‹ OEuvres completesChapitre 46 sur 73 · chapitre v · texte numérisé non relu

chapitre v

D'Aubigné, avons-nous dit, malgré sa profonde admiration pour de Thou, ne pouvait s'empêcher de lui reprocher d'avoir sacrifié les capitaines à « la trop ennuyeuse recerche des hommes de lettres de son temps. » 11 consent qu'on rende cet honneur « aux Scaligers, aux Turnebe et gens de telle marque, mais non à une autre classe de plus obscure condition. » Aussi notre historien, qui consacre tant de récits à l'instruction des gens de guerre, a été d'une déplorable sobriété à l'égard des gens de lettres, ses contemporains. 11 n'en parle que par hasard et pour ainsi dire en passant. « C'est, écrit d'Aubigné, ce que me dit un jour Michel Montaigne, assavoir que les pretendans à la couronne trouvent tous les eschelons jusques au mar-

SUR TH. -AGRIPPA DAUBICNÉ 1 7f

chcpied du throsne et petits et aisez, mais que le dernier ne se pouvoit franchir pour sa hauteur 1 . » Quelle curieuse échappée sur la conversation de deux grands esprits, l'un catholique sceptique, l'autre ardent réformé ! Comme cette image expressive nous fait regretter le laconisme de l'un des deux interlocuteurs !

Pibrac a l'honneur extraordinaire de cinq mentions. On s'est habitué à regarder comme un bonhomme naïf le versificateur qui a rimé les Quatrains moraux. Tel ne nous le représente pas l'auteur de YHhtoire, mais comme un orateur politique que la cour réserve pour les plus difficiles conjonctures. Alors il se rend « merveilleux en délicatesse de langage, expert en ses termes, subtil en raisons, le tout fortifié d'exemples agréables, » rapportés de son voyage en Pologne, à la suite de Henri 111. Déjà, en cette expédition, il s'était montré « le plus éloquent et élégant que nostre siècle ait porté, et le mieux accommodant le geste et la grâce aux paroles triées. » 11 n'est pas dans toute VHistoire un orateur ou un écrivain mieux traité.

Les renseignements de d'Aubigné, en ces matières littéraires, sont parfois inexacts ou incomplets. Après avoir estimé à sa juste valeur Le Catholicon d'Espagne ou Menippte, en l'appelant « la plus excellente satyre qui ait paru de (son) temps, » et la déclarant « la plus grande playe qu'ayent receu les Liguez, » il l'attribuera tout entière à un aumônier du cardinal de Bourbon, sauf quelques vers qu'il laisse à Rapin.

D'Aubigné insiste un peu plus sur les écrits qui ont une portée politique; ce sont môme les seuls auxquels il daigne consacrer quelques lignes, et nous ne sau-

Page 1