‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 60 sur 85 · Tome JI. Hist. atic. 'jXi · texte numérisé non relu

Tome JI. Hist. atic. 'jXi

, liO'l HISTOIRE \NCIEJVXE.

de réfréner par des lois écrites l'avarice et l'injustice de ses citoyens : «Sachez, lui dit -il, que ces écritures « ressemblent proprement à des toiles d'araignées. Les « faibles et les petits s'y prendront et s'y arrêteront ; « mais les puissants et les riches les rompront sans « peine, et s'en débarrasseront. »

Solon, habile et prudent comme il était, sentait bien les inconvénients de la démocratie, c'est-à-dire de la puissance populaire. Mais , ayant étudié à fond et connu parfaitement le caractère et le naturel des Athéniens, il comprit qu'inutilement on oterait le pouvoir souverain à la multitude ; et que , si elle s'en laissait dépouiller dans un temps, elle le reprendrait bientôt à main armée. Il se contenta donc de lui donner un frein par l'autorité de l'Aréopage et du sénat des Quatre- Cents , et il crut que l'état , arrêté et affermi par ces deux puissants corps , comme par deux bonnes ancres , ne serait plus si agité ni si tourmenté, et que le peuple serait plus tranquille.

Je rapporterai seulement quelques-unes de ses lois,

par lesquelles on pourra juger des autres.

Plut, in So- Il permit à tout le monde d'épouser la querelle de

["Demos^th. quiconque aurait été outragé ; de sorte que le premier

m Midiam, y^jj^ pouvait poursuivrc et mettre en justice celui qui

isocrat. ia avait comuiis l'excès. Par cette ordonnance , ce saee Lochit. § 3 , , ■ . V • I

ed.coray.] législateur voulait accoutumer ses citoyens a sentir les

maux les uns des autres , comme membres d'un seul et même corps.

Plut, in So- Par une autre loi , ceux qui dans les différends publics ne prenaient aucun parti , et attendaient le succès pour se déterminer , étaient déclarés infâmes , |g|ndamnés à un bannissement perpétuel , et à perdre tous

Ion. pag. 89.

DE LA GRKCE. 4o3

ieurs biens. Solon avait appris par une longue expérience , et par de profondes reflexions , que les riches , les puissants , les personnes sages même et les gens de bien sont ordinairement les plus réservés à s'exposer aux inconvénients que les dissensions et les troubles peuvent causer dans la société , et que le zèle du bien public les rend bien moins vifs pour le défendre que la passion des factieux ne les rend ardents pour le détruire : que le bon parti , se trouvant ainsi abandonné par ceux qui pourraient lui donner par leur réunion plus de poids, d'autorité et de force, devient faible contre l'audace et la violence d'un petit nombre de méchants. Pour prévenir ce malheur , qui peut avoir les plus funestes suites, Solon avait voulu forcer les bien intentionnés , par la crainte des plus grandes peines , à se déclarer dès le commencement pour le parti le plus juste, et à ranimer le courage des meilleurs citoyens, en courant avec eux le même danger. Accoutumant ainsi les esprits à regarder presque comme ennemi et comme traître quiconque paraissait indifférent et insensible aux malheurs communs , il avait préparé à l'état une ressource prompte et assurée contre les entreprises subites des mauvais citoyens.

Solon abolit les dots des mariages , par rapport aux Plut, in So

r«ii • » ' • • 1 I ^^°- P- ^9

nlles qui n étaient pas uniques, et ordonna que les mariées ne porteraient à leurs maris que trois robes et quelques meubles de peu de valeur; car il ne voulait pas que le mariage devînt un trafic et un commerce d'intérêt, mais qu'il fût regardé comme une société honorable, pour donner des sujets à l'état, pour vivre ensemble agréablement et avec douceur , et pour se témoigner une amitié et une tendresse réciproque.

.4o4 HISTOIRi: ANCIENNE.

