu XTipiê- mocratie? Cette observation dePlu-
vov TCToXteôpov. * tarque se sent bien de la manie des
Ariaov ÈpcXÔ^o; (/.e-ya/YÎTOpo;.... Anciens qui cherchaient toujours
Ce mot A-fiao? n'a réellement dans Homère des allusions et des fi-
aucun rapport avec le gouvernement nesses auxquelles ce grand poète n a
d'Athènes : dira-t-on aussi qu'Ho- jamais songé.
à se blesser de tout ce qui sortait de l'égalité , très-faciles à prendre ombrage de ce qui avait quelque air de supériorité et de domination. Les factions et les querelles renaissaient chaque jour. On ne s'accordait ni sur la religion , ni sur le gouvernement. Athènes ainsi demeura long-temps hors dViat de s'accroître, trop heureuse de se conserver au milieu des longues et fréquentes dissensions qui la déchiraient.
Les malheurs instruisent. Elle apprit enfin que la
véritable liberté consiste à dépendre de la justice et de
la raison. Cet heureux assujettissement ne pouvait
An.m 338o. s'^.^jjj^lip (mg p;|(, uj^ législateur. Elle choisit Dracon ,
Av. J. G. 024. 1 1 D '
personnage d'une sagesse et d'une probité reconnues. On ne voit point qu'avant lui la Grèce ait eu des lois écrites. Il en publia dont l'extrême rigueur, favorable par avance à la doctrine des stoïciens, punissait de mort la plus légère faute comme le plus énorme forfait. Les lois de Dracon , écrites , selon Démade ' , non avec de l'encre, mais avec du sang, eurent le sort de» choses violentes. Les sentiments d'humanité dans les juges , la compassion pour les accusés , qu'on s'accoutuma à regarder comme plus malheureux que punissables, la crainte qu'eurent les accusateurs et les témoins de faire un personnage trop odieux : tous ces motifs concou- , rurent à ralentir l'exécution de ces lois , et à les abroger peu-à-peu par le non-usage ; et l'excessive rigueur conduisit à l'impunité.
Le péril de retomber dans les premiers désordres fit recourir à de nouvelles précautions. On voulait lâcher
• Hérodicus, jouant sur le mot non par un homme. (^Akistot. Bhe- Aoâ)4(j)v , dragon , disait que ces lois tor. II , c. 2 3. ) — L. avaient été faites par un Dragon et
DE LA GRÈCE. SgS
le frein de la crainte, non pas le rompre. Et pour
trouver les adoucissements qui revalent bien à la loi ce
qu'ils lui coûtent, on jeta les yeux sur un des plus sages
et des plus vertueux personnages de son siècle; je veux
dire Solon ^ , à qui ses rares qualités, et particulièrement an.m 3400.
sa grande douceur , avaient acquis Taffection et la vénc- ' ' ' ^
ration de toute la ville.
II avait donné sa principale application à l'étude de pim. in la philosophie, et sur-tout à la partie de cette science ''''"lS •qu'on uppeWe jjoù'tiçue , et qui regarde l'art de gouverner. Son mérite extraordinaire lui donna un des premiers rangs parmi les sept sages de la Grèce qui illustrèrent si fort ce siècle.
Ces sages se rendaient assez souvent visite l'un ^ Pag 81. 8a l'autre. Un jour que Solon alla à Milet pour voir Thaïes, la première chose qu'il lui dit , ce fut qu'il s'étonnait comment il n'avait jamais voulu avoir ni femme ni enfants. Thaïes ne lui répondit rien sur l'heure; mais quelques jours après il aposta un étranger, qui se disait arriver tout récemment d'Athènes, d'où il était parti depuis dix jours. Solon lui demanda d'abord s'il n'y avait rien de nouveau lorsqu'il en était parti. L'étranger, à qui l'on avait fait sa leçon, repartit qu'il n'y avait autre cho^e que la mort d'un jeune homme dont toute la ville accompagnait le convoi , parce que c'était , disait-on, le fils du plus honnête homme de la ville, et qui se trouvait pour-lors absent, v Ah ! interrompit Solon , que ce pauvre père est à plaindre ! Mais comment l'appçlait-on? Je l'ai ouï nommer, répliqua l'étranger , mais son nom m'est échappé. Je me souviens seulement qu'on ne parlait que de sa sagesse et de sa
' L'Aichontat de Solon est de l'an 594. — L.
