‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiquesChapitre 8 sur 85 · Tome H. Ilist. nnc · texte numérisé non relu

Tome H. Ilist. nnc

'31 HISTOIRE AINCIENNE.

modestie et de la pudeur, vertus qui font le principal ornement du sexe , et insister si fortement sur un principe auquel, pour le réfuter, il suffirait d'opposer la pratique constante de tous les siècles, et de presque tous les peuples de la terre.

De cura rei AHstotc, plus habile en cela que Platon son maître, iib. i7'c. 3. ^^"^ donner atteinte en aucune sorte au solide mérite et aux qualités essentielles du sexe , a marqué avec sagesse la différente destination de l'homme et de la femme par la différence des qualités du corps et de l'esprit que l'auteur même de la nature a mise entre eux, en donnant à l'un une force de corps et une intrépidité d'ame qui le mettent en état de porter les plus dures fatigues et d'affronter les plus grands dangers , et donnant à l'autre au contraire une complexion faible et délicate , accompagnée d'une douceur naturelle et d'une modeste timidité , qui la rendent plus propre à une vie sédentaire , et qui la portent à se renfermer dans l'intérieur de la maison et dans les soins d'une industrieuse et prudente économie. i)e administ Xénopliou pcusc couime x\ristote ; et, pour relever domestica jgg travaux de la femme qui se renferme dans l'enceinte

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de la maison, il la compare agréablement à l'abeillemère, appelée ordinairement le roi des abeilles, qui seule gouverne toute la ruche et en a l'intendance, qui distribue les emplois , qui anime les travaux , qui préside à la construction des petites cellules, qui veille à la nourriture et à la subsistance de sa nombreuse famille, qui règle la (juantite de miel destinée à cet usage, et qui, régulièrement dans les temps marques, envoie en colonie au - dehors les nouveaux essaims pour décharger la ruche. Il remarque , comme Aristote , la

différence de constitution et d'inclinations que l'auteur de la nature a mise avec dessein dans Ihonuiie et dans la femme , pour leur mar([uer ainsi à Fun et à l'autre leur destination particulière et les fonctions qui leur sont propres.

Ce partage , loin d'avilir et de dégrader la femme , l'élève et l'honore véritablement, en lui confiant une espèce d'empire et de gouvernement domestique, qui ne s'exerce que par la douceur, la raison, l'equite et le bon esprit; et en lui donnant lieu souvent de cacher et de mettre en sûreté les plus rares et les plus estimables qualités sous le précieux voile de la modestie et de l'obéissance. Car , il faut l'avouer de bonne foi , il s'est rencontré dans tous les temps et dans toutes les conditions des femmes qui , par un mérite solide , se sont élevées au-dessus de leur sexe, comme il y a eu une infinité d'hommes qui ont déshonoré le leur par leurs défauts : mais ce sont des cas particuliers , qui ne font point la règle, et qui ne doivent point prévaloir contre une destination fondée dans la nature et prescrite par le Créateur même.

NiNYAS. Ce prince ne ressembla en rien à ceux dont Diod. iib. 2, il avait reçu la vie , et sur le trône desquels il était assis. Uniquement occupé de ses plaisirs , il se tenait toujours renfermé dans le palais , et se montrait rarement aux peuples. Pour les contenir dans le devoir, il avait toujours à Ninive un certain nombre de troupes réglées, que les différentes provinces de son empire lui fournissaient pour un an seulement , après quoi un pareil nombre d'autres troupes leur succédait aux mêmes conditions ; et il mettait à leur tête un chef, de

la fidélité duquel il était bien assuré. Il en usait ainsi pour ne point laisser le temps aux officiers de gagner le cœur des soldats, et de tramer des conspirations contre lui.

Ses successeurs , pendant trente générations , suivirent son exemple, et enchérirent encore sur sa nonchalance. Leur histoire est absolument inconnue , et il n'en reste point de traces.