Avant Solon , il n'était point libre de tester : les biens du mourant allaient toujours à ceux de sa famille. Il permit de donner tout à qui Ton voudrait, quand on était sans enfants , préférant ainsi l'amitié à la parenté , le choix à la nécessité et à la contrainte, et rendant chacun véritablement maître de ses biens , par la liberté qu'il lui laissait d'en disposer à son gré. Il n'autorisa pourtant pas indifféremment toutes sortes de donations et n'approuva que celles qu'on avait faites librement , sans aucune violence, sans avoir l'esprit aliéné et corrompu par des breuvages , par des charmes , ou par les attraits et les caresses d'une femme; persuadé avec justice qu'il n'y a aucune différence entre être séduit et être forcé, et mettant en même rang la surprise et la force , la volupté et la douleur, comme des moyens qui peuvent également imposer à la raison et captiver la liberté. Plut, in So- Il diminua la récompense de ceux qui remportaient [g 23]," la victoire dans les jeux isthmiques et dans les olympiin soion!^ qucs, cn la fixant pour les premiers à cent dragmes ' , ^' ^"' c'est-à-dire, cinquante livres; et pour les seconds, à cinq cents dragmes, ou* deux cent cinquante livres. Il trouvait que c'était une chose honteuse de donner à des athlètes et à des lutteurs, gens non -seulement inutiles , mais souvent danojereux à leur patrie , des récompenses très -considérables, qu'il fallait garder pour ceux qui mouraient à la guerre pour le service de leur pays, et dont il était juste de nourrir et d'élever les enfants, qui suivraient un jour l'exemple de leurs pères.

Afin de mettre en vigueur les arts , les métiers et les manufactures , il chargea le sénat de l'Aréopage du soin d'informer des moyens dont chacun se servait poursub-

' loo drachmes valaient ç)i fr. 66 c. ; 5oo drachmes ,• 458 fr. 33. c. — I-.

DE LA GRÈCE. 4c>5

sister et de châtier ceux qui menaient une vie oisive \ Outre cette première vue , de faire fleurir les arts et les métiers , liétablissement de cette loi était fonde sur deux autres raisons encore plus importantes. D'abord , Solib considérait que ceux qui n'ont rien et qui ne travaillent pas pour gagner de quoi vivre , sont préparés à employer toutes sortes de voies injustes pour en avoir ; et que la nécessité de subsister les dispose aux malversations , aux rapines, aux artifices et aux fraudes; ce qui forme dans le sein de la république une école de vices , et y entretient: un levain qui ne manque pas de s'étendre et de corrompre peu -à -peu les mœurs publiques. En second lieu, les plus habiles dans l'art de gouverner ont toujours regardé ces hommes indignes et ennemis du travail comme une troupe dangereuse d'esprits inquiets, avides de nouveautés , toujours prêts aux séditions et aux troubles, et intéressés aux révolutions de l'état, qui peuvent seules changer leur situation. Ce sont toutes ces vues qui portèrent Solon à déclarer, par la loi dont nous parlons , qu'un fils ne serait pas tenu de nourrir son père s'il ne lui avait fait apprendre aucun métier.

Il dispensait du même devoir les enfants nés d'une courtisane. « Car il est évident , disait-il , que celui qui « méprise ainsi l'honnêteté et la sainteté du mariage n'a « point eu en vue la fin légitime qu'on s'y doit proposer, i< mais n'a songé qu'à assouvir sa passion. S'étant donc « satisfait lui-même, il ne s'est réservé aucun droit sur « ceux qui spnt venus de ce commerce et dont il a rendu « la vie aussi - bien que leur naissance , un opprobre (( éternel. »

' Solon avait pris cette loi en Egypte. P'oj: tome i , p. 55 , n. i. — L.

, loG HlSTOfRE ANCIENNE.

Plut, in So- Il était défendu de dire du mal des morts , parce que '»"•?• 9- |j^ religion porte à tenir les morts pour sacrés; la justice , à épargner ceux qui ne sont plus; la politique, à rnÉfeas souffrir que les haines soient éternelles.

il l'était aussi de dire aucune injure à personne dans les temples, dans les lieux oii se rendait la justice, dans les assemblées publiques et dans les théâtres pendant les jeux. Car, de ne pouvoir être nulle part le maître de sa colère , c'est l'effet d'un naturel trop indocile et trop effréné; comme, de la retenir en tout temps et en toute occasion , c'est une vertu au - dessus des forces humaines et une perfection qui était réservée à la loi évangélique.

