‹ OEuvres completesChapitre 31 sur 73 · Voir t. I", p · texte numérisé non relu

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n'a pu être dictée que par une sympathie, une véritable affection mutuelle. Elle renferme des lignes d'une tendresse quasi paternelle, d'autant plus charmante qu'elle est plus discrète. Quand il rappelle à cette sœur si longtemps sacrifiée par l'égoïsme fraternel, si ferme en sa foi, ces airs de musique dont il fournissait autrefois les paroles, ces larmes qui semblaient mieux séantes à sa beauté que la gaieté même; quand il la fortifie « pour le bon Combat, » on sent que cet ami, jadis poète de chambre, aujourd'hui directeur d'une conscience endolorie, est l'ami fidèle, éprouvé, des bons et surtout des mauvais jours.

La lettre à Catherine prouve les sentiments de d'Aubigné pour la princesse; deux fragments d'une lettre de celle-ci l montrent que d'Aubigné était payé de retour par la duchesse de Bar : « M. d'Aubigné, vous avez satisfait... aux devoirs d'un amy, en ce que vous n'avez point craint la hayne des puissances qui dominent aujourd'huy, pour m'instruire à mespriser ce que ces lasches et ignorants adorent, en me faisant part de vostre entendement et de vostre cœur... je n'ay que fayre de vous exhorter à la continuation de tous ces bons offices. Cela ne peult venir en doute qu'à ceux qui ne vous ont pas cognu, ou qui malureusement voudroient oublier les preuves de Vostre magnanimité. » Dans un autre passage de cette lettre, la princesse remercie d'Aubigné du bel éloge qu'il lui a décerné en disant « que la loy salique n'avoit pas partagé la con-

i . Ces fragments ont été conservés dans les manuscrits de Bessingcs L'un d'eux a été imprimé dans le Bulletin de l'Histoire du protêt lantism* (1874), p. 28. Ils pourraient bien faire partie de la « response » de Madame au Traite des douceurs Je V affliction que d'Aubigné promet « au recueil qu'il espère faire ■ (Préface des Tragique*.)

SUR TH.-ACRIPPA d'aUBIGNÉ II]

stance en sa maison, » c'est-à-dire l'avait donnée aux femmes et refusée aux hommes 1 . D'Aubigné n'est pas seulement un ami, c'est, nous l'avons dit, un véritable directeur de conscience pour Catherine.

Le roi, fatigué de voir sa sœur se rendre « opiniastre en sa Religion, » veut la mettre aux prises avec quelques docteurs choisis par lui. 11 aime ces conférences, où triomphe l'éloquente érudition de du Perron. Ce sont tournois qui amusent sa curiosité et rassurent peut-être les inquiétudes de sa conscience. Catherine, obligée de subir cette nouvelle inquisition imposée à sa foi, cède et « lui laisse le choys des douze, horsmis de trois qu'elle a voulu nommer. » Ces trois hommes de son choix sont M. de Courde, son Pasteur et d'Aubîgné. Elle n'a qu'une terreur, « c'est qu'il ne fraude son espérance, par la profession qu'il fait d'un autre mestier et par les haines qu'il a desja acquises. » En cela elle se trompe, d'Aubigné est bon sur tous les champs de bataille et s'inquiète moins d'encourir de nouvelles haines que de perdre d'anciennes amitiés.

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