C. 23, etl
c. 8. pas borne sa reconnaissance aux seuls auteurs de sa liberté : elle l'étendit jusqu'à une femme qui signala son courage dans cette occasion. C'était une courtisane appelée Lionne , qui pur les charmes de sa beauté , et par son adresse à toucher de la lyre, s'était particulièrement attaché Harmodius et Aristogitoii. Après leur mort, le tyran, qui savait qu'ils n'avaient rien de cache pour cette femme, la fit mettre à la question pour tirer d'elle le nom des conjurés. Elle souffrit les tourments avec une constance invincible , et expira au milieu des supplices, montrant que son sexe est plus courageux et plus capable de secret que l'on ne pense. Les Athéniens ne laissèrent pas périr la mémoire d'une action si glorieuse. Sa qualité de courtisane semblait en ternir l'éclat : ils la dissimulèrent, et la couvrirent en érigeant en son honneur une statue de lionne qui était sans langue.
Pag. 335. Plutarque, dans la vie d'Aristide, raconte une chose qui fait beaucoup d'honneur aux Athéniens , et qui marque jusqu'où allait leur reconnaissance pour leur libérateur, et leur respect pour sa mémoire. Ils apprirent que la petité-fille d'Aristogiton était à Lemnos, où elle vivait dans un état très -pitoyable, sans pouvoir se marier, à cause de son extrême misère. Le peuple la fit venir à Athènes , et , la mariant à un des plus riches et des plus considérables partis de la ville, il lui donna ponr dot une terre dans le bourg de Potamos. Il semblait qu'Athènes, en recouvrant sa liberté.
eût aussi recouvré son ancien courage. Sous les tyrans, elle avait agi avec lenteur et nonchalance, sachant que c'était pour eux. qu'elle travaillait. Depuis qu'elle en fut délivrée, elle montra tout une autre activité, parce qu'elle travaillait pour elle-même.
Elle ne jouit pas d'abord néanmoins d'une tranquil- [Herod. v, lité parfaite. Deux de ses citoyens, Clisthène , de la famille des Alcméonides, et Isagoras , qui étaient les plus puissants de la ville , se disputant l'un à l'autre lautorité, y formèrent deux factions. Le premier, qui avait attire le peuple dans son parti , en changea la constitution , et au lieu des quatre tribus dont il avait ete compose jusque-là, il en établit dix, auxquelles il donna les noms des dix enfants d Ion ' , que les historiens grecs donnent pour le père et le premier auteur de la nation. Isagoras , se voyant inférieur en crédit à son rival, eut recours aux Lacedémoniens. Cléomène, l'un des deux rois de Sparte , obligea Clisthène de sortir [Herod. v, de la ville, avec sept cents familles qui étaient atta- *^- 7oj chées à son parti. Mais elles y rentrèrent bientôt avec [ij. c. ^31 leur chef, et furent rétablies dans tous leurs biens.
Les Lacédenioniens , piqués de dépit et de jalousie contre Athènes, qui prétendait ne point dépendre [id. c. 91.] d'eux, et d'ailleurs se repentant d'en avoir chassé les tyrans , sur la foi d'un oracle dont ils avaient reconnu depuis la fourberie , songèrent à y rétablir Hippias , l'un des enfants de Pisistrate , et , pour cet effet , ie firent venir de Sigée oii il s'était retire. Ils proposèrent
I Hérodote dit le contraire de ce pies ; Clisthène imagina d'autres
que RoUln lui fait dire. Les quatre noms qu'il prit parmi ceux des hé-
tribus portaient le nom des fils d'Ion , ros du pays , si l'on excepte Ajax. Gcléon, jïlgicores, Argades et Ho- — L.
leur dessein dans une assemblée des députés de leurs alliés , du secours desquels ils voulaient se fortifier pour ne point manquer leur coup. Le député de Corinthe parla le premier : il marqua son étonnement, de ce que lesLacédémoniens, ennemis déclarés pour euxmêmes de la tyrannie qu'ils avaient en horreur , voulaient l'établir ailleurs , et il «lit dans tout son jour l'injuste et cruelle domination des tyrans dontCorinthe, sa patrie, avait fait tout récemment une triste expérience. Tous les autres alliés applaudirent à son discours. Ainsi l'entreprise échoua , et n'eut d'autre effet que de découvrir la basse jalousie des Lacédémoniens, et de les couvrir de honte.
Hippias , déchu de son espérance , se retira en Asie ' chez Artapherne , gouverneur de Sardes pour le roi de Perse , et n'oublia rien pour l'engager à porter ses armes contre Athènes , en lui faisant entendre que la prise d'une ville si puissante le rendrait maître de toute la Grèce. Artapherne somma les Athéniens de rétablir sur le trône Hippias : à quoi ils ne répondirent que par un refus net et absolu. Voilà quelle fut l'origine et l'occasion des guerres des Perses contre les Grecs , lesquelles feront la matière des volumes suivants.
' Amyntas , roi de Macédoine , fera de retourner à Sigée. Il avait
lui avait offert la ville d'Anthémonte, déjà le projet d'engager le roi de
et les Thessaliens celle d'Iolchos Perse dans sa querelle. — L. (Hkrod. V, c. 94) ; mais Hippias pré-
ARTICLE IX
Hommes illustres qui se sont distingués dans les sciences.
Je commence par les poètes, parce qu'ils ont l'ancienneté sur les autres.