Cicéron remarque que le sage législateur d'Athènes, dont les règlements étaient encore en vigueur de son temps dans cette puissante république, n'avait fait aucune loi contre le parricide. Comme on lui en demandait la raison ^ , il répondit qu'il lui semblait que faire des lois et statuer des peines contre un crime inconnu et inouï jusque-là, c'eût été l'enseigner plutôt que le défendre.

Je passe plusieurs lois sur le mariage et sur l'adultère , où l'on remarque des contradictions manifestes , et un mélange de lumières et de ténèbres , fort ordinaire aux plus éclairés des païens, qui n'avaient point de principe fixe.

Quand Solon eut publié ses lois, et qu'on se fut engagé par un serment public à les observer religieusement, du moins pendant cent années *, il jugea à

' « Sapienter fecisse dicîtiir , f juum videretur. » ( Pro Rose. Amer,.

de eo nihil sanxerit , quod anteà n. 70.)

commissum non erat ; ne, non taiu ^ Hérodote dit «pendant <^M'fl«i" .

prohiberc . quàni admonere non (Herod. I, § 29). — L.

propos de s'éloigner d'Athènes, pour leur laisser le temps de prendre racine et de se fortifier par l'usage ; pour se délivrer lui-même des importunites de ceux qui venaient le consulter sur rintelligence de ses lois, et pour éviter aussi les plaintes et la haine de ses citoyens, car, comme il le disait lui-mtme, dans les grandes entreprises il est difficile de plaire à tout le monde. Il fut absent pendant dix ans. C'est dans cet intervalle de temps qu'il faut placer ses voyages en Egypte, en Lydie chez le roi Crésus, et dans plusieurs autres pays.

A son retour, il trouva la ville tout en mouvement a.v.m 3445 et en trouble. Les trois anciennes factions s'étaient ré- ' '^ veillées et formaient trois partis différents. Lycurgue pI"*- in Soétait à la tête de ceux de la plaine ; Mégaclès , fils d'Alcméon, était chef de ceux de la côte; Pisistrate s'était déclaré pour les montagnards, auxquels se joignirent les artisans et les ouvriers qui vivaient de leurs bras et qui en voulaient le plus aux riches. De ces trois chefs, les deux derniers étaient les plus puissants.

Mégaclès était fils de cet Alcméon que Crésus avait Herod. i. 6, extrêmement enrichi pour un service particulier qu'il en avait reçu. Il avait de plus épousé une fille qui lui avait apporté des biens immenses en mariage ; c'était Agariste, fille de Clisthène, tyran de Sicyone. Ce Clisthène était le prince le plus riche et le plus opulent qui fût alors dans la Grèce. Pour être en état de se choisir un digne gendre, et dont il pût connaître par lui-même les mœurs et le caractère, il invita tous les jeunes seigneurs de la Grèce à venir passer une année chez lui : c'était une coutume ancienne d'en user ainsi. Il en vint de plusieurs endroits , au nombre de treize. C'étaient tous les jours des courses, des jeux, des

4o8 HISTOIRE ANCIENNE.

tournois, des festins magnifiques, des conversations où l'on agitait toutes sortes de matières. L'un d'eux, qui jusque-là l'avait emporte sur tous les autres, manqua ce mariage , parce que dans une danse il avait fait des gestes et des postures qui déplurent infiniment à Clisthène. Enfin , au bout de l'année , celui-ci se déclara pour Megaclès , et renvova les autres seigneurs , après les avoir comblés d'honnêtetés et de présents. Voilà qui était Megaclès.

