CHAPITRE VI
Après la mort d'Henri IV, d'Aubigné continue et aggrave son rôle d'opposition. Il protesta en Poitou contre Pélection irrégulière de la Régente, ce qui ne l'empêcha pas d'être choisi par sa province pour aller à Paris, « faire les soumissions. » Le conseil du roi fut scandalisé de ne pas voir un seul des députés s'agenouiller. D'Aubigné répondit à Villeroy que nobles ou ecclésiastiques « ne dévoient au Roi que la révérence et non l'agenouillement. » En vain la reine le fit appeler quatre mois après et, deux heures enfermée avec lui, essaya de le gagner. Elle lui offrait d'augmenter sa pension de f.ooo francs, mais d'Aubigné savait ce qu'on exigerait de lui en retour et voulait rester indépendant. A l'assemblée de Saumur, il perdit l'amitié de Bouillon qui trahissait les intérêts du Parti pour ceux de la reine, et surtout pour les siens. Comme ce seigneur avait entrepris un long éloge du rôle de martyr : « Se préparer au martyre, lui dit d'Aubigné, est le faict d'un vrai chrestien, mais y engager ou y mener les autres, c'est de traistre et d'un bourreau. » Dégoûté de ces défections, de la vénalité des Ministres eux-mêmes, d'Aubigné quitta l'assemblée synodale de Thouars, prenant occasion de son âge, et disant que « ces assemblées publiques estoient devenues telles que des femmes publiques. » C'est lui qui flétrit le traité de Loudun (1616) en l'appelant : « une foire publique d'une générale lascheté et de particulières infi-
délitez. » C'était une déclaration de guerre ouverte. Sa pension de 7.000 livres lui est supprimée, sa garnison ne reçoit plus de solde. H reconnaît alors l'assiette du Dognon et se fortifie à tout événement. Ce qui l'encourageait à la résistance, c'était la fermeté de Rohan à Saint-Jean d'Angély. Ce dernier, malgré la défense de la reine, réunit une assemblée à la Rochelle (10 décembre 16 12), intimide la reine qui recourt à la médiation de Duplessis et finit, entre autres concessions, par accorder les conseils provinciaux et la suppression de l'épithète de » prétendue reformée, » appliquée à la religion protestante.
Lors de la prise d'armes de Condé, d'Aubigné ne répond qu'avec réserve à ses avances. 11 dicte ses conditions et songe avant tout à fortifier ses deux places. Choisi par le prince comme maréchal de camp, il ne veut pas recevoir sa commission de sa main, mais des églises assemblées à Nîmes. D'Aubigné en fut pour une dépense de 16.000 écus « bien advouez et comptez et point payez. » Condé, ayant fait sa paix, ne manqua pas de le desservir à la cour. Tantôt il le représentait « comme ennemi de la royauté, capable d'empescher un roy de régner absolument, tant qu'il vivroit; » tantôt le prince excitait contre l'auteur des Tragiques l'orgueilleux et vindicatif d'Épernon, en lui signalant des traits du livre des Princes comme dirigés contre sa personne, et lui faisait jurer la mort du poète.
Nous voyons encore d'Aubigné tenter quelques coups de main et batailler aux environs de son gouvernement pour le compte de la Rochelle ; mais le temps de ces sortes d'exploits est passé, les grands ont fait leur paix et d'Aubigné songe à déposer ses
charges, à confier ses places aux mains de personnes fidèles. A cet effet, il se pourvut à deux assemblées de la Rochelle ; mais une partie de la ville était tournée contre lui et l'avocat corrompu conclut « au rasement du Dognon et de Maillezais. » Villeroy s'empressa d'écrire à d'Aubigné pour lui confirmer la décision de ses bons amis de la Rochelle. Celui-ci n'était pas homme à se laisser « raser sa maison sur ses oreilles, » on le savait. Vignoles, maréchal de l'armée du roi, vint donc «voir, comme ami, » le gouverneur et s'assurer de la force véritable de ses places. 11 rapporta que « Maillezais cousteroit toujours un long siège royal et le Dognon plus à estre assiégé que la Rochelle à estre prise. » C'était beaucoup dire, quelle que fût d'ailleurs la résolution du gouverneur. D'Épernon fit offrir 200.000 francs comptant ; d'Aubigné préféra remettre ses places à Rohan pour 100.000 francs, la moitié de cette somme comptant. De là, il transporta son logis à Saint-Jean d'Angély et donna ses soins à l'impression de son Histoire.