An m 20 2 I^u temps d'Abraham, l'Écriture parle d'Aniraphel, Av.j.c.1912 j,qJ jg Sennaar , pays où était située Babylone , qui suivit avec deux autres princes Chodorlahomor , roi des Elamites , dont il était peut-être tributaire , dans la guerre que ce dernier porta contre cinq rois du pays de Chanaan.

A- M 5i3 C'est sous le gouvernement de ces rois fainéants que Av.j.cugi Sésostris, roi d'Egypte, poussa si loin ses conquêtes dans l'Orient ; mais comme elles furent de peu de durée , et peu soutenues par ses successeurs , elles laissèrent l'empire des Assyriens dans son premier état. Deieg. 1.3, Platon, curieux observateur des antiquités, fait le A^M ^^iio ™vaume de Troie , du temps de Priam , une dépendance Av.j.c.1184 de l'empire des Assyriens; et Ctésias dit que Teutamus, le vingtième des rois qui succédèrent à Ninyas , [Ap. Diod. envoya un corps considérable de troupes au secours '^^^'-' des Troyens, sous la conduite de Memnon, fils de Tithpnus, dans un temps où l'empire des Assyriens • avait' déjà duré plus de mille ans ; ce qui s'accorde parfaitement avec la date où j'en ai mis la fondation. Mais le silence d'Homère sur le nom d'un homme si puissant , et qui devait être fort connu , fait révoquer ce fait en doute; et il faut avouer que tout ce qui

ASSYRIENS. S'y

regarde le temps de Fhistoire ancienne des Assvriens souffre de grandes difficultés , dans lesquelles mon plan me dispense d'entrer.

Phitl. L'Ecriture nous apprend que Pliul , roi des an. m. 3233 Assyriens , étant venu dans la terre d'Israël , Manahem , ^7 Reg l's-^ roi des dix tribus , lui donna mille talents d'argent , ^^■ afin qu'il le secourût et qu'il affermît son règne.

On croit que ce Phul est le roi de Ninive, qui fit pénitence avec tout son peuple à la prédication de Jonas.

On le croit aussi père de* Sardanapale , dernier roi des Assyriens , appelé , selon la coutume des Orientaux , Sardan-Pul , c'est-à-dire Sardan , fils de Phul.

Sardanapale. Il surpassa tous ses prédécesseurs en Diod. 1. 2. luxe, en mollesse, en lâcheté. 11 ne sortait point de Atiien^i!'i2, son palais , et passait sa vie au milieu d'une troupe de f^^^^^^" f^^' femmes, habillé et fardé comme elles, et s'occupant *^- ^■ comme elles à filer. Il faisait consister son bonheur et sa gloire à posséder des trésors immenses, à être toujours dans les festins , et à prendre sans cesse les divertissements les plus honteux et les plus criminels. Il ordonna qu'on mît sur son tombeau deux vers qui signifiaient qu'il emportait avec lui tout ce qu'il avait mangé et tout ce qu'il s'était procuré de plaisirs, mais qu'il laissait tout le reste :

Haec habeo qiiœ edi , quaequc exsaturata libido Hausit : at illa jacent niulta et praeclara relicta '.

épitaphe , remarque Aristote , digne d'un pourceau *.

Ts'piTv' STraôov Ta S'k TT&XXà x.a.1 oÀêta irocvra >.5).£t7rTai. ^ « Quid aliud , inquit Aiisto- inscriberes ? Haec habere se mortuum leles , Lu bovis non in régis sepulcro dicit , quae ne vivus quidem diutiùs