Plut, in So- Pisistrate était un homme poli , doux , insinuant ,

Ion. p. qS. , . , 1 '

prompt a secourir les pauvres ' , sage et modère envers ses ennemis, le plus habile des hommes à dissimuler, qui avait tous les dehors de la vertu au - dessus même des plus vertueux, qui paraissait zélé défenseur de l'égalité entre les citoyens, et absolument déclaré contre toute innovation et tout changement. 11 n'eut pas de peine à tromper le peuple par cet air imposant; mais Solon connut tout d'un coup où il tendait par ses déguisements et ses artifices. Cependant il le ménagea dans le commencement, espérant peut-être de le ramener doucement à son devoir, id. ibid. En ce temps-là Thespis commençait ^ à changer la

tragédie; car elle avait été inventée avant lui^. Ce spectacle attira tout le monde par sa nouveauté. Solon alla

"Une faut pas entendre ceux qui le premier qui jeta dans ce chœur

demandent l'aumône. Car en ce un personnage, qui, pour le délasser

temps-là, dit Isocrate, il n'y avait et lui donner le temps de reprendre

point de citojen qui inoumt de haleine, récitait une aventure de

faim, ni qui en mendiant déshono- quelque personnage illustre. Et c'est

rat sa ville. {Orat. Areop. , p. 809.) ce récit qui donna lieu ensuite aux

* La tragédie était long-temps sujets des tragédies,

avant ïhespis : mais ce n'était qu'un ^ Vers la même époque , Susarion

chœur de gens qui chantaiejit et qui donna les premières représentations

se disaient des injures. Thespis dit de comédie. — L.

Di: LA GRÈCE. l\OCj

comme les autres entendre Thespis, qui jouait lui-

nicme, selon la coutume des poëtes anciens. Quand la

pièce fut finie, il appela Thespis, et lui demanda s'il

n'avait point de honte de mentir ainsi devant tant de

gens. Thespis lui répondit qu'il n'y avait point de mal

dans ces mensonges et dans ces fictions poétiques , qu'on

ne faisait que par jeu. Oiu\ répartit Solon , en donnant

un grand coup de son bâton contre terre ; mais si nous

soiiffrons et approuvons ce beau jeu- Va, il passera

bientôt dans nos contrats et datis toutes nos affaires.

Cependant Pisistrate poussait toujours sa pointe ; et Herod. 1. i , , ., , . cap. 59-64.

pour arriver a son but, il employa une ruse qui eut

tout le succès qu'il en attendait. S'étant blessé lui- Plut, in Soi même , et ensanglanté par tout le corps , il se fit porter sur la place dans un chariot, et excita la populace en lui faisant entendre que c'étaient ses ennemis qui l'avaient mis en cet état , et qu'il était la victime de son zèle pour la république. On convoqua sur-le-champ l'assemblée du peuple , et 11 y fut résolu , quelques remontrances que fit Solon au contraire, qu'on accorderait cinquante gardes à Pisistrate pour la sûreté de sa personne. Il en augmenta bientôt le nombre autant qu'il lui plut , et par leur moyen se rendit maître de la citadelle. Tous ses ennemis prirent la fuite. Chacun tremblait dans la ville, et était dans le trouble , excepté Solon , qui reprochait hautement aux Athéniens leur lâcheté, et au tyran sa perfidie. Et comme on lui demanda ce qui pouvait lui donner une telle assurance et une telle hardiesse : Cest ma vieillesse, dit-il. En effet, il était fort âgé, et il semblait ne hasarder pas beaucoup , étant près de finir ses jours ; si ce n'est qu'il arrive souvent qu'on devient plus attaché à la vie, à

4lO HISTOIRE ANCIENxVE.

proportion qu'on a moins de raison et de droit de souhaiter qu'elle soit prolongée.

Mais Pisistrate , après avoir tout soumis, regardait sa conquête comme imparfaite, s'il n'y ajoutait celle de Solon. Bien instruit des moyens par lesquels un vieillard peut être gagné, il n'y eut point de caresses qu'il ne lui fit, point de marques d'estime et d'amitié qu'il ne lui donnât, en lui faisant toutes sortes d'honneurs, en l'appelant souvent près de sa personne, en se déclarant hautement pour ses lois, qu'il observait effectivement lui-même, et qu'il faisait observer par tous les autres. Solon , voyant qu'il n'était pas possible de porter Pisistrate à renoncer à la tyrannie , ni de la lui ôter , crut qu'il était de la prudence de ne pas irriter l'usurpateur en rejetant les avances qu'il lui faisait; et il espéra qu'en entrant dans sa confidence et dans son conseil , il serait en état de rectifier au moins et de conduire une domination qu'il ne pouvait abolir, et d'adoucir des maux qu'il n'avait pu empêcher.