L'historien n'était pas assez occupé de son œuvre pour rester indifférent à la guerre que la reine-mère, soutenue d'une partie de la noblesse mécontente, suscitait à ce moment (1620) contre le roi, Luynes, son favori, et Condé. Rohan aurait voulu entraîner d'Aubigné qui fut consulté à Saint-Maixant avec huit autres amis. On ne parlait de rien moins que d'assiéger Paris à la tète de soixante mille hommes. Cette formidable rébellion se termina par la ridicule débâcle des Pontsde-Cé (7 août). D'Aubigné ayant démontré l'impossibilité du succès, « proteste qu'il ne porterait point les armes pour le Parti et ne tireroit point sa petite espee hors du crochet. » Cependant, comme il aimait Rohan
autant qu'il détestait Condé, il quitta le premier sur ces mots : « Je vous ay protesté n'estre point du parti de la Roy ne, mais je serai du party de Rohan à vostre extrémité, et vous me trouverez bien à propos. »
La mère et le fils firent leur réconciliation à Brissac ; Rohan et son parti durent désarmer. Le parti réformé s'était généralement abstenu, mais le légat du pape crut l'occasion bonne pour tourner la victoire contre les Huguenots, et réduire la résistance du parlement de Béarn. Louis XI 11 marcha sur Pau et le pays perdit en un jour liberté, culte, parlement et cette sorte d'autonomie conservée jusqu'à Fédit qui réunit le Béarn et la basse Navarre à la couronne de France.
C'est entre la paix de la Reine, signée le \6 août, et la réduction du Béarn, en octobre 1620, que se place la fuite de d'Aubigné, puisqu'il arriva, nous dit-il, le I er septembre à Genève, où il s'était résolu « de venir prendre le chevet de sa vieillesse et de sa mort. » Non seulement d'Aubigné ne pouvait plus rien en France pour son parti, mais, sans défense, révolté par la trahison de son a abominable fils, » ne voulant plus respirer « son air empuanti, » traqué au passage de toutes les rivières dans un pays occupé par l'armée royale, il dut s'estimer heureux de pouvoir sauver sa vie, sa bourse, ses douze chevaux, traverser Châteauroux, Conforgien, Mâcon, Gex, échapper au marquis de Cyprières qui le poursuivit jusqu'aux portes de Genève et aborder enfin à « ce havre de grâce » qui avait jadis accueilli et instruit son enfance, qui allait protéger le vieux proscrit 1 .
1. Dès 161 6, d'Aubigné voyait clairement sa situation et la nécessité de se mettre à Tabri. Cf. deux lettres au duc de Rohan, t. !•*. pp. 338 et 349.
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D'Aubigné, malgré ses soixante-huit ans, était encore plein de sève, de zèle pour la Cause. On n'ignorait pas son expérience, ses talents militaires, sa science spéciale d'ingénieur, qu'il n'était pas d'ailleurs homme à taire et à dissimuler. En 1602, Genève avait failli être surprise par le duc de Savoie. Le grand mouvement d'Allemagne qui précéda la guerre de Trente ans allait exposer Genève et les villes protestantes de la Suisse à de continuels dangers. Dans une longue lettre 1 adressée « aux magnifiques et très honorés seigneurs de Genève, » d'Aubigné, sur les menaces d'un siège « dont on bruit de toutes parts » met ses veilles, ses labeurs et sa vie à la disposition de sa patrie d'adoption. 11 y expose son plan de fortifications, réfute les objections faites à son système, qui finit par triompher, puisqu'on le chargea de mettre la ville en état de défense. Sur ces entrefaites et tandis qu'on discutait ses plans, les Bernois envoyaient à Genève solliciter notre ingénieur de les visiter. Contre l'avis de tous les grands capitaines, et même du duc de Bouillon qui représentait « la défaveur de la situation, » contre le peuple ameuté qui voulait jeter dans l'Aar les entrepreneurs français, d'Aubigné eut l'honneur de planter le premier piquet et de donner le premier coup de maillet. On le voulut encore nommer capitaine général, et, sur son refus, l'un des trois qu'il avait désignés, le comte de la Suze, fut nommé.
Tandis que, grâce à notre réfugié, Berne était dotée d'un système complet de fortifications, la seigneurie
1. On peut «'étonner que cette lettre (t. I", p. $83), véritable petit traité sur la matière, ait été s'egarer dans la Blibliothéque publique de l'Université de Lcyde, d'où nous l'avons fait revenir, grâce à l'obligeant concours de M. du Ricu, son bibliothécaire.
