SECOND EMPIRE DES ASSYRIENS, TANT DE NINIVE QUE DE BABYLONE
Ce second empire dura 210 ans, en le conduisant jusqu'à l'année où Cyrus, devenu maître absolu de rOrient par la mort de Cambyse, son père, et de Cyaxare, son beau -père, donna ce célèbre édit qui permettait aux Juifs de retourner dans leur patrie , après avoir été captifs à Babylone pendant 70 ans.
§ I. Bois de BabjloTie. Bélésis ou Nabonassai\ Mérodach - Baladan.
An. M. 5237 Bélésis. C'est le même que Nabonassar, du règne duquel commence à Babylone une fameuse époque astronomique , appelée de son nom , L'ère de Nabonassar. Il est nommé dans l'Ecriture sainte Baladan.
1 Reg. 20, jj j-^g legna que douze ans. 11 eut pour successeur son fds
Mérodach Baladan. C'est celui qui envoya des
[isai.xvxix, ambassadeurs au roi Ézéchias pour le féliciter sur sa
Can. Ptoi. convalescence , comme nous le dirons bientôt ^ Depuis
lui , il y eut encore à Babylone quelques rois , dont
l'histoire est absolument inconnue : c'est pourquoi je
passerai aux rois de Ninive.
' CeiitXe Ma rdokemp ad an canon teurs cités par le Syncelle, placeni
des rois (attribué à Ptolémée). J'ob- les trois rois Nadius , Chinzerus ,
serve qu'entre Nabonassar et Mardo- Zugaeus. — L. keiupad , ce canon , ainsi que les au-
ASSYRIENS. 4j
î^ II. Rois de Ninive , qui le furent aussi ensuite de Babjlone : Théglathphalasar y Salmanasar, Sennachérib , Asarhaddon, Saosduchin ou Nabuchodonosorl, Saracùs, Nabopolassar, Nabuchodonosor 11 , Évihnérodac, I^ériglissor, Laborosoarchody Labynit ou Baltasar.
Théglatiiphalasar. C'est le nom que rEcrilure A]>i.M.3257 sainte donne au roi que l'on croit avoir régné le pre- ■■■''■ mier à Ninive depuis la destruction de l'ancien empire des Assyriens. Il est appelé Thilgame ^ par Elien. On ^ib 12 dit qu'il se fit appeler Ninus le Jeune ^ pour honorer ii'st--î>nim. son rèorne par le nom d'un prince si ancien et si illustre. Castor
o i i apud Euseb.
Achaz , roi de Juda , dont l'impiété n'avait pu être thron p. /,y. vaincue ni par les bienfaits de Dieu ni par ses châti- 16, 7, etc. ments , se voyant attaqué en même temps par le roi de Syrie et par celui d'Israël , dépouilla le temple d'une partie de l'or et de l'argent qu'il y trouva, et Tenvoya à Théglatiiphalasar , pour l'engager à venir à son secours , lui promettant outre cela de devenir son vassal et de lui payer tribut. Le roi d'Assyrie, trouvant une occasion si favorable d'ajouter la Syrie et la Palestine à son empire , accepta sans balancer cette proposition. 11 s'avança de ce coté-là avec une grande armée, et, ayant battu Razin , il prit Damas , et mit fin au royaume que les Syriens y avaient établi, comme Dieu l'avait fait prédfre par Isaïe et par Amos. De là il marcha contre Phacée, et se saisit de tout ce- qui appartenait au royaume d'Israël au-delà du Jourdain, comme aussi ^mos. 1-5, de toute la Galilée. Mais il fit acheter bien cher sa
' Tilgaine ou Gilgame, dans les manuscrits. — L.
protection à Achaz, exigeant encore de lui des sommes d'argent si considérables, quil fut oblige, pour les fournir, de ramasser tout l'or et l'argent qui se put trouver dans la maison du Seigneur et dans ses propres trésors. Ainsi cette alliance ne servit qu'à épuiser le royaume, et à lui donner pour voisins les puissants rois de Ninive , dont Dieu se servit dans la suite comme d'autant d'instruments pour châtier son peuple. ak. M.3276 Salmanasak. Sabacus l'Éthiopien, que l'Ecriture ^l'ie^'. 17. ' appelle Sua , s'étant rendu maître de l'Egypte , Osée , roi de Samarie, fit alliance avec lui, espérant de s'affranchir par son secours du joug des Assyriens. Dans cette vue il se tira de la dépendance de Salmanasar, et ne voulut plus lui payer le tribut, ni lui faire les présents accoutumés.
Pour l'en punir, Salmanasar marcha avec une puissante armée contre lui; et, ayant subjugué tout le plat pays, il l'enferma dans Samarie, où il le tint assiégé pendant trois ans, au bout desquels, s'étant rendu maître de la ville, il chargea de chaînes Osée et le mit en prison pour le reste de ses jours , emmena le peuple en captivité , et l'établit dans Hala et dans Habor, villes des Mèdes; et il détruisit ainsi le royaume d'Israël ou des dix tribus , comme Dieu les en avait si souvent menacés par ses prophètes. Ce royaume, depuis sa séparation de celui de Juda, avait subsisté pendant i5^ années, ïob. cap. I. Ce fut alors que Tobie , avec Anne sa femme et Tobie son fils , fut emmené captif en Assyrie , où il devint l'un des principaux officiers du roi .Salmanasar.
