‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 7 sur 85 · f , cap. 6. . r A · texte numérisé non relu

f , cap. 6. . r A

s était beaucoup plu aux montagnes et aux torets de ce pays-là. Et comme elle souhaitait d'avoir à Babylone quelque chose de semblable. IVabuchodonosor , pour lui complaire , fit construire ce prodigieux édifice. Diodore dit à-peu-près la même chose, mais nenomme point les personnes.

y. Tcîtiple de Bel.

Herod. 1. I, Un des grands ouvrage, qui fût à Babylone, était le uiod'1'1,/2, temple de Bel. J'ai déjà dit qu'il était situe près du strlif. Ti& vieux palais. Ce qu'il avait de plus remarquable , était pag. 738. yjjg jQyp prodigieuse , qui était au centre de cet édifice, bâtie en carre , laquelle , selon Hérodote , avait un stade ' de longueur sur autant de largeur , et , selon Strabon , un stade aussi de hauteur ^. Elle consistait en huit tours bâties l'une sur l'autre, qui allaient toujours en diminuant ; c'est pourquoi Strabon lui donne le nom de pyramide. On pi étend et on démontre que cette tour surpassait beaucoup en hauteur la plus grande des pyramides d'Egypte ^. C'est ce qui donne

' Ctésias dît «*>///" stades de haut , 18 1 1, lui tiouve 88 toises de côté, f t dix de côté , ce qui est le comble On croit avec beaucoup de raison

de l'absurde. — L. que c'est la tour dont parlent Héro-

^ Il existe à i j lieue de Helleh, dote et Strabon. — L. sur l'emplacement de Babylone , une ^ Je ne sais comment on le dépyramide quadrangulaire , à moitié 'montre; à moins qu'on ne prenne ruinée , consti-uite en briques crues, comme une démonsti'ation la mesure cimentées avec de l'asphalte. ]VI. Mac- de Ctésias : mais d'après Hérodote donald Kinneir , qui l'a visitée en et Strabon . elle devait être égale à

un juste lieu de croire , comme Bochart l'assure , que phaieg c'est la même qui fut bâtie lors de la confusion des ^'"cap.V^ langues; d'autant plus que les auteurs profanes remarquent qu'elle fut toute bâtie de brique et de bitume , comme l'Écriture le dit de la tour de Babel. On y montait par des degrés qui allaient en tournant par le debors , ce qui signifie peut-être une rampe douce prise dans l'épaisseur du mur , laquelle, tournoyant huit fois avant que d'arriver au sommet, formait une apparence de Imit tours posées l'une sur l'autre. On y avait pratiqué plusieurs grandes chambres, avec des voûtes soutenues par des piliers.

Au sommet de la tour il y avait une espèce d'observatoire , par le secours duquel les Babyloniens s'étaient rendus habiles en astronomie plus qu'aucune autre nation, et y avaient fait en peu de temps les grands progrès que l'histoire leur attribue.

Mais cette tour était principalement destinée au culte du dieu Bel ou Baal' et a celui de plusieurs autres divinités. Il v avait , pour cette raison , plusieurs chapelles en différents endroits de la tour. Les richesses de ce temple en statues, tables, encensoirs, coupes et autres vases sacrés, le tout d'or massif, étaient immenses. Parmi ces statues il y en avait une de quarante pieds de haut , qui seule pesait mille talents babyloniens ^

Le talent babylonien, selon Pollux, dans son Onomasticon , vaut 7000 dragmes attiques , et par conseil plus grande des pyramides qui rAè/we», c'est-à-dire de la lifrne abaisavait aussi un stade de côté et de sée perpendiculairement du sommet hautein ; et, par hauteur, les anciens sur la base des faces. — L. entendent la longueur de \Apo- • Tout cela est fabuleux. — L.

aS HISTOIRE ANCIENNE.

quent un sixième plus que le talent atti({ue , qui n en vaut que 6000.

Selon le dénombrement que fait Diocîore des richesses renfermées dans ce temple , la somme totale est de 63oo talents d'or babyloniens \

Le sixième de 63oo est io5o. Par conséquent 63oo talents d'or babyloniens valent ^SSo talents d'or attiques.

Or, 735o talents attiques d'argent valent 22,o5o,ooo liv. ; c'est-à-dire vingt - deux millions cinquante mille

livres.

Comme nous mettons pour les anciens la proportion de l'or à l'argent de dix à un, 735o talents attiques d'or doivent valoir 220,600,000 liv., c'est-à-dire deux cent vingt millions cinq cent mille livres, iierod. 1. I , Ce temple subsistait encore au temps de Xerxès. Ce st?aL f ^16 pi'ince , à son retour de son expédition contre la pag. 738. Qrèce , le démolit entièrement après en avoir enlevé

Arrian. 1. 7 ,

pag. 284. les trésors immenses. Alexandre, quand il fut revenu des Indes à Babylone , forma le dessein de le rebâtir : et d'abord il employa dix mille hommes pour nettoyer la place et en écarter les ruines ; mais étant mort deux mois après, l'entreprise cessa.

