V. ci-dessus, p. 03 et sniv
2. V. le récit de cette généreuse action ci-dessus (p. 33 et soiv.)-
3. Défense dm Roy et de ses Ministres, contre le manifeste que sous le nom de Monsieur on fait courre parmy le peuple (p*r le s r des Montagnes). Paris, 163 1. In-ia de 15a pages.
SUR TH. -AGRIPPA D'AUBIGNÉ l8f
On veut bien imaginer à M n,c de Maintenon une généalogie royale qui la rattache à Jeanne d'Albret, en faisant épouser à la reine de Navarre le père même d' Agrippa, Jean d'Aubigné, — d'autres se contentent d'en faire son chancelier, — mais nul ne songe à rappeler devant la toute puissante favorite le terrible huguenot, le proscrit quatre fois décapité ! Qui sait si Constant n'obtiendrait pas une plus facile réhabilitation, malgré quelques grosses taches indélébiles? Madame de Maintenon est au fond justement fière de son illustre aïeul, mais elle en parle peu et seulement à quelques intimes. Veut-elle se féliciter d'une énergique résolution ? « Je me trouve un peu petite-fille d' Agrippa, » écrit-elle au duc de Noailles ». Mais ce sont là des boutades à la huguenote, qui seraient d'assez mauvais ton à la cour.
Tout en conservant précieusement un manuscrit de la Vie de son grand-père', la favorite n'en fait pas moins tous ses efforts pour arrêter l'impression commencée lors de la paix de Riswick. Il faut avouer que certaines confidences sur le grand Henri pouvaient n'être pas du goût de son petit-fils : et puis, le grand siècle est venu et la parole ne sera désormais donnée qu'aux admirateurs, qui ne discutent pas plus les personnes royales que l'institution monarchique.
Même à l'étranger, au siècle suivant, on ne juge guère favorablement ces Mémoires de d'Aubigné : « Sa vie écrite par lui-même, dit l'auteur des Trois siècles de la littérature française (Ant. Sabatier de Castres), est encore moins bonne (que son Histoire); il
i. Lettre à M. le doc de Noailles, 15 juin 1706.
2. Cest le manuscrit de la bibliothèque du Louvre, disparu dans l'incendie de 1871, qu'a publié M. Lud. Lalanne en 1854.
l86 NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE
y a pris la licence pour la franchise, ce qui Ta engagé dans des détails qu'il aurait dû supprimer. »
Bayle, qui ne décerne guère d'éloges sans restriction, attribue au nom de M me de Maintenon, sa petitefille, « la glorieuse part qu'obtient d'Àubigné, quelque digne qu'il en soit lui-même, dans une Histoire du comte d'Albe. » L'auteur du Dictionnaire historique et critique se contente, pour louer l'historien, de reproduire dans une note l'article fort inexact du Mercure galant de janvier 1705-, où on lit le passage suivant: « Il nous reste de lui une Histoire de France écrite avec un désintéressement qui lui a attiré des louanges de tous les auteurs contemporains et de ceux qui sont venus après lui. On regarde son ouvrage comme un chef-d'œuvre en fait d'histoire, et quelques auteurs en font même plus de cas que de celle de M. de Thou qui est cependant fort estimée... »
le Mercure, on le sait, ne mérite aucune autorités ce recueil est en grande partie un annuaire de noblesse, dont les pièces sont généralement fournies par les intéressés eux-mêmes. Nous n'y trouvons, aux dates de septembre 1688 et d'avril 1698, qu'une courte biographie assez élogieuse et ce jugement critique : « Cet Agrippa a pris soin de composer lui-même sa Vie, dont il y a ici un manuscrit écrit de sa main. C'est une pièce curieuse. » Le Mercure ne se compromet pas, bien que l'éloge s'accentue davantage, toujours discret et pour cause, avec la faveur croissante de M me de Maintenon ; mais un certain d'Aubigné étant venu à mourir en odeur de sainteté (mai 1703), le rédacteur ne perdra pas l'occasion d'un éloge délicat à M mc de Maintenon.
On peut s'étonner que Bayle ait emprunté un juge-
ment au Mercure, mais on sait qu'il ne faut pas demander a sa critique la suite et l'unité de vues. Ses notes, bien plus importantes que le texte même de son dictionnaire, le démentent souvent au lieu de le confirmer. L'auteur y prend plusieurs fois à partie d'Aubigné. Il lui reproche « les licences un peu trop cyniques de sa plume, » critique à laquelle nous voulons bien souscrire, à condition de la renvoyer ensuite à son auteur.
Parmi une demi-douzaine de passages réfutés ou critiqués par Bayle, la discussion la plus curieuse est celle qui concerne Marie l'Égyptienne, « fameuse débauchée et fameuse convertie. » L'auteur de la Confession de Sancy 1 s'empare de cette légende, mais, suivant le critique, pour en faire un perfide usage : « L'omission de cet auteur à l'égard de sainte Marie l'Égyptienne et de sainte Madeleine est inexcusable ; car il suppose que ces deux prostituées montèrent tout droit des lieux infâmes au rang de saintes canonisées, et, par cette supposition, il prétend prouver que la légende est très capable de lâcher la bride aux dames. . . Aprenons de là que les auteurs satiriques sont les gens du monde... qui raisonnent le plus mal et qui communiquent le plus un certain plaisir qui empêche de rechercher en quoi consistent leurs sophismes. » En dépit du ton grave et doctoral de cette leçon sur les devoirs du critique, ne soyons pas trop dupes de ce petit réquisitoire, n'oublions pas que le censeur de d'Aubigné est lui-même un protestant ou, pour mieux dire, un sceptique, qui prêche le principe de tolérance par le spectacle des contradictions humaines.