Trmglqtus. Feux, v. 4); tome IV, p
de l'importance, car il en a reproduit les idées en plusieurs endroits et particulièrement dans son traité Du debvoir mutuel des Roy s et des subjects l : a A quoi les Reformez respondoyent, et par discours et parescrits, que tout ce que disoyent leurs adversaires en termes généraux n'estoit que trop vrai; que toutes différences qui faisoyent parti estoyent ruineuses en un Estât : les termes de guerre, de paix, de traité, d'envoi de tambours, de trompettes, de représailles, et tout ce qui s'observe entre gens de diverses nations; mais sur tout [que] les demandes de pleiges à la foi Royale, et les places de seureté et d'ostage estoyent vocables ignominieux à la France, et ruineux à l'Estat, et que partant les autheurs et causes de telles horreurs sont exécrables devant Dieu et punissables à jamais. Que donc il faloit mettre le doigt de Tespreuve sur ceux-là, pour exécuter sur eux la vengeance de Dieu, devant lequel ils ont à respondre de cinq cents mille morts J par le cousteau, par le feu, par la faim, sans distinction de l'enfant, de la femme et du vieillard. »... Après sept ou huit mille morts par supplices exquis et dont les archives font foi, les plus grands, lassés d'espandre le sang, voulurent vider la querelle du juste ou de l'injuste au Colloque de Poissy. « La Religion Reformée de là fut tolérée par l'Edict de janvier et eut une paix gagnée par les morts sans revanche, et par le sang des agneaux ; et ne se pouvoit telle paix appeler extorquée, ni l'attribuer aux armes des subjects contre leur Roi : et est à noter pour jamais, que tant qu'on a fait mourir les Reformez par les formes de la justice, quelque
i. Voir Hist. univ. t t. III, col. 627, et notre t. II, p. 57.
2. Le Truite dts debvoirs réduit ce chiffre à cinquante mille morts.
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inique et cruelle qu'elle fust> ils ont tendu les gorges et n* ont point eu de mains. Mais quand l'authorité publique, et le magistrat, lassé des feux, a jette le Cousteau es mains des peuples, et, par les tumultes et grands massacres de France, a osté le visage vénérable de la Justice, qui a pu défendre aux misérables d'opposer les bras aux bras et le fer au fer, et prendre d'une fureur sans justice la contagion d'une juste fureur 1 ?... » Il faudrait citer tout ce magnifique et éloquent chapitre. L'historien, continuant sa triomphante apologie, démontre que toutes les prises d'armes n'ont jamais été que pour défendre des édits violés et répondre à des ruptures de paix, que tous les édits ont toujours été faits pour réparations à la rupture et confirmation des premières paix.
Mais « pourquoi à l'insuffisante foi Royale a-t-on du joindre la parole des Estrangers et la caution de tous les corps de France ? » L'apologie répond : c Quand tant de sceaux ont esté brisez par les massacres généraux de la Sainct-Barthelemi, ceux qui ont repris vie dans les cendres du Parti, ne voyans plus de foi publique, ont demandé des places de refuge, d'ostages et de seureté, qui sont des noms fascheux, reprochables à ceux qui ont diffamé la France, mais sans fraude à ceux qui les doivent à la bénédiction de leurs armes et à leur nécessité. »
A ceux qui accusent les Protestants de n'avoir point fourni au siège d'Amiens, selon leur proportion, l'Hixtoire répond qu'ils sont « mauvais arithméticiens, » qu'il y avait, sur une armée de quinze mille hommes, plus de quinze cents des plus grands Seigneurs du
i Hist. «Miv., t. III, col. 626-28.
parti, que la besogne la plus difficile fut faite par le régiment de Navarre, qui y perdit plus de trois cents hommes et son commandant. C'est assez répondre, ajoute d'Aubigné, au reproche « qu'il n'est pas temps de remuer les partialitez du royaume, quand il est attaqué par le dehors. »
Les Protestants impartiaux ne sont point embarrassés pour répondre aux adversaires qui leur reprochent d'avoir sacrifié à l'intérêt leurs devoirs de citoyens et de fidèles sujets, ils comprennent cependant les griefs et les accusations des partisans de la monarchie catholique; ceux-ci, habitués à contempler avec une pieuse admiration un certain idéal politique et religieux, ne pardonnent à aucune défense même légitime, à aucune revendication qui en ait pu contrarier l'avènement; ils ne songent point au prix dont la France l'a payé; ils ne se demandent pas si notre nation n'aurait pas atteint, et surtout conservé, un plus haut degré de puissance et de fortune, à supposer entre les deux partis un déplacement de la victoire.