de Bâle réclamait à son tour ses conseils; mais les plans n'étaient adoptés qu'avec grands retards, et, des vingt-quatre bastions projetés, quatre seulement furent construits. Lenteurs imprudentes, car c'est, écrit-il, la conquête « la plus facile à laquelle Léopold puisse jetter l'œuil 1 . »
Il n'était pas depuis six semaines à Genève, que, par l'intermédiaire du sieur d'Avias, l'assemblée générale de la Rochelle, au regret de ses traitements iniques, lui envoyait une procuration générale des Églises et des lettres de créance pour les quatre cantons protestants, la ville de Genève, les villes hanséatiques, les princes protestants et les principaux Ministres. Ce titre de Procureur général, chargé vis-à-vis de la Suisse et de l'Allemagne protestante des intérêts de la Cause, ne suffisait pas à l'ardeur de d'Aubigné. L'ancien maître de camp rêvait toujours un rôle plus militant dans la politique. Ce rêve, il fut sur le point de le réaliser. Mansfeld, « malmené en Bohême, » et les deux ducs de Saxe-Weimar, devaient amener douze mille hommes de pied, six mille chevaux, douze pièces d'artillerie sur la Saône et y rejoindre d'Aubigné qui s'était engagé à s'y rencontrer avec eux, à la tête de six mille hommes. Déjà Mansfeld s'était avancé jusqu'en Alsace; d'Aubigné n'attendait plus que 200,000 livres par lettres de change de la Rochelle, quand il fut averti « que quelque gentil esprit de la Rochelle avoit proposé que ce grand affaire seroit mieux entre les mains de Monsieur le Duc de Bouillon, ce qui fut suivi gaillardement, le premier marchand demourant en croupe
1. T. !•*, p. 146. L'archiduc Léopold avait attaqué les Grisons révoltés, mais la France le força a abandonner la Valteline.
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avec foo pistoles de despence. » D'Aubigné ne semble pourtant pas avoir gardé rancune de ce déboire au duc de Bouillon, et il continue de le tenir au courant, parfois par lettre chiffrée, des événements de la guerre et de tous les bruits qu'il recueille 1 .
En 1623, l'ambassadeur Squaramel offrait à notre réfugié le titre de « General des François* » au service de la république vénitienne. Les Français devaient en effet assister la Sérénissime Seigneurie « ouvertement ou couvertement. » C'est avec passion qu'il s'attache au parti de ceux « qui sont en possession d'attaquer et vaincre grand nombre avec peu..., mettre le mousquet en la main gauche et l'espee au poing, pour mesler chose de dure digestion aux H espagnol s. » D'Aubigné, que nous retrouvons tout entier en ces paroles, allait enfin, « avec 4000 François, » réaliser un vœu mélancoliquement exprimé dans son Histoire*. Lui, partisan, soldat de guerres civiles depuis cinquantecinq ans, il allait, avec ce de bonnes et guaillardes forces de France, travailler en Almagne sur la bourse de la Serenissime Seigneurie » et « chercher un' honorable mort sous un maistre qui ait l'entendement de se
1. T. I**, p. 199. On se rappelle qu'à l'assemblée de Saumur, d'Aubigné avait déjà perdu l'amitié de M. de Bouillon. Voir ci-dessus, p. so.
x. M. G. Cappclletti, qui a bien voulu se charger pour nous de rechercher si les archives diplomatiques de Venise contenaient quelque lettre de d'Aubigné, nous fait remarquer que d'Aubigné, conformément a la législation vénitienne, très formaliste a cet égard, ne pouvait correspondre directement avec le gouvernement sans un titre officiel. Les offres faites par le sénat de Venise ont donc passé par l'intermédiaire de son ambassadeur en Suisse, sans amener aucune relation diplomatique officielle entre la République et notre réfugié. — D'autre part, M. Rott. Thoreuf, secrétaire de la légation de Suisse en France, qui a fouillé les principales archives d'Italie, nous a dit n'y avoir rencontré qu'une fois, et incidemment, le nom de d'Aubigné.
5. Hisl. univ., t. III, col. $S4- Cf. notre t. I er , pp. 238, 239 et 249.
laisser bien servir. » Cette fois, d'Aubighé devait d'autant moins redouter quelque déboire, qu'à cette heure Venise était alliée à la France, et il ne doutait pas que le roi de France « n'eust très agréable cest employ. » Miron, son ambassadeur, en avait décidé autrement, et Venise dut renoncer aux services d'un homme «tant hay de Sa Majesté. » Le 9 décembre 1623, le Petit Conseil de Genève reçut une lettre par laquelle le roi se plaignait que « aucuns de ses sujets, secouans le joug de son obéissance et du respect qu'ils lui doivent, s'estans retirez parmi eux, s'emportent imprudemment à plusieurs discours licentteux contre son authorité et le bien de son service, ce qu'il a espéré devoir estre reprimé. » D'Aubigné demanda des juges « non passionnez, » offrant, « si sa présence prejudiciait au bien de l'Estat, » de se retirer.
