‹ OEuvres completesChapitre 28 sur 73 · Voir t. II, pp · texte numérisé non relu

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qui l'afflige et l'irrite, c'est qu'on oublie ses services passés, c'est qu'on ne tient nul compte de ses promesses et de ses serments. En vain invoque-t-il « les services d'un père, d'un frère tué au siège de Montaigu, de dix parents morts à la querelle des Bourbons, » en vain se défend-il d'avoir parlé « licentieusement » de la personne royale, en vain demande-t-il que la pension de 7.000 livres, qu'on ne lui servait plus, soit restreinte à un écu, pour lui permettre « d'adjouster la marque de domestique à celle de subject, » peines perdues : la cour semble ne vouloir jamais oublier ce mot terrible du prince de Condé : « que d'Aubigné estoit ennemi de la Royauté et capable d'empescher un Roy de régner absolument, tant qu'il vivroit. »

Dans une lettre, sans date ni suscription, notre Réformé a écrit ces belles paroles : « J'ai résolu n'entretenir point Vostre Altesse des affaires françoises : car ma conscience ne les pouvant approuver, ny ma condition les condamner, il ne me reste que le taire et attendre le résultat du Ciel. » C'était là sans doute la meilleure ligne de conduite, mais ce rôle de silence et d'abstention, en de pareils temps, était impossible pour un tel caractère. Quand la politique française semble osciller du côté de la Réforme, quand, par exemple, elle menace l'Espagne et l'Autriche, d'Aubigné regrette son inactivité et son exil ; il rentrerait en France, s'il le pouvait honorablement. 11 écrit à Rohan : « Si j'avois auprez de nostre Roy (Louis X 111) le quart de crédit que le père m'avoit donné, j'espererois luy faire un des signalez services que pauvre soldat ait jamais faict à Prince, mais Dieu ne permet pas qu'il y ait oreilles pour nous. » La politique française

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menace-t-elle les alliés naturels de la Réforme, veutelle contrecarrer leurs desseins, d'Aubigné combat cette influence et ne ménage pas ses avis aux membres de FUnion; il détourne Rohan de toute alliance, hors celle de Venise : « Tout ce que vous negotierez avec qui que ce soit, horsmis les Vénitiens, se tournera en infidélité, et changement pourpensé de longue main, et pour les voisins, en mesfiances, longueurs et mortelles stupiditez. » Dans une autre lettre, il revient plus clairement sur ces « mesfiances, » et conseille à la Sérénissime Seigneurie « de ne confondre pas les forces Vénitiennes dans les forces Françaises, mais de les apliquer au grand bien de l'Union et à l'avantage de Venise, pour le fruit de ses despenses et labeurs. » Enfin, dans une lettre, adressée probablement à M. de Cavassa, d'Aubigné met à la charge d'un ami un plan qui consistait, avec une assistance de 200.000 escus aux Grisons, à intervenir dans leur différend et à contrebalancer l'influence en ce moment prépondérante de la reine mère. Cette année même, Fargis négociait pour Richelieu un traité conclu à Madrid à l'insu de Venise, de Turin, du duc de Savoie : le culte catholique était seul autorisé en Valteline, les Grisons étaient sacrifiés et durent s'incliner comme leurs alliés. N'est-ce pas le résultat de ce traité que notre proscrit entrevoit et cherche à combattre dans ce plan ? A supposer que cette lettre eût été surprise, évidemment il encourait une cinquième condamnation capitale, comme coupable de conspiration à l'étranger contre la sécurité de l'État.

Au milieu des obscurités forcées d'une telle correspondance, quelques phrases trahissent l'attitude de d'Aubigné et la politique des principaux chefs du parti

français. En 1621, il écrit au duc de Rohan : « Vostre lettre au Roy a esté reveuë, jugée utile et admirée en ce pays, sur tout pour vostre souplesse et dextérité à confire vos hardiesses et fermes advertissements en la douceur des respects et du debvoir. » On ne saurait mieux dire; Rohan, comme d'Aubigné, excellait à envelopper la résistance sous une forme respectueuse. Ils plient et ne rompent point. D'Aubigné, exilé, assagi par la connaissance des hommes, de rang et de fortune plus modestes, se bornera au rôle de Procureur, de conseiller et d'ingénieur; Rohan, jeune et ardent, restera jusqu'au bout l'homme d'action, il luttera pied à pied, et, réduit aux abois, finira par traiter avec l'Espagne. Quelque jugement qu'il encourre pour cet acte de folie et de désespoir, Rohan, du moins, n'a jamais trahi son parti et ses amis.

Sans instituer un parallèle entre deux hommes de conditions si inégales, l'un prince et chef de parti, avec lequel on dut toujours compter, l'autre, gentilhomme obscur et sans fortune, serviteur importun par sa vertu et dont on s'est débarrassé, nous croyons que d'Aubigné n'eût jamais, pour son compte, servi l'Espagne contre la France; mais nous reconnaissons qu'il n'a vu dans la politique française que les intérêts protestants. Quand elle les a servis, d'Aubigné, de son exil, a passionnément souhaité faire acte de bon Français en même temps que de zélé Protestant. Quand ces intérêts ont été sacrifiés, il ne s'est point abstenu de vœux et de conseils contraires à cette politique; enfin, quand il offre à M. de Bullion, à Lesdiguières, au Roi de leur consacrer les restes d'une ardeur qui ne peut s'éteindre, c'est qu'il n'aura point, malgré ses ressentiments, à tirer « sa petite espee » contre son roi, contre la France.

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