Il ne survéquit pas deux ans entiers à la liberté de sa patrie ; car Pisistrate s'était rendu maître d'Athènes sous l'archonte Comias , la première, année de l'olympiade Li % et Solon mourut l'année suivante sous l'archonte Hégestratus , qui succéda à Comias.

Les deux partis , qui avaient pour chefs Lycurgue et Megaclès , s'étant réunis , chassèrent Pisistrate d'Athènes. Il y fut bientôt rappelé par Megaclès même, qui lui donna sa fdle en mariage. Mais un différend survenu au sujet de ce mariage les ayant brouilles de nouveau , les Alcméonides eurent du dessous , et furent obligés de se

' L'archontat de Comias est de la av. J. C. ) : et celui d'Hégestrate de i*^ année de la LIV^ olympiade (56i la 2*^ année de la LV* (SSg av. J. C.)

retirer. Pisistrate fut détrôné deux fois ; et deux fois il sut remonter sur le tnhie. Les artifices l'y placèrent, la modération l'y maintint , et sans doute que son éloquence ^ , fort grande , au jugement même de Cicéron , le fît beaucoup goûter aux Athéniens , déjà trop sensibles aux charmes de la parole, puisqu'ils leur firent oublier le soin de leur liberté. Une exacte soumission aux lois le distingua de ceux qui , comme lui , avaient usurpe l'autorité, et la douceur de sa domination fît honte à plus d'un souverain légitime. Aussi a-t-il mérité qu'on l'opposât aux autres tvrans. Cicéron , dans l'incertitude de la manière dont César userait de la victoire après la journée de Pharsale , manda à son cher Atticus ^ : Nous ne savons pas encore si le destin de Rome veut ou que nous gémissions sous un Phalaris^ ou que nous vivions sous un Pisistrate.

En effet , ce tvran , s'il faut l'appeler de ce nom , se montra toujours fort populaire et fort modéré, jusqu'à souffrir tranquillement les reproches et les injures , qu'il Vai. Max. pouvait venger d'un seul mot. Ses jardins et ses vergers Atheù.i! 12. étaient ouverts à tous les citoyens , en quoi il fut imité A^Geii i* 6 depuis par Cimon. On dit que ce fut lui qui , le premier, *^*P- '' ouvrit une bibliothèque publique à Athènes, laquelle s'augmenta beaucoup dans la suite , et fut transportée en Perse par Xerxès , lorsqu'il prit la ville. Mais Séleucus Nicanor , long-temps après , la fît reporter à Athènes. Cicéron croit que ce fut Pisistrate aussi qui, '^^^- ^ ^'^

1 1 ' Orat.u. i37

' " Pisistratus dicendo tautùm instnictior fuisse, traditui- , quant

valuisse dicitur, ut ei Athenienses Pisistrati ? >. (Cic. de Orat. , 1. 3 ,

regium imperlufti oratione capti n. 137. )

permitterent. (Val. Max. lib. 8 . ' « Incertum est Phalarimne , an

cap. 9.) Pisistratum sitimitatunis. »( -/f/^«.

« Quis doctior iisdem illis tempo- lib. 7, ep. 19.)

ribus, aut cujus eloquentia littcris

4lSÏ lUSTOITîK AIVCIENNE.

le premier, donna au\ Atliéniens la connaissance des poëmes d'Homère, qui en disposa les livres dans Tordre où nous les avons, au lieu qu'auparavant ils étaient confus et dérangés, et qui les fit réciter publiquement In Hippar- dans les fêtes qu'on appelait Panathénées, Platon at-

cbo, p. 22S. , ^ .,, .