38 TTISTOIRE ANCIENNE.

[Di(.d. II, A.rbace, gouverneur des Mèdes, qui avait trouvé le moyen de pénétrer dans le palais , et qui avait vu de ses yeux Sardanapale au milieu de son infâme sérail, outré d'un tel spectacle, et ne pouvant souffrir que que tant de gens de courage fussent soumis à un prince plus mou et plus efféminé que les femmes mêmes , forma contre lui une conspiration. Bélésis , gouverneur de Babylone, et beaucoup d'autres, entrèrent dans ses vues. Au premier bruit de cette révolte, le roi se cacha dans le fond de son palais. Obligé ensuite de se mettre en campagne avec quelques troupes qu'il avait ramassées, il remporta d'abord trois victoires consécutives sur ses ennemis; puis il fut vaincu, et poursuivi jusqu'aux portes de Ninive , où il s'enferma, dans l'espérance que les révoltés ne pourraient jamais venir à bout de prendre une ville si bien fortifiée, et munie de vivres pour un temps considérable. En effet, le siège traîna fort en longueur. Un ancien oracle avait déclaré, du moins c'était le bruit commun , que Ninive ne pourrait jamais être prise , à moins que le fleuve ne devînt ennemi de la ville. Ces dernières paroles , où Sardanapale voyait de l'impossibilité, le mettaient en repos; mais quand il vit c[ue le Tigre, en se débordant avec violence, avait abattu vingt stades ' du mur, et ouvert un passage aux ennemis , il comprit le sens de l'oracle et se crut perdu. Il voulut au moins finir par une mort qui , selon lui, couvrirait la honte de sa vie molle et effé-

An. M. 37.57 mince. 11 avait fait préparer dans le palais un bûcher; ■'^' il y mit le feu, et s'y brûla, lui, ses eunuques, ses

habebat ,quàm fruebatiir. (Cic. rwic. Athénée, Clément d'Alexandrie et Qiuest. lib. 5, n. loi.) autres, sont du poète Chœrile. — L.

=Cesdeux vers cités par Strabon, • Une lieue.

femmes et tous ses trésors. Athénée ' fait monter ces trésors à mille myriades de talents d'or , et dix fois autant de talents d'argent ; ce qui , sans compter tout le reste, monterait à des sommes incroyables. Myriade signifie dix mille ; une seule myriade de talents d'argent vaut trente millions. On se perd ici en voulant évaluer la somme entière; ce qui me fait croire qu'il y a beaucoup d'exagération dans ce calcul d'Athénée, mais ce qui laisse pourtant entrevoir que ces trésors étaient immenses.

Plutarque, dans le second des traités qu'il a consacres Pag. 335 ci à la louange d'Alexandre-le-Grand, où il examine en quoi consiste la véritable grandeur des prince^, après avoir montré qu'elle ne peut venir que de leur mérite personnel , le prouve par deux exemples bien différents , lires de l'histoire des Assyriens que nous venons de rapporter. Sémiramis et Sardanapale, dit-il, possédaient le même royaume. C'étaient, pour l'un et pour l'autre, mêmes peuples , même étendue de pays , mêmes revenus, mêmes forces , même nombre de troupes ; mais ce n'étaient pas même caractère ni mêmes vues. Sémiramis , s'elevant au-dessus de son sexe , bâtissait de superbes villes, équipait des flottes, armait des légions, subjuguait les peuples voisins, pénétrait dans 1 Arabie

' Non pas Athénée, mais Ctésias les Grecs par le mot talent.

qu'Athénée a copié en cet endroit Mais comme il .ijoute ensuite que

[XIII, 28]. Si l'on Youlait faire Sardanapale mit clans le bûcher r5o

à Ctésias TbJnneur de croire qu'il lits d'or et 1 5o tables du même métal,

s'est trompé ( quand il est si vrai- sans compter une infinité d'objets

semblable qu'il a menti), on pour- précieux, l'exagération devient pal-

rait supposer qu'il a donné , par pable. Tout ce récit de Ctésias ne

mégarde , le nom de talent à une figurerait pas mal dans mi conte des

somme d'argent infiniment moin- mille et une nuits. — L. dre que la somme désignée chez

4o HISTOIRE A!VCIE:\]\1;.

