Hitt. nnvv, t. II, col
l6 NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE
nable de celles qu'a faictes le plus hazardeux capitaine de son siècle. » Le lieutenant de Vachonnière, qui y fait rage, est naturellement d'Aubigné, et celui-ci, dans sa Vie, enchérit, se vantant d'avoir dépouillé ses brassarts avant la charge, et, au plus fort de la mêlée, d'avoir sauvé un bracelet des cheveux de sa maîtresse, qui brûlait d'une arquebusade.
D'Aubigné a vingt-cinq ans. Homme de conseil aussi bien que d'épée, il fut, au début de l'année IJ77, chargé en Languedoc d'importantes négociations secrètes. Grâce à son adresse, le roi de Navarre apprit que le maréchal Danville était sur le point de trahir le parti des Réformés. A Toulouse, le négociateur trompe les gens de la garde et un vieux conseiller du maréchal, en contrefaisant le Piémontais. Arrêté à Carcassonne, il sort de ce mauvais pas, grâce aux courtoisies de Joyeuse, qui lui donne des gardes pour l'accompagner jusqu'à Narbonne. A Pézenas, il gagne « par quelques gentillesses du temps, » où nous le savons expert, une dame centenaire d'Uzès; aidé de cette femme « d'esprit ferme et délié, » il tire, par ruse et diplomatie, des aveux du maréchal de Bellegarde, comme de Danville, arrache à ce dernier un regret de sa défection, ruine son crédit en le rendant suspect aux deux partis, « Je prie mon lecteur, écrit d'Aubigné, de ne s'ennuyer point, si je suis long en ce négoce qui n'est pas commun et en donnant la plus part de mon labeur aux gens de guerre, il faut quelque chose pour les négociateurs». »
Nous l'excusons de raconter un peu longuement ce qu'il sait bien ; le récit de ces négociations est d'ailleurs