tribue cet honneur a son iils Hipparque . Arist. 1. 5, Pisistrate mourut tranquillement, et transmit à ses

derep.c. 12. /» 1 • . ' vi •. • -i "i

enfants la souveramete quil avait usurpée il y avait trente-trois ans , dont il en avait régne dix-sept en paix. Ar^.M. 34-8 Ses enfants étaient Hippias et Hipparque. Thucydide en ajoute un troisième , qu'il appelle Thessalus. Il paraît qu'ils avaient hérite de leur père le goût pour les lettres inHipp.p. et pour les gens savants. Platon, qui attribue à Hipparque ^ ce que nous avons dit des poëmes d'Homère , ajoute qu'il fît venir à Athènes le fameux poète Anacréon , qui était de Téos , ville d'Ionie , lui ayant envoyé exprès un vaisseau à cinquante rames. H avait aussi chez lui Simonide , autre poète assez célèbre , qui était de l'île de Céos, l'une des Cyclades dans la mer Egée, à qui il payait une grosse pension et faisait de riches présents. Le dessein de ces princes , en faisant venir ainsi des gens savants à Athènes, était, dit Platon, d'adoucir et de cultiver l'esprit de leurs citoyens , et de leur inspirer du goût pour la vertu en leur en inspirant pour les sciences. Il n'y eut pas jusqu'aux gens de la campagne qu'ils songèrent à instruire , en faisant ériger , non-seulement dans toutes les rues de la ville , mais sur tous les chemins publics , des statues de pierre appelées Mercures , oîi étaient inscrites de graves sentences propres à former les mœurs , qui , par de

' Le dialogue intitulé Hipparque , à l'école socratique ; mais on a lieu de cité en marge par Rollin , appartient croire qu'il n'est pas de Platon. L.

DE LA GRÈCE. 4l3

muettes leçons , instruisaient tous les passants. Platon semble supposer qu'Hipparque avait l'autorité , ou que les deux frères régnaient ensemble. Mais Tbucvdide Lib.6,p.2iô. démontre ^ que ce fut Hippias qui succéda à son père, ^^'^

comme l'aîné de ses enfants.

Quoi qu'il en soit, leur règne en tout, depuis la mort de Pisistrate, ne dura que dix-huit ans; et voici comme il finit.

' Thuc-ydide a cherche à démontrer le fait ; mais il est loin d'y avoir complètement réussi. Cet historien affirme que les Athéniens eux-mêmes et les autres Grecs ( Thuctd. VI , 54) , regardaient Hipparque comme l'ainé des fils de Pisistrate, et comme son successeur : et en effet on reti'ouve cette opinion dans Clirlème ou Clitodème, écrivain attique, peut-être contemporain de Thucydide ( ap.

Athen. , pag. 609 ) , dans Héraclide de Pont , et dans le dialogue socratique intitulé Hipparqiie.Thucjdide prétend cjue les Athéniens se ti'ompeut complètement et ne disent rien d'exact sur leurs tyrans , que c'est Hippias , non Hipparque, qui était l'ainé des fils de Pisistrate et fut le successeur immédiat de son père.

Ce qu'il y a d'intéressant dans cette dissidence , ce n'est pas précisément de savoir qui a raison de Thucydide ou des Athéniens ; mais de chercher comment il a pu arriver que le fait si important de la succession de Pisistrate, fût un sujet de discussion à Athènes , au temps de Thucydide, environ 80 ans après la mort d'Hipparqae. L'historien luimême met sur la voie de la solution.

J'affinne , dit-il , que les Athéniens se trompent , le sachant avec plus d'exactitude , d'après ce que

j'ai entendu dire. Il s'ensuit que les Athéniens , pour la connaissance des faits qui avaient quatre-vingts ans de date , en étaient encore réduits à la tradition , vers l'an 40 3 , époque de la rédaction de l'histoire de Thucydide. Doit-on en conclure que l'histoire grecque, avant la guerre des Perses , n'a également d'autre garantie que la tradition ? cette conclusion serait hasardée, et je pense qu'il ne faut pas l'étendre au-delà d'Athènes. Des autorités graves nous montrent que les sources de l'histoire étaient de deux espèces, longtemps avant cette époque : les marbres et les chroniques. Thucydide affirme que cette première source existait à Athènes, .puisqu'il dit avoir lu les noms des tyrans sur une colonne élevée dans l'Acropofis, pour perpétuer le souvenir de leur tyrannie. Or , ces inscriptions ne pouvaient donner beaucoup de détails ; des noms , des dates , peutêtre une série de faits sans développement , voilà tout ce qu'on pouvait y consigner : le reste était déposé dans les chroniques que I enfermaient les temples et autres édifices publics. Or, il est naturel de penser que , lors de l'incendie d'Athènes par Xerxès , ces chroniques ont été la proie des flammes ,