396 HISTOIRE ANCIENINE.
justice. » Chaque réponse était un nouveau sujet de trouble et de frayeur pour ce père si justement alarmé. « Ne serait-ce point , dit-il , le fils de Solon ? C'est cela même , « reprit Tautre. Solon , à ce mot , déchirant ses habits , frappant sa poitrine , et ne s'expliquant que par des larmes et des sanglots , s'abandonna à la plus vive douleur. Alors Thaïes , le prenant par la main , lui dit , en souriant : « Rassurez -vous; tout ceci n'est qu'une fiction. Voilà pourquoi je n'ai point voulu me marier: c'est pour m'épargner de pareils chagrins. »
Plutarque réfute fort au long ce raisonnement de Thaïes , qui irait à priver Ihomme des attachements les plus naturels et les plus raisonnables, auxquels son §œur ne manquerait pas d'en substituer d'injustes et dillégitimes , qui l'exposeraient aux mêmes peines. Le remède , dit-il , contre la douleur que peut causer la perte des biens , des amis , des enfants , n'est pas de se rendre pauvre, de renoncer absolument à l'amitié, ou d'embrasser le célibat, mais de faire dans tous ces cas l'usage que Ion doit de sa raison.
Plut. inSoi., Athènes, après quelque temps de tranquillité et de pag. 85-86. p^j^ qyg l^j avaient procuré la prudence et le courage de Solon, car il était aussi brave guerrier que bon politique, était retombée dans ses premières dissensions pour le gouvernement de la republique, et s'était divisée en autant de partis qu'il y avait de différentes sortes d'habitants dans l'Attique : car les montagnards tenaient pour le gouvernement populaire; ceux de la plaine voulaient un état oligarchique; et ceux de la cote maritime , demandant un gouvernement mêlé des deux premiers, empêchaient l'un et l'autre des deux partis opposés d'avoir l'avantage. D'ailleurs, les pauvres, qui
essuyaient les plus cruelles vexations de la part des riches à cause des dettes qu'ils étaient hors d'état d'acquitter , songeaient à se choisir un chef qui les délivrât de l'inhumaine dureté de leurs * créanciers , et qui changeât entièrement la forme du gouvernement en faisant un nouveau partage des terres.
Dans cet extrême danger, les plus sages d'Athènes jetèrent les veux sur Solon, qui n'était suspect à aucun des deux partis, parce qu'il n'avait pris part ni à l'injustice des riches, ni à la révolte des pauvres; et ils le pressèrent d'entrer dans les affaires , et de travailler à faire cesser tous ces différends. Il eut beaucoup de peine à se charger d'une commission si hasardeuse. Enfin il fut élu archonte , et nommé arbitre souverain et législateur, du consentement de tout le monde, les riches l'agréant volontiers comme riche, et les pauvres comme homme de bien.
Il ne tenait qu'à lui de se faire roi : plusieurs des citoyens l'y exhortaient ; et les plus sages même, n'osant attendre de la raison humaine ni des lois un changement favorable, n'étaient pas éloignés de communiquer le pouvoir suprême à un seul , qui se distinguât par sa prudence et sa justice. Mais quelque remontrance qu'on pût lui faire, et quoique ses amis traitassent de bassesse d'ame et de lâcheté le refus qu'il faisait d'accepter la royauté , il ne se laissa point ébranler , et ne songea qu'à établir dans sa patrie un gouvernement qui fût la source d'une sage et raisonnable liberté.
N'osant pas toucher à de certains désordres et à de certains maux qui lui paraissaient plus forts que les remèdes , il n'entreprit de changements que ceux qu'il crut pouvoir persuader à ses citoyens par la voie de la
Ion.