Tels étaient les principaux ouvrages qui ont rendu

Babylone si fameuse. Quelques-uns en sont attribués par

les auteurs profanes à Sémiramis, dont il est temps que

nous reprenions l'histoire.

Diod lib - Après qu'elle eut achevé tous ces grands ouvrages,

p. 100-108. (,\\q crut devoir parcourir toutes les parties de son em-

» Le talent attique pesait 26 kilo- ou environ SgîjOOO livres valant

grammes ; le talent babylonien , 3o au moins 662 millions : ce qui est

kilog. 54 : il s'agirait donc ici d'un bien difficile à croire — L. poids d'or égal à 192,400 kilogr.

•ASSYRIEÎNS. 29

pire , et elle laissa par-tout des marques de sa magnificence par de superbes bâtiments qu'elle construisit, soit pour la commodité , soit pour l'ornement des villes, s'appliquant sur -tout à faire conduire de l'eau par des aqueducs dans les lieux qui en manquaient, et à rendre aisées les grandes routes en perçant des montagnes et con^blant des vallées. Du temps de Diodore on vovait encore en plusieurs endroits des monuments qui portaient son nom ^.

Il paraît qu'elle avait une grande autorité sur les Vai. Max. peuples , puisque sa présence seule était capable cl arrêter une sédition. Un jour, pendant qu'elle était à sa toilette, on vint lui annoncer qu'il y avait quelque mouvement dans la ville. Elle partit sur-le-champ, la tête à demi coiffée, et ne revint point que le trouble ne fût entièrement apaisé. On lui érigea une statue oii elle paraissait dans cette même attitude et cet état négligé , qui ne l'avaient point empêchée de voler à son devoir.

Non contente de la vaste étendue d'états que son mari lui avait laissés , elle fit la conquête d'une grande partie de l'Ethiopie. Pendant qu'elle était dans ce pays, elle eut la curiosité de visiter le temple de Jupiter- Ammon pour savoir de l'oracle quand sa vie finirait. Il lui fut repondu, si l'on en croit Diodore, que ce serait lorsque son fils Ninyas lui dresserait des embûches, et qu'après sa mort une partie de l'Asie lui rendrait des honneurs <;livins.

Sa grande et dernière expédition fut contre les Indes. Elle amassa dans cette vue des troupes innombrables de toutes les provinces de son empire : le ren-

' Entre autres les ■/(àu.xza. 2su.i- Sémiiamis une note de ma Traduct. pxu.uî'c;. Voyez sur les travaux de de Strabon. ', t. 5 , p. i56. ) — L.

3o HISTOIRE ANCIENNE.

dez-vous fut à Bactre. Comme la force des Indiens consistait principalement dans le grand nombre d'éléphants qu'ils avaient , elle fit accommoder des chameaux en forme d'éléphants , dans l'espérance de tromper ainsi les ennemis. On dit que Persee , longtemps après, en fît autant contre les Romains; mais cet artifice ne leur réussit ni à l'un ni à l'autre. Le roi des Indes, ayant appris qu'elle approchait, lui envoya des ambassadeurs pour lui demander qui elle était, et de quel droit, sans avoir reçu de lui aucune injure, elle venait de gaîte de cœur attaquer ses états ; et il ajoutait que son audace serait bientôt punie comme elle le méritait. Dites a votre maître^ repondit -elle, qiie dans peu je lui Jerai savoir moi-même qui je suis. Elle s'avance aussitôt vers le ' fleuve qui donne son nom au pays. Elle avait fait préparer un grand nombre de barques. Le passage lui en fut long-temps disputé ; mais après un sanglant combat elle mit les ennemis en fuite. Plus de mille barques de leur côte furent coulées à fond, et elle fit sur eux plus de cent mille prisonniers. Animée par cet heureux succès, elle avança aussitôt dans le pays , ayant laissé soixante mille hommes pour garder le pont de bateaux qu'elle avait fait construire. C'est ce que demandait le roi , qui exprès avait pris la fuite , afin de lui donner lieu de s'engager dans l'intérieur du pays. Quand il l'y crut assez avancée , il tourna face. Alors se donna un second combat , plus sanglant encore que le premier. Les faux éléphants ne soutinrent pas long -temps le choc des véritables : ceux-ci mirent l'armée en déroute, écrasant

' L'Indiis.

ASSYKIEjVS. 3i

tout ce qu'ils rencontraient. Sémiramis fit ce qu'elle put pour rallier et ranimer ses troupes, mais iiuitilement. Le roi , la voyant dans la mêlée , s'avança contre elle , et la blessa en deux endroits , mais sans que ces plaies fussent mortelles. La vitesse de son cheval la déroba à la poursuite des ennemis. Comme on courait en foule vers le pont pour repasser le fleuve , le désordre et la confusion, inévitables dans de telles conjonctures, y firent périr un grand nombre de troupes. Quand elle eut mis en sûreté celles qui avaient pu se sauver, elle rompit le pont, et par là arrêta les ennemis, à qui le roi , pour obéir à un oracle , avait défendu de poursuivre plus loin Sémiramis et de passer le fleuve. Cette princesse , ayant fait à Bactre l'échange des prisonniers, retourna dans ses états , y ramenant à peine le tiers de son '■ armée. Elle est la seule, et Alexandre après elle, qui ait osé porter la guerre au-delà du fleuve Indus.