Une des plus rudes attaques qu'il eut à subir de ses persécuteurs de France fut qu'on le condamnait à avoir la tête tranchée « pour avoir revestu quelques bastions des pierres d'une esglise ruinée l'an ifÔ2. » C'était sa quatrième condamnation capitale. Elle pouvait atteindre d'autant plus durement d'Aubigné qu'il était sur le point d'épouser « la vefve de M. Balbany, de la maison des Burlamasqui de Luques 1 . » Le jour même du contrat, lui-même alla porter la nouvelle de cet arrêt à la veuve, résolu d'en tirer une épreuve décisive, et, sur sa réponse pleine d'énergique résolution, le mariage fut conclu le 24 avril 1623.
1. Dans un ouvrage qui a pour titre: Lucques et la Burlamachi (Paris et Genève, 1848), M. Ch. Eynard a raconté, d'après les mémoires de Renée Burlamachi, la vie de cette femme singulièrement éprouvée par la perte de son premier mari et de ses dix enfants. Ces mémoires s'arrêtent a la mort d'une tante Calandrini (1601). Ils ne contiennent donc rien sur Agrippa d'Aubigné que Renée Burlamachi ne devait épouser que vingt-deux ans plus tard.
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C'est à propos de ce mariage avec un « proscrit etesté » que le jeune Esaië de Baille ', qui avait passé avec d'Aubigné l'hiver de 1622 à 1623, fait suivre une lettre touchante adressée au vieillard de ce postscriptura : « En eschange de votre beau quatrain, je vous donne ce malotru, à condition que Madame d'Aubigné ne l'entendra point :
Quand d'Aubigné se vit un corps sans teste, H maria ce trône pash et hideux, Tris asseuré qu'une femme bien faicte Auroit asse\ de teste pour tous deux» »
M ra;î d'Aubigné, si elle vit le quatrain, en put apprécier la terrible galanterie, mais elle dut aussi ne pas tarder à s'apercevoir que cette tête septuagénaire, encore solide, n'abdiquait point, en fait d'autorité, la part du lion.
Dès le 21 juin 1621, d'Aubigné, d'abord logé « aux despens de la ville, » avait acheté et bâti la terre de Crest, qui en tout lui revint à 1 1 . 000 écus. Ce petit manoir, situé à dix kilomètres de Genève, existe encore dans son état primitif, avec ses quatre tours et son campanile. Aucun ne donne mieux l'idée de ces petits castels du seizième siècle, d'où Ton pouvait découvrir au loin l'ennemi et se défendre au besoin contre l'agresseur. Aussi peut-on croire que, si d'Aubigné, peu de temps avant son mariage, congédia les gentilshommes qu'il avait entretenus dans sa maison, il sut néanmoins s'y bien garder des entreprises de d'Épernon et de l'archevêque de Bordeaux qui, pour se débarrasser de lui, « desfrayerent jusques à dix assassins. »
1. M. Cb. Read a le premier publié cette lettre tirée du t. III, fol. 49 des manuscrits de Bessinges (BmlUtiu, 187$, xxiv, p. 323). M. H. Bordicr, Jans la France prottsimnic, l'a restituée à son véritable auteur.
En 1625", « Monsieur le Connestable (Lesdiguières), estant à la guerre de Gennes, envoya le Conseiller d'Estat Bullion vers Aubigné... C'estoit pour une entreprise pour la Franche-Comté..., mais cela se sentit de la finguardise qui parut au reste de ceste guerre là. » Deux lettres, adressées à M. Bullion (2 avril et 18 juillet i62f), nous le montrent prenant feu de nouveau pour cette entreprise et pour « la plus difficile besongne à laquelle les François ayent esté descouplez depuis Charles VIII, » et il écrivait à ce propos au comte de la Suze : « Je ne puis vous mentir que ma pièce de milieu (son cœur) ne se pourroit accorder avec mon loisir et mon inutilité, si la teste ne la faisoit taire, en luy alléguant la bienséance de mon aage. » D' Aubigné tient M. de Bullion au courant des nouvelles de France et de Savoie. « Quant à la Franche-Comté, ils ont levé deux mille cinq cens
hommes de pied et cinq cens chevaux J'ay fait re-
cognoistre cela par deux voyes. » 11 supplie ses deux correspondants « de ne le point conter pour si vieux, » de se rappeler ce qu'il est homme de siège et sans capitulation, » prêt à reprendre joyeusement, « sous le plus redouté Capitaine de l'Europe, la petite espee qu'il a mise au crochet. »
Nous avons tout lieu de supposer qu'on laissa s'éteindre ce zèle, sans l'employer, puisque, dans cette guerre, l'auteur ne signale aucun exploit qui lui soit personnel. D'autre part, la crainte continuelle d'une attaque sur Genève et la conscience d'un poste à garder fidèlement firent aussi rejeter à d' Aubigné l'invitation que lui adressa l'ambassadeur d'Angleterre « d'aller faire un tour en ce pays. » 11 avait déjà accepté la commodité du bateau que le comte de
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Carlisle faisait construire à Strasbourg pour son retour; mais le sentiment du devoir le retint au dernier moment.