398 HISTOIRE AJVCIENNL.
raison, ou leur faire accepter par le poids de Tautorité, en mêlant sagement, comme il le disait lui-même, la force avec la justice. C'est pourquoi, quelqu'un lui ayant demandé depuis si les lois qu'il avait données aux Athéniens étaient les meilleures : Oui^ dit-il , les meilleures quils étaient capables de recevoir.
Lame des états populaires , c'est l'égalité. Il n'osa, de peur de révolter les riches, proposer celle des biens, par où l'Attique , ainsi que la Laconie , eiit ressemblé à un héritage partagé entre plusieurs frères. Mais il tira de l'esclavage presque tous les citoyens, que leurs dettes excessives et des arrérages accumules avaient forcés à se vendre eux-mêmes et à se réduire en servitude. Une loi expresse déclara quittes tous les débiteurs ' . Plut, in So- Cette affaire attira à Solon une aventure fâcheuse qui lui causa un sensible déplaisir. Déterminé à abolir absolument les dettes, il sentait bien que cet edit, qui avait quelque chose de contraire à la justice, révolterait extrêmement les esprits. Il cherchait donc à en rectifier en quelque sorte la teneur par un préambule spécieux , qui montrât des prétextes plausibles , et prêtât à la loi des motifs d'équité et de raison qu'elle n'avait point dans le fond. Pour cela il s'ouvrit de son dessein à quelques personnes qu'il avait coutume de consulter dans toutes ses affaires, et concerta avec elles la manière dont cet édit devait être énonce. Avant qu'il fût publié , ses amis , plus intéressés que fidèles . empruntèrent secrètement des meilleures bourses de
' La loi appelée Seisachtheia g 1 5 ). D est plus vraisemblable que
' l.i'.aé.f^ô.'.tx. ) , c'est-à-dire , remis- Solon diminua , mais n'abolit point
sion des dettes , irapà TO âirorTsîcra- les dettes (Androtion, Ap. Plut.
sôat rà ^âpYi tmv ^aveîwv ( Plut. /./.). — L.
DE LA GRÈCE. SqQ
fort grosses sommes , dont ils achetèrent des fonds de terre , auxquels ils savaient bien qu'on ne devait point toucher. Quand l'édit parut , l'indignation qu'excita généralement une si lâche et si criante fourberie retomba sur Solon , quoiqu'en effet il n'y eût eu aucune part. Mais il ne suffît pas qu'un homme en place soit intègre lui-même et desintéresse; tout ce qui l'environne et l'approche doit l'être : femme, parents, amis, commis, domestiques. C'est sur son compte que les autres font des fautes; et toutes les injustices, toutes les rapines qui se commettent ou par sa négligence, ou par sa connivence , lui sont justement imputées , parce qu'il n'est en place que pour les empêcher.
Cette ordonnance d'abord ne plut ni à l'un ni à l'autre des deux partis. Elle choqua les riches, parce qu'elle abolissait les dettes ; et elle fâcha encore plus les pauvres , parce qu'elle n'établissait pas un nouveau partage des terres comme ils l'avaient espéré , et comme Lvcurgue l'avait fait à Lacédémone. Mais il était bien éloigné du crédit que ce dernier s'était acquis , n'avant d'autorité à Athènes que celle que lui donnaient la réputation de sa sagesse et la confiance des citoyens. Cependant , bientôt après , cette ordonnance fut généralement agréée , et les pouvoirs continués à Solon.
Il cassa toutes les lois de Dracon , excepté celles qui étaient contre les meurtriers. La raison qu'il eut d'en user ainsi , fut l'excessive rigueur de ces lois , qui ordonnaient peine de mort également pour toutes les fautes, en s^rte que ceux qui étaient convaincus de paresse et d*oisiveté, ceux qui n'avaient vole que des herbes et des fruits dans un jardin , étaient punis aussi sévèrement que les assassins et les sacrilèges.