4l4 HISTOIRE ANCIEA'JMi.

ihucyd. 1. 6, Harmodius et Aristogiton , tous deux citoyens d'Atliè- ' [c?54.]*^ nés, étaient liés d'une amitié très-etroite. Hipparque, mécontent du premier pour une injure personnelle qu'il prétendait en avoir reçue , chercha à s'en venger sur sa sœur, par un affront public qu'il lui fit en l'obligeant de se retirer honteusement d'une procession solennelle où elle devait porter une corbeille sacrée, sous prétexte qu'elle n'était point en état d'assister à cette cérémonie. Le frère , et encore plus son ami , piqués jusqu'au vif d'une si sanglante injure, prirent dès-lors la résolution d'attaquer lestvrans. Ils attendirent pour cela l'occasion dune fête , qui leur parut trèsfavorable pour leur dessein; c'était celle des Panathénées , oii la cérémonie de la fête demandait que tous les artisans fussent en armes. Pour plus grande sûreté , ils n'avaient mis dans leur secret qu'un très -petit nombre de citoyens, comptant qu'au premier mouvement tous les autres se joindraient à eux. Le jour arrivé, ils vinrent de bonne heure dans la place, armes de leurs poignards. Hippias , sorti du palais , alla dans le Céramique, qui était un lieu hors de la ville, oii était pour-lors la compagnie des gardes , et il y donna les ordres nécessaires pour la cérémonie. Les deux amis l'y avaient suivi. Ils virent un des conjurés qui s'entretenait familièrement avec lui. Ils crurent qu'ils étaient trahis. Ils auraient bien exécuté dans le moment même leur dessein sur Hippias, mais ils voulaient commencer

tandis que les inscriptions sur marbre ment il s'est trouvé réduit à la tradi-

ont pu être conservées. tion,pour les détails de leur vie; enfin

De cette manière , on explique comment il pouvait rester à Athènes

comment Thucydide a lu les noms des doutes sur Tordre de la succes-

des tyrans sur une colonne de l'A- sion de Pisistrate. — L. cropolis ; et en même temps , com-

DE LA GRÈCE. /| l5

par l'auteur de l'affront qu'ils vengeaient. Ils retournent donc dans la ville, et ayant rencontré Hipparque, ils le tuent. Mais ayant été arrêtes sur-le-champ , eux-mêmes furent tués , et Hippias trouva le moyen de dissiper cet orage.

Depuis ce temps - là il ne garda plus de mesures , et régna véritablement en tyran, faisant mourir un grand nombre de citoyens. Pour se mettre à Tabri d'une pareille entreprise, et se préparer une retraite sûre en cas d'accident, il chercha de l'appui au -dehors, et donna sa fille en mariage au fils du tyran de Lampsaque.

Cependant les Alcméonides, qui, dès le commence- Herod. i. 5, , ment de la révolution , avaient été exilés d'Athènes par " ", |

Pisistrate , et qui voyaient leur espérance trompée par le mauvais succès de la dernière conspiration, ne perdirent pas néanmoins courage , et tournèrent leurs vues d'un autre coté. Comme ils étaient fort riches et fort puissants, ils se firent charger par les amphictyons, qui formaient le conseil public de la Grèce , de la construction du nouveau temple de Delphes , moyennant la somme de trois cents talents; c'est-à-dire trois cent mille écus ^ Généreux comme ils étaient, et d'ailleurs ayant leurs raisons pour en user ainsi, ils y mirent beaucoup du leur , et firent à leurs dépens toute la façade du temple , de marbre de Paros , quoiqu'elle ne dût être que de pierres , suivant le marché qu'ils avaient fait avec les amphictyons.