Le chapitre sur « l'ordre nouveau pour les Reformez après la mutation du Roi » contient des révélations intéressantes. L'ordre nouveau est une contre-partie, nous dirions presque une contrefaçon de la Ligue, mais infiniment moins séditieuse. La question religieuse et la question politique, toujours inséparables, dominent à tour de rôle. Sans doute le Conseil de la Province s'arrogeait une partie des pouvoirs royaux, sans doute il était fâcheux de faire intervenir dans les affaires du protestantisme « la Reine d'Angleterre et MM. des Pays-Bas, » mais, sans compter que l'intervention de l'étranger, soldé par son gouvernement ou par ceux qui l'appelaient, paraît au xvi c siècle aussi
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naturelle que légitime à tous les partis, il ne faut pas perdre de vue ce qu'était la France en if94, un champ de bataille où la persécution, la perfidie, l'assassinat et toutes les iniquités ont fait descendre les Réformés. Plus de vingt-deux ans après la Saint-Barthélémy, ils avaient encore raison de réclamer toutes les garanties, de maintenir leurs deux cents places de sûreté, de trouver à peine suffisantes contre la monarchie catholique les garanties de PÉdit de Nantes. Cela est si vrai, que le premier serment imposé au souverain montant sur le trône de France, était l'obligation « d'exterminer les hérétiques. » Sans doute, à la date de i f 94, les réformés n'en étaient plus à redouter les bûchers et les massacres en masse; mais le formidable travail des ministres corrompus, des Jésuites tout puissants, la foi vacillante du roi désireux de la paix à tout prix, n'était-ce pas là d'assez menaçants symptômes que les traités les plus formels seraient à peine une sauvegarde suffisante pour leurs libertés ? Sans vouloir sonder les secrets replis de la conscience du roi, voyons ses actes : Henri ridiculement ajourné, malgré ses génuflexions, par l'inflexibilité papale, jusqu'au jour où il reçoit la bastonnade sur le dos d'Ossat et de <lu Perron, Henri suivant les processions, touchant les écroueiles, Henri faisant enlever à Saint-Jean d'Angély le petit Condé pour qu'il fût élevé dans le culte catholique, Henri rendant a Mercœur la Bretagne, qui d'elle-même abandonnait son duc, pour marier avec sa fille le petit César, bâtard de Gabrielle; Henri laissant mourir à trente ans, de misère et de faim, Châtillon, le fils de Coligny, Henri tournant le dos à tous ces vaillants « qui l'avoient apporté sur leurs espaules deçà la rivière de Loire, » voilà le protecteur sur qui
reposaient toutes les espérances du parti! Lorsque Henri IV, débarrassé des intrigues espagnoles et jésuitiques, de la noblesse catholique repue d'or et de gouvernements, assis lui-même sur le trône, accordait enfin son fameux Édit de Nantes aux Huguenots, pour salaire de leurs sueurs et de leur sang, croit-on qu'il les payât trop cher, croit-on surtout qu'il cédât à des exigences immodérées? Et encore cet édit ne fut-il enregistré par certains parlements que deux ans, et même dix ans plus tard, avec des restrictions défavorables aux Protestants.
Ne nous étonnons donc pas de la mauvaise humeur évidente de d'Àubigné dans la sèche et courte analyse qu'il nous donne de l'Édit : « Vous n'attendez plus que la paix promise à la fin du livre, et l'oeuvre à la lecture de laquelle je ne convie que ceux que leurs affaires y convieront ; encor vous en aurez les articles abbregez , ... » Et le chapitre se termine par ces mots: « Le reste est du style. Cet Edict donné à Nante, l'an if 98. » Cet acte, qui clôt l'ère des guerres civiles, célébré peut-être avec un peu trop d'enthousiasme par les historiens les plus impartiaux 2 , d'Aubigné l'enregistre comme par scrupule d'exactitude et comme un simple papier d'affaires! Le moindre reproche qu'on puisse adresser ici à l'historien, c'est, en étranglant un fait capital, d'avoir manqué aux lois d'une juste proportion.
x. Hist. univ., t. III, col. 730-732.