400 HISTOJKii AjVCIJiJViVE.
Il procéda ensuite à ce qui regarde les charges, les dignités , les magistratures , qu'il laissa toutes entre les mains des riches. Il les distribua pour cela en trois classes , selon la différence de leurs revenus , et selon l'estimation des biens de chaque particulier. Ceux qui se trouvèrent avoir de revenu annuel cinq cents mesures ' tant en grains qu'en choses liquides, furent mis au premier rang. On plaça dans le second les citoyens qui en avaient trois cents, et dans le troisième ceux qui n'en avaient que deux cents.
Plut, in So- Tous les autres citoyens qui étaient au-dessous de Ion. pag. 88. ^g revenu furent compris dans une quatrième et dernière classe , et ils n'étaient jamais admis aux charges. Pour les consoler en quelque sorte et pour les dédommager de cette exclusion , il leur laissa le droit d'opiner dans les assemblées et dans les jugements du peuple : ce qui au commencement ne parut rien , mais devint dans la suite un très -grand avantage, et les rendit maîtres de toutes les affaires : parce que la plupart des procès et des différends retournaient toujours au peuple , devant lequel on pouvait appeler de tous les jugements des magistrats ; et c'était dans les assemblées du peuple que se décidaient les plus grandes affaires de l'état , qui regardaient ou la paix ou la guerre. L'Aréopage , appelé ainsi du lieu ^ où il tenait ses
'Cinq cents ijiédimnes. Le mé- pondait à looo drachmes d'argent ,
dinine est égal à 3 -j boisseaux de qui représentaient une somme de
Paris ; les 5oo médimnes valent donc 916 francs environ. — L. r44 sétiers ou 224 hectolitres ; en ' C'était une colline près de la ci-
mettant le settier à 24 f. prix moyen, tadelle d' Athènes,»pfelée Jréopage,
ce revenu reviendrait de nos jours à c'est-à-dire colline de Mars , depuis
à 3460 francs environ. A Athènes, que Mars y eut été jugé pour le
où le blé ne valait en général que 2 meurtre d'Hallirothius , fils de Nep-
drachraes le médimne , ce revenu ré- tune.
DE LA. GRÈCE. /^O l
assemblées, subsistait depuis long -temps : Solon en rétablit et en augmenta l'autorité, et lui laissa, comme à la cour souveraine ,• l'intendance générale de toutes choses , et le soin de faire observer les lois , dont il le fit le dépositaire. Avant lui , les plus gens de bien étaient juges dans l'Aréopage. Solon fut le premier qui trouva à propos qu'il n'y eût que les archontes sortis de charge qui fussent honorés de cette dignité. 11 n'y avait rien de si auguste que ce sénat , et la réputation de ses lumières et de son intégrité devint si grande, que quelquefois les Romains y renvoyèrent la décision Vai Max.
, . , . . , , lib. 8 , CI.
de causes qui leur paraissaient trop embarrassées pour lu. ian.
I • • A T ' -i ■ 1 '. -1 iu Hermol.
les pouvoir juger eux-mêmes. La vente seule y était p,,g. 41^5 écoutée ; et afin que nul objet extérieur n'en détournât Qumtîi* 1 6 l'attention des juges, ils tenaient leur tribunal de nuit *'''i'' '• ou dans les ténèbres, et il était défendu aux orateurs, d'employer ni exorde, ni péroraison, ni digression.
Solon, pour prévenir, autant qu'il serait possible, l'abus que le peuple pourrait faire de l'autorité trop grande qu'il lui laissait , créa un second conseil de quatre cents hommes , cent de chaque tribu , devant lesquels on rapportait toutes les affaires, et oii on les examinait mûrement avant que de les proposer dans l'assemblée du peuple, au jugement duquel leurs avis étaient soumis , et auquel seul appartenait le droit de décider. C'est à ce sujet qu'Anacharsis , attiré du fond de la Scythie par la réputation des sages de la Grèce, disait un jour à Solon : a J'admire qu'on ne laisse en « partage aux sages que la délibération, et qu'on réserve « la décision aux fous. » Dans une autre occasion, où So^i s'entretenait avec lui des règlements qu'il méditait, Anacharsis, étonné qu'il espérât venir à bout