La libérante des Alcméonides n'avait pas été tout-àfait gratuite , ni leur magnificence à l'égard du dieu de Delphes un pur effet de religion; la pohtique y était

' i,65o,ooo fr. — L.

4l6 HISTOIRE ANCIENNE.

entrée pour beaucoup , et y avait eu la plus grande part. Ils avaient espéré par ce moyen se faire un grand crédit dans le temple , et cela arriva comme ils l'avaient projeté. L'argent qu'ils répandirent à pleines mains dans celles de la prêtresse acheva de les rendre maîtres absolus et de l'oracle , et du dieu prétendu qui le rendait , qui , dans la suite , devenu leur écho , ne fit que répéter fidèlement les paroles qu'ils avaient dictées, et leur prêta, avec une constante reconnaissance, le secours de sa voix et de son autorité. Toutes les fois donc qu'il venait quelque Spartiate consulter la prêtresse, soit en son nom, soit au nom de la république, elle ne lui promettait l'assistance de son dieu qu'à condition que les Lacédémoniens délivreraient Athènes du joug de la tyrannie. Elle leur répéta cet ordre tant de fois , qu'ils se déterminèrent enfin à faire la guerre aux Pisistratides , quoiqu'ils eussent avec eux les plus fortes liaisons d'amitié et d'hospitalité , préférant, dit Hérodote ^ , la volonté de Dieu à toutes les considérations humaines.

La première tentative leur réussit mal, et les troupes qu'ils envoyèrent contre le tyran furent repoussées avec perte. Elle fut suivie de près d'une seconde, qui paraissait ne devoir pas avoir un meilleur succès, parce que les Lacédémoniens , voyant que le siège qu'ils avaient mis devant Athènes traînait en longueur , s'étaient retirés pour la plupart, et n'y avaient laissé qu'un petit nombre de troupes. Mais les enfants du tyran, qu'on avait fait sortir furtivement de la ville pour les mettre ailleurs en sûreté, ayant été pris et arrêtes, leur père fut obligé, pour les racheter, d'en

' Ta yàp tcù Ôïo'j îrpEcrêÛTEpa ètvoieùvto , iî Ta twv àvii'pwv.

DE LA GRÈCE. /^lr

venir à un accommodement avec les Athéniens, et il

convint de sortir de l'Attique dans l'intervalle de cinq

jours. Il se retira en effet dans le temps marqué, après An. m. 349(1

avoir régné dix- huit ans, et s'étahlit à Sigée, ville de "' ' °

la Phrygie ^ , située à l'embouchure du fleuve Sca-

mandre.

Pline remarque que les tyrans furent chassés d'A- Piin. 1. 3',, thènes la même année que les rois le furent de Rome. '*^' ' On rendit des honneurs extraordinaires à la mémoire d'Harmodius et d'Aristogiton. Leur nom fut toujours infiniment respecte à Athènes dans la suite des siècles, et presque égalé à celui des dieux. On leur érigea surle-champ des statues dans la place publique, honneur qui jusque-là n'avait été rendu à personne. La vue seule de ces statues , exposées en spectacle aux veux de tous les citoyens , rallumait en eux la haine et l'exécration de la tyrannie, et renouvelait de jour en jour dans leurs esprits une vive reconnaissance pour ces généreux défenseurs de la liberté, qui n'avaient pas craint de lui sacrifier leur vie et de la sceller de leur sang. Alexandre -le -Grand, qui savait combien leur ibid. c. 8. souvenir était présent aux Athéniens, et jusqu'où ils portaient leur zèle à cet égard , crut leur faire un sensible plaisir en leur renvoyant les statues de ces deux grands hommes, qu'il trouva dans la Perse après la défaite de Darius, et que Xerxès avait autrefois enlevées d'Athènes. Pausanias ^ attribue cette action à Pausan. in Seleucus Nicanor, l'un des successeurs d'Alexandre : et

' De la Mysie. — L. bue à Antiochus ( Jttic. c. 8 ).

2 C'est Valèie-Maxime ( II , § I o ) AiTien(III, § i6) s'accorde avec

et non Pausanias , qui attribue cette Pline. — L. action à Seleucus : Pausanias l'attri-

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