‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 63 sur 85 · HÉSIODE · texte numérisé non relu

HÉSIODE

L'opinion la plus commune le fait contemporain d'Homère. On dit qu'il était né à Cumes ^ , ville d'Eolie, mais qu'il fut nourri et élevé à Ascra, petite ville de

Eciog. 6, Béotie , qui depuis a passé pour sa patrie : aussi Virgile l'appelle-t-il le vieillard d' Ascra. Il n'est guère connu que par le peu de poésies qui nous sont restées de lui, toutes en vers hexamètres , qui sont: i° les Ouvrages et les Jours; i^ la Théogonie ^ ou généalogie des dieux; 3" le Bouclier d'Hei^cule : on doute pourtant que ce dernier soit de lui.

I. Dans le premier de ces poèmes, intitulé les Ouvrages et les Jours ^ Hésiode traite de l'agriculture, qui demande, outre beaucoup de travail, qu'on observe les temps , les saisons , les jours. Ce poème est rempli de sentences et de maximes excellentes pour la conduite de la vie. Il le commence par une courte mais vive description de deux sortes de disputes : l'une funeste au genre humain, et source des querelles , des discordes , des guerres; l'autre infiniment utile et salutaire aux hommes , qui aiguise leur esprit , qui excite parmi eux une noble émulation , et qui donne lieu à l'invention et à la culture des arts. Il fait dans la suite une admirable description des quatre différents âges du monde , d'or , d'argent , d'airain , de fer. Ce sont ceux de ce premier âge d'or, que Jupiter, après leur mort,

Aaîuxvcç. changea^en autant de génies et d'esprits , qu'il établit gardiens des hommes, et qu'il chargea du soin de par-

' Ou mieux Cyme. — L.

courir la terre , cachés dans un nuage obscur , et d'observer les bonnes et les mauvaises actions de ceux qui l'habitent.

Ce poëme a servi de modèle à Virgile pour composer ses Géorgiques , comme il le témoigne lui-même par ce vers :

Ascraeumque cano roniana per oppida carmen. Georg. i.

Le choix que ces deux illustres poètes ont fait de cette matière , pour la traiter en vers , nous marque en quel honneur étaient chez les Anciens la culture des terres et la nourriture des troupeaux , deux sources innocentes de richesses et d'abondance pour un pays. Il est bien fâcheux que , dans les siècles postérieurs , on ait laissé éteindre ce goût, si conforme à la nature , et si propre à conserver l'innocence des mœurs : l'avarice et la volupté l'ont entièrement étouffé. Nùnùiim alii pHu;

^ - lu Proœiri.

subiere ritiis , circaqive alia mentes hominum detiiientur, i.b. 14et avaritiœ lantinn artes coliuitur.

•2. On peut regarder la Théogonie d'Hésiode et les poèmes d'Homère comme les archives et les monuments les plus sûrs de la théologie des Anciens , et de l'opinion qu'ils avaient de leurs dieux. Car il ne faut pas croire que ces poètes aient été les inventeurs des fables que nous lisons dans leurs ouvrages : ils n'ont fait que recueillir et transmettre à la postérité les traces de la religion qu'ils avaient trouvée établie et dominante dans leur temps et dans leur pays.

3. Le Bouclier cV Hercule est un morceau détaché d'un poëme dans lequel on prétend qu'Hésiode célébrait les héroïnes de l'antiquité les plus illustres ; et il est ainsi appelé , parce qu'on y trouve une longue descrip-

tion du bouclier crHercule , dont ce poëme rapporte une aventure particulière.

La poésie d'Hésiode , dans les endroits qui sont susceptibles d ornements, est fo* belle et fort agréable, mais moins élevée et moins sublime que celle d'Homère. Lib. i,c. 'i. Quintilien lui donne le premier rang dans le genre d'écrire médiocre : daliiv ei palma in illo medio dicendi génère.

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