‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 62 sur 85 · HOMÈRE · texte numérisé non relu

HOMÈRE

Le plus célèbre de tous les poètes , et dont le mérite a jeté un plus grand éclat, est en même temps celui dont la patrie et le temps où il a vécu sont le moins connus. Des sept villes de la Grèce qui se disputent entre elles l'honneur de lui avoir donné la naissance, Smyrne est celle qui semble être à plus juste titre en possession de ce glorieux privilège. Hérodote marque Lib. 2,c. 53. qu'Homère était né quatre cents ans avant lui, c'est-àdire trois cent quarante ans après la prise de Troie '; '^''•/l" ^j.'f,^ car Hérodote florissait sept cent quarante ans après cette expédition.

Quelques auteurs ont prétendu qu'il fut appelé Homère, parce qu'il était aveugle-né. Velléius Paterculus rejette avec mépris ce conte. «Si quelqu'un ', ^( dit-il , croyait qu'Homère est né aveugle, il faut qu'il « le soit lui-même, et privé de tous les sens. « En effet, selon la remarque de Cicéron , la poésie d'Homère est q^J"^'*^- ^ plutôt une peinture qu'une poésie, tant il sait peindre n, lUau naturel , et mettre comme sous les yeux du lecteur les images de tout ce qu'il entreprend de décrire; et

I Sur les diverses opinions l'ela- page 2 83 , et suiv. ) — L. tives à l'époque de la naissance ^ ,< Quem si quis caecum genituin

d'Homère , voyez une note de M. putat , omnibus sensibus orbus est. »

Larcher. ( Trad. d'Hcrod., t. IJ , ( Vell.Paterc. , lib. i, cap. 5.)

42a HISTOIRE AlVCIENlVE.

il semble avoir pris à tâclie de faire passer comme en revue dans ses ouvrages tout ùe que la nature a de plus riant et de plus gracieux.

Ce qu'il y a de plus étonnant dans ce poëte ' , c'est que, s'étant appliqué le j)remier , du moins de ceux qui sont connus, au genre de poésie le plus sublime et le plus difficile de tous, il l'a porté tout d'un coup, comme par un vol rapide, à un si haut degré de perfection; ce qui, dans les autres arts, n'arrive presque jamais que par de lents progrès, et par une longue suite d'années.

Ce genre de poésie est le poème épique, ainsi appelé du mot grec â'-rro; , parce que l'action est racontée par le poëte. Le sujet de ce poëme doit être grand , instructif, sérieux; ne renfermer qu'un seul événement principal, auquel tous les autres se rapportent ; et cette action principale doit s'être passée dans un certain espace de temps, qui est tout au plus d'une année.

Homère a composé deux poëmes de ce genre , savoir : l'Iliade et l'Odyssée ; dont le premier a pour sujet la colère d'Achille, si pernicieuse aux Grecs qui assiégeaient Uion ou Troie ; et l'autre , les voyages et les aventures d'Ulysse après la prise de cette ville.

Il est remarquable qu'aucune des nations les plus éclairées n'a rien imaginé de pareil ; et que celles qui ont produit quelques poëmes en ce genre en ont toutes

' « Clarissinium deinde ttomeri qui imitai! eum possit , inventus est ;

illuxlt ingenium , sine exemple neque quemquam alium,cujus operis

maximum : qui magnitudine operis , piiinus auctor fuerit , in eo perfectis-

et fulgore carminum , solus appellaii simum , praeter Homerum et Archi-

poëta ineruit. In quo hoc maximum lochum , reperiemus. » ( Vei.i.. Pa-

est , quôd neque ante illum qiiem terc. , lîTi. i , cap. 5. ) ille imitaretur , neque post illum

pris l'idée d'Homère, en ont emprunté les règles, se le sont propose pour modèle , et n'ont eu de succès qu'autant qu'elles en ont approché. C'est qu'Homère était un esprit original , et propre à former les autres : fons ingeniorum Homerus.

Tout ce qu'il y a eu de plus grands hommes et de pun. i. 17, plus forts génies depuis deux mille cinq ou six cents ^^^' ans en Grèce, en Italie et ailleurs; ceux dont on est forcé encore aujourd'hui d'admirer les écrits ; ceux qui sont encore nos maîtres , et qui nous enseignent à penser, à raisonner, à parler, à écrire; tous ces genslà , dit madame Dacier ^ , reconnaissent Homère pour le plus grand des poètes, et ses poèmes comme le modèle du bon goût. Après cela y a-t-il aucun homme , quelque habile qu'il se croie, qui puisse raisonnablement présumer que ses décisions prévaudront sur celles de tant de juges si éclairés et si respectables ?

Des témoignages si anciens, si constants, si universels, justifient pleinement le jugement avantageux qu'Alexandre-le-Grand portait des ouvrages d'Homère, qu'il considérait comme la production la plus rare et la plus précieuse de l'esprit humain : pretiosissimum Piin. 1 7,

cap. 29.

humani aiiimi opus.

Quintilien , après avoir fait un éloge magnifique d'Homère , nous donne une juste idée de son caractère et de son style dans ce peu de mots : Hune nemo in Quimii.

, ' . . lib. 10, C. I.

magnis sublimitate , in parvis propnetate supercwit. Idem lœtus ac pressus , jucimdus et gratis, tum copia, tum breviia{e mirabilis « Dans les grandes choses , rien « de plus sublime que son expression; dans les petites, « rien de plus propre. Etendu , serré , grave et doux ,

' Dans la vie d'Homère , qui est à la tète de la traduction de l'Iliade.

« également admirable par son abondance et par sa « brièveté. »

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