Salmanasar mourut après quatorze ans de règne , et eut pour successeur son fils.
Seinnachérib. Il est aussi appelé Sargon dans l'E- A:^. m. 3287 criture. Dès qu'il fut établi sur le tronc, il renouvela la ' jj. 2o/i7 demande que son père avait faite à Ézéchias touchant c.^i8^%. le tribut. Sur son refus il lui déclara la guerre, et entra dans la Judée avec une puissante armée. Ezéchias, touché de voir son royaume au pillage , lui envoya des ambassadeurs pour demander la paix aux conditions qu'il voudrait lui prescrire. Sennachérib , paraissant se radoucir , traita avec lui , et exigea une très-grosse somme d'or et d'argent. Le saint roi , pour la lui payer, épuisa ses trésors et ceux du temple. L'Assyrien, ne comptant pour rien la sainteté des serments et des traités, continua la guerre, et poussa ses conquêtes plus vivement que jamais. Tout succomba sous ses efforts, et, de toutes les places de Juda, il ne restait plus que Jérusalem , qui se trouvait réduite à la dernière extrémité. Dans ce moment il apprit que Tharaca , roi d'Ethiopie , qui avait joint ses troupes à celles du roi d'Egypte , s'avançait au secours de la ville assiégée. C'était contre la défense formelle de Dieu , et malgré les remontrances d'Isaïe et d'Ézéchias que les principaux de Jérusalem avaient mendié ce secours étranger. 11 partit sur-le-champ pour aller à la rencontre des ennemis , après avoir écrit à Ezéchias une lettre pleine de blasphèmes contre le Dieu d'Israël , dont il se vantait avec insolence qu'il deviendrait bientôt le vainqueur comme il l'avait été de tous les dieux des autres nations. Il déïît les Egyptiens, et les poursuivit jusque dans l'Egypte , qu'il ravagea , et où il fît un grand butin.
Il y a beaucoup d'apparence que ce fut pendant cet 4 R^g. intervalle de l'absence de Sennachérib, qui fut assez aPard.c. longue, ou du moins peu de temps auparavant , qu'É- ^a.v. 24-31.
46 HISTOIRE AJNCIENNL.
zéchias , étant tombé malade , fut guéri d'une manière miraculeuse , et que , pour marque de l'accomplissement de la promesse que Dieu lui avait faite de le guérir si parfaitement , qu'avant trois jours il serait en état d'aller au temple , l'ombre du soleil retourna en arrière de dix degrés sur un cadran qui était dans le palais. Le roi de Babylone, appelé Mérodach-Baladan ^ ayant appris la guérison miraculeuse d'Ezécliias , lui envoya des ambassadeurs avec des lettres et des présents pour l'en féliciter , et pour s'informer du prodige qui était arrivé sur la terre à cette occasion , lorsque le soleil avait rétrogradé de dix lignes. Ezécliias fut extrêmement sensible à l'honneur que lui faisait ce prince étranger, et il s'empressa de montrer à ses ambassadeurs tout ce qu'il avait de plus rare et de plus précieux dans ses trésors , et de leur faire remarquer la magnificence de son palais. A en juger humainement, cette démarche n'avait rien que de permis et de louable ; mais les yeux du souverain juge, bien plus perçants et plus délicats que les nôtres , y aperçurent une vanité secrète et un orgueil caché dont sa justice fut blessée. Il lui envoya dire sur-le-champ , par son prophète Isaïe , que les richesses et les trésors qu'il venait de montrer avec tant de faste à ces ambassadeurs seraient un jour transportés à Babvlone , et que ses enfants y seraient conduits pour servir dans le palais du roi. C'est à quoi il n'y avait pour-lors nulle apparence; car Babylone, dans le temps dont nous parlons, était amie et alliée de Jérusalem, puisqu'elle lui envoyait des ambassadeurs; et il semble qu'elle n'avait rien à craindre que du coté de Ninive , dont la puissance était alors formidable, et entièrement déclarée contre elle. Mais le sort de ces deux villes
devait changer, et la jDarole de Dieu fut accomplie à la lettre.
