T. 1", pp. 497 et $i
f4 NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE
A partir de 1627, la vie militante de d'Aubigné cesse ou se ralentit, plutôt parce que son activité demeure sans emploi que parce qu'elle est épuisée. La musique, sa correspondance, l'impression de ses ouvrages occupent des loisirs qui s'écoulent, soit dans la maison de ville de sa femme, soit dans son château du Crest. Un jour il traite la princesse de Portugal et ses six filles et leur offre en sa maison un grand concert de musique, comme nous l'apprend une pièce de vers adressée en cette circonstance à la princesse.
Deux lettres, datées de la dernière année de sa vie (1630) à Mesdames de Rohan et des Loges, sont un envoi de ses Petites œuvres meslees. A la première, il écrit galamment, à l'imitation des poètes antiques, qu'il porte envie à son livret, prêt de recevoir la clarté de ses yeux et d'estre touché par ses mains pures, et il lui recommande surtout la lecture de deux Psaumes. A la seconde il rappelle, non sans charme, le souvenir d'un danger qu'elle courut jadis, une nuit, à Maillezais, « avec sa gentille bande, » quand « une des roues de son carrosse eschappa dans un fossé taillé en roche de trente pieds de haut. »
Le vieillard a beau s'écrier, s'adressant à ses volages humeurs, à son caractère irascible et belliqueux :
Laisse^ dormir en paix la nuict de mon byver !
jusqu'à son dernier jour, il attirera des tempêtes sur
Ce chef blanchi dessous les neiges entassées.
C'est sa femme qui l'écrit à son gendre, M. de Valette, trois semaines avant de lui fermer les yeux. « La grande promptitude de Monsieur n'est point amoindrie avec l'âge, ni son excellent esprit, à qui il
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donne quelquefois plus de liberté que les affaires de ce temps ne permettent. Je lui dis souvent qu'il est temps d'arrêter sa plume... Il a eu, ces jours passés, une bourrasque à cause du livre de F. (Fomeste) augmenté de nouveau, qui n'a pas été bien pris en ce lieu-ci.» Cette bourrasque avait valu à l'imprimeur Pierre Aubert une amende de cent écus ; l'auteur avait été réprimandé, prié de s'abstenir de telles publications, et l'édition du livre confisquée.
Au milieu de regrets amers et des plus sincères témoignages d'affection, la veuve de d'Aubigné, Renée Burlamachi, confesse que feu son mari « s'alloit mettre dans un labyrinthe de fâcheuses affaires, et qu'il y a beaucoup de particularités qui ne se peuvent écrire. » Jusqu'au dernier jour, notre proscrit reste ce qu'il a été toute sa vie, un indépendant redoutable à ses ennemis, parfois même gênant et importun à ses amis.
Anne de Rohan terminait par ces vers un sonnet adressé à la ville de Genève Sur la mort de Monsieur d'Aubigné 1 .
Toi, grave sur sa tombe en tes larmes trempée : Ci-gist de qui l'esprit et la plume et l'espee Me pouvoient conseiller, louer et secourir.
Genève souscrivit aux vœux et aux prescriptions de cet éloge funèbre. Elle fît inhumer son citoyen adoptif au cloître de la cathédrale de Saint-Pierre, et plus tard recueillit dans l'intérieur de l'église l'inscription latine composée par le défunt lui-même pour décorer
i. Théodore-Agrippa d'Aubigné mourut le 9 mai 1630 (29 avril, ancien style), le jour de l'Ascension.
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son tombeau 1 . Le contraste du caractère genevois, austère et puritain, et de l'humeur toujours gauloise et frondeuse du vieux Saintongeois, explique les démêlés des derniers jours. Ces légers nuages entre le Conseil et le réfugié ne diminuent point la dette de gratitude de la France protestante envers la cité calviniste, qui recueillit, honora, protégea, pendant dix ans, une des plus glorieuses victimes de nos guerres civiles. D'Aubigné d'ailleurs, s'il inquiéta quelquefois Genève, sut acquitter lui-même par de réels services le prix de cette hospitalité.
x. Voici le texte exact de cette inscription, que le testament de d'Aubigné reproduit (Voir t. I**, p. 1 1 8), mais d'une façon tout à tait incorrecte t D. O. M. // Teslor, liber i, // quant vobis aptus [pour adeptus] sum, // solo favenle numine, If adversis ventis fj bonis artibus // irrequietus quittent, // eam colère, 4t deum colilis, // si patrissatis [si vous marchez sur les traces de votre père], coniingat; If si secus, secus accidat. (f Hétc pater ilerum pater // per quem non a quo vobis // vivere et bene datum // stmdior[um] httredib[\x%\ monumeuto, // degenerlbus opprobramento // scripsil. // P. // Theodorus Agrippa Aîbineus // octogenarius obiit anno //MDCXXX April. d. xxix.
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