Je ne puis pas n'être point frappé d'une difficulté que Ton peut faire sur tout ce que j'ai rapporté d'extraordinaire de Ninus et de Sémiramis, qui paraît ne pouvoir guère convenir à des temps si proches du déluge : je veux dire cette multitude de troupes, cette nombreuse cavalerie , ces chars armés de faux , ces trésors immenses d'or et d'argent , qui sentent plus les temps postérieurs ; et il en faut dire autant de la ma-

' Cette armée, si l'on en croit =; VS'^alter Raleigh remarque à ce

Ctésias , était* de trois millions sujet qu'il n'y a aucun pays du

d'hommes et de cinq cent miUe che- monde qui pourrait entretenir une

vaux sans compter les chameaux et pareille multitude de soldats , quand

les chars armés en guerre , dont le même tous les hommes et toutes les

nombre était très-considérable. Je bètes pourraient se nourrir avec de

ne doute point qu'il n'y ait ici beafu- l'herbe. ( Histor. of the JVorld, c. 1 2 .

coup d'exagération, ou faute dans § 2.) — L. les chiffres.

'i'2 HISTOIRE ANCIENNE.

gnificence des bâtiments qui leur sont attribués. Il y a bien de l'apparence que les historiens grecs, qui sont venus tant de siècles après, trompés par la ressemblance des noms, par l'ignorance des dates, et par quelques rapports des événements, ont pu attribuera des princes anciens ce qui appartenait aux rois postérieurs, et charger un seul des exploits et des entreprises qui doivent être partagés successivement entre plusieurs. Ainsi il peut y avoir eu deux Belus et deux Ninus. Le premier Belus est Nemrod , connne je l'ai ' supposé , père de Ninus , qui a donné son nom à Ninive. Le second Bélus sera Belus l'Assyrien, qu'Ussérius fait régner à Babylone l'an du monde 2682 et 1*39.2 avant Jésus-Christ ; et ce second Belus aura eu un fils appelé aussi Ninus. Mais je n'entre point dans ces sortes de discussions critiques.

Sémiramis , quelque temps après son retour , découvrit que son fils lui dressait des embûches, et qu'un de ses principaux officiers s'était offert à lui prêter son ministère. Elle se ressouvint alors de l'oracle de Jupiter- Ammon ; et, avertie que la fin de sa course approchait, sans faire souffrir aucune peine à cet officier, qu'elle avait arrêté, elle abdiqua volontairement l'empire, remit le gouvernement entre les mains de son fils , et se déroba à la vue des hommes , dans l'espérance de jouir bientôt des honneurs divins, comme l'oracle le lui avait promis : en effet, on dit qu'elle fut honorée par les Assyriens comme une divinité, sous la forme d'une colombe. Elle avait vécu soixante-deux ans , dont elle en avait régné quarante -deux, roin. 3, On peut voir dans les mémoires de l'académie des

p. .4 , etr. ggijg5 Lç|-j-j,g5 deux savantes dissertations sur l'empire

des Assyriens, et en particulier sur le règne et les actions de Séniiramis.

Ce que dit Justin de Sémiramis, qu'après la mort Lib. i , c. 2. de son mari , n'osant ni remettre l'empire à son lîls qui était encore trop jeune, ni s'en charger elle-même ouvertement , elle gouverna sous le nom et sous Ihal)it de Ninyas ; et qu'après avoir régné de la sorte pendant plus de quarante ans , devenue passionnée ))our son propre fils , elle voulut le porter au crime et en fut tuée : tout cela, dis -je, est tellement destitué de toute vraisemblance , que je croirais perdre le temps si j'entreprenais de le réfuter. Il faut pourtant avouer que prcscjue tous les auteurs qui ont parle de Sémiramis ne nous donnent pas une idée fort avantageuse de la pureté de ses mœurs.

Je ne sais si le règne éclatant de cette princesse n'a pas en partie engage Platon à soutenir, dans ses livres Lib. 5, de la République, que les femmes, aussi -bien que les p. 43i!i57. Iionnnes , doivent être admises au maniement des affaires publiques , à la conduite des guerres , au gouvernement des états ; et , par une conséquence nécessaire, qu'on doit les appliquer aux mêmes exercices dont on fait usage par rapport aux hommes pour leur former le corps et l'esprit : il n'excepte pas même de ces exercices ceux où la coutume était de combattre entièrement nu , prétendant que les femmes seraient suffisamment vêtues et couvertes de leur vertu ^.

On est surpris avec raison de voir un philosophe, d ailleurs si éclairé , renoncer si ouvertement aux maximes les plus communes et les plus naturelles de la

Page 1