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v. ia
pareils. » C'était pour lui le fumier d'Ennius; il Ta quitté pour les écrits des derniers siècles qu'il partage par « volées. » « Nous donnerons pour chef à la première bande M. de Ronsard, que j'ay cogneu privement, ayant osé, à l'âge de vingt ans, luy donner quelques pièces, et luy, daigné me respondre. » Comme le ton est changé ! comme nous sommes loin du jugement sur ce gentilhomme «à qui les vers n'avoient pas osté le courage de l'espee. » C'est qu'aussi ce n'est plus l'historien capitaine qui parle, c'est l'homme de lettres, le poète, le disciple de la Pléiade, jugeant le prince des poètes de la Renaissance : « Je vous convie, et ceux qui me croiront, à lire et relire ce poète sur tous. C'est luy qui a coupé le filet que la France avoit soubs la langue, peut estre d'un style moins délicat que celuy d'aujourd'hui, mais avec des avantages ausquels je voy céder tout ce qui escrit de ce temps, où je trouve plus de fluidité, mais je n'y voy point la fureur poétique sans laquelle nous ne lisons que des proses bien rimees. » Rapproché de l'éloge que l'auteur décerne à son Printemps, a où il y a plusieurs choses moins polies, mais quelque fureur, » ce passage nous permet de résumer la théorie poétique assez simple de notre écrivain. Bien qu'il ait été lui-même un raffiné, au moins à la surface et dans quelques parties de son oeuvre, il fait profession de préférer l'énergie, la fureur à la grâce et à la fluidité. 11 est de l'avis de Henri III, « en réputation d'en bien juger,» qui, trahissant sa propre Académie pour celle de Navarre 1 ,
1. « Le Roi mon malstre «voit dressé une petite Académie à 1'imhadon de celle de le cour. MM. Duplecis, Dnbartas, Constant, le Présidée» Ravignan, la Nagerie, Ville Roche et Pelisson en est oient. » Hotoman et Pelissoa y étaient les deux plus grandes autorités. (T. !•', p. 441.)
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disait : « Je suis las de tant de vers qui ne disent rien en belles et beaucoup de paroles ; ils sont si coulants que le goust en est aussy tost escoulé; les autres me laissent la teste pleine de pensées excellentes, d'images et d'amblemes desquels ont prévalu les anciens. » Race bien dépravée, mais singulièrement affinée que ces Valois ! Charles IX s'incline devant la royauté poétique d'un Ronsard; Henri III l'énervé, l'efféminé, reste encore capable de préférer l'énergie du style à la mignardise. Que de pensées, d'images et « d'amblemes, » dans les Tragiques, les Épi grammes et la prose de d'Aubignél Et combien ce style généreux et corsé nous réchauffe mieux que l'insipide fluidité de la plupart des contemporains ! Toujours conséquent avec lui-même, notre écrivain condamne les poètes qui voudraient « réduire les constructions françoises au langage commun. » Il donne « plus de privilège aux locutions emphatiques et majestueuses. » D'Aubigné est un soldat, et, jusque dans ses goûts littéraires, nous retrouvons quelque chose de son humeur batailleuse et turbulente. Un reproche qu'il adresse encore « aux législateurs, ses contemporains, » c'est de ne pas « faire voir de leurs mains des poèmes épiques, héroïques, ou quelque chose qui se puisse appeler œuvre. » 11 songe à La Franciade de Ronsard, tout inachevée qu'elle soit restée. La Semaine ou Création de du Bartas, qu'il se vante quelque part d'avoir « fait courtisan, » l'empêchait sans doute aussi de dormir, car il nous a laissé une Création 1 , médiocre poème didactique qui, pour
i . Disons-le franchement, La Création est une erreur de d'Aubigné. Le science d'an Manilius, celle d'un Lucrèce, sont relevées per des béantes poétiques, chez Fan par l'orgueil national, cbes l'autre par le sentiment du néant de l'homme. La physique de du Bartas, au milieu de son emphase méridionale,
l8o NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE
être long et complet, n'en est pas davantage une « oeuvre achevée. » Inutile d'énumérer après d'Aubigné les deux autres « volées » de poètes français et latins qui se rattachent à la Pléiade, phalange mobile, composée de sept chefs, mais où les contemporains ont enrôlé tous les versificateurs qui suivirent, de près ou de loin, le drapeau de la Renaissance.
D'Aubigné a vu Malherbe, et le nomme parmi ces poètes qui ont « accoursy la liberté de la poésie. » Il eût, croyons-nous, partagé l'avis de Lingendes qui disait « que Malherbe n'estoit qu'un tyran, et qu'il abattoit l'esprit aux gens. » Qu'aurait dit Malherbe des Tragiques, s'il eût seulement daigné les lire ? Pas un vers n'eût sans doute échappé à sa pointilleuse et pédantesque critique.
D'Aubigné n'a pas nommé une fois Mathurin Régnier, et pourtant ces deux satiriques, si différents d'esprit et de tempérament, sont de même lignée littéraire. Tous deux, en pleine révolte contre la férule d'un Malherbe, se sont forgé une langue faite de sens et de génie, coulant leur vers de premier jet, sans souci des règles de la grammaire, ni même de la décence ; vrais poètes au sens propre, créateurs de leur idiome. Régnier a mis sa muse au service de la morale vulgaire et du bon sens; d'Aubigné s'inspire de ses haines politiques, de ses convictions religieuses; de là, chez le premier, un style plus correct, plus clair, plus naturel ; chez le second, une langue inégale, heurtée, sublime et bizarre, biblique et familière, téméraire et
«'échauffe d'inspirations bibliques, parfois même prophétiques; d'Aubigné, qui n*est pins ici sur son terrain, déduit longuement en vers techniques et mortellement froids une nomenclature d'histoire naturelle. Cest à peine si Dieu et l'infini inspirent à l'auteur de La Crût ion quelques rers supportables.
SUR TH. -AGRIPPA d'aUBIGNÉ l8l
aventureuse dans ses tours comme dans ses expressions, pleine de nuées obscures, mais par instants illuminées de splendides éclairs.