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accompagnée d'un plan de la ville. D'Aubigné semble y avoir prévu et réfiité d'avance toutes les objections a son système. Un demi-siècle d'expérience justifiait la confiance qu'inspirait notre réfugié dans toutes les questions militaires. On le choisit comme arbitre dans les discussions; il donne des consultations à distance, ainsi que l'attestent sa lettre au marquis de Castelnault et au sieur de Campet, et ses deux lettres à M. de Saint- Gelais, sur l'office de mareschal de camp. En ces dernières, où il se rappeHesans doute le livre du maréchal de Biron, il déclare que les trois plus beaux titres de l'homme de guerre consistent en âne belle retraite de faible contre fort, une entrée dans une ville bien assiégée, enfin le logement fait à la vue ou connaissance d'une puissante armée.
D'Aubigné est au courant des inventions modernes, assez simples d'ailleurs et peu nombreuses à cette époque; il faudra encore attendre un demi -siècle et Vauban. M. Lubzetman, un théoricien sans doute, lui demandait de remplir de terre certaines tours; il lui apprend « qu'il y a cinquante ans que cela ne se fait plus. »
Détail vraiment curieux : d'Aubigné semblerait, dans une de ses lettres, avoir conçu l'idée d'appliquer l'électricité à la télégraphie, ou du moins avoir trouvé un système de téléphonie ; Voici le propre des deux engins dont il se sert : a C'est pour faire conférer le conseil d'une ville assiégée avec celuy d'une armée qui la vient secourir, et dire, toutes les vingt-quatre heures, ce qu'on pourroit dire de bouche, en quatre ou cinq, avec distinction de personnes opinantes et de leurs noms, et en toutes les langues qui seront entendues par ceux qui en ont besoin Encore faut-il vous
SUR TH.-AGRIPPA d'aUBIGNÉ 143
dire que le secret est aussy puissant pour parler de Londres à Paris, voire à Madric, qu'au travers des trois murailles où vous l'avez veu essayer 1 . » Quels sont ces deux engins? M. de Mayerne assistait bien à Tune des trois épreuves qui ont ea lieu à Genève, mais d'Aubigné a gardé son secret.
Quoi qu'A en soit, on est étonné de voir la curiosité «te cet esprit inventif, de cette intelligence ouverte à toute spéculation, ne demeurer étrangère à aucune des connaissances humaines. Et, lorsque Ton pense que ce théologien polémiste, ce poète inspiré, cet historien éloquent, a été soldat pendant plus d'un demisiècle, on ne craint pas de déclarer que d'Aubigné, dans ce siècle fécond en grands hommes, a été l'un des hommes les plus extraordinaires de son temps.