et l'Ethiopie , portait ses armes victorieuses jusqu'aux extrémités de l'Asie, répandant par-tout la terreur et la consternation. Mais Sardanapale, comme s'il eût entièrement renoncé à son sexe , passait toute sa vie dans le fond de son palais, environné continuellement d'une troupe de femmes, dont il avait pris l'habit et encore plus les mœurs , maniant comme elles le fuseau et la quenouille, ne sachant et ne faisant autre chose que filer, manger, boire, et se livrer aux plaisirs les plus infâmes. Aussi, après sa mort, lui érigea -t -on une statue où il était représenté dans l'attitude d'un homme qui danse ^ ; et on y mit une inscription dans laquelle il apostrophe ainsi le passant : Mange, bois ^ divertis -toi bien; tout le reste n'est rien ^ : inscription bien conforme à celle que nous avons vu qu'il avait ordonné lui-même qur l'on mît sur son tombeau ^,

Plutarque juge ici de Sémiramis comme le font presque tous les historiens profanes , de la gloire des conquérants. Mais, à juger sainement des choses, l'ambition effrénée de cette reine est-elle bien moins condamnable que la mollesse de Sardanapale? Lequel des deux défauts a fait le plus de mal au genre humain?

' Plutaïque ajoute, en faisant porte PlutJirque. — L. craquer ses doigts au-dessus de sa ^ Il est bien vraisemblable que ce

fefe;xat ToT; <î'a/.T'jXci?{f:T£p y.î'jis.Xr; tombeau n'a pas plus existé que la

610V ûiîcAc'vCÙffav. Aussi Strabon statue et les inscriptions. En un mot,

(XIV, pag. 672), et Athénée (XII, tout ce que les auteurs gi-ecs nous

p. 53o), rapportent-ils ainsi l'inscrip- racontent de Sardanapale , mérite à

tien : Êffôic , ■;îIv£ •, ■Traî^î • wç T'aÀXa peine le nom de roman. TOYTOÏ eux àçia , c'est-à-dire , Plusieurs chronologistes , pour

mansçe , bois, divertis-toi ; car tout expliquer la discordance des témoi-

le reste ne vaut pas inême cela, gnag;es , ont reconnu deux et trois

voulant désigner par ce dernier mot Sardanapale ; oji poun'ait avec ce

le craquement de ses doigts. — L. moyen multiplier beaucoup d'autres

^E(JÔi£, mvi-i àypo^icîauE • T'à/.Xx personnages de l'antiquité. — !.. ^3 oùJ'e'v. = C'est ainsi que la rap-

ASSYRIENS. 4ï

Il ne doit pas paraître étonnant de voir finir l'empire des Assyriens sous un tel prince : ce fut sans doute après avoir passé par beaucoup d'accroissements, d'affaiblissements et de révolutions qui sont ordinaires aux états, et même aux plus grands, pendant la suite de plusieurs siècles. Celui-ci avait duré plus de i45o ans.

Des débris de ce vaste empire se formèrent trois grands royaumes : celui des IVIèdes , qu'Arbace , le principal clief de la conjuration , rétablit dans leur liberté ; celui des Assyriens de Babylone , qui fut donné à Bélésis, qui en était gouverneur; enfin, celui des Assyriens de Ninive , dont le premier roi se fit appeler Ninus le jeune.

Pour entendre l'bistoire du second empire des Assyriens , qui est fort obscvu'e , et dont les historiens n'ont pas beaucoup parlé , il est utile , et même absolument nécessaire , de comparer ce qu'en disent les auteurs profanes avec ce que l'Ecriture sainte nous en apprend, afin que, réunissant cette double lumière, on puisse avoir une idée claire et précise des deux empires de Ninive et de Babylone, qui ont été pendant quelque temps séparés, puis réunis ensemble et confondus. Je commencerai par ce second empire des Assyriens, après quoi je reviendrai à celui des i\Ièdes.

ll'-l HISTOIRE ANCIENNE.

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