Pour revenir à Sennachérib, après qu'il eut ravagé ',Reg. c. 19, l'Egypte et fait un grand nombre de captifs , il retourna "" ^ '"' avec son armée victorieuse devant Jérusalem , et en forma de nouveau le siège. La perte de la ville paraissait inévitable. Elle était sans ressource et sans espérance du coté des hommes; mais elle avait dans le ciel un puissant protecteur, dont l'oreille jalouse avait entendu les blasphèmes impies que le roi de Ninive avait prononcés contre son saint nom. En une seule nuit l'epée de l'ange exterminateur fit périr cent quatre-vingt-cinq mille hommes de son armée. Après un si terrible échec , ce prétendu roi des rois , car il s'appelait ainsi , ce triomphateur des nations, ce vainqueur des dieux * mêmes, fut obligé de regagner son pays avec les malheureux débris de son armée, couvert de honte et de confusion. Il ne survécut de quelques mois à sa défaite que pour faire une espèce d'amende honorable au Dieu suprême dont il avait osé insulter la majesté, et qui, maintenant , lui ayant mis , pour me servir des termes de l'Ecriture , un cercle au nez et un mors à la bouche comme à une bête féroce , le faisait retourner dans ce triste et humiliant état à travers ces mêmes peuples qui, peu de temps auparavant, l'avaient vu si fier eî si menaçant.
Quand il fut de retour à Ninive, outré de sa disgrâce , il traita ses sujets d'une manière tout-à-fait cruelle et tyrannique. 11 exerça sur-tout sa fureur ^^^^ ^ contre les Juifs et les Israélites , dont il faisait tous les '"'^ jours massacrer un grand nombre , et laissait leurs corps
4H IllSTOJRi; ANCIENNE.
4 Reg. 19- exposés dans les rues, défendant même qu'on leur donnât
''' la sépulture. Tobie, pour se dérober à sa cruauté, fut
obligé de se tenir caché pendant quelque temps : tous
ses biens furent confisques. L'humer féroce du roi le
rendit si insupportajjle à sa propre famille, (jue ses
deux fils aînés conspirèrent contre lui , et le tuèrent
dans le temple et sous les yeux de son dieu Nesroch ,
devant qui il était prosterne. Ces deux princes, ayant
été contraints de s'enfuir en Arménie après ce pari-icide,
laissèrent le royaume à'Asarhaddon leur cadet.
An. m. 39.9; AsARHADDOiv. Nous avous dcja remarqué que, depuis
cluon^pt'o*! JMérodach-Baladan il y avait eu encore à Babylone
quelques rois, dont Tliistoire ne nous a conservé que les
noms. La race royale ayant manqué, il y eut pendant
* huit ans ini interrègne plein de trouble et de Confusion.
Asarhaddon profita de cette conjoncture pour s'emparer
de Babylone , et , l'ayant ajoutée à son premier empire ,
il récrna treize ans sur l'un et sur l'autre.
Après avoir réuni à l'empire assyrien la Syrie et la Palestine, qui en avaient été détachées sous le règne précédent , il entra dans le pays d'Israël , 011 il fit captifs tous ceux qui y étaient restés, et les transporta en Assyrie, à la réserve d'un petit nombre qui échappèrent à sa recherche. Cependant , pour empêcher que le pays ne demeurât désert, il y fit venir des colonies de peuples idolâtres, tirées des pays au-delà de l'Euphrate, pour habiter dans les villes de Samarie. Alors fut acis -,-8 compile la prédiction d'Isaïe, çi/e dans soixante et cinq ans Ephraïni périrait , et cesserait d'être cm rang des peuples. En effet , c'est précisément le temps qui s'était écoulé depuis cette prophétie, et le peuple d'Israël
ASSYRIEV!-. 49
cessa pour lors d'être un peuple visible et subsistant , ce qui en resta paraissant confondu avec des nations
étrangères.
Ce prince , s'étant rendu maître du pays d'Israël , 2 Parai. 33.
, , . ii-i3.
envoya quelques-uns de ses généraux avec une partie
de son armée dans la Judée pour la réduire aussi sous
son obéissance. Ils défirent Manassé; et, l'ayant pris
lui-même, ils le menèrent à Asarhaddon , qui le mit aux
fers, et l'emmena avec lui à Babylone; mais dans la
suite, ayant fléchi la colère de Dieu par un sincère et
vif repentir , il obtint sa liberté , et retourna à Jérusalem.
Cependant les peuples qu'on avait fait venir en Sa- 4 Reg. 17, marie , à la place des anciens habitants , s'y trouvaient fort tourmentés des lions. Le roi de Babylone, ayant appris que cela venait de ce qu'ils n'adoraient pas le dieu du pays, ordonna qu'on leur envoyât un prêtre israélite d'entre ceux qui avaient été transférés , afin qu'il leur enseignât le culte du Dieu d'Israël ; mais ces idolâtres se contentèrent de l'associer avec leurs anciennes divinités, et de le servir conjointement avec elles. Ce culte corrompu continua dans la suite; et c'est là la première source de l'aversion des Juifs contre les Samarit-ains.
Asarhaddon, après avoir régné fort heureusement trente-neuf ans sur les Assyriens, et treize sur les Babyloniens, eut pour successeur son fils
Saosduchin. Il est appelé dans YÈcvïture A^abucho- an.m.3335. donosor, nom commun aux rois de Babylone. Pour Av.j.c.Gte,. distinguer celui-ci , on l'appelle Nabuchodonosor J.
Tobie était encore vivant alors, et demeurait à Ni- ^^-^ ,^ nive parmi les captifs. Sentant approcher sa fin, il prédit à ses enfants que cette ville serait bientôt dé-