‹ OEuvres completesChapitre 27 sur 73 · Voir t. I et , pp 405 et · texte numérisé non relu

Voir t. I et , pp 405 et

SUR TH. -AGRIPPA D AUBIGNÉ lOI

L'auteur ou l'instrument de tous ces maux, c'est Wallenstein. Le premier échec du redoutable envahisseur au port de Stralsund date de novembre 1628. Cest la flotte suédoise qui eut l'honneur d'arrêter l'invasion du Nord. Ce succès est comme le préliminaire des négociations que Charnacé, l'envoyé de Richelieu, va entamer et péniblement ménager pendant deux années entre le roi de Suède et la France. Elles aboutissent enfin; un traité est conclu qui met au service du génie politique l'épée d'un grand capitaine. La France et la Suède, alliées en mars 1630, vont terrasser l'Autriche; c'est six semaines après la conclusion de ce traité que meurt d'Aubigné.

En comparant ces dates et remarquant la fatalité qui avait réservé tant d'amertumes à la vieillesse du proscrit protestant, sans lui laisser entrevoir le relèvement du Protestantisme européen, pour le consoler de l'écrasement de la Réforme en France, nous nous rappelions les triomphantes paroles dont l'historien saluait le grand dessein interrompu par le couteau de Ravaillac. « Le consentement des peuples, qui est (bien souvent) la voix de Dieu, semblent promettre sa bénédiction. Les nations avoyent posé leurs haines, vouloyent arracher leurs bornes pour l'amour d'Henri, les Alemans s'armoyent à la Françoise, pour combattre de mesme... Tout cela pour faire un Empereur des Chrestiens, qui de sa menace arresteroit les Turcs, pour reformer l'Italie, dompter l'Espagne, reconquérir l'Europe, et faire trembler l'Univers. » D'Aubigné ne devait pas voir réaliser ce grand dessein de Henri IV, débarrassé de rêveries chimériques, conçu et modifié d'après un plan pratique, préparé par la lassitude et l'effroi de l'Allemagne, mûri et exécuté par le con-

cours de deux hommes de génie. Nul doute que d'Aubigné eût salué cette ère nouvelle avec joie, et qu'il eût à demi pardonné la ruine de la Rochelle et des places fortes du Midi, qu'il se fût du moins sincèrement rallié à la politique française et à un ministre qui relevait en Europe la cause du Protestantisme.

Pour pénétrer la pensée et la politique de d'Aubigné pendant cette période de six années, nous n'avons que sa correspondance militaire et diplomatique; or rien n'est plus vague et plus obscur. Les perpétuelles fluctuations de la politique française et savoisienne, les périls incessants courus par Genève dont notre réfugié s'est constitué le défenseur et le pourvoyeur, les précautions imposées à un exilé quatre fois condamné à mort en France, en butte aux soupçons, aux persécutions de ses ministres, les conseils et renseignements qui risquent de ne point arriver à leur adresse, autant de motifs qui, joints à l'obscurité naturelle de l'écrivain, épaississent les nuages sur ces missives et ne laissent pas toujours facilement lire entre les lignes, à deux siècles et demi de distance.

D'Aubigné a-t-il été factieux, traître à son roi et à son pays? Bien que nous aimions les questions précises et les réponses nettes, il est des circonstances où la réponse catégorique, par oui ou non, est impossible. C'est un progrès des mœurs et de la moralité publique que la question du devoir vis-à-vis de la patrie ne puisse jamais être douteuse en notre temps. 11 n'en était pas ainsi aux xvi° et xvn c siècles. Pour un Biron que Ton verra payer sa trahison de sa tête, les Rohan, les Soubise, les Bouillon, et plus tard les Turenne, les Condé semblent avoir pu, sans se déshonorer, appeler l'étranger au secours de

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leurs ressentiments personnels ou des intérêts de leur parti. La France alors n'est point encore la France; elle est un champ clos où luttent Protestants et Catholiques, où le coreligionnaire étranger est un allié naturel contre le concitoyen dissident. Au milieu des fluctuations et revirements de la politique française, avant la ferme direction imprimée par Richelieu, où était le devoir pour un croyant tel que d'Aubigné ? 11 veut, comme l'écrivait Claude de la Trimouille, « toujours rester François, » mais il subordonne ses vœux et sa conduite à la cause de l'Église : ce II n'y a rien dans les bornes du service de Dieu, que je ne face avec gayeté de cœur et passion. » Nous devons l'en croire, et de même quand d'Aubigné écrit au roi (février 1617): « Despuis la paix de Loudun, je me suis privé de toutes compaignees, et ceux qui m'ont recherché chez moy ne se peuvent vanter que j'aye favorisé, ny de parolle ny d'effect, aulcun partisan, ne respirant que le service de Vostre Majesté et le repos de ma dernière vieillesse soubz ses bonnes grâces. » L'année suivante, d'Aubigné renouvelle à M. de Pontchartrain les mêmes protestations de fidélité, y ajoutant même une sorte de confession et d'amende honorable pour sa conduite passée \ Qui pourrait, connaissant d'Aubigné et sa vie, mettre de telles déclarations sur le compte de la faiblesse et de l'intérêt ? Nous croyons fermement que, dégoûté de la pusillanimité, de la vénalité des siens, il put quelquefois regretter de s'être engagé si avant, qu'il eût voulu « mourir serviteur Partisan du Roi. » Mais il était de ceux qui n'estiment pas que l'infidélité d'autrui délie les serments de fidélité. Ce

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