‹ OEuvres completesChapitre 11 sur 73 · Ce signe était cetoi-d · texte numérisé non relu

Ce signe était cetoi-d

Poitou, sous les ordres de la Boulaye, y accomplit quelques-uns de ces exploits auxquels il nous a habitués. Ainsi, à la Boucherie, il se fait enlever par ses soldats au haut de la muraille et de là, « s'estant jette au bas, accompagné d'un seul gentilhomme, donne aux basses-cours, mesle ceux qui se retiroient au chasteau » et y entre avec eux. Montreuil, près Poitiers, est encore emporté par sa témérité, après un rude assaut. Deux entreprises tentées sur Maillezais furent déjouées par son gouverneur. Il fit pendre les traîtres qui avaient ménagé la première et « degousta » le chef qui avait mené la seconde. Ces efforts sur Maillezais s'expliquent par l'espoir qu'avaient conçu les Ligués de délivrer leur roi Charles X , le cardinal de Bourbon, dont la garde avait été confiée à d'Aubigné, malgré les avis de Duplessis-Mornay. 11 montra pourtant combien il en était digne, en bravant le poignard du capitaine Dauphin et repoussant avec indignation les deux cent mille ducats offerts par la duchesse de Retz.

Au siège de Rouen, d'Aubigné fut contraint de s'avouer vaincu en témérité par le roi (c'est le plus bel hommage à ses yeux). Un jour, l'Anglais Roger Willems et lui n osèrent, au moins sur le moment, suivre Henri qui venait de passer la rivière en poussant son cheval et le forçant, « que du ventre, que des pieds, » à la traverser sur un batardeau. « Ici je me nomme, s'écrie l'historien, pour donner gloire à mon maistre aux despens d'un des plus vaillans hommes du monde et aux miens 1 . » Ne dirait-on pas, dans ces bravades où l'enjeu n'est qu'un point d'honneur parfois puéril, qu'il existe une sorte de rivalité jalouse entre le maître

i. Hitt. univ., t. III, col. 359. Voir aussi notre t. !•*, p. 167.

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et le serviteur et que l'admiration désarme un instant le vaincu en présence d'une folie supérieure à la sienne ?

D'Aubigné ne manque jamais, de s'incliner devant ces actes de témérité et le mépris de la vie, qu'il s'agisse d'un roi ou d'un bouffon. Ainsi il paie en passant sa dette à Chicot, « bouffon quand il vouloit, » qui, acharné à la poursuite de Mayenne, s'était fait tuer entre les jambes cinq chevaux en deux ans, et périt d'un coup d'épée au